J’étais là

Ce montage ridicule est évidemment voulu 🙂

« C’est l’histoire d’un mec » balbutiait Coluche. Ici, c’est l’histoire de tous les mecs d’aujourd’hui. Pour en arriver jusque là, il faut narrer l’histoire d’un mec. C’est l’histoire d’un mec, qui dit je pour conter son histoire singulière, vous par énervement, ras-le-bol et discours pamphlétaire et nous par compassion, par doute et remise en question salutaire.
En soliloque il débute :
« Ce n’est pas les mots qui dépassent la pensée. Mais les sentiments qui dépassent la pensée, qui elle-même passera dans les mots.
En ce qui me concerne quand ce phénomène m’arrive ça donne ça :

Qui peut rêver d’être vendeur, qui peut rêver d’être publicitaire, qui peut rêver d’être PDG, pourquoi vouloir devenir banquier, qui peut vouloir être commercial,
Qui veut être dans le commerce ? Qui peut avoir cette prétention, celle de détenir le pouvoir par l’argent ? La prétention de le vouloir ?
Je l’accorde : chacun s’en sort comme il peut. Mais c’est par ce chacun qu’on se fait toujours baiser. Toujours se faire baiser à petite échelle. Toujours se faire baiser par la petite échelle qui rêve de franchir des barreaux toujours plus hauts. Ce genre de songe emprisonne. Des barreaux restent des barreaux.
Le problème ? c’est que c’est jamais la faute de personne, ou plutôt, toujours la faute de l’autre alors ce jeu que l’on nous impose nous exhorte de laisser passer : ce sont les règles. Comment condamner un spectre ? Un fantôme camouflé et perdu dans les dédales d’une civilisation d’administration, justifiée par la marche vers le progrès qui se confond dorénavant avec l’idéologie du « toujours plus » ? – Ne dit-on pas, pourtant, que « le mieux est l’ennemi du bien » ?-
Alors qui pourrait vouloir rêver d’être cet autre ? La réponse qui m’apparaît soudainement me brûle les yeux d’évidences. Et pourtant… mes yeux se posent sur le monde, et je les entends qu’ils crient : tout le monde semble rêver d’être cet autre ! Comment voulez-vous que tout ça me donne envie d’avoir un travail, votre vie ?
Voici la modernité : nous ne sommes que des spectres, rêvant de devenir des spectres. Il sera trop tard quand on s’en rendra compte.
Ce qu’on imprègne toujours pas c’est que le joueur d’échec c’est pas moi, c’est pas toi, ni le vendeur… jamais
De là, je préfère vendre mon âme à l’usine, plutôt que d’avoir les pupilles dilatées à la promesse du bling bling. Si je suis un spectre, mon cœur, lui, brillera à travers les jours pétroles, comme une lueur solitaire au milieu des rues sombres autour de laquelle peuvent se retrouver les âmes marginales et égarées par le souffle d’un air nauséabond.
Mes propos peuvent, à la vue de cette époque de polémiques permanentes, paraître réac, ridicules, terriblement banals voire même simplement hors-sujets, hors contextes, mais personne n’en sort jamais du contexte, toujours à se dire communément : « bah ouais.. C’est normal en même temps »
J’entends là ces protestations, « Hein ? qu’est-ce qu’il raconte ? » « Mais il pète un plomb le type ? »(les gens ne vont jamais plus loin que leurs pensées, plutôt leurs sentiments). Ces questions à raccourci et lieux communs fusent, pourquoi ? On a tous zapé ces petits détails qui font le monde en fait. On a sapé ce qu’est le monde, en fait.
Un entubage, puis deux, on ne sait même plus ton nom, puis ton prénom, l’erreur humaine n’est plus erreur mais devient habitude car ça rapporte les erreurs mine de rien. Puis toi t’es la avec ton sexe et ton salaire sous le bras car c’est tout ce qu’il reste : ce semblant d’humanité ou plutôt animal et ta récompense inhumaine ou plutôt animale.
Ne sommes-nous pas encore, à travers cette dystopie moderne, dans l’utopie ? … arrivé à la fin du mois POUF… tu ne vis plus, non, tu subsistes et tu comptes, oui tu comptes. Tu rentres chez toi et dès 20h30 tu n’as « plus le cœur mais que ta queue », chantait Biolay.
Alors oui, c’est ainsi, je deviens con aux yeux du petit monde qu’est le notre, puisque je prends du recul, puisque je possède la fragilité de zyeuter le monde avec cette naïveté, qui, je dois le rappeler, n’a rien de péjoratif mais de substantiellement humain. Il ne nous reste même plus nos yeux pour pisser ces larmes amères, car nous sommes aveugles. Aveugles partout mais avides de tout. Les rois sont ceux qui n’ont plus de sens !

