21 grammes

21 grammes

Réalisé par Alejandro Gonzales Inarritu
Avec Naomi watts, Sean Penn, Benicio Del toro, Charlotte Gainsbourg
Synopsis:  On dit que nous perdons tous 21 grammes à l’instant précis de notre mort. Le poids de cinq pièces de monnaie. Le poids d’un colibri, d’une barre de chocolat…

21 grammes donc. Ce n’est évidemment pas le record du taux d’alcool dans le sang. Non, 21 grammes c’est ce qu’on perd à l’instant où notre cœur s’arrête et avec lui toutes nos ressources vitales. Ce qu’on perd et le mot clef du film. Sauf qu’il possède deux sens: un sens matériel, à comprendre comme matière, à la mort on perd un corps, des proches, de la matière. Puis au sens métaphorique, imagé, la mort nous ampute, nous fait perdre la tête, nous fait oublier qui l’on pouvait être, nos projets. La mort nous fait nous perdre, nous fait peur. Elle déshumanise au premier abord, pour nous rendre notre humanité dans toute sa splendeur… Voilà le sujet principal du film. Un sujet qui aurait pu être raconté par n’importe qui, pas forcement besoin de caméras… Mais, c’est sans avoir vu le travail que nous offre le réalisateur…

J’avais déjà eu l’occasion de découvrir Alejandra Gonzales Inarritu (AGI) à travers un de ses derniers long-métrages (son avant dernier pour être précis) « Babel » mais aussi à travers son premier classique « Amours chiennes » ( j’ai eu l’opportunité de pouvoir découvrir ce film en cours d’espagnol :)). Babel m’avait déjà tapé dans l’oeil. Avec 21 grammes AGI m’a tuer (ah ah) sauf qu’au lieu de l’écrire sur un mur avec du sang, je préfère l’écrire sur le net (c’est moins salissant) afin de rester dans ma ligne directrice:  partager. Donc commençons. Mais par où ? Je me pose moi-même la question… Par son sujet à la fois singulier et universel, et sa mise en scène vertigineuse et dynamique mais surtout originale, ce film nous torture et nous libère. 21 grammes est un monument. C’est simple, nous ne sommes que spectateur. Des spectateurs dans le premier sens du mot, nous ne pouvons que regarder AGI nous malmener et nous immerger, dans son film d’une noirceur humaniste.  Sa mise en scène est juste géniale, bestiale, superbement bien trouvée et domptée par le talent de son réalisateur. Au départ, AGI nous fait perdre nos repères, on a du mal à comprendre ce qui se passe. La première scène, en plan fixe, nous montre Paul (Sean Penn) et Cristina (Naomi Watts) tous les deux, partageant le même lit. Elle, dormant paisiblement, nue, lui recroquevillé sur lui-même, assis au bord du lit, l’air inquiet. AGI nous laisse pas le temps de pouvoir comprendre, il nous emmène sans plus attendre dans un fast food où nous pouvons apercevoir au premier plan, une famille incomplète: deux enfants et leur père, en train de siroter leur soda respectif. Le contraste est frappant, la première scène est d’une douceur mystérieuse, éphémère tandis que la seconde, beaucoup plus bruyante, nous monte une vie, des vies, LA vie.
L’originalité de cette mise en scène est que le spectateur ne comprend strictement rien à partir d’un certain moment. Pourquoi ? Car AGI nous montre des scènes qui ne se déroulent pas du tout dans un ordre chronologique. Après quelques minutes, on claque des doigts et une petite pensée nous traverse l’esprit: « AHHH okk ». Deux trames narratives qui s’entrecoupent: le récit principal et le futur. Le récit principal est sans cesse interrompu par des scènes qui se déroulent dans un futur proche. Le but de la manœuvre est de nous montrer comment en est-on arrivé là… Logique.
De là, le réalisateur nous scotche littéralement au fond de notre siège, avec une mise en scène mystérieuse qui nous rend curieux, et d’un dynamisme époustouflant. Je l’accorde, parfois on a un peu de mal à suivre mais le dynamisme et le mystère nous tiennent en haleine jusqu’au générique de fin.

