Rendez-vous à Palerme ?

RENDEZ-VOUS À PALERME

titre original : Palermo shooting (Je sais… vous savez lire 🙂 )
Réalisé par Wim Wenders
Avec Campino, Giovanna Mezzogiorno, Dennis Hopper…
Synopsis : Photographe de renommée internationale, Finn mène une vie trépidante que beaucoup envient. Autant dire qu’il ne dort presque pas et que son téléphone portable sonne constamment. Le casque vissé sur les oreilles, la musique lui tient fidèlement compagnie. Mais quand sa vie se dérègle soudain, Finn décide de tout abandonner. Son périple le mène de Düsseldorf à Palerme : c’est là qu’il croise la route d’un mystérieux tueur qui ne le lâche plus d’une semelle. Or, au même moment, une nouvelle vie s’offre à Finn. Il rencontre bientôt une jeune femme dont il tombe amoureux…

Alors là, je ne pouvais passer à côté de cette découverte. Car ce film fut une réelle découverte pour moi aussi sous deux niveaux : le film lui-même et l’œuvre d’un cinéaste. J’ai tout d’abord découvert un nouveau cinéaste : Wim Wenders. D’origine allemande, Wim Wenders joue sur plusieurs tableaux : réalisation, scénario et photographie. Mais surtout, cet artiste a le talent de nous offrir des œuvres d’une diversité intense et prodigieuse. Rendez-vous à Palerme en est la preuve irréfutable. Ne serait-ce que par l’univers linguistique du film, linguistique et culturel. Les langues parlées sont l’anglais, l’allemand et l’italien, Rendez-vous à Palerme a un réalisateur d’origine allemande qui propose de nous faire découvrir l’Allemagne (je crois) et l’Italie.
Là encore, c’est assez difficile de décrire et de critiquer ce film tellement il est vaste, du point de vue de sa forme et de son fond. Par où commencer ? Comme l’indique le synopsis, ce film nous transporte dans le milieu de la photographie. Première raison pour laquelle le film est génial, évidemment une raison pour le moment subjective et personnelle, car beaucoup de films nous immergent dans ce milieu. Mais là on sent bien que ce film est viscéral, il possède quelque chose (voire beaucoup de choses) qu’une majorité des sorties cinémas n’a pas : des sentiments forts, une ambiance, des questions dont seul le spectateur possède les réponses au fond de lui et une forme qui met en valeur un fond et vice versa.
Là encore, si je décide d’en faire une critique c’est évidemment par facilité de parler d’un film qui m’a plus que plu et qui n’entre en aucun cas dans le moule de l’industrie cinématographique. Je ne me dis pas cinéphile pas humilité mais j’idolâtre le cinéma, un certain type de cinéma. Ce film fait parti de ce type de cinéma inqualifiable, non-étiquetable car véritablement artistique. Et J’ai l’envie de partager ce certain type de cinéma dénigré, élitiste car dénigré par une majorité justement. Alors que pourtant…

Lumières !

Ce film parle à tous, il est une quête identitaire d’un être, d’un homme menant une vie aisée et artistique mais dont ce petit quelque chose manque à l’appel afin de se complaire dans le bonheur. Alors il fuit après avoir frôlé la mort. Souvent le meilleur prétexte pour se décider à changer de vie ou à se bouger tout simplement. Alors il déambule dans une ville d’une rare beauté au cinéma : Palerme. Appareil photo autour du cou, il part à la recherche de ce « petit quelque chose » obsédé par la vie et bien entendu le plus important, son revers : la mort. Finn comme on l’appelle dans le film, est obsédé par la mort, le film nous le montre très bien en image. Le film se fait à base de rencontre entre hommes et femmes mais aussi entre paysages et panorama.  Et évidemment, pour évincer la mort quoi de mieux que de trouver l’amour ?
La quête de soi et la mort sont les sujet omniprésents dans ce long-métrage.

