Dis, Desnos allons boire à la P’oasis

sans-titre

Psaumes métropolitains

"La création est la seule forme de lutte
Elle apaise mon âme d’ici qu’le sort me butte
Sans elle à coup sûr j’aurais plongé
être fier : jamais je n’y aurais songé"

C’était quand déjà ? Les jours se suivent et se ressemblent tellement ces temps-ci. Peu importe. J’étais là à errer sur les chemins sinueux de la vie entre numérique et matérialité, entre noires actualités et littérature salvatrice, entre le monde et mes pensées absconses, entre poésie et les mélodies de la vie, je dansais avec mes sens et manque d’aisance. Soudain, comme ce sursaut qui nous extirpe de notre univers onirique, je fus happé par un détail, une publication pour être précis sur un réseau social que j’arpente et qui souffre, en ce qui me concerne, de crise cardiaque ou d’anémie ou d’un peu des deux. Lequel ? Demanderaient les curieux dans le but de constater si la contagion a bien eu lieu. Peu importe, il est bleu. Ce partage suscita ma réaction, et d’action-réaction, cette dernière fit naître une conversation. Dans cette dernière j’essayai d’insuffler ma  flamme optimiste  et enthousiaste au sujet d’une actualité avant de me prendre un mur sur lequel on pouvait lire ce tag : " y’a pas de solution…de toute façon l’homme est vraiment trop con" . Ou comment couper court une conversation et souffler sur ma flamme par la même occasion.
Je plante un contexte anecdotique tout ça pour vous dire que depuis ça, ajoutez-y en plus l’atmosphère ambiante, je suis d’humeur mélancolique ! Je perds de ma ferveur. La preuve : habituellement je ne laisse jamais tomber, j’aime titiller et tendre les cordes sensibles jusqu’à épuisement pour moi, et énervement pour l’autre. Là, je retournais vaquer à mes occupations en soupirant d’abandon…

Alors je rédige ce billet accoudé sur un bureau bordélique, mon bras à la vertical en étai pour accueillir ma joue avachie et déformée par le poids de ma lourde tête. Pour me requinquer je lis le dernier billet de La révolution intérieure et je souris. Même si la prose d’un ami me manque pour jouer dans les nuages au point d’avoir un léger pincement au cœur, voilà que mon esprit trouve tout de même la force de s’évader pour venir chiper un souvenir me ramenant, moi et mon corps atterré, sur les lieux d’un crime dont je suis l’auteur et la victime : [c]rime passionnel[le]. À la craie blanche est dessiné "Corps et biens" et à l’intérieur, des pages noircies qui me font du bien au seul fait d’y penser. Ces derniers temps le mot "quintessence" me hantait comme un indice m’indiquant qu’au plus profond de moi vivait encore un optimiste certes meurtri mais bien là et m’invitant à vivre en perpendiculaire. Le mot "quintessence" était simplement la réminiscence d’un poème de Robert Desnos faisant naître en moi qu’une chose, l’envie irrépressible de le relire. Mon subconscient me joua un tour habile en associant "quintessence" à ce poème puisque ce mot n’y figure aucunement. En revanche, c’est le mot "arborescence" qui y figure et qui me fait garder mes racines et ma volonté d’élévation.
j’eus une période où je trouvais réconfort dans les vers de Prévert. Mon esprit tonneau des Danaïdes pourtant à forte tendance lucide et matérialiste s’est trouvé, on dirait bien, une oasis au sein de la clique surréaliste. Ces derniers temps amers et désaltérants,  je n’avais qu’une hâte : aller boire à la P’oasis en compagnie du dormeur éveillé qu’est Robert Desnos. Peut-on faire plus significative comme figure ? À la croisée de la conscience et de l’onirisme, de la lucidité et de la folie du champ des possibles. Desnos véritable enfant du siècle précédent tout comme je peux l’être du mien, naît à Paris en 1900. Il croise la route des surréalistes lorsqu’il a 22 ans. Savoureuse coïncidence numérique… Un physique atypique mais hypnotique, ce petit brun, la mèche sur l’œil, le costume je-m’en-foutiste est un passionné qui s’emporte. Ami des anars, il est aussi le premier sur le front lorsque la connerie se fait sentir *. Mais Desnos est surtout un poète. Un libertaire à l’endroit de la poésie. Un magicien des acrostiches, des anagrammes, des contrepèteries, des inventions syllabiques en tout genre. Ce mec empeste la liberté et respire l’aventure ! Depuis sa découverte, il m’a beaucoup inspiré. André Breton, le patron autoritaire du surréaliste, le surnomme le "dormeur éveillé". Desnos ne pouvait pas faire plus surréaliste que de s’avachir sur une table pour plonger dans un sommeil hypnotique dans l’intention de faire courir sa plume sur une page en écriture automatique, sur une page et sur la table qui l’accueillait  par la même occasion. Il dort, il rêve, il écrit, il parle, il rêve, il écrit.  Le voilà qu’il rédige Rrose Sélavy en référence à son collègue Marcel Duchamp qui foule le sol américain, en affirmant qu’ils seraient entrés en relation télépathique.

