Un elephant…dans la cour du lycée

Synopsis : En ce jour d’automne, les lycéens, comme à leur habitude, partagent leur temps entre cours, football, photographie, potins, etc. Pour chacun des élèves, le lycée représente une expérience différente, enrichissante ou amicale pour les uns, traumatisante, solitaire ou difficile pour les autres.
Réalisé par Gus Van Sant
Avec  Alex Frost, John Robinson, Elias McConnell…
Palme d’or 2003

Gus Van Sant m’avait déjà convaincu avec Will Hunting, mettant en scène un Matt Damon surdoué et arrogant, encore plus avec Harvey Milk, biopic d’un des premiers homosexuels à être élu conseiller municipal. De là, il lui en fallait peu pour m’impressionner. Avec Elephant, son huitème films (il me semble), il a fait plus que de me bluffer.
Ce film est une claque dans tous les sens du terme. Son synopsis mystérieux délibérément (je l’ai même tronqué au besoin. Car si vous faites un tour sur la toile vous verrez que tout le monde a spoilé à tort, j’ai préféré garder la part de mystère qui m’a justement séduit pour acheter ce film), nous en dit très peu sur l’histoire et son déroulement.
Ce qu’on sait en revanche, que le réalisateur va nous plonger dans l’univers lycéen dans le but de suivre différents élèves, différents parcours et points de vue.

Pourquoi ce film est une claque ? Parce qu’il est réalisé par Gus Van Sant… Récompensé au festival de Cannes, ce film est donc « hors-circuit Hollywoodien », ce n’est pas qu’un simple divertissement. Ce long métrage nous tient en haleine par son aspect énigmatique. On se doute de la fin (si l’on regarde la bande annonce), mais pas une seconde elle est explicite. Alors pendant 1h on ne fait que suivre le parcours d’un étudiant, puis d’un autre.. Jusque là on se dit « ouai bof » mais c’est sans avoir encore parlé de la forme, de la mise en scène tout simplement magistrale du film. Tout est là en fait.
Le talentueux gusse, qu’est Gus Van Sant, nous fait faire le tour des lieux avec sa caméra à hauteur d’homme, ce qui a pour effet de nous rendre véritablement acteur du film. On devient élève de ce lycée, on côtoie ces camarades bref on vit leurs moments. La réalité de cette journée (le film n’est que sur une journée) est renforcée par le naturel des acteurs et figurants qui sont pour la plupart de vrais étudiants et aussi par le lieu, qui est un vrai lycée depuis peu abandonné. Mais ce n’est pas tout, la véritable recherche artistique se trouve  dans la manière de nous faire vivre cette journée particulière. En effet le réalisteur filme pratiquement tout le film en plan séquence, en alternant gros plan, vue d’ensemble et même panoramiques à 360°. Chaque plan est complexe, parfois sinueux mais parfaitement calculé et maîtrisé. Gus Van Sant filme un footballeur beau gosse, un photographe, l’élève moyen etc… Et certains même plusieurs fois. Pourquoi ? Car le réalisateur mise beaucoup sur les détails (Ce n’est donc pas du tout un film pop-corn) il nous donne la possibilité de voir le parcours d’un des personnages sous différents point de vue pour bien comprendre pourquoi cette place finale. Mais surtout il nous montre que tout est lié, à la fois les réactions des personnages mais les personnages eux-mêmes. Selon le point de vue du parcours d’un des élèves, on en voit d’autres en arrière plan se dirigeant à leur place pour le « final ». Une sorte de bug dans la matrice (car on revoit plusieurs fois les mêmes scènes) parfaitement maîtrisé et calculé car en fait, tous les plans se superposent selon le personnage filmé.

Avec ce film, Gus Van Sant devient  magicien, il nous hypnotise par sa mise en scène. Le véritable tour de passe-passe est de nous captiver (avec la bave au coin de la bouche) jusqu’à la dernière minute alors qu’au final on pourrait se dire « mais en fait il se passe rien du tout ». En ce qui concerne la musique, on y voit (plutôt entend ) le talent de prestidigitateur du réalisateur. Ce film est hypnotique par son leitmotiv musicale : « lettre à Élise » de Beethoven, si si vous connaissez, tout le monde a déjà entendu au moins une fois cette musique. Dans le film, elle peut faire référence à l’adolescence, l’étudiant, car c’est souvent le premier morceau que l’on sait jouer quand on apprend le piano. Elle fait référence aussi à l’innocence, justement tout le paradoxe du film qui montre là encore que tout est calculé. Mais cette musique nous hypnotise surtout car elle revient régulièrement et ce, toujours à un moment précis. Elle se complète avec un autre morceau qui vient nous glacer « sonate au clair du lune » toujours de Beethoven.
Là encore, Gus Van Sant nous donne à voir une œuvre d’art complète. Tout est dans le soucis du détail et rien n’est dû au hasard.

Elephant est un éléphant dans un magasin de porcelaine, à la fois pour son choc visuel et son choc final, qui nous laisse sans voix et nous fait réfléchir…mais la métaphore ne s’arrête pas là. On s’imagine un éléphant téléporté comme par magie dans un magasin de porcelaine, il serait immobile presque innocent dans un univers d’une fragilité intense : c’est le film. L’éléphant est à la fois le sujet et le final, sensible et robuste mais surtout majestueux et imprévisible. Et  le magasin de porcelaine fait référence à la forme, l’esthétique du film, magnifique en somme.

Bref un film à ne pas rater.

Pour ceux qui auront le courage d’acheter le film, le packaging nous dit « bah ouai je ne me fou pas de votre gueule, vous achetez vous êtes récompensé ».
Car le dvd contient évidemment le film et ses bonus mais aussi un joli petit livret bien soigné avec tout un tas d’explications et d’éclaircissements sur Elephant.

Images tirées du post du blog : http://nicolinux.fr/2011/06/06/elephant-van-sant/

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