Un peu de lait et de sucre avec votre café ?

« Je vis maintenant, sans rien n’attendre de mon trépas, car les promesses de l’au-delà sont des promesses qui ne se vérifient pas »

Voilà, j’inaugure cette rubrique « musique » avec ce groupe. Une première vidéo pour vous faire découvrir cette douceur, cette envie de vivre. Ce groupe m’obsède depuis quelques temps. On partage beaucoup de choses, notamment une définition de la Vie.

« Enfin je veux vivre, parce que je souhaite laisser des traces, des chansons, un roman, un gosse qui porterait mon nom. J’entends mon cœur, et je sens l’air dans mes poumons […] je vis donc je combats, donc j’y crois encore, qu’un autre monde est possible, qu’on va changer le décor […]
Au diable le troupeau de tous les gens sensés, qui restent les bras croisées sur des routes déjà tracées.

Je détale quand le rêve devient commercial. Parce que vivre c’est prendre l’air et zyeuter les étoiles.
C’est être un funambule, un mégot sur un trottoir. Je vous salue car je partirai sans vous dire au revoir.
À toutes mes rimes, mes pensées que j’évacue sur un buvard voici l’empreinte de mon cul sur Hollywood boulevard. Je vis »

J’ornerai ce post de vidéos et de paroles de ce groupe, reflet d’une humanité que j’affectionne. En espérant réussir à vous faire voyager entre le clair-obscur et l’aigre-douce. Je ne cacherai pas que certains de leurs morceaux me volent des larmes. Si vous pensez que la musique n’est qu’un divertissement quelconque, passez votre chemin. Je compte parler musique avec mes tripes, que dis-je ? Musique ? Je parlerai de la vie, car c’est ce que ce groupe représente… la vie… Une bouffée d’air pur.
Permettez-moi de vous présenter un groupe que je considère presque comme des amis, car nombre de choses nous rapproche. Permettez-moi de vous présenter ce mélange de douceur, d’aigreur et de passion, cette gourmandise à déguster sans modération. Permettez-moi de vous présenter Milk Coffee & Sugar.

Milk coffee & sugar ce sont deux amis, Suga(Edgar) et Gaël(Picaflor), une passion, des idéaux et des musiciens. Dois-je réellement étiqueter leur style pour ceux qui ne les connaissent pas ? Si oui, Milk coffee & Sugar c’est du hip-hop. ( Des gens ont fui ?) Le hip-hop au sens large, dans toute sa positivité, sa diversité et son désir d’arpenter les recoins du monde musical. Mais, parler de leur musique, cela servirait-il à quelque chose ? Il y a des curieux, des gens ouverts d’esprits mais il y a aussi beaucoup de gens bornés et fermés. Décrire leur musique ne servirait qu’aux gens qui connaissent ou les individus un minimum curieux, désireux de découvrir les choses par l’intermédiaire des autres, ôtés de cet orgueil d’avoir sans cesse la primauté, ce bonheur vaniteux du « J’ai trouvé ça tout seul attend ! ».
Leur musique est éclectique, entre rap et jazz, le mélange est d’une douceur assommante . Assommante car elle vous prend par les sentiments, vous attrape par les tripes et fait battre votre cœur. Quand je parlais de vie, toute à l’heure, je voulais dire que leur musique nous rend vivant.  Sans faire leur biographie, je vous fais plutôt découvrir deux titres pour répondre aux questions: « Qui sont-ils ? »  » D’où viennent-ils ?  » « Quel est leur style et quelles sont leurs influences ? ». Écoutez et vous comprendrez. Enjoy.

Pour ce morceau, ne réfléchissez pas et fermez les yeux

Voilà, un des membres du groupe est d’origine Rwandaise ( je précise un des membres est né au Burundi. Cf « Petit Pays » de Gaël Faye même si ce dernier dit « vous savez, je suis franco-rwandais), le second, camerounaise. Mais au fond, qu’importe ? On s’en fout de savoir d’où ils viennent, ils sont, avant tout, citoyens du monde dans leur art et dans leur façon de vivre et de voir les choses. C’est sur eux, qu’il faut prendre exemple.
Slameurs afiocionados, d’ailleurs un des membres remporte le tournoi de slam en 2005 parrainé par la ligue des droits de l’homme. C’est de là que vient leur talent d’écrivain et la qualité de leur plume. Mais ne vous méprenez pas, les membres de Milk Coffee And Sugar font bel et bien du rap, du hip-hop plus largement dirons-nous. Auteurs-compositeurs et interprètes, les deux compères se rencontrent aux détours d’un projet musical. De leur album éponyme jaillissent, la passion, des sons d’une fraîcheur inespérée en ces temps artistiques funestes et également des paroles qui nous piquent le cœur et nous fendent l’esprit.
Les milk coffee & sugar c’est ça :