desnos-p65
Voilà ce qu’il me fallait comme un grog d’où émanent des vapeurs de liberté et des "n’ai pas peur même de la réalité". Au commencement était le verbe, Desnos nous le prouve et nous emmène dans un monde où la création est construction, destruction et reconstruction sans limite si ce n’est l’encre, dans lequel la langue tangue et où tout est malléable sans frontière palpable, juste l’horizon à foison. Même Liberté est déformée comme de la pâte, il nous apparaît comme, que sais-je, "té libre" aussi fragile que du cristal baccarat mais qui n’a tellement pas de prix qu’on se fait un plaisir de le briser pour recoller, créer, explorer. Le mouvement. Si la poésie est liberté, le poème est colombe et ses vers des fleurs, souvent de simples bourgeons qui n’attendent que le printemps, ai-je besoin de faire explicitement référence à cette œuvre de Picasso ?
Je pensais à Desnos par ce temps de mélancolie car son art m’apparaissait peut-être comme la quintessence de l’optimisme, voilà que je boucle ma boucle et que je comprends mieux mon subconscient. Si l’orgasme est une petite mort, pour Desnos et le poète en général, la poésie c’est jouer avec la(sa) vie !
Le poème que je partage aujourd’hui n’est à première vue pas forcement très représentatif de tout ses jeux sur la langue mais sa première lecture m’a tellement bouleversé que je garde ces mots en moi comme une P’oasis dans laquelle je peux puiser et me désaltérer. P’oasis, un mot-valise qui par sa sonorité rappellerait poésie comme une source rare, précieuse, vitale ? Ce poème publié dans L’Aumonyme (1923) m’évoque tout simplement la liberté, cette ferveur qui vous prend les tripes et qui débute par la langue. Mystérieux et libérateur P’oasis expose l’apologie de la poésie et nous coffre ainsi à Saint-Anne où l’on peut tutoyer la folie sans honte ni représailles. Les oasis apparaissent souvent dans les films sous forme de mirages au cœur d’un désert sarcophage, comme pour insuffler un regain d’optimiste pour les personnages, un électrochoc à celui et celle qui les voit et, à défaut de pouvoir crier "je vis", offrir la possibilité de crier même une dernière fois "Je veux vivre !". Revoir ainsi ses dernières forces se rassembler pour marcher et affronter l’abîme. En relisant P’oasis ce fut mon ressenti, comme un havre de paix, un havre de vie. Mon désir d’écrire embrase alors tout mon être et chaque jour il ajoute un trait à l’esquisse illustrant ma place ici-bas. Et voilà qu’aujourd’hui je vois en la création la seule forme de lutte, du moins la seule qui mérite que j’en fasse ma propre cause… Là où il y a les mots, il y a de la vie et là où il y a création il y a récréation et conquête d’un nouveau monde. Aux diables les paralytiques pessimistes. Je suis une arborescence qui fleurit sur les déserts des jardins cérébraux et je saisis avec conviction mon existence certes encore fragile mais à l’ardeur paternelle et aux ami.e.s maternel.l.e.s. Je tends mon stylo comme une perche à qui se noie au lieu de nager et je somme d’enfin dire "nous sommes des arborescences qui fleurissent sur les déserts des jardins cérébraux".

"L’an est si lent.
Abandonnons nos ancres dans l’encre,

mes amis."

"[...] le corps des prunelles est le fruit de jouir
goûtez les prunelles avant de mourir,
aux arbres  des forêts le marbre des forts est.
Cent nageurs ont péri du désir des cruelles, sent, nageur le sang des sans cervelle
Pitié pour le désert où des airs sans pitié sur les aîtres du cœur ont renseigné les hêtres
[...]
je mens aux multiples consciences."

P’oasis

Nous sommes les pensées arborescentes qui fleurissent
sur les chemins des jardins cérébraux.

- Sœur Anne, ma Sainte Anne, ne vois-tu rien venir… vers Sainte-Anne?
- Je vois les pensées odorer les mots.

- Nous sommes les mots arborescents qui fleurissent
sur les chemins des jardins cérébraux.
De nous naissent les pensées.

- Nous sommes les pensées arborescentes qui fleurissent
sur les chemins des jardins cérébraux.
Les mots sont nos esclaves.
- Nous sommes
- Nous sommes

- Nous sommes les lettres arborescentes qui fleurissent
sur les chemins des jardins cérébraux.
Nous n’avons pas d’esclaves.
- Sœur Anne, ma sœur Anne, que vois-tu venir vers Sainte-Anne?
- Je vois les Pan C
- Je vois les crânes KC
- Je vois les mains DCD
- Je vois les M
- Je vois les pensées BC et les femmes ME
et les poumons qui en ont AC de l’RLO
poumons noyés des ponts NMI.
Mais la minute précédente est déjà trop AG.