Continuons sur notre lancée pour aborder cette fois l’esthétisme du film. Là encore, L’image est magnifique. À la croisée du documentaire, de l’ambiance thriller et de la photographie, AGI  nous offre un esthétisme à couper le souffle. C’est assez inexplicable comme phénomène, il faut le voir pour comprendre. C’est affaire de perception, ce film nous donne à voir une ambiance particulière avec des couleurs ternes, froides doublée d’un éclairage magnifique, réaliste. Ce qui permet de créer un univers chaud-froid et clair-obscur, qui moi, m’a beaucoup touché. L’esthétisme du film est à l’image de la vie, il en est la métaphore. Les couleurs sont réalistes car froides, ternes, notre monde social est gris, déshumanisé, poussiéreux, crade. C’est ce qu’on voit ici (cf la prison dans laquelle est enfermé Jack (Benicio Del toro) ).

Ensuite, le jeu d’acteur est à l’image des images de ce long-métrage, soit magnifique ! En même temps vu le casting… Je portais déjà Sean Penn dans mon cœur, mais là, il a même réussi à me donner le sien tellement sa prestation est parfaite. ( Pour ceux qui ont vu le film vous comprendrez donc l’allusion que j’ai faite avec son cœur… Pour les autres cela peut vous donner envie de le regarder). Benicio Del Toro, même claque, ce colosse doit jouer Jack, un ex taulard reconverti en bon croyant adorateur de jésus, reconnaissant de lui avoir apparemment sauvé l’existence. Et Naomi Watts, il suffit de regarder Mulholland drive pour comprendre que derrière sa beauté naturelle se dévoile une actrice formidable. Pas manqué, dans ce film elle nous en arrache des larmes ! Leur talent, et celui d’acteur en général, c’est vraiment de nous faire oublier leur statut, leur personne, pour nous plonger dans leurs personnages, dans leurs tourments, leurs abysses. Pas manqué, fois deux, Ils m’ont fait vivre le film , presque comme un personnage à part entière. Au passage, quelques scènes sont filmées d’une façon, à hauteur d’homme, à la fois très proche des personnages mais pas trop, qui m’a réellement fait penser cette hypothèse. AGI nous fait devenir un personnage du film, impuissant, donc simple spectateur mais réellement là. Une mention spéciale à Charlotte Gainsbourg, qui se débrouille plus que bien dans ce genre de production étrangère.

Ce film explose, c’est un effluve sentimental, une bombe humanitaire, une ode à la vie car abordant la mort comme sujet principal. Durant ces deux heures passant comme un Usain Bolt, ça crie, ça pleure, ça gueule, ça se tape dessus, ça se drogue, ça se rend ivre. N’est-ce pas ça la vie, la vraie ? Du moins qu’une partie. Ce film dégouline de sentiments tous aussi violents les uns que les autres, qu’ils soient négatifs ou positifs. C’est en ça que je trouve que 21 grammes est une ode à la vie. Il montre l’homme dans toute ses faiblesses, donc dans toute sa beauté.  Mais il nous offre un Homme sensible munit de sentiments qui le dépassent parfois…Souvent… Mais au moins, avec des sentiments.
Et là, je fais le lien avec la mise en scène, je lie la forme et le fond. Pourquoi AGI décide-t-il de couper son récit par un récit futur ? Évidemment cela reste mon hypothèse. AGI  nous montre les conséquences de nos actes, de nos choix, de nos sentiments, et les conséquences du pur hasard parfois. Soit le futur, dont on a aucune idée, d’un présent qu’on est en train de vivre, insouciant, ôté de cette question qui généralement est symbole de nostalgie, mais dans ce cas je l’emploi à revers: Et si… Et si demain… Une nostalgie inversée, future. Cela nous montre aussi (là encore c’est une interprétation de ma part mais qui me tient à coeur) qu’il n’y a pas de destin mais du hasard ça oui et les conséquences de nos actes. Que dieu n’existe pas car on a beau se dévouer totalement à lui, faire tout ce qu’il dit, le tragique pointe toujours son nez et l’injustice de la vie règne.(Cf le personnage de Benicio Del Toro). Une injustice totalement juste et impartiale d’un point de vue naturelle: la mort arrive tôt ou tard parfois plus tôt selon le hasard et les actes des hommes. Dieu n’y est strictement pour rien dans l’histoire des hommes.
Ce dialogue entre Jack (Benicio) et son ami prêtre, illustre très bien la problématique religieuse: « Jésus m’a trahi » – « Arrête ça tout de suite ou tu iras en enfer » – « L’enfer… Mais il est ici l’enfer, il est là dedans. » – « T’es en train de donner ton âme. Tais toi et implore son pardon » – « SON PARDON ! J’ai fait tout ce que jésus Christ m’a demandé, j’ai changé, je lui ai donné ma vie et lui il m’a trahi. Il m’a donné ce foutu camion pour que j’accomplisse sa volonté pour que je fasse tuer cet homme et ses filles » – « Ne blasphème pas imbécile ! le christ n’a rien avoir avec tout ça » – « Dieu sait même quand un seul de tes cheveux bouge. C’est toi qui m’a appris ça ».
En bref quand les oiseaux chantent et que tout va bien dans le meilleur des mondes, c’est dieu. Quand c’est l’enfer sur terre, c’est l’homme, malgré le fait que dieu sait même quand un seul de nos cheveux bouge. La religion comme hochet de l’humanité, rendant l’humain,girouette: « C’est dieu, mais moi ? C’est moi ? Mais non, c’est dieu » ? Un discours qui m’est véritablement problématique pour célébrer comme il se doit,  la vie.

