Beginners…Là où tout commence

Beginners

Réalisé par Mike Mills
Avec Ewan Mcgregor, Christopher Plummer, Mélanie Laurent.

On attaque, dans la douceur et la volupté, avec une magnifique comédie dramatique (Bon je spoile mon sentiment envers ce film dès ma phrase d’accroche, c’était inévitable, mais de toute façon il est étiqueté de cette manière). Ce film sorti en salle le 15 juin 2011, est le second long-métrage du réalisateur Mike Mills. Après avoir vu sa bande annonce il y a déjà quelques temps, je m’étais dit qu’il fallait aller y jeter un œil… Puis le temps a passé, la mémoire s’étiolant, cette envie s’est subtilement changée en une réminiscence sibylline. Mais par un heureux hasard je me suis souvenu de ce film et avec ce souvenir, remonta cet enthousiasme, celui de le voir . Ni une, ni deux je décide de foncer au cinéma (évidemment un petit cinéma de quartier, car cela fait un moment qu’il n’est plus diffusé dans la plupart des salles des grands cinémas). Avec de vagues souvenirs en tête (juste le souvenir précis de l’acteur principal que j’affectionne particulièrement : Mr Ewan Mcgregor), je paie mon billet et m’assois à mon aise dans l’un de ses fauteuils de velours pourpre si caractéristique, au milieu d’une salle quasi-vide. À partir de là, un bref sentiment de peur m’envahit : celle de l’inconnu, de se retrouver à devoir regarder un film bof et sans saveur…
Les lumières s’éteignent, l’enthousiasme reprend le dessus… Scène 1. CLAP.

Cela commence par Oliver (Ewan Mcgregor), illustrateur de profession, on le voit déambuler dans une maison vide, mais pleine de cartons. Après quelques minutes où le spectateur se rend compte que le personnage principal vient de subir la perte de son père et qu’il déménage donc sa maison, Oliver s’adresse à nous : « Nous sommes en 2003 et les étoiles c’est ça, la nature c’est ça, le président c’est ça, la nourriture c’est ça » avec de belles images fixes qui défilent sur l’écran en guise d’ornements. En effet, ses paroles sont illustrées par une sorte de roman photos qu’il nous fait découvrir en même temps qu’il parle. Évidemment j’ai adapté ses paroles, je dois dire que je ne les connais pas par cœur. Bref. Ensuite rebelote, Oliver nous dit la même chose, excepté que cette fois, il ne nous parle plus de 2003 mais de l’année de ses 13 ans où tout a « commencé », où tout a basculé. Petit flashback où l’on voit son enfance avec sa mère, à l’époque où évidemment tout était beau, tout était bien… Enfin pas tant que ça. L’enfance et les drames façonnent ici l’adulte qui à présent déambule dans une vie plutôt mélancolique. Plus que mélancolique même, Oliver est au bord de la dépression, son attitude, ses traits, son regard, tout respire une telle lassitude, comme si la vie n’avait plus rien à lui offrir.
Cette première scène annonce la couleur. La particularité de ce film est de s’articuler sous trois formes narratives, trois trames temporelles. Le présent, son enfance mais aussi la narration de sa relation père/fils après que son père ait fait son coming-out à 75 ans. Cette dernière trame nous apprend donc que son père est malade (d’où son décès) et nous montre avec délicatesse la relation entre son père et Oliver. Le moment présent d’Oliver s’alimente donc, se justifie, se comprend par de multiples flashback qui sont de véritables personnages à part entière qui interagissent avec Oliver et son présent. D’ailleurs, le procédé du « roman-photo » agrémenté des commentaires d’Oliver est utilisé à plusieurs reprises, comme un leitmotiv.
Grosso modo, Mike Mills met en boîte la Vie d’un homme, intégralement. Et sous forme d’images immédiatement visibles (le film que l’on regarde), le réalisateur répond aux grandes questions existentielles de chacun d’entre nous, le pourquoi de notre présent : Pourquoi j’ai fait ce choix, pourquoi je ressens ci, mais pas ça, pourquoi j’ai peur, pourquoi je n’arrive pas à ci, à ça ..; pourquoi elle, pourquoi ce chien ?
La réponse : Nos Beginners. Pourquoi le présent, parce que le passé, parce que il y a eu les individus qui ont pétri ce que nous sommes aujourd’hui : Les parents, leur propre passé, leurs propres problèmes. Ce film est une parfaite mise en abîme de la vie, par la vie des autres, et celle des autres…Etc. Cette œuvre est cathartique, psychanalytique et surtout humaniste. Cela se ressent particulièrement par la façon de filmer, la caméra ne cesse de nous montrer les personnages de près voire en gros plan. D’ailleurs concernant l’aspect psychanalytique, dans le mille, vu qu’on peut y voir un clin d’œil  explicite : Lors d’une soirée déguisée, Oliver est déguisé en … Freud. Dans ce film s’entremêlent alors en filigrane psychanalyse, auto-analyse et philosophie.

