Un skateur… dans la cour du lycée

PARANOID PARK

Réalisé par Gus Van Sant
Avec Gable Nevins, Daniel Liu, Taylor Momsem, Jake Miller
Synopsis: Alex, jeune skateur, tue accidentellement un agent de sécurité tout près du skatepark le plus malfamé de Portland, le Paranoïd Park. Il décide de ne rien dire.

Vous l’aurez peut-être compris, le titre de mon post annonçant ma critique sur ce film, réalisé par le talentueux Gus Van Sant (que je découvre de mieux en mieux et que j’aime de plus en plus), fait référence à un autre de mes posts, faisant l’éloge d’un autre de ses films: Elephant…dans la cour du lycée. Ce n’est évidemment pas dû au hasard. J’ai vu Paranoid Park comme étant une suite à Elephant, un prolongement de l’univers adolescent et du tragique qui en émane.

Tout d’abord, c’est inévitable, le film est de toute beauté. Les images, les plans, la mise en scène, on sent bien que le gusse maîtrise la forme de son film aussi bien que Zinédine Zidane maîtrise son ballon. Je me rends compte à quel point il est difficile de faire une analyse séparée de la forme et du fond, car au final un bon film est un film qui arrive a créer une alchimie parfaite, pour que le fond et la forme se complètent. En l’occurrence c’est exactement le cas pour ce long-métrage (enfin long…).
Gus Van Sant, on le sait, aime mettre en scène la jeunesse car il nous prouve très bien qu’elle a des choses à raconter et à montrer. Ici, la jeunesse est représentée par Alex, un skateur amateur et passionné dont sa vie se résume à aller en cours, sortir avec une fille qu’il n’aime pas (mais c’est ce que font tous les jeunes alors allons-y) et combler les vides de sa vie, laissés par ses parents en plein divorce. Ce que le réalisateur nous montre: malgré les problèmes de vie d’une jeunesse tourmentée par son arrivée imminente dans le monde adulte, elle garde son innocence mais aussi une grande force souvent sous-estimée, sous-estimée par cette jeunesse elle-même. Alex ne cherche pas les emmerdes, il essaie juste de vivre sa vie le mieux possible, animé par ses multiples passions propres à tout adolescent: le skate, les amis, les week-ends.

Féru de films d’action, un penchant affirmé pour le pur divertissement, préférence pour un style de film particulier, passez votre chemin. Ce film est un ovni, un mélange des genres, difficile à cerner. C’est avant tout une histoire. Son atout, est d’osciller parfaitement entre cinéma et littérature. Avant de savoir que ce film est une adaptation du romain éponyme, lors du visionnage de ce long-métrage, on ressent cette linéarité, cette histoire racontée avec poésie, suspense et dramaturgie. En bref on perçoit cet aspect littéraire. Ce qui m’a touché en le regardant: la légèreté et la sobriété.
Pendant 1h25, on suit les périples d’Alex entre cours, skateboard et vie de famille (plutôt absence de vie de famille). Désireux de mener une vie normale, Alex déambule de sa classe de biologie, au fameux « Paranoid Park », avec son ami Jared. À la lecture du synopsis et au visionnage des premières scènes, le spectateur a connaissance de l’évènement central du film: la mort accidentelle d’un agent de sécurité, causée par Alex. Mais tout l’intérêt du film est là, Gus Van Sant nous lâche des miettes de pains, de petits indices petits à petits, ces derniers étant racontés par le personnage principal. Il se confesse et nous livre les faits parfois dans un désordre réaliste et compréhensible. Un désordre qui peut rappeler sa mémoire défaillante, envieuse de ne pas se souvenir de ce moment tragique. Donc la mise en scène est décousue mais se recoud parfaitement au fil du film. Le récit d’Alex est régulièrement interrompu par des vidéos amateurs (en format 8mm) de skateurs en pleine action. L’intérêt étant de nous immerger dans cette communauté, par laquelle nombre d’entre nous, sont passés. Résultat: j’avais les pupilles dilatées et une forte envie de rechausser les célèbres Vans, qui nous faisaient des pieds d’éléphant (tiens tiens) et de sauter sur un skateboard. Toujours sur la mise en scène, là encore on sent bien une recherche esthétique et artistique dans ce film, on a de magnifiques plans fixes, de très beaux panoramas. Bref rien que pour l’ambiance du film et son aspect visuel on dit « casquette » ou veste « zoo york » au choix.

