Petit cours d’autodéfense intellectuelle…

Il fut un temps où existait en moi la fameuse réticence envers la lecture, la littérature. Il fut un temps où cette réticence fut évincée même éliminée, à une période propice de mon existence. Celle du lycée, une période décisive dans la construction de notre être. J’étais comme beaucoup de lycéens : un heureux paumé, à faire mes choix de vie, d’études en fonction de mes ami(e)s, de ma famille. Je me foutais du monde, c’était là mon innocence ainsi que mon insouciance typiquement adolescente, alors ce n’était pas si grave. Je me foutais de la politique, de mon futur métier (quoique), de l’école (c’était pas une  corvée mais j’aurais pu largement m’en passer). Ce qui m’importait c’était d’entendre la sonnerie criarde, afin de rejoindre mes ami(e)s dans la cour pour se marrer et se foutre de la gueule de mes semblables.
Beaucoup de personnes en sont restées à ce stade, même une fois adulte. Parfois malgré eux, à cause du « comment » est construit notre système. Souvent par je m’en foutisme, alors ils se sont laissés portés par la vie… D’autres plus réfléchis mais non moins machiavéliques, ont profité de ce système dans le but de réussir leur vie (comment leur en vouloir là encore, je ne blâme personne.) tout en laissant à la traîne les plus démunis et ceux du milieu, en alimentant un système d’assujettissement où errent dominants et dominés.
En ce qui me concerne, j’aurais pu me laisser porter par la vie, mais j’ai écouté (malgré moi, par hypnose surement mais surtout par émerveillement ) un de mes professeurs. Je sais, je sais ça fait cliché mais que voulez-vous, je préfère de loin être un cliché (une moitié dirons-nous) plutôt qu’un déchet.
Quel est le rapport en ce lundi de découverte littéraire ? Ce prof fut mon tueur d’ignorance, comme j’aime l’appeler, en me conseillant ce premier livre. Le premier « pavé » que je lisais par réel choix, ôté de toutes pressions et obligations scolaires. Alors depuis la naissance de ma véritable volonté d’agir, par l’intermédiaire de ce blog, j’ai décidé de dépoussiérer ma bibliothèque afin de remettre la main sur ma première fois littéraire. Toujours avec l’objectif d’attiser la curiosité de mes visiteurs et de leur donner le flambeau afin de pouvoir cramer la bêtise, qui règne en maîtresse dans une société, qui faut le dire, ne va pas très bien. Être ignorant dans une société qui rend ignorant et qui plus est, ne tourne pas bien rond… Je ne vous raconte pas la gueule du cercle vicieux qui prend forme (depuis un moment déjà), que j’allais dénoncer.

« Quand vous l’aurez lu, vous ne pourrez plus vous en passer » peut-on lire sur la quatrième de couverture de ce petit cours d’autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon. En effet, même si maintenant le contenu me paraît évident, il m’arrive d’y jeter un œil, ne serait-ce que pour admirer l’illustration de Charb, sur la première de couverture. Je vais essayer de faire court. (Ce n’est pas gagné)

Dans un premier temps, ne serait-ce que pour sa forme et sa mise en page, ce livre mérite qu’on l’achète et qu’on y jette un œil.  325 pages certes, mais le livre regorge de nombreuses illustrations dans la lignée de la première de couverture, c’est humoristique et subversif. Le découpage est très lisible, adapté et compréhensible. Rien à voir avec des ouvrages de philosophes consciemment brumeux. La première partie du bouquin concerne le langage et nous met en garde et nous rappelle que le langage peut être  un art, pour des gens bien avisés, de la fourberie mentale. La deuxième porte sur un aspect plus mathématique. Ne pas se méprendre, dans cette partie l’auteur nous apprend à prendre du recul sur la profusion de chiffres, d’études et de statistiques qui nous assomment. Ensuite Normand Baillargeon nous met en garde contre nos expériences personnelles. Ces dernières ne sont évidemment pas à prendre pour argent comptant, ni pour une vérité irréfutable. Nos expériences sont à prendre avec du recul, à analyser pour éviter les amalgames et préjugés. (« Fait gaffe à l’arabe là bas, il a l’œil narquois. La dernière fois je te raconte pas, c’est un arabe qui a essayé de voler mon sac à main… Alors depuis je fais attention. »
Une mésaventure, un « arabe » …Donc tous les « arabes » sont des voleurs. Une mésaventure, un « arabe » sur évidemment combien de personnes d’origine orientale ?). Ensuite on entre dans un sujet un peu plus complexe mais non moins intéressant : la science. Pour finir, l’auteur fait une analyse des médias et de leur influence, ainsi que l’idée d’une nouvelle démocratie qu’ils véhiculent.