- Nous sommes les arborescences qui fleurissent
sur les déserts des jardins cérébraux.

Robert Desnos

* Dan Franck, Bohèmes Les aventuriers de l’art moderne (1900-1930), p 462

Live and Think …

By Banksy

… Poésie architecte d’un cœur anarchiste …

Réunis autour d’un vers, nous et vous avons croqué la pomme …

La tendre tendrement sans attendre saliveuse et adipeuse sans Paix et sans haiNe mais Hâtée, par et pour l’Homme.

Ainsi l’atteindre, la dépeindre juteuse et la teindre de sulfureuses teintes, en vainqueur artiste

Et s’étreindre, épris, qui croyons prendre ce fruit comme une allégorie plus grande à marquer de nos crocs et de nos trop, sans frontière; en son fronton d’aujourd’hui de demain et d’hier ceci :

Poésie architexte de cœurs anarchistes …

architextures anarchistes de cœurs poétiques

affamés.

À C et A et Vous

LiveAndThink,
qui vous remercie pour vos yeux et cœurs affamés, en poexistentialiste.
(Voilà enfin quelque chose de concis, en espérant que ce ne soit pas trop con, si ?)

Poésie et gravité

spec_11_imagenumeridanse_mini

Hibiki, Ushio Amagatsu

"On ne refait pas ses obsessions" me déclame Lucio Bukowski dans son testament musical. Ce morceau qui vient briser un silence nocturne me souffle cette frêle introduction d’un texte, ci-dessous, sans prétention. Voilà que j’aborde à nouveau, et sans cesse, la poésie comme une obsession. Mais ce serait malhonnête de ma part de ne pas vous faire part de mes sources d’inspiration qui m’ont fait accoucher de cette réflexion. Pourquoi en parler ? Pour soulager ma culpabilité et confesser le fait qu’au delà de m’être simplement inspiré, je dirais que les mots m’ont quasiment été servi sur un plateau.
Poésie et gravité ? Je referme un léger ouvrage bleu ciel, laissant expirer un infime souffle qui frôle mon visage attaché à un être encore en lévitation sous le poids des mots du chorégraphe japonais Ushio Amagatsu. Dans "Dialogue avec la gravité" le danseur et chorégraphe dialogue avec le mouvement et la gravité et nous offre une méditation sur le corps et sa manière de ce mouvoir dans l’espace. Ce livre étant un prêt, j’en viens à ressentir la frustration de ne pouvoir annoter et marquer ce dernier. Mon cerveau détraqué anticipe dès les premières pages et dès que la suivante apparaît mon inspiration se met en branle afin de faire naître une réflexion, plutôt un délire décousu, au rythme de ma lecture. Dès les premières pages, la poésie comme thème s’impose à moi comme une évidence. Entre dialogue, danse, esprit, corps et gravité, c’est la poésie qui vient faire converger ces éléments dans une tornade dont elle est le cœur. Le texte d’Ushio Amagatsu est d’ailleurs terriblement poétique mais surtout enivrant à souhait au point que l’inspiration venait parasiter une douce lecture, comme une violente épiphanie. Il n’y a rien de plus jouissif lors d’une lecture que de passer par le panel des sentiments que l’auteur explicite : entre légèreté et tension, douceur et violence, précision et évasion, ça en 43 malheureuses pages.  Ce moment de flottement ressenti, c’est l’abîme existentiel, c’est une volupté mystérieuse, mystique presque sexuelle qui n’a pas son pareil. Ajoutez avec ça quelques bribes de ma dernière découverte poétique nommée Blaise Cendrars et vous vous exilerez là où poésie et vie sont indissociables.

"Je voulais m’engouffrer dans la vie de la poésie
et pour cela il me fallait traverser la poésie de la vie"

[Blaise Cendrars - La légende de Novgorode]