C’est ainsi qu’ils se définissent et qu’ils racontent leur histoire. Vos têtes ne bougent-elles pas instinctivement ? Un sourire n’apparaît-il pas comme par magie sur votre visage ? Regardez-vous dans la glace…
« C’est la mode des Starbucks, des chaînes, des franchises, laissez-moi donc être une graine de café affranchie. La vie de rêve, un zinc, un bistrot, une soirée slam, un café philo, lyophilisé… »
Dans cet extrait, on peut facilement cerner leur démarche: Une fraîcheur musicale et engagée.
À partir de là, il faut cesser de bêtement dire « ah celle la j’aime bien » « par contre celle la, pas du tout ». Leur démarche est de nous faire vibrer, tout en nous réveillant. Il faut écouter le fond, il faut écouter les textes. Ce n’est pas du rap qui se ridiculise par son aspect incompréhensible et musicalement bordélique (pour pallier le manque d’originalité et des textes pauvres ?). Dans cet album, on comprend chaque note, chaque mot, il faut simplement tendre l’oreille et le vouloir. La musique, ce n’est pas bêtement quelque chose que l’on écoute en soirée, en boîte. Ce n’est pas QUE du divertissement et c’est important pour moi mais aussi pour ce groupe, de le rappeler. Libre à vous, de n’écouter que des choses qui ne font que remplir les poches d’artistes, qui se moquent bien de ce que les gens vont penser. Les Milk coffee & sugar sont de véritables artistes, dans tous les sens du terme, car au delà de leur démarche, ils ont les poches vides et comptent parmi les grands absents, des bacs. Un artiste crée, apporte quelque chose de nouveau mais surtout, il bouscule et interpelle. Point à la ligne.
C’est bien d’écouter de la musique qui nous fait bouger, les Britney spears, les Rihanna, les colonel reyel ( Je respecte évidemment ce qu’ils font) mais à un moment donné, l’art est bien plus que ça. L’art est bien plus riche et plus utile que ça. Pour comprendre ce que je dis, il suffit d’écouter ce morceau qui n’a nul besoin de commentaire.

« Pas prévu tous ces textes écrits en ” je” “Moi je”, “moi”, avec un surcroît d’ego dangereux
Y’a plus de temps de jeu, du démon à l’ange. La conscience meurt sous le money time et ses enjeux  »

« Des petits boulots misérables, des rimes pleins le cartable
Edgard c’est prévu que l’on crèvera la dalle.
Mais peu importe, mon pote, que l’on reste des cloportes
car au final, c’est prévu, tout le monde sort par la même porte. »

On sent bien dans ce clip, leur engagement et la qualité de leur plume. Mais surtout, il suffit de regarder la vidéo pour s’apercevoir du décalage, de leur humour. J’aurai la prétention de dire que je ne comprends pas qu’on puisse ne pas aimer… Et j’en suis désolé. Faut dire, qu’on nous a sans doute bien habitué à ne plus reconnaître le talent, une réelle démarche artistique utile et pourtant habillée de beauté.
Je ne m’éparpillerai pas, même s’il y aurait tellement à dire, à analyser, mais ce post commence à être long et je voudrais qu’il ne passe pas inaperçu (Paradoxe ? Une chose avec du contenu, un gros quelque chose, passerait-il plus inaperçu que l’insignifiant, la bêtise ? À voir les programmes qu’on nous propose, à écouter la musique que l’industrie nous impose, je comprends mieux).

Je voudrais terminer avec un morceau particulier, viscéral, magistral, écrit avec le cœur, les tripes et l’esprit. C’est ainsi que je fais le lien avec cette chanson et mon post du jeudi 4 Août. Cette fameuse cohérence dans ce chaos. Alien, nous sommes alien. Dans ce morceau je me retrouve, vous comprendrez donc mieux mes démarches et le contenu de ce blog. Cette chanson m’a volé des larmes, des larmes amers et douces, des larmes d’espoir, des larmes qui sont mes armes, des larmes qui m’humanisent et me rappellent qui je suis ainsi que mon rôle à jouer.
Musique !