Petite pause musicale:

On parle d’identité, de racisme, de crise, cela vous semblera évident, relevant même du truisme, mais la crise, elle est simplement humaine. Bien entendu, comme ce constat de fer n’implique rien de palpable comme ces biftons qui remplacent les gueuletons auxquels se mêlent éternellement les obèses et les faméliques, l’argent qui force et viole notre confiance, comme mon sac à main de créateurs de Saint-Ouen ! comme mes mocassins dolce gabana qui m’aident à tirer des gonzesses dans les chiottes crades et sombres de boîtes de nuit… eh bien, on soupire, on roule des yeux puis terminé ! Dès lundi, on repart travailler avec un sourire forcé par un corps fatigué qui ne peut mentir. Ce sourire, qui avec le temps, nous persuade que notre situation sociale est un bienfait, mieux, qu’elle n’est pas à plaindre.
Notre temps de cerveau disponible est bien moindre.  Sollicité sans cesse, il surchauffe, les connexions synaptiques s’amoindrissent, surgit ainsi l’apathie. Si proche phonétiquement et pourtant si loin de l’appétit. Lorsque ce cerveau s’affole et que dans son élan de ce qui s’apparenterait à une révolte intérieure, il nous dévoile les envers du décor, bien conditionné, sociable, dit-on, il nous ordonne simplement de rire nerveusement et de rouler des yeux pour évacuer le stress soudain, cette sensation indicible propre à celui qui a vu pour la première fois.
Je vous arrête ! Aucune ironie, il s’agit de faits; non de critiques, mais de descriptions.
Nulle question, ici, de victime ou de bourreau, il s’agit d’idiotie et de syndrome de Stockholm. Toujours à critiquer le système comme des piliers de bar amicaux pouvant être véhéments à leurs heures perdues. Mais quand on aborde en profondeur le sujet, quand on parle d’alternative, le rationnel contemporain charge comme un taureau monumental et ça devient : « mais c’est la vie c’est comme ça mon bonhomme tu comprends rien ». À savoir que le rationnel contemporain est l’irrationnel d’hier. Nous rêvons tous de lendemains qui  chantent… attendez d’assister à cette chorale pour entendre les barytons … les rideaux se lèvent, la cacophonie ne se composent essentiellement que de voix cassées et trop timides pour être audibles.
De nos jours, si tu dis pas de la merde, t’es fou, si t’exposes une sorte de vocabulaire fruit d’une simple curiosité intellectuelle et culturelle, t’es ce qu’ils aiment appeler un bobo, si t’as de la réflexion, t’es névrosé. Le monde à l’envers. Dictature de la bêtise orchestrée par des maîtres du jeu qui n’ont que faire de cette réalité. Ils ont la leur. La notre n’est que leur source de richesses.
Revenons à nos moutons : laissez-moi réfléchir… Permettez-moi d’être interloqué mais les propos que je tiens, sont les mêmes genres de propos tenus par la populace quand on traverse une période de crise et qu’on a trouvé sur qui taper, pris le coupable la main dans le sac. Au lieu de s’abriter sous un même toit, d’enfoncer la même porte, on fait preuve de schizophrénie inexpliquée qui ne mène qu’à une sorte de syndrome de Stockholm et malgré la ressemblance dans nos discours, on se montre du toi chacun son tour. Vous savez où je veux en venir et cela nous brûle déjà les lèvres de nous l’avouer… l’enfer, c’est ici … le mal d’aujourd’hui se goinfre de banalité… pour un peu de pez, pour un barreau de plus à l’échelle nous aurions tous conduits les trains de la mort. C’est cette certitude qui me fait vomir. J’ai mal aux tripes !