Accompagnement musical : Lucio Bukowski – Je voyage

Poésie et gravité

La poésie est une danse dans laquelle le corps et l’esprit s’épousent et épousent une cadence.
Ils ne font pas un, c’est un couple dansant avec la gravité au cœur du monde.
C’est penser le monde; et d’un mouvement impatient et léger tomber dans l’âme de ce dernier. Ainsi le créer.
Il s’agit, en fait, d’un trio qui au contact du sol précise la naturelle complexité avec synchronisation et douceur.
Osciller à travers l’infiniment grand, en des gestes fluides, humbles et rapides pour ainsi se perdre et s’épancher librement dans l’accroupissement jusqu’au couché pour terminer à la verticale comme un grand Homme.
Au contact de la Terre, chaque particule, jusqu’à la moindre poussière gravite et lévite.
Les mouvements effectués avec grâce sont des volcans tremblant à la lave imminente faisant trembler à son tour le sol avec virilité et irrégularité.
C’est un dialogue abyssal dans lequel le vide, l’espace et la matière partagent et dansent avec la gravité. La création en découle…Image copie Pendant que le monde se meut et s’écroule, un nouveau naît, là sous nos pieds, martelé par des mouvements schizophrènes.
Être là, léger, à danser, à tanguer d’un pied à l’autre, se balancer pour sans cesse retrouver l’équilibre.
Être là, tendu, et se protéger de ses mains, remparts contre la vanité et l’insipide. Ces mains fissurées et rougies qui retiennent le corps entier en s’appuyant sur l’immanent. Elles étreignent avec ferveur le pinceau, la plume et tressaillent à chaque texture, elles vivent et ressentent. Ces extrémités plus nordiques sur lesquelles se concentrent les sens sont une source d’où s’extrait une quintessence qui parcourra l’ensemble du corps dans un souffle coupant. Des sens au bout des doigts sous lesquels scintillent les époques et l’inspiration. Poétique existence…
Des vertus de la légèreté et de la perpendicularité, toutes deux menant l’être violemment au centre de ce monde dont il est le centre de gravité.
Nous dansons avec la gravité… C’est violent. C’est vivant.
La poésie n’est rien d’autre qu’une danse sauvage chorégraphiée par le vivant abyssal. Le vivant abyssal n’est rien d’autre que poésie.
Ô Poévie. PeauEtVie.

LiveAndThink

"Toute vie n’est qu’un poème, un mouvement. Je ne suis qu’un mot, un verbe, une profondeur, dans le sens le plus sauvage, le plus mystique, le plus vivant."
[Blaise Cendrars - La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France.]

Changer de croyances pour changer de monde

Osez cliquer sur play
nous ouvrirons nos yeux
Qui sait ?

L’american dream s’écroule
Lorsque la conscience s’éveille.
Lorsque la conscience s’éveille
C’est le cœur qui s’indigne, nous élève
Et nous montre l’atroce de la veille,
Nous confronte à la participation justifiée par la foule.

Tu te sens lésé, seul et indigne
Alors que ce n’est que l’Homme qui s’affirme, réveillé
Par ses émotions spontanées qui trépignent.
Ô ami qui recherche enfin l’action, bienvenue chez les illuminés !

"Rien ne se perd tout est de l’or"
S’exalte, sautillant, le bookmaker.
"Tout peut se vendre, tout peut se prendre"
S’enthousiasme le grand dieu entrepreneur.
N’est-ce pas de la cynique cécité
Dans ces iniques volontés ?

Toi, l’illuminé, tu penses encore "rien ne se perd tout se transforme"
N’est-ce pas l’Homme optimiste qui reprend forme ?

"Quand on fait quelque chose il s’agit
D’y rester et d’en sortir"
Voici comment leur rêve devient calomnie.
Ainsi meurt l’inhumaine idéologie
Pour qu’enfin respirent
La liberté et ses multiples parties.

Même la réalité se vend, pourquoi ?
Pour que l’on désire ses viciés apparats.
La réalité n’est pas là où on la croit
Parce qu’il faut bouger pour qu’elle nous voit.

Plus on est de fous mieux on se voit,
Allez toi, ami, si tu venais avec moi ?

L’american dream s’écroule
Lorsque la conscience s’éveille.
Lorsque la conscience s’éveille
C’est le cœur qui s’indigne, nous élève
Et nous montre l’atroce de la veille,
Nous confronte à la participation justifiée par la foule.

Ô rois du marketing et meurtriers légaux, dont paraître et dorures nous assujettissent
-Finissant par être nos tombeaux, nos supplices-
Vos happening ne prennent plus, d’autres esquisses
Se dessinent autour du vide laissé par vos cœurs indignes.
Votre produit onirique et conscient certes trépigne
Mais vous avez sous-estimé l’homme quotidien qui petit à petit y résigne !

Le voici qu’il chemine vers des croyances sans kétamine
"Je veux vivre, je vis, je vis, nous vivons" se dit-il en somme
Et de son cœur à son humble univers il bouscule chaque atome
"Je me détache, j’ouvre les yeux, je m’indigne, donc nous sommes"

Il laisse parler le silence et il pense libéré de l’abondance de ces biens :
"N’ai-je pas dessiné le croquis de cet artiste citoyen ?
Son art débute en son cœur indigné et son entrain
Le fait cheminer vers le changement quotidien"

LiveAndThink

"L’indignation élève l’homme à l’universel. [...] Chez Camus, elle est toujours associée à la figure de Némésis. [...]
Elle est la déesse de la justice, de la mesure et du partage."
[Jean-François Mattéi sur Albert Camus dans Philosophie Magazine Hors-série "Albert Camus, la pensée révoltée"]

"Qu’est-ce que l’homme ?
Il est cette force qui finit toujours par balancer les tyrans et les dieux"
[Camus - Lettres à un ami allemand]

"Il faut bouger pour devenir grand" [Abd Al Malik - Adam et Ève]
Un petit article illustratif : Les fabuleux voyages de Philippe Cap !