Vous ne pouvez pas rester insensible… Ce n’est plus une question de goûts ni de couleurs, mais une question de cœur, battant par l’envie de vivre, animé par une désir de changement. Je ne peux m’empêcher de faire partager la totalité des paroles, quitte à ce que ce post n’en finisse pas…

ALIEN

Parce qu’ils veulent faire de moi un soldat, au compte chèque solvable
Je vous le dis, je suis condamné à l’échec
Parce que le monde qu’ils nous proposent m’indispose
Je le répète, je suis condamné à l’échec
Parce que les études de lettres et de philo, ça paye pas
Ils m’ont dit : « Petit mec, t’es condamné à l’Éssec ! »
Condamné ! Faut accepter les « lois du marché »
C’est « Marche ou crève » quand les diplômes deviennent les flèches de l’archer
Si réussir c’est un salaire, un pavillon sous hypothèque
Permettez-moi d’être condamné à l’échec
Ils disent que les jeunes du ghetto veulent leur part du gâteau
Incitent à se lever tôt, mais c’est quoi ce veto ?
Cette injonction à être cool, rentrer dans le moule
Enlever sa cagoule, enfiler ses pantoufles
S’asseoir dans son canapé, allumer sa télé
Puis mater, lobotomisé, leurs clips « sacemisés »
Ça, c’est miser sur notre consentement et notre consensus
Quand la révolte appelle à faire de l’oseille, c’est un terminus
On ne pourra pas nous exhorter d’aduler le Medef
Au Canal Saint-Martin, y’a des anciens cadres SDF
Voilà l’envers du décor, ce système est à refaire
L’humain n’est rien, les trophées ne reviennent qu’aux profits
Alors, bien sûr, faut se prendre en main ! Évidement
Ne rien attendre de ce système qui te considère comme un chien
Qui te fait rapporter l’bâton sous forme d’un maximum de lucre
S’il est bien docile, le toutou, il aura son su-sucre
Mais je ne suis ni carte de visite, ni un CV
Pas d’métier valorisant, j’suis qu’Intérim et CDD
Avant, j’aimais leurs ballades, maintenant, elles me narguent
Elles me font constater que je n’ai pas de cordes à l’arc
Car je ne sais pas chanter, pas rapper, pas slamer, pas scénariser
Pas designer, moi je ne passe pas à la télé !
Laissez-moi être fatigué, être inadapté
Laissez-moi être un problème pour ceux qui veulent me soumettre
Me soumettre à devenir complice
Me soumettre à devenir servile
« J’veux pas brûler des voitures, j’veux en construire et puis en vendre »
« J’veux pas brûler des voitures, j’veux en construire et puis en vendre »
« J’veux pas brûler des voitures, j’veux en construire et puis en vendre »
« J’veux pas brûler des voitures, j’veux en construire et puis en vendre »
Mais les voitures ne sont que des bibelots de notre consommation
Qui ne méritent aucun égard dans la révolte de nos chansons !
Je ne suis pas déçu, en ce système j’ai jamais espéré
Pour nos parents tombés dans le panneau, je ne peux être que navré
Où est mon HH rebelle qui fumait du hasch ?
Maintenant le rap prend les allures d’un sermon de DRH
Il nous encourage à faire carrière et gagner des sous
De boire toutes ces conneries fait mal au crâne, vite faut qu’on désoûle
Sans déclarer la guerre, il a vaincu nos rhétoriques
Le capital est dans nos têtes et nous fait l’amour torride
Leur système à la con nous prépare à la compèt
Il vous parle de réussite, je vous parle de conquête
Je n’accepterai jamais les règles qu’ils ont fabriquées
Je n’accepte que les rêves que mon cœur veut abriter

Je suis donc moi-même, et le revendique: condamné à l’échec. Et on ne peut nier le lien qui unit cette chanson, au texte de mon amie, que je vous ai fait découvrir, d’où son titre: Alien (deuxième du nom). Grâce à ces artistes, je ne me sens plus seul, et je me dis fortement que ce n’est pas moi le fou…

« Société marchande, société d’marchandage, les restaurateurs turcs sont un peu marchands d’armes. Je suis la cible torturée, j’rappe en sortant de la ville […] Le spleen convoque mes larmes aux assises. Le procès est ouvert, ils ont sorti les revolver […] Je suis pas bien haut, je suis pas bien habillé pourtant ce sont les livres qui me couvrent. »

« Pour l’heure, j’ai la gangrène, le virus de la gorge pleine, remplie de rimes lacrymo. Et si je vous gène … C’est peut-être, parce que je vous aime […] Cette mélodie comme un bijou, comme mon cœur à genoux. Entendez vous mon pouls ? Je ne veux pas finir dominé comme la plupart, le paradis c’est maintenant, c’est pas plus tard. »

« Ma langue fait contre-poids puisque ma langue n’est pas de bois. Ma langue pour l’entendre, suffit pas d’un son, entre les notes, ça chante la révolution »

Croire en nous, croire en eux.