On me traite d’idéaliste, de mec qui ne connait rien à la vie, d’autres me verront comme un misanthrope pessimiste.  Je vous vois comme des songeurs subsistant dans une brume formée d’éthylène et de gaz d’inertie. Qui vous dit que la vie c’était devenir instrument économique du système, avec comme conséquence la perte de notre humanité ?
Il ne suffit plus de ressortir le refrain « c’est ça la vie, chacun doit s’en sortir » … Bah voyons. Qui a décidé que la vie c’était ça ? Entuber le monde ? Écraser son prochain ?
Qui a assez de pouvoir pour prendre une telle décision ? Qui fait la société ? Il ne suffit pas de se plaindre, faut se bouger.
ô mais oui « chacun sa merde », bien évidemment qu’il est facile de sortir ce lieu commun qui justifie le fait d’être un enculé moderne. Mais quand ce dicton se retourne contre soi, là il n’y a plus personne pour protester, la mauvaise foi nous ronge. Alors rebelote on cherche le coupable de son injustice.
La conclusion la plus intelligente ne serait-elle pas : « C’est le jeu ». Si l’on accepte l’injustice quotidienne du monde, et la banalité du mal et de la mesquinerie du lambda, il faut l’accepter quand elle nous assène personnellement. Mais comment accepter cette volonté de sacrifice de l’autre ? Un autre qui n’a peut-être rien demandé. Un autre qui devient victime de votre abdication et bourreau par la suite, s’il ne possède pas cette force de ne pas abdiquer. Vivre ensemble ? alors mourons ensemble, tuons-nous ensemble ! au fond le voilà notre altruisme, l’apogée de l’altruisme, un altruisme meurtrier, car il faut avoir bien plus que de cran ou des couilles pour ôter la vie à quelqu’un. De l’abandon ? De l’inconsidération de soi, du pur dégoût ?
On parle de violence, de xénophobie, d’homophobie, on les bannie. « ah moi je déteste les racistes… et la connerie » … balivernes démagogiques. L’opinion populaire n’est que mots et dictons. Cela sert à nous donner bonne conscience face au regard de l’autre.
Nous n’avons jamais été aussi cannibales depuis notre existence. L’homme ne s’aime pas lui-même, ne s’assume pas lui-même, n’ose pas se regarder lui-même, car il s’aime trop justement alors il s’oublie par peur de déception abyssale face à sa laideur qu’il devine épisodiquement.
Et ce n’est pas par le cul mais par la tête et le porte-monnaie qu’on se fait tous baiser… Tous plongés dans une orgie bas de gamme ôtée de toutes vertus, dans laquelle nos corps s’emboîtent machinalement. Au fond, le modernisme ne nous a-t-il pas offert cette nouvelle forme d’égalité ? Nous affichons un sourire bancal tout en prenant part à un plaisir obligé, comme prisonnier d’une liberté. N’est-ce pas cela le libéralisme ? On se baise les uns les autres comme les prolétaires bossent à l’usine. C’est la vie, on s’échine, on se fatigue, c’est la vie, il n’y a pas d’autres alternatives. Puis la mort. Et cela a l’air de nous convenir.
La vérité elle est là, elle est belle pour moi, mais crue c’est d’ailleurs pour ça que personne ne la croit… trop brutale, trop profonde comme une blessure de l’âme. D’ailleurs, s’il y a une métaphysique en laquelle je crois est celle qui concerne les blessures de l’âme, que l’on sous-estime que trop. Une vérité qui pourtant viendrait déboucher avec force un tout à l’égout (tout à l’égo ?) laissant égoutter quelques goûtes de sang et de morceaux de chair exsangue. Une vision d’horreur au premier abord, ce n’est simplement qu’une preuve de vie, des bribes d’humanité. Alors qu’en penser ?

