Poésie pour euphorie

Le paradoxe contemporain est, que la culture n’a jamais été aussi accessible, elle déborde de partout et pourtant n’a jamais été aussi absente, silencieuse. Elle déborde de partout sauf des gens. La culture, si elle embrasse avec amour une minorité, cette dernière la garde silencieusement. Si la culture embrasse le monde, elle n’embrase, en revanche, plus les cœurs. Peut-être le fait d’en faire un produit en abondance, n’a fait que la déprécier. Ne pas abuser des bonnes choses ? Ce phénomène de rareté ?
On a souvent pointé le manque d’accessibilité de la culture, par une certaine classe populaire. Soit, se cultiver a un coût. La culture avait un coût… Que l’on a fortement revu à la baisse. Dorénavant ce n’est qu’une affaire de choix et de priorités… Mais aussi de feu incandescent intérieur, nous poussant à aller vers… Un feu qui n’est plus alimenté. À qui la faute ? Là n’est pas la question.
La culture se meurt car le partage se meurt. La culture se meurt car notre humanité se meurt… Je ne parle pas de l’Humanité, non, mais du caractère d’humain qui se meurt en chacun de nous.

Je ne suis qu’un maillon d’une chaîne optimiste. Mon seul plaisir d’être enchaîné c’est celui-ci: d’être enchaîné à vous pour le pire et le meilleur, mais surtout pour vous, pour le partage. Car finalement, notre société post-moderne nous a tout sauf enchaîné, elle n’a fait que nous libérer pour se voir sombrer dans les abysses, un(e) à un(e). Un suicide collectif. Une déshumanisation massive.

Mon euphorie de ce Lundi 1er Aout, je l’ai trouvée dans mon ambition de partager avec vous, deux poèmes, manifestant ce désir de voir au delà de notre petit monde, ce désir optimiste et véhément.  Alors je lève ces vers !

Élévation

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,
Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides;
Va te purifier dans l’air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
S’élancer vers les champs lumineux et sereins;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
– Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes!

Charles Baudelaire

« Qu’est-ce pour nous, mon cœur… »

Qu’est-ce pour nous, mon cœur, que les nappes de sang
Et de braise, et mille meurtres, et les longs cris
De rage, sanglots de tout enfer renversant
Tout ordre ; et l’Aquilon1 encor sur les débris ;

Et toute vengeance ? Rien !… – Mais si, toute encor,
Nous la voulons ! Industriels, princes, sénats :
Périssez ! puissance, justice, histoire : à bas !
Ça nous est dû. Le sang ! le sang ! la flamme d’or !

Tout à la guerre, à la vengeance, à la terreur,
Mon esprit ! Tournons dans la morsure : Ah ! passez,
Républiques de ce monde ! Des empereurs,
Des régiments, des colons, des peuples, assez !

Qui remuerait les tourbillons de feu furieux,
Que2 nous et ceux que nous nous imaginons frères ?
A nous, romanesques amis : ça va nous plaire.
Jamais nous ne travaillerons, ô flots de feux !

Europe, Asie, Amérique, disparaissez.
Notre marche vengeresse a tout occupé,
Cités et campagnes ! – Nous serons écrasés !
Les volcans sauteront ! Et l’Océan frappé…

Oh ! mes amis ! – Mon cœur, c’est sûr, ils sont des frères :
Noirs inconnus, si nous allions ! Allons ! allons !
Ô malheur ! je me sens frémir, la vieille terre,
Sur moi de plus en plus à vous ! la terre fond,

Ce n’est rien ! j’y suis ! j’y suis toujours.3

Rimbaud

Notes:
1 : Vent du nord traditionnellement considéré comme un vent violent
2: Sinon
3: Fin du rêve. Le vers écourté et isolé sur lequel se termine le poème, mime l’interruption brutale de la fiction héroïque qui emportait l’esprit du poète. Le rêveur s’éveille au moment où son rêve tourne au cauchemar, mi-soulagé (« ce n’est rien »), mi-dépité (« j’y suis ! j’y suis toujours » … sur la terre, qui n’a pas fondu).

La poésie rebute beaucoup de gens, car elle respecte une forme, souvent difficile d’accès, habillée de références, qui parfois ne concernent que le poète lui-même. Mais la poésie, comme l’art en général est affaire de perception, d’émotion, d’intériorité. Comprendre l’intégralité d’un poème, tant mieux. Mais en percevoir l’émotion, la flamme animée d’un fond, mis en valeur par une forme musicale. Sentir les mots nous traverser les tripes, quitte à ce que certaines clefs du poème nous échappent… C’est mieux. C’est acquérir une sensibilité artistique, nous rendant curieux et désireux. Désireux de dévorer l’art, comme on dévore la vie.
Évidemment cela n’est pas si simple, dévorer la vie est une tâche difficile… Préférez-vous être assailli du spleen ?


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