Voici comment je les définis. Voici mon hommage, l’ode à Milk Coffee & Sugar :

Leur musique est à leur image. Que dire de plus ?
Est-ce utile de vanter la qualité de leurs plumes, de leurs flows et recherches musicales ?
Ils ont ce sens aiguë de la musique. Leurs sonorités voyagent, reflet de la diversité, mais nous font voyager, nous auditeurs, miroir d’une multiplicité.
Alors leur musique lance des passerelles, tend des perches, elle est symbole de l’unité.
Leur démarche artistique est aigre-douce. Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse.
Ils sont la forêt, l’écorce, la roche et les orties.
Leur innocence et leur sobriété leur confèrent un silence apaisant. Un calme avant la tempête qui sévit.
Leur fond, est l’ortie, il pique, démange, dérange, c’est ainsi.
Leurs timbres de voix, leurs sonorités et mélanges des genres, ce mélange des sens, sont le miel.
Une douceur et une volupté émanent d’eux et de leurs textes posés.
Ils sont  l’oreiller d’une forêt naturelle où ma tête peut reposer pour puiser ses forces et se revigorer.
Les voilà forêt, roche et mousse. Une trinité qui ne les quitte pas et à laquelle je ne peux que prendre part.
C’est pour cela que le nom de leur crew est une trouvaille. Leur art, c’est eux. Ils ne sont pas pervertis, eux, les Milk Coffee & Sugar.

Milk coffee & sugar, c’est une humanité clair-obscur, obscure de peau mais claire d’esprit. Ils combattent un monde obscurantiste, avec des cœurs illuminés, battant à pleine puissance.
La passion et le savoir les enivrent, ils sont leurs flambeaux pour éclairer les tunnels et alcôves gardés par le prêtre en col-blanc, père, non de la modernité, mais du terne de la modernité.
Ils ne sont pas français, ni rwandais ou même camerounais, ils sont citoyens du monde, miroir d’une salutaire diversité.
Noir de peau, par des origines affirmées, leur innocence et naïveté, qu’ils n’ont pas perdues, les rendent blancs comme neige.
Les grands penseurs sont morts à l’instant où ces grands immeubles ternes, gris et déshumanisés ont pris l’ascendant.
Le peu de sages et philosophes qu’il reste est mis à l’écart, presque renié.
Alors ils ne restent plus qu’eux. Ils sont les chevaliers noirs, avec une responsabilité:
Celle d’endosser le rôle que possédaient les philosophes: gardien de la cité.
Ré-humaniser cette déshumanisation, nous plongeant dans les abysses de la décadence, voilà « notre » grand projet.

Qui a dit que l’Art était surévalué ?

Alors merci à eux, pour ce qu’ils font et comment ils le font. Et merci à vous, pour avoir été jusqu’au bout et fait preuve, encore une fois, de curiosité :).

« Je veux penser le changement au lieu de changer le pansement »
Rise up – Milk coffee & Sugar featuring Tumi and the volume

Leur site officiel : http://www.milkcoffeeandsugar.com/
Leur Myspace : http://www.myspace.com/milkcoffeesugar

N.B
Et dire, qu’il est dorénavant quasi impossible de trouver leur album dans le commerce… Ni même de le commander pour l’avoir en support tangible. L’excuse d’un vendeur: bah comme c’est un petit label, ça couterait trop cher d’en commander un… En revanche vous pouvez l’avoir en contenu numérique, en le téléchargeant légalement (donc payant, ce que j’ai évidemment fait) sur leur site et sur le site de vente en ligne Amazon ou même sur le site de la Fnac, Virgin, Cultura etc… Mais pas de CD, en tout cas à l’époque où j’ai voulu me le procurer. Les temps ont surement dû changer !
Je vous conseille également d’écouter, les oreilles bien ouvertes, les yeux fermés mais pétillants, et l’esprit vif, les morceaux suivants :
Rise-up feat tumi and the volume : Ah pour celle-ci, n’écoutez pas les yeux fermés, il y a un clip ;). l’instru et le featuring sont magnifiques.
Un peu de musique : Le beat est lourd, le flow suit naturellement. À l’écoute, on se mordille les lèvres et on agite son bras en l’air ! Ce morceau vous donne un aperçu de leur philosophie, de leur culture. On sent bien la hargne qui les anime, afin d’affirmer leurs aspirations et ambitions.
Parce que : une petite expérience live.
Premières fois feat beat assailant

Autres articles autour de Milk Coffee & Sugar :

Entre interactions, encre d’inter-actions et chant d’encre

Sans eux, c’est sans nous et sans elle…

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