Hymne : Amos Lee – Freedom

David et Goliath

min-323

Alerte MaisT’esOù : Assis sur un banc, je contemple donc je suis

La nuit se réveille. Elle nous offre ses premiers gestes lumineux d’un levé quotidien, ainsi que ses premières notes silencieuses de sa symphonie vespérale. C’est le début de soirée… Il est quoi, 18, 19 heures, dans ces eaux là. En ce lundi soir, ces eaux là sont glaciales. Et lui, il est là, emmitouflé comme un alpiniste grimpant le versant d’une existence de 1200 mètres d’altitude. Bonnet en laine noir disposé sur sa tignasse bordélique, vissé jusqu’aux sourcils. Puis, recouvrant son cou jusqu’à l’extrémité de son nez, une écharpe grise. Comme si cela ne suffisait pas, il porte un énorme pull en laine à col roulé qu’il avait déployé jusqu’au menton. Et par dessus, une veste épaisse en skaï usé qui commençait à se déchirer dans la nuque à cause du poids du temps.
Sur l’autoroute qui reliait son village à la capitale de son univers où se concentraient son entourage, ses lieux culturels et de partage ainsi que ces monuments historiques qu’il ne cessait d’admirer, il conduit son cercueil ambulant à la vitesse d’un déambulateur. Ça ne l’avait pas tellement mis plus en retard que d’habitude. "La vitesse m’empêche, m’empêche d’avancer", en y pensant le voilà qu’il fredonne ce refrain d’une track du dernier album de Rocé. Et, au fond, il fallait moins se méfier du temps que des autres automobilistes, c’était ça le pire… la plupart des gens ne changeaient pas, ne s’adaptaient pas, fidèles à eux-mêmes.
Un coup la chaleur à l’intérieur de son véhicule frise l’insupportable, un coup elle love le conducteur et le berce comme dans un cocon apaisant, si apaisant qu’il pouvait sentir ses yeux se fermer par la fatigue. Voilà pourquoi il ne cesse de jouer, mécaniquement, avec l’interrupteur circulaire du chauffage de sa caisse qui tombait en ruine -disait-il en plaisantant- au rythme de son état face à la température ambiante et lunatique.
C’est la fin de l’hiver… Elle avait été prononcée par un mois de Mars qui avait débuté son discours avec un sourire chaleureux et un cœur ensoleillé. Et là soudain, BAM, le mois de Mars chope un rhum virulent et paralysant, certainement refilé par un de ces gosses de la rue qui essuyait sa roupille contagieuse avec ses doigts délicats. La neige déferle et s’acharne sur le nord de la France. Elle s’abat vivement sur le territoire, emporté par une tempête hivernale. Le vent comme une main malicieuse vient baffer violemment les flocons qui eux-mêmes n’ont d’autres choix que de s’écraser sur la matière comme des aiguilles. Là où les espaces peuvent respirer sans entrave, le vent donne forme à la neige tombante et transforme à sa guise ce drap innocent tissé au sol. Le vent en patriarche décide de la manière dont seraient habillés nos horizons et nos routes. Dans certains coins plus bucoliques, on pouvait être témoin d’un désert de sable blanc ou d’une mer neigeuse aux vagues figées. C’était selon son imagination, c’était au choix. Les talus sont recouverts de neige amassée par la vent et ondulée comme des vagues, des vagues dessinée par son souffle . En artiste, il sculpte la Terre et creuse la matière.

min-941

Personne pouvait y échapper, c’était partout. L’information tournait en boucle sur toutes les chaînes de télévision, infestait la presse jusqu’aux réseaux sociaux depuis bien quelques jours déjà. Il est vrai, c’est inhabituel dans le coin, mais tout de même… en faire un si gros pâte à caisse, c’était comique au début, puis ça tournait au tragico-absurde ensuite. Ça faisait la Une… annoncée comme une énième apocalypse par des présentateurs au sourire forcé même pour annoncer le pire. Les journalistes s’en donnèrent à cœur joie, "la neige" à toutes les sauces se déclinait à l’infini, comme une libération… En tant que spectateur on sentait cette espèce de soulagement soudain, tous soulagés enfin de pouvoir parler de quelque chose. Pourquoi ? Le reste du temps, ils ne pouvaient pas tout dire ? Il n’y avait rien à dire ? Cette information pullulait et contaminait chaque média au point d’évincer tout le reste comme un chasse-neige. On avait l’impression d’une grippe générale qu’on est heureux de choper pour éviter d’aller bosser. L’information médiatisée ça avait l’air d’être toujours ça : un numéro populaire et concis qui pouvait s’exporter un peu partout pour connaître un succès garanti et pour éviter de se renouveler et de prendre des risques. Ça évinçait tout un tas de choses, ça évitait de faire et de faire faire tout un tas de choses. Puis ça se voyait que ce genre d’information arrangeait tout le monde au fond. Durant ce laps de temps on ressentait cette étrange euphorie énervée généralisée. Ça en énervait bon nombre qui ne se faisaient pas prier pour le manifester, tandis que d’autres manifestaient cette euphorie par des messages de 140 caractères ou par des photos de leur propre cru qui investissaient le fil d’actualité des nombreux usagers des réseaux sociaux. Les uns énervés par les autres disputaient un combat vain.