Là encore, les sujets abordés sont aussi bateaux qu’un … bah qu’un bateau voguant sur la mer. Mais pourquoi opter pour ce film alors ?
Dans un premier temps, car plus facile à cerner et à expliquer : le jeu d’acteurs. Ce film ne comporte pas un nombre d’acteurs important. Cependant leurs performances sont justes et surprenantes. Je pense notamment à la performance de Milla jovovich en « guest », jouant son propre rôle mais tellement doux, sexy dont l’émotion émane à chacune de ses apparitions. Son talent est de nous faire totalement oublier son rôle de Terminator qu’est Alice dans Resident Evil. Puis comment peut-on passer à côté du premier rôle de Finn joué admirablement par Campino. Il porte, à lui seul, la moitié du film par son charisme, son style son regard ténébreux. Et il ne faut pas oublier le rôle féminin, Flavia, interprété par Giovanna Mezzoggiorno. Mystérieuse, fragile et tellement forte à la fois, mais surtout d’une beauté naturelle, c’est d’ailleurs pour ça, et  j’en mets ma main à couper, qu’une majorité de spectateurs la trouvera moche. Pourtant avec son regard à la Marion Cotillard et son naturel, elle m’a fait fondre. L’histoire d’amour, entre Finn et FLavia, développée dans le film est à la fois clichée mais aussi tellement loin du cliché, c’est pour cela qu’elle me touche et que j’en ai esquissé un sourire de compréhension, d’empathie. Pour comprendre il faut voir le film car je dois avouer que mon explication est assez abstraite voire inexistante. Il y a des choses qu’on explique pas.


Dans un second temps, ce film est une merveille par son style visuel et sa mise en scène. Je n’ai pu m’empêcher de comparer avec le style de ce cher David Lynch cher à mon cœur. Comment qualifier la mise en scène de Rendez-vous à Palerme, magistralement orchestrée par Wim Wenders ? Elle est tout simplement artistique ! Ce qui fait de ce film pas qu’un simple film mais une  véritable œuvre à regarder attentivement. Vous l’aurez-compris je ne suis pas trop films « pop-corn », et accessibles avec un seul œil et une main sur le téléphone portable… Revenons à la comparaison avec le style Lynchéen. Rendez-vous à Palerme oscille entre rêves, rêves éveillés et réalité. Et puisque wim Wenders ne nous offre pas de téléfilms tf1, les rêves ne sont pas matérialisés par une vieille ondulation des bords de l’écran avec une sorte de fondu enchaîné vieillot. Ici quand il s’agit d’un rêve, les couleurs sont ternes, grises, bleutées, d’une esthétique photographique mais aussi effrayantes. Le rêve est clair-obscur, une caractéristique qui lui colle parfaitement tant dans sa signification que dans sa forme. De plus les rêves de ce film sont une énigme, ils sont tellement significatifs et réalistes. D’un rêve à l’autre, on voit le personnage principal dormir sur un lit minuscule par rapport à lui, et inversement. Les rues de Palerme basculent, le symbole de l’horloge ne cesse d’apparaître etc. Enfin, le rêve est vraiment aborder intelligemment.
Que dire des plans ? Je ne suis pas un spécialiste, alors je m’abstiendrais d’en faire une analyse poussée mais à juste titre, les plans nous percent les yeux puis le cœur. Le film est d’une beauté hors du commun, hors du commun cinématographique populaire. On regarde le film on se dit d’emblée « merde ! », il y a une véritable recherche esthétique qui me pousse donc à vouloir partager cette découverte créée par ce cinéaste allemand.  Pour terminer avec mon point de comparaison Lynchéen, sans trop en dévoiler, dans Rendez-vous à Palerme les peurs ou les réponses aux problèmes sont matérialisés par des personnages. On peut donc faire le rapprochement avec les films de Lynch qui aime aussi montrer à l’écran ce genre de particularités (twin peaks, mulholland drive, lost highway). le but ? De créer une énigme existentielle à la fois pour le personnage principal mais aussi pour le spectateur. Dans ce film la mort est une personne, un tueur. Une partie de l’intrigue à Palerme c’est ça, une sorte de jeu du chat et de la souris se met en place entre Finn et la mort. Mais qui est le chat et qui est la souris ?
Si vous avez le cran d’aller jusqu’à la fin, c’est vrai qu’1h48 pour un film beau et réfléchi ça doit faire un peu chier… Vous aurez le droit à un face à face avec la mort et le personnage principal avec de beaux plans séquences et une mise en scène magistrale tout comme le dialogue.
Ah oui, petit retour en arrière, la photographie qu’est le métier du personnage principal n’est pas qu’un simple prétexte pour faire un film élitiste et inaccessible. La photographie est omniprésente dans cette œuvre, mais surtout a son importance pour l’action et le fond de ce long-métrage. Pour cela, il faut aller jusqu’à la fin.