Le synopsis nous dit : Oliver, illustrateur a Los Angeles, collectionne les ex et les déceptions amoureuses. Quand son père, Hal, tire sa révérence après avoir fait son coming-out a 75 ans et rejoint avec entrain la communauté homosexuelle, Oliver se penche sur ses relations familiales et ses échecs sentimentaux. Et il hérite d’un chien philosophe et bavard. La dépression guette. Jusqu’au jour où il rencontre Anna…
Ah nous y voilà, l’amour ! Les relations … Le présent d’Oliver c’est ça, sa rencontre avec Anna (Mélanie Laurent, énorme surprise en la voyant déguisée sur un divan. On se tourne vers la personne avec qui on est allé au ciné et on a ce regard qui dit : « C’est bien elle non? hein ? » 🙂 ). De là, la trame qui narre le présent d’Oliver nous montre l’évolution de sa relation et ses difficultés, qui sera interrompue par les flashback qui permettront de tout comprendre et d’en ressentir une forte émotion …

Je vois que je m’étale pas mal pour au final ne pas dire grand chose donc verdict : j’ai trouvé ce film excellent. Excellent, premièrement par l’agréable surprise qu’il m’a offert, et deuxièmement parce que, sur une majorité de points, je le trouve réussi. Le film est réussi déjà par son casting, et la justesse avec laquelle les acteurs sont imbibés. Ce long-métrage est d’une pudeur qui nous montre, d’une simplicité incroyable, tous les côtés de la vie, avec pourtant une explosion des sentiments. En effet on est totalement raccord avec le personnage central, pourquoi ? Car que l’on soit homme ou femme, Oliver c’est nous. Alors on pleure quand il pleure, on rit quand il rit, on est paumé quand il est paumé. Beginners nous dresse le portrait d’une vie avec une délicatesse qui nous touche profondément, mais aussi une grande pudeur. Le mélange des deux confère au film sa grande justesse. Tous les sujets y passe : le décès, donc le deuil mais aussi la sexualité, les prises de décisions, l’amour, la dépression, l’euphorie des petits moments de bonheur éphémère …

Le sujet du film n’est en aucun cas original, mais la forme du film, sa mise en scène nous immerge donc nous submerge également. L’image est très particulière, passée, grisâtre, tout ça pour mieux faire exploser la couleur lorsque celle-ci se manifeste : Anna et sa robe rouge par exemple.  Si le film est si bien, c’est aussi parce que le fond et la forme se renvoient la balle, ils communiquent jusqu’à former une osmose quasi-parfaite où l’émotion coule à flot. Il faut pour cela parler ensuite de la bande son qui est tout simplement magistrale parce qu’elle est originale. Pourquoi ? Parce que déjà, il n’y a pas de musique à outrance pour nous faire chialer. La justesse du film se trouve ici. Ce n’est pas la musique qui créée l’émotion mais c’est en partant de l’émotion que la musique se fait entendre. Il y a une alchimie entre le son et l’image. Les silences sont partie intégrante de la bande son, ce qui nous permet d’entendre les personnages dans toute leur singularité, leur faiblesse, leur force, on entend chaque respiration des personnages, la manche D’oliver frotter un livre qu’il déplace d’un carton à l’autre. Bref, c’est beau et ça m’a pris les tripes.
Le réalisateur a vite compris que le spectateur n’est pas une gros teubê insensible qu’il faut assommer d’effets visuels et sonores pour susciter l’émotion. Non, le spectateur est humain et possède une intelligence émotionnelle. Si, évidemment il ne passe pas sa vie devant sa télé et en soirée avec une bouteille à moitié vide et des stocks de munitions de blagues salaces. Mais ce genre de programme n’est pas à proscrire bien entendu !
Ce n’est pas un film que l’on regarde mais notre vie. Le thème central du film : l’identité d’un individu. Cette œuvre est en quelque sorte la mémoire d’Oliver mais celle du spectateur aussi. En parlant de mémoire, après le décès de son père, Oliver hérite de son chien (un jack russel nommé Arthur), il est le fil rouge du film, subtilement introduit, Arthur est en permanence dans les pattes de son nouveau maître au sens propre et figuré. L’originalité de cette relation Homme/animal est de nous faire croire que le chien parle vraiment alors qu’il parle simplement comme tout animal domestique : par l’intermédiaire de son maître en plein monologue. Pourquoi il est le fil rouge et la mémoire ? Premièrement, car il sera le souvenir du père défunt d’Oliver. Puis sa place en tant que personnage, me fait croire qu’Arthur est surtout le substitut du père d’Oliver, il va l’épauler, l’aider dans ses prises de décisions et surtout être la cause, malgré lui, de la rencontre avec Anna.
Autre fil rouge du film dont j’ai déjà parlé en début de ce billet : les trois trames narratives du film sont elles-mêmes, régulièrement interrompues par ce « roman photos », matérialisant les paroles d’Oliver qui  s’adresse à nous. Cette interruption sert de réceptacle pour nos larmes de joie et de tristesse, dans le but de nous afficher un sourire tendre sur nos visages. Son utilité dans le film ? Sans cesse de comparer les époques passées/présents du personnage principal.