Sans titre-2

Le vacarme médiatique devenait non pas ridicule mais absurde. Signe d’un vague à l’âme ? D’années en années il divulguait quelques indices non-négligeables sur un malaise social.  Le rien bruyant et l’absurde étaient significatifs, tous deux étaient symptomatiques. Malaise dans la civilisation ? Mais que pouvait-on y faire ? On avait du pouvoir sur rien… si, sur notre mort. La modernité nous avait au moins laissés ça.
Ce chaos absurde venait en fait briser l’apathie ambiante et le profond ennui dans lequel chacun était plongé à sa façon. Dans le fond on l’aime cet énervement, on l’aime cette euphorie superficielle et léthargique. Ce sont les seules manières qu’on a à portée de main pour pallier une sorte de spleen post-moderne. Comme des gosses pourri-gâtés à qui on aurait tout donné, on ne savait profiter de rien. Pourtant on aimait avoir tout, tout de suite. On était animé par le désir et le profit, mais on ne savait profiter de rien. Fallait être honnête, tout le monde s’emmerdait… surtout en pleine semaine.
« L’intervention au Mali a tué cinq soldats français », « le chômage atteint un taux record : les conséquences de la crise », « la neige : un fléau ravage l’hexagone », « le Vatican : Habemus Papam ? ». Bonjour l’actualité, les guerres tuent, la neige est froide et glissante. La profondeur est tapie, là, au fond d’un écrin cadenassé par la main d’un grand groupe ayant son pesant d’or, et la main d’un autre grand groupe, tous deux cotés en bourse. Vous voulez les noms ? Mais comme si c’était aussi simple… Il s’agissait seulement d’un maillon d’une chaîne sociétale. On apprend rien à personne… la critique est facile, certes. Mais ce n’est pas parce qu’elle est facile qu’elle en est moins vraie. Il valait mieux passer son existence à rappeler que le soleil était jaune et que sa chaleur apaisait les êtres que de chercher des réponses à des questions qu’on ne comprenait pas. Préférer la lumière à l’obscurité. Et ça spécialement lorsque le soleil virait au vert. Vous avez saisi la référence ? La répétition à défaut d’être démago et bien-pensante fait partie de l’éducation. Non ? Beaucoup était encore cloîtré dans cette caverne où les ombres s’étranglaient et s’humiliaient. Bref, donnez des miettes, de la villageoise et des jeux, surtout des jeux, qu’ils disaient… et du temps de cerveau disponible, qu’il disait…
Les relais d’informations faisaient office de billetterie. Tous y venaient pour s’offrir un peu de vacuité par là, un peu de nombrilisme par ci (les reportages sur sa région faisaient fureur), soit pour se conforter dans sa vision du monde ou au contraire raviver une haine sourde à coup de lieux communs. Remarquez, les deux étaient souvent liés. Les points de vente ne se comptaient même plus, et leurs fidèles commerciaux se donnaient en spectacle en bons ménestrels. En hérauts, ils scandaient : "allez, allez, venez voir les morts, venez voir la peste, venez contempler les monstres, regardez ce Léviathan en manteau blanc". Les inuits et les canadiens rigolent. La mise en scène est cheap, les acteurs ne sont pas habités, le thème est un pétard mouillé. Il en faut peu pour être foireux. Toi, t’es là avec ton plateau repas composé d’une entrée de tomates Monsantoïsées, d’un plat lyophilisé à base de chœuf, ornaient d’un verre d’eau (t’es au courant pour Coca-Cola ?) et d’un morceau de pain, tu attends ton émission hebdomadaire en prime-time, mais avant ça, par rituel tu mates les infos. Et tu sais que tu vas t’indigner dans le néant, et qu’avant ton réconfort tu devras encore faire l’effort de te taper les coupures pub. En attendant, tu n’as pas idée de ce qui se passe dans le monde. Bon abêtir ! Les médias c’est tout une philosophie… qui met le lambda en condition. L’information médiatisée n’est qu’un énorme jeu de rôle dans lequel s’orchestre une para-réalité qui laisse chacun dans son flou et ses idées-reçues. C’était un théâtre bondé qui diffusait ad vitam aeternam un vaudeville populaire auquel on pouvait ajouter l’effet « l’ange exterminateur » de Bunuel qui empêchait les spectateurs et les acteurs de sortir. Ça n’en était pas moins réel, mais à côté ça criait, à l’extérieur ça grouillait, dehors les cœurs et l’écorce battaient. Puis c’était bien, c’était drôle, mais c’était tous les jours. Gavés comme des oies, de l’existence on est passé à l’exit transe qui ne faisait entendre que des soupires de soulagement et d’agacement.
Le but n’était pas d’informer le citoyen mais de remplir le vide entretenu par nos contemporains. "Les nouveaux chiens de garde", on pouvait lire ça assez souvent… La société du spectacle, on avait tous vu ou entendu ça quelque part… ça c’était de l’actualité, ça c’était d’actualité.