– La mort:  » Comprends-moi bien, je ne suis pas contre la photo. Et même j’aime beaucoup cette invention.[…] La vie prise au piège. J’aime beaucoup l’idée du négatif. L’envers de la vie, l’envers de la lumière ! »
– Finn: « on ne fait plus ça maintenant. On est passé au numérique. »
– La mort:  » C’est exactement ce que je dis ! Plus besoin de croire ce qui est là. C’est une invitation ouverte à la manipulation. Tout devient arbitraire, confus, n’importe quoi. On perd l’essence…
Et toi tu l’as souvent perdue. Tu avais peur du monde existant. De la vraie lumière, de la vraie obscurité. Tu ne le vois plus, tu veux l’embellir. Ou pire: tu veux  le recréer !
Là voilà, la peur de la mort. La peur de la vie est la peur de la mort.« 

Voilà un extrait du dialogue succulent, entre Finn et la mort. Ce n’est pas sans remarquer une sorte d’aspect philosophique. C’est évidemment le style de Wim Wenders, que je viens de découvrir. Pour cela il faut regarder le diptyque qui comporte: Les ailes du désir et Si loin, si proche pour cerner le talent et les réflexions philosophiques du cinéaste.

En bref, une claque visuelle et existentielle où la quête du soi est somptueusement orchestrée, une quête hantée par cette peur propre à l’homme: celle de la mort. Comment être, alors que bientôt on ne sera plus ? Que faire ? Qui aimer ? Avec qui faire ce chemin ?
D’une originalité renversante. Une mention spéciale à la bande originale du film qui est, d’une part géniale, entre Portishead, The Velvet Underground (d’ailleurs il y a un petit caméo d’un des membres du groupe : Lou Reed) et Beth Gibbons avec le magnifique « Mysteries ». Mais aussi, cette bande son est mise en scène d’une manière très authentique. En effet, le quasi-totalité des morceaux du film est entendue qu’une fois que Finn a mis son fameux casque, qu’il ne quitte jamais, sur ses oreilles et a appuyé sur « play ». Cela nous transporte dans une ambiance des plus intime. On se plonge alors dans un mutisme autiste et on contemple…
Bref c’est bien, c’est beau c’est boch (mouahahaha… Wim Wenders est allemand je le rappelle ;). J’espère que les visiteurs auront eu le courage de lire jusqu’à la fin pour pouvoir lire ma galéjade magnifique qui restera sinon dans l’ombre et le néant. )

N.B
Sans vouloir avoir, sans cesse, un film en guise de bouc émissaire, je voudrais pointer cette fois si l’industrie cinématographique, qui n’a pas jugé bon et surement pas assez lucratif de diffuser ce film en salle. Et oui, vous ne verrez surement jamais ce film dans une salle de cinéma. Non non, on y voit que des films d’animations, des films en 3D, des comédies vues et revues, des remakes et j’en passe. Ne pas s’étonner si la culture est en période de décadence (Mais en même temps, il y a toujours des consommateurs, je dis ça moi je dis rien. Pardonnez mon petit coup de gueule moralisateur…) !
Donc pour le voir ? Bah je remercie pour cela la chaîne Arte pour avoir passer ce film et également parce qu’elle passe depuis le début de l’été que des grands films, des classiques ainsi que des films d’auteurs.
« Quoi REGARDER ARTE plutôt mourir mdr ». Enlevez vos idées reçues et préjugés cela fait bien longtemps qu’Arte n’est plus la chaîne ringarde, où les animaux font la loi devant une caméra (pour information la chaîne première en documentaire animalier est dorénavant France 5). Encore faudrait-il avoir le cran de zapper.

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