L’éternel mari

« Imaginez Don Juan plein de remords et hanté par un mari trompé.
Accablé de soucis d’argent, n’ayant le goût à rien, Veltchaninov est poursuivi par un homme en deuil. Troussotzky a perdu sa femme. Toute faute, pour Dostoïevski, doit être expiée; le péché engendre la maladie et la folie. Le vaudeville tourne au drame, car il y a une victime innocente, Lisa, une enfant. De qui est-elle ? L’éternel mari retrouvera une épouse, l’éternel amant sa vigueur et le jeu recommence. »

Dostoïevski a ce don, celui de capter, d’hypnotiser votre attention dès la première phrase, le premier mot… (La majuscule ?). Et ce quel que soit le sujet qu’il décide d’aborder. Ici un triangle amoureux particulier. Son talent ? Celui de nous conter une histoire, parfaitement maîtrisée de bout en bout, avec au centre, des personnages creusés dans leur psychologie, leurs actions et leurs conséquences.

À la fin de sa lecture, on ne peut qu’être sur le cul tellement l’histoire du roman s’emboîte parfaitement, comme tombée du ciel, sans un mot de trop, ni digression inutile bref sans bout de gras, aucun. Dans cette œuvre, que certains diront mineure par son contenu plus abordable sur tous les points de vue : littéraire, philosophique, forme et fond…, Dostoïevski nous dresse pourtant un tableau de la vie tellement profond et réaliste. Le roman nous ballade et nous malmène à travers la vie de son personnage principal : Veltchaninov, tourmenté par son passé, ses regrets (sans le savoir encore au début), ses tourments présents, ses amours, son manque d’entrain et sa culpabilité inexpliquée…L’estomac et l’esprit noué, tout va s’accentuer, empirer et se démêler lorsque le personnage fera une rencontre fortuite : Troussotzky, un inconnu pas si inconnu que ça. Il sera le point d’ancrage entre la mémoire, le passé mystérieux, la personnalité torturée et la culpabilité de Veltchaninov. Sans en dire trop, ce roman nous rend accro. On ne peut s’arrêter à la fin d’un chapitre car l’envie de connaître le dénouement nous dévore. L’auteur a aussi ce talent, celui de maintenir une tension et un suspens constant tout en jouant sur des rebondissements inattendus.

Par ce roman, Dostoïevski nous dresse le tableau de la condition humaine à travers une époque décadente. Il nous décrit et nous crie avec émotion « la sensibilité de l’homme moderne qui se reconnaît moins dans la noblesse d’un entêtement obstiné face au destin, que dans la grisaille d’une vie médiocre où les désirs inassouvis, les regrets et les fautes viennent tourmenter sous la forme de démons mesquins. »

En quelques mots : « L’éternel mari » simple mais loin d’être simpliste et surtout captivant.

AVANT-GOUT :

« Impossible, vraiment, d’être toujours victime de ses souvenirs, il est bon de se reposer et de se promener aux entractes »

« On boit sa propre peine et l’on dirait qu’elle vous enivre. »

« Sinon qu’adviendra-t-il de moi ? Voyez-vous même !-Il indiqua la bouteille- Et ce n’est que le moindre de mes défauts. Je ne peux vivre si je ne me marie pas, si je ne retrouve pas mon ancienne confiance en moi-même… »

« Vous m’avez défié. Or il faut haïr pour défier de la sorte, donc vous me haïssez »

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