Paranoid Park met parfaitement en scène une jeunesse égarée mais forte. Là encore, le réalisme est accentué par le casting. En effet, beaucoup de lycéens et jeunes de ce films sont de vrais lycéens. Recrutés, pour la plupart, par l’intermédiaire du site Myspace.. Pour revenir à cette jeunesse perdue mais surement pas désabusée, le réalisateur nous la montre par l’intermédiaire de nombreuses scènes mais particulièrement par son personnage principal. Pendant le film, Alex est inexpressif. Du moins, ses traits du visage ne laissent passer aucune émotion. Alex ne sait pas dire non à la proposition d’alcool tout en sachant qu’il n’en n’a pas besoin ni envie. C’est une attitude sociale pour se fondre dans le système. Alex déambule dans les centres commerciaux, au bord de la mer et au paranoid park sans forcement faire de skate. Il sort avec une fille pour laquelle il n’a aucun sentiment, une situation qui le tourmente en tant que futur adulte. Mais il y a en arrière plan, ce refrain unanime chanté par ses fréquentations: « Je sais pas ce que tu as, pourtant elle est bonne. Vaut mieux pouvoir tirer son coup que de ne rien tirer du tout ». Alex c’est l’adolescent moyen, influençable, rebelle sans même s’en rendre compte,  aux problèmes familiaux de plus en plus fréquents dans notre société. Comme s’il n’avait pas déjà assez de difficultés à vivre dans un monde, le cul entre deux chaises (le monde des adultes et l’univers adolescent), il faut qu’Alex tue quelqu’un par le plus simple des accidents. Le message de cet évènement: Alex c’est nous, ça aurait pu arriver à n’importe qui. Au mauvais endroit, au mauvais moment.
Tout au long du film, Gus Van Sant s’aventure à nous montrer les diverses réactions du concerné et ses différentes étapes. On se met à sa place, on a de l’empathie, on angoisse presque à l’idée de savoir ce qui se passe dans sa  tête. On a tous fait des conneries, plus ou moins graves, souvent par accident. Alors l’équilibre de la vie nous dit « c’est pas si grave » mais notre conscience nous crie « OH PUTAIN ! ». Alors que faire quand la connerie s’avère être le meurtre d’une personne ? C’est irréversible, c’est atroce, il n’y a que les sociopathes que cette question ne torture pas. En ce qui concerne Alex, il passe par la panique, le déni puis la prise de conscience et le pire: le fardeau à devoir porter toute sa vie. Il décide de le porter seul, de renflouer sa culpabilité et de continuer sa vie, jusqu’au jour où les évènements refont surface. Bah oui, il ne s’agit pas d’un simple graffiti, un meurtre ne passe pas inaperçu. Surtout celui d’un agent de sécurité coupé en deux par un train, car (ahah train/car…) accidentellement poussé par Alex.
Allé, je cesse de divulguer l’intrigue. Ce que j’aime dans ce film et en particulier dans certains films de Gus Van Sant ? Le paradoxe, les antipodes. En effet ce film nous montre une jeunesse certes un peu paumée mais surtout pleine d’espoir, d’innocence et de passions et d’esprit de révolte. Pourtant le film est d’une tragédie presque absurde, car pas une seconde on s’attend à voir certaines images qui nous choquent littéralement. Le film est crue, magnifique et simple, il nous montre la vie pour ce qu’elle est: ce qu’on voit. Ce qu’on voit peut être atroce. Et ce qu’on vit, même le plus banal des évènements, n’est jamais simple. De plus, malgré l’innocence d’Alex, ce récit nous terre dans un mutisme impuissant en nous montrant l’injustice de l’existence et l’absence de bien et de mal. Il n’y a en fait que très peu de mauvaises ou bonnes actions, seulement leurs conséquences. Il n’y a ni de personnes bonnes ou mauvaises mais seulement leurs actions. Ce qui tourmente notre conscience c’est justement de voir un individu à première vue sans problème, bon mais qui va commettre l’irréparable: tuer son semblable. Alors Gus Van Sant pose des questions existentielles et implique le spectateur. Et ça fonctionne. Là encore, Gus Van Sant fait d’une pierre deux coups en nous offrant un choc visuel ainsi qu’un choc tout court. Le film est surprenant, ça paraît idiot mais c’est une qualité qui n’est pas aussi fréquente qu’on l’imagine.
La bande son colle parfaitement à l’ambiance du film et à son sujet. Il n’y a pas de musiques à outrance, juste ce qu’il faut. Le reste du temps, Gus Van Sant préfère nous laisser tendre l’oreille et profiter des sons des roues de skateboard voguant sur le macadam et des dialogues vides voire parfois insignifiants des personnages. Des dialogues, il faut l’avouer, un peu caricaturaux, du moins en ce qui me concerne. Ce n’est pas parce qu’on est ado, qu’on ne sait pas mettre des mots sur nos pensées et sentiments.

Conclusion: On reconnaît la patte de l’expert et on adhère. Peut-être parce qu’il faut aussi les bonnes shoes et le bon sweat à capuche. La forme du film est la wax pour cirer le fond, faisant office de skateboard, une planche rigide, qui une fois montée, peut nous faire vivre des évènements violents, sanglants et choquants. Mais dans la vie tout comme en tant que spectateur de ce film, nous sommes tous skateurs. Malgré les écorchures, les jambes cassées, les chaussures trouées, on va jusqu’au bout juste par curiosité et passion.

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