Sans titre-1

Toujours sur cette passerelle, de ferraille recouverte de béton armé, pour rejoindre le monde civilisé où s’entassent les salariés fatigués, les cadres pressés et une foule de consommateurs tantôt extrêmement aimables, tantôt détestables -c’était la jungle- notre conducteur traverse ce chaos neigeux avec sérénité et précaution mais surtout avec contemplation. Ce soir, il serait prisonnier. Il le savait. En guise de geôlier, une brume lourde et orangée car elle absorbait les lumières artificielles des villes. Elle menotte les véhicules aux alentours et prend d’assaut cet univers de béton et de métal tentaculaires, peuplé d’individus si intelligents et civilisés. C’est ce qui se disait… Le ciel blanc frisson vient sceller cette prison comme un couvercle convexe, invincible et autoritaire. La neige vient fouetter violemment tous ceux qui ont pris le risque de s’aventurer à l’extérieur, soit pour continuer de ne pas exister, soit justement pour exister davantage et communier avec leurs ravisseurs singuliers. Tous pris au piège ! Nous ! Héritiers de Galilée, de Copernic, de Darwin, d’Einstein, des Lumières, des concepteurs d’Ariane et de A-380… Nous, tous, pris au piège, par un manteau blanc que l’on enfile une à deux fois par an, pas plus. C’est pathétique.
Notre conducteur, assis dans un premier temps, le cul entre deux chaises existentielles, décide pendant son trajet odyssée, de penser qu’il a pris ce risque, peut-être inconscient, pour braver la peur collective et également pour frôler la libération. Il veut traverser et être traversé. Non pas mener un combat contre Goliath, mais seulement et simplement lutter. C’est différent. Cette lutte est une quête intime qui n’engendre ni gagnant, ni perdant, mais le simple fait de résister. Résister face à des forces naturelles et incontrôlables. C’est de prendre conscience qu’il y a des choses dont on n’a et n’aura jamais le contrôle qui nous rend plus apte à la liberté. Justement, il se dit qu’on passait tellement de temps à essayer de tout contrôler et de gagner, qu’on en oubliait de regarder, de douter, de vivre. On en oubliait d’être humble. On oubliait d’être, simplement. Il prend une claque d’humilité, le voilà qu’il tend l’autre joue… comme pour en apprendre quelque chose. N’y voyez rien de christique, il s’agit là d’établir simplement un contact vivifiant avec ses ravisseurs. Rien à voir avec un quelconque syndrome de Stockholm, puisqu’il n’est en fait ni séquestré ni n’a affaire à des criminels. Il est simplement malmené par une bête sauvage qui prend vie et saisit tous ses droits et s’adonne à ses instincts. Le conducteur le sentait ça, il le vivait au plus profond de lui. C’est pourquoi il sourit mièvrement, là, seul dans son auto depuis laquelle il ne distingue à peine l’horizon et dans laquelle il trouve la paix intérieure car tous ses sens se contractaient, s’exacerbaient, se mélangeaient et convergeaient. Pour décrire ce chaos sensoriel, il aimait dire le mot « synesthésie ». Il l’aimait ce mot, car il visait juste.