Un silence tragique attise une assemblée fictive. L’homme est sur le point de reprendre. L’air grave et son regard fixé légèrement au ciel vers la droite, lui confèrent un aspect solennel. Il serre les dents, ce sont les turgescences régulières sur ses tempes et sur ses mâchoires qui nous le font remarquer ; c’est le signe de son implication. Volontairement évasif il entame à nouveau son discours :

« Mais entrons dans le vif, le dessous de cette chair diaphane, le cœur, le sang. Ou serait-ce l’inverse ?
Partir d’un sujet totalement singulier comme se faire arnaquer par un opérateur téléphonique que je ne citerai point (ne souriez pas si vous pensez avoir deviné, car vous voir sourire me fera rire à mon tour si vous croyez qu’il y a une différence entre les entreprises…); et voir tout l’envers du décor, l’universel en une fois, la saleté incrustée invisible au premier coup d’œil.
Ce que j’ai pu voir était atroce, j’ai vu le néant dans les cœurs. Ce que je n’ai pas vu, fut tout aussi insoutenable, je n’ai vu aucun Homme… Si un, mais vide de regard et de vitalité et incapable de sortir de son cadre professionnel. Schizophrénie existentielle.
Ce monde orange, est symbolique, car au delà de la peinture criarde, ce monde n’est rien d’autre qu’un petit monde dans notre monde plus grand, ils se ressemblent tellement. Ce petit monde est d’une noirceur…
Mais ce petite monde n’est qu’un symptôme, le monde moderne que nous avons construit est une maladie.
Il n’y a jamais eu d’incompétence à l’origine non. À l’origine était certainement l’amour, celui que l’on prône sans cesse.
Non, il n’y a que l’arrogance et l’égoïsme qui ont conduit à « chacun sa part du gâteau ». Quand le vénal prend la place du cœur il ne reste que du j’men foutisme. On veut tous devenir quelqu’un, c’est bien connu. On veut tous sa place sur l’échiquier, quitte à s’encanailler. L’esclavagisme moderne, le summum de l’esclavagisme, l’esclavagisme consenti, quémandé, mendié, l’esclavagisme par l’esclave. Welcome to Anthropophagy Land, un univers dans lequel l’homme est un consommable et un con sommable, sommé de se consumer en consommant, prosterné devant le buste d’une liberté, logotypé « toujours plus » et ne se fait pas prier pour payer son entrée.
Il marqua un temps, cligna inconsciemment du coin de son œil droit comme en guise d’un point virgule. Il sourit pour marquer sa fierté qu’il ressentit après avoir balancé dans son élan cette dernière tirade qu’il jugeait foutrement poétique. Portant des baskets souples il se dit non sans humour « au diable les chevilles et il reprit :
Un univers à n’importe quel prix. Au prix de soi, sa vie, son esprit, sa liberté. Qu’importe, dans une époque d’utilité constante, l’esprit n’est pas palpable, il ne se range pas au fond du porte-monnaie, il ne nourrit pas ses gosses, ni sa famille, ne paie pas les factures, la maison de retraite de son père.
On a tous fais nos choix… On dit que je n’ai rien compris, j’ai la prétention d’avancer que si justement, j’ai simplement tout compris, et tout vu… J’étais là… mais je ne voyais pas que moi… j’avais une vue d’ensemble mais j’avais mes torts, mes responsabilités, je suis prêt à payer. Qu’en est-il de nous ?

Là encore je dis ça avec tout l’amour que j’ai pour l’homme, pour vous : « Quand on aime quelqu’un n’est-ce pas normal qu’on lui parle ? ».
La véritable intelligence, la vraie serait de ne pas prendre ces dires comme de l’arrogance de ma part, ni comme une agression.
Simplement une clé en forme de point d’interrogation, au service de la réflexion, servant à ouvrir la porte de la prise de recul sur soi et le monde sans lequel le « soi » n’existe pas.
Du genre « tss p’tain c’est vrai qu’il n’y a pas que ça »
Juste pour l’entendre dire, qu’importe ce qu’il m’arrive, je serais là.»

Liveandthink

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