Dans un second temps, cet ouvrage est aussi assez simple d’accès , il invite à mener une vraie réflexion . Pour cela l’auteur Normand Baillargeon mise sur le ludique et l’interaction avec le lecteur . Il agit en philosophe Socratique et pose implicitement beaucoup de questions en nous invitant cordialement au doute et à la prise du recul. Mais attention comme l’indique la citation de l’introduction : « Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes qui, l’une comme l’autre, nous dispensent de réfléchir. » Le leitmotiv est lancé : réfléchir. Il ne s’agit pas de douter de tout et de n’importe quoi ni de croire à tout et n’importe quoi. Mais de remettre en cause, de questionner.
À part les illustrations qui ornent ce livre, l’auteur interrompt son cours d’autodéfense intellectuelle par de nombreuses choses : Des extraits d’auteurs sur un des sujets abordés (ex : le kit de détection de poutine de Carl sagan), des récits de faits historiques et des récapitulatifs. Bref tout une panoplie ludique, invitant à réveiller nos consciences et à alimenter notre réflexion.
De plus, ce petit cours d’autodéfense intellectuelle est une réelle invitation à saisir les perches littéraires, scientifiques, intellectuelles et philosophiques que l’auteur nous tend. En effet, en plus des dires de l’auteur, ce dernier cite et parle d’autres auteurs incontournables. Il suscite notre curiosité(en tout cas il a réussi à susciter la mienne) et nous propose d’aller voir du côté de ces trop nombreux oubliés.

Ce n’est pas du Shakespeare ni du Balzac, mais c’est un obus qui tombe sur nos têtes embrumées, dans une société française pré-élections 2012, soumise aux valeurs d’un capitalisme libéral et mortifère qui nous enchaîne au sens propre et figuré. Pendant que les alarmes retentissent, ce livre n’est ni la lance du pompier ni le revolver (ou taser au choix) du gardien de la paix, mais une bombe lacrymo destinée à l’auto et légitime défense du citoyen… Donc il décape et surtout « passe au Karcher » la plupart des idées reçues, préjugés et dires des détenteurs du pouvoir(politiciens, publicitaires, firmes, banques…)
Là encore attention, l’auteur utilise le « nous » et le mot « citoyen » pour bien montrer qu’il faut, à présent, arrêter de dire « c’est pas moi c’est les autres », « les grosses coches qui s’en foutent plein les poches », les requins, les assistés sociaux, les étrangers, les politiciens véreux… Chacun doit prendre ses responsabilités et se réveiller. Prendre la pilule rouge et sauter à pieds joints au fond du terrier du lapin blanc.  On s’est globalement englué dans une ignorance et insouciante inertie. Dans le feu de l’inaction, certains opportunistes puissants en ont profité; comme enlever une sucette des mains d’un enfant aveugle… Sauf que le pauvre enfant n’y pouvait rien, tandis que nous… Voulez-vous faire affront à cet enfant aveugle ? Mais surtout avez-vous envie que les choses changent ? À en entendre une majorité, pourtant…

Extraits :

« Sans doute que la capacité de s’émerveiller est un point de départ privilégié de la pensée en général et de la philosophie en particulier.« 

« Ce petit livre est né de la convergence, chez moi, de deux préoccupations […] La première de ces préoccupations pourrait être qualifiée d’épistémologique  et recouvre deux séries d’inquiétudes. Je suis d’abord inquiet de la prévalence de toutes ces croyances qui circulent dans nos sociétés sous divers noms[…] Je suis encore inquiet -je devrais peut-être dire consterné- par ce qui semble être un état réellement déplorable de la réflexion, du savoir et de la rationalité dans les larges pans de la vie académique et intellectuelle.[…]
Ma deuxième préoccupation est politique et concerne l’accès des citoyens des démocraties à une compréhension du monde dans lequel nous vivons, à une information riche, sérieuse et plurielle qui leur permette de comprendre ce monde et d’agir sur lui. »

«  Les dérives clientélistes et le réductionnisme économique qu’on décèle actuellement chez trop de gens. »

« Exercer son autodéfense intellectuelle, dans cette perspective, est un acte citoyen. »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s