Sans titre-1
Entre la chaleur artificielle et désagréable d’un chauffage déréglé qui en vient à nous étouffer par intermittence, le froid glacial qui frappe vitres et carrosserie, son envie de pisser insoutenable et le morceau hypnotique de Jonathan Wilson qui sort des enceintes, il roule, contemplatif et ailleurs, à travers la vallée d’une lune invisible mais qu’il savait d’argent. Une soirée d’or, de cuivre et d’argent. C’était ça sa richesse. Ça paraissait caricatural et ridicule, mais ça existait bel et bien des gens comme lui. Des gens qui voyaient dans la beauté du monde, et dans tout ce qu’elle confère, une ambition saine, réelle et riche. Une sorte d’onirisme réel, comme un nuage à portée de main… Il en existait des milliers, qui amassaient des pièces d’or au pied des arc-en-ciel, qui puisaient le jus de cette grosse pomme gorgée d’eau, c’était évident. Boire l’eau-de-vie, voilà une image qui lui parlait. Beaucoup se shoote à l’inexistence, contraint par un geôlier spectral, lui sa came c’était l’existence, et il avait le partage dans les veines… l’existence entière, effrayante, criarde, brute, innocente et bestiale… l’existence vautrée dans l’essence et la beauté. C’est l’évidence qui fait sourire… mais pour lui, il n’y avait pas de quoi sourire puisqu’il disait que cette évidence n’avait rien d’effective, n’était pas réelle…
Pendant son trajet Homérique, il a eu le temps de penser à tous un tas de choses, à tous un tas de réflexions qui pouvaient le faire sourire. D’un sourire que l’on affiche après avoir saisi le sens d’une énigme, "un sens qu’on déchiffre mal parce qu’il éblouit" écrivait Camus.
Arrivé à destination, il sort de son véhicule péniblement garé sur 5 cm de neige et un trottoir, disons plutôt une marche. Il tressaille comme pour faire tomber le froid qui venait de s’emparer de lui, comme de la simple neige amassée sur ses épaules. Il se dirige à présent devant l’immeuble d’un de ses amis qu’il devait rejoindre et il joue avec les couches de neige qui recouvrent le toit des véhicules ornant sa marche, et habillent l’anorexique verdure citadine. Il les balaie furtivement comme un sale gosse. Le froid glacial de la neige qu’il malaxe nerveusement vient lui brûler le bout des doigts. À sa combinaison hivernale il ajoute, à présent, des gants en cuir. Le voilà qu’il monte une côte qu’il n’aurait pu gravir avec son véhicule au risque de se trouver bloqué dans un mouvement immobile d’un patinage mécanique. Il se prend les projectiles neigeux dans les derniers centimètres de chair qu’il lui reste à découvert, les pires centimètres : les yeux. Il fait jaillir tout ce qu’il y avait de dominant là dehors, dans les esprits, dans les journaux, dans les immeubles où s’entassent des salariés qui ne savent plus pour qui ils bossent, dans nos télévisions, dans nos babyphones… et il fait le point avec ce qu’il était en train de vivre, presque en solitaire, les rues étaient fantomatiques. Puis dans une pensée pseudo-dénonciatrice et à peine vindicative, il expose brièvement à lui-même :

Tout ça pour ça ? Et si Darwin s’était planté ? Comme on dit, on voit bien que la nature reprend ses droits, et y’a qu’à regarder autour de nous, personne en réchappera. À part un ou deux milliards d’êtres humains – enfin d’humains compte tenu de leurs difficultés à être – on bâtissait tous son existence autour d’une croissance généralisée et d’un « toujours plus » religieux conquis à coup de guerres loyales et victorieuses, orchestrées par des conquistadors persuadés de leurs bienfaits imposés, et de luttes menées par nos pères, et vos pères. On appelait ça progrès. Et on en était là, à s’arrêter de vivre pour 10 centimètres de neige, à avoir peur de tout, et surtout du monde, du vrai monde, entier et à perte de vue. Et, ce n’était pas exceptionnel. Qu’importe la neige, qu’importe la chaleur, ce n’était jamais le moment pour personne, ça venait toujours contrecarrer les plans du quotidien… car on avait des objectifs, et des comptes à rendre à tout le monde. Tous pris au piège par la neige et également par nos propres existences. Sauf, le dépossédé de tout. C’était différent pour ce mendiant vagabond sans ici, sans maintenant, sans âme qui en ce temps onirique et apocalyptique, menait une lutte à mort contre la mort. Bonjour la solidarité post-moderne et mortifère. Mais fuck! À bat les existences ingrates et rabat-joies, à bat les existences suicidaires, se mettait-il à scander en sa boîte crânienne qui bouillait. Il venait de terminer un livre éloquent et nécessaire qui parlait du suicide justement, voilà le pourquoi de sa pensée et paradoxalement ça l’avait libéré. C’est pas votre croissance Hannibal, vos promesses de réussite et votre pouvoir d’achat qui nous apprendront à vivre dans ce monde là, qu’il disait. C’est pas ça qui nous sauvera. Sa révolte est facile, mais là pour être honnête, il s’en contrefout. Son allégresse qu’il saisit au vol en traversant ce monde en furie, le place au dessus de tout ça, au dessus de la complexité, de la polémique, du malheur, de la pauvreté. Il n’a pas l’envie de disputer un combat perdu d’avance, il lutte là avec plaisir, avec désir et il est juste bien. Au diable les aigris et les désillusionnés, il est solaire et veut au moins tendre la main aux désespérés. Qui l’aime le suive, c’était tout. Il continuerait à admirer ces paysages naturels et citadins déformés par Goliath. Tous les dix mètres, il continuait sa contemplation curieuse, le monde en cet instant tenait de l’onirisme. S’être rendu compte de sa petitesse l’avait grandi. Il épouse les intempéries, fragile, docile, révolté mais invincible. Il effleure sans doute la beauté, humblement. Il se vautre dans un orgueil de vivre… Il ressentait un amour particulier pour cette formule… l’orgueil de vivre.

LiveAndThink

398995_4488720450978_2054472479_n

Coraline Paul

Jonathan Wilson – Gentle spirit