Ce que j’ai remarqué : dans ce film, le présent d’Oliver, dessiné par sa nouvelle rencontre qu’est Anna, est simple, doux, poétique presque sans mouvement. Alors que dans les flashback, ça crie, ça explose de rire, ça fond en larmes … les contrastes sont flagrants et sont à l’image de l’existence. Bref, il s’agit d’un détail qui montre bien que le réalisateur mise beaucoup sur le passé, plus particulièrement sur les « beginners ». Enfin il ne mise pas, il veut prouver que le passé n’est pas à oublier, ni a regretter mais à mélanger à son présent. Tout comme le blanc est la couleur obtenue après l’addition de toutes les couleurs. Autre détail, chacune des trois parties narratives qui construit le film, concerne une personne/relation bien particulière. Le présent est consacré à Oliver, le flashback le plus près chronologiquement du présent d’Oliver, concerne lui, la relation Père/fils. Tandis que le dernier flashback concerne évidemment la relation Mère/fils. Nous revoilà face à la pipe et la barbe singulière de Freud. C’est en écrivant ce post que je me rends compte de ça et ça a son importance.
Le film ne vire pas à la niaiserie, ni au romantisme rêveur d’une relation amoureuse à la Titanic ou à la Walt Disney. Il est vrai, juste, tendre mais à la fois dur, c’est pour ça qu’il est très émouvant. Il émeut par sa simplicité, par sa sincérité et par sa poésie presque indolente, comme si à chaque découpage chronologique, le temps se figeait. Ce long-métrage est fleur bleue mais aussi rose noire, il fait mal, mais il donne beaucoup d’espoir. Ce film nous dit que rien n’est écrit, malgré notre passé, nos épreuves vécues, nos démons par encore vaincus et nos « beginners »/géniteurs, tout est à commencer voire recommencer, à écrire, à décider. Mais le choix n’est pas si délibéré que ça et qui plus est il nous somme d’avoir vaincu nos démons passés pour le saisir. On ressort de la salle avec l’envie de voler (avec des ailes hein), mais l’on demande, avant, un mouchoir à sa compagne de ciné afin d’essuyer la petite larme, restée nichée sur notre paupière inférieure. C’est délicat, subtile, pudique mais surtout d’une fraîcheur qui nous envahit la tête et le cœur comme un airwave nous enflamme la bouche. Que demander de plus ?

Par contre si j’ai réussi à vous convaincre d’aller voir ce film, je suis désolé de vous apprendre qu’il n’est, depuis aujourd’hui (en tout cas chez moi), plus à l’affiche…Tandis qu’un « pirate des caraïbes 4 » continue sa ruée vers l’or un peu partout en France…

Beginners, une claque sentimentale et psychanalytique, doté d’une forme rendant original le fond. Il paraît complexe à l’écrit, mais à l’exposition de tous nos sens, il coule de source et vient se nicher dans nos petits cœurs avec l’effet d’une madeleine de Proust, mais aussi avec l’effet du réveil de nos rêves et de nos ambitions futures. En étant plus objectif, Beginners n’est pas la master-piece du siècle cinématographique mais c’est un très bon film. Je ne peux m’empêcher de comparer : Beginners à la douceur, la subtilité et l’onirisme d’une Sofia Coppola, doublé de la mise en scène de son père.

N.B : Film à voir évidemment en version originale, pour apprécier toutes les subtilités linguistiques, notamment concernant Mélanie Laurent qui interprète un personnage d’origine française, apparemment, c’est justement la VO qui nous donne l’information. 😉

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