Je voudrais revenir sur ce futur, un futur dont ses fondements sont les conséquences de nos actes et leurs impacts sur les autres et nous-mêmes. AGI illustre et matérialise ce phénomène pas un truc tout simple mais qui relève, pour ma part, du génie. En effet le réalisateur a peuplé son film de miroirs, et de jeux de miroirs subtiles. Déjà, il faut savoir aussi que dans ce long-métrage, AGI met en scène nos divers sentiments tel que la culpabilité mais aussi les différentes étapes du deuil magnifiquement amenées car tellement naturellement.(Cf Naomi Watts). Mais revenons à la culpabilité, AGI nous montre son impact sur l’être qui la ressent: Ne plus pouvoir se regarder dans une glace. C’est exactement ça, et c’est parfaitement retranscrit. On souffre avec le personnage rongé par la culpabilité. Et cette dernière peut s’avérer être comme la mort. Par culpabilité on perd ses proches, sa famille mais surtout on se perd. Alors, les nombreux miroirs donnent à voir cette difficulté d’affronter les conséquences de nos actes ou mêmes d’affronter une réalité que nous n’avons pas choisie cause au hasard meurtrier.  Le miroir est un post-it qui nous rappelle qui nous étions avant certains évènements forts. Alors il relève de la madeleine de Proust, le plus souvent tragique. Tout semble aller mieux, quand nous croisons, à la fois notre « moi » présent et le moi de notre mémoire passée, dans un miroir planté là, parfois par hasard.. Et là, ça peut être le séisme émotionnel.

21 grammes est un film fort et fortement bien réalisé. Ce qui nous touche, c’est qu’on se sent justement touché par les propos du film, il en vient même à pouvoir nous donner quelques clefs pour voir un futur plus radieux. Et c’est en ça que le cinéma est un véritable art, une véritable philosophie et non pas du divertissement. Alejandro Gonzalez Inarritu transcende un sujet singulier et propre à tous: la mort et nous offre une vraie œuvre cinématographique. En réalisant ce film, il dévoile subtilement la culpabilité de vivre, d’être sauvé au prix de la mort; la culpabilité d’avoir donner la mort mais aussi l’entre deux, c’est à dire le « comment vivre, amputée d’une vie qui était « parfaite » mais qui a été chamboulé alors qu’on avait rien demandé ». Le réalisateur met à jour la difficulté de vivre et de faire face à la mort mais aussi la difficulté de vivre et de vivre en compagnie de la mort. Il pose des questions morales et remet au goût du jour le libre arbitre et le fait que, de s’en sortir ou sombrer ne tient, en grosse partie, qu’à nous. Mais que ce n’est évidemment pas du tout si simple.
Alors que contiennent ces 21 grammes, lors de notre mort ? Cette question m’obsède dorénavant, je pense qu’elle est plus conceptuelle voire philosophique que scientifique. Mon hypothèse ? En fait, on s’en tape ! 21 grammes c’est rien, de la poussière, pas de paradis ni d’enfer, juste 21 grammes de poussières et rien. Alors VIVONS, n’attendons pas de mourir pour avoir la réponse, puisque nous ne l’aurons pas…

La chanson du générique nous scotche jusqu’à sa fin: Dave Mattews – Some devil . Elle est mon générique à moi, pour ceux qui sont allés jusqu’à la fin.

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