Matin brun

Un récit qui rend les idées claires, avec un brin de bouleversement

Bon, après une petite pause littéraire, je reviens en douceur. En douceur, certes, mais avec un sujet poignant.
C’est en rangeant quelques nouveaux bouquins que je suis tombé sur une petite chose, poussiéreuse, rectangulaire, ultra fine et d’un marron pâle. Figure de madeleine de Proust, cette trouvaille m’a remémoré toute mon année de première, au lycée, et en particulier mes cours de français et de préparation au bac. Elle m’a rappelé ma classe, mes ami(e)s d’antan et les bons souvenirs associés. Mais également, elle m’a permis d’avoir un net souvenir de mon prof de français. C’est avec du recul et plus de maturité que je me rappelle à quel point je l’admirais… Pourtant ce n’est pas si loin. Cette trouvaille littéraire m’a surtout fait penser à quel point, au final, l’éducation nationale avait (a ?) de forts bons côtés à la vue de ce que certains profs nous faisaient lire. Malheureusement à cette époque, on ne pense qu’à réussir son bac de français et son bac, pour acquérir une certaine liberté et se soulager d’un poids. À cette époque on ne possède pas (du moins, en ce qui me concernait) une maturité suffisante pour se rendre compte du contenu que les profs pouvaient nous offrir. Question littérature, les élèves sont animés par cette espèce d’animosité envers cette obligation de lire un livre, une animosité envers l’autorité professorale. Une bonne chose en soit, mais mal dirigée à un certain moment de notre existence, pour ensuite se perdre totalement une fois adulte. C’est pour cela qu’il fallait, à l’époque, acheter ces livres quitte à faire le demi-rebelle et ne pas les lire… Car, ces achats sont éternels et nous rappellent cette époque d’insouciance. Mais surtout, ces achats, quelques années plus tard, peuvent nous réveiller.
Bref je m’égare… pas tant que ça.

Je suis tombé sur une courte nouvelle de Franck Pavloff qui a connu un fort succès et s’est vendue à plus d’un million d’exemplaires. Romancier français, né en 1940, c’est par cette courte nouvelle que Franck Pavloff s’est fait connaître du grand public. Mais quelle est cette courte nouvelle me diront les curieux enthousiastes ? C’est un récit qui bouleverse par deux choses: sa brièveté et son contenu engagé mais un peu camouflé. Son format est inhabituel, 11 pages, donc aucune raison de ne pas le lire. Pris dans l’enthousiasme de mes souvenirs, je l’ai relu rien que pour le plaisir (cela m’a pris 3min montre en main. Et dire qu’à l’époque du bac de français, certains ne l’avaient pas lu et sont donc passés à côté de ce monument…). Dans cette nouvelle, tout se déroule à une vitesse incroyable, tout en étant dans une nuance spectaculaire. Résultat des courses, à la lecture, on ne comprend pas ce qu’il nous arrive. Une incompréhension positive et intéressante.
Je parle évidemment de Matin brun. Le récit est bref, intelligent mais se développe dans une douceur inexplicable, poétique. C’est pour ça que dans le fond, Matin brun bouleverse et bouscule autant. Son auteur dresse un portrait de notre façon de penser et de la façon de prendre les choses, à travers deux personnages, deux amis, dont l’un se prénomme Charlie. Franck Pavloff se met dans la peau d’un des deux amis, et nous raconte, à travers les discussions de ses personnages, des moments et évènements de la vie qui, au premier abord, paraissent être totalement insignifiants. Le principal atout de cette nouvelle est là justement, l’auteur nous tient en haleine en nous contant des choses, des discussions que chacun de nous a forcement dû vivre, mais dont les conséquences vont crescendo et que l’issue de l’histoire s’avère tragique. De là, l’auteur nous implique en tant que lecteur en nous donnant l’opportunité (voire l’obligation) de s’assimiler aux personnages. Deux amis sont tranquillement installés à une terrasse d’un bar et sirotent un café. Ils discutent comme le ferait n’importe qui, et partagent des pensées et des points de vue sur des évènements de la vie quotidienne. Enfin c’est ce qu’ils croyaient…

Couverture réalisée par le dessinateur Enki Bilal

La volonté de l’auteur, dans cette nouvelle, est justement de nous raconter des choses à première vue « normales », quotidiennes, tout en suscitant notre intellect pour que nous, lecteurs, se rendions compte de l’absurdité et du tragique de ces choses. L’absurdité et le tragique de ces choses tient dans le fait d’instaurer subtilement à travers le quotidien et l’approbation du lambda, un régime totalitaire avec pour socle, la pensée unique. Mais, les personnages, ainsi que nous, lecteurs, par la même occasion, ont participé à la mise en place de ces absurdités au point de les rendre « normales ». Ces absurdités sous-couvert d’une autorité légitime (ici la science, chez nous l’économie et la politique ?) touchent d’abord la langue, puis les chats, les chiens, les livres pour enfin s’abattre sur l’Homme. Franck Pavloff questionne ainsi, la responsabilité du citoyen et son engagement envers sa cité. Ce que j’aime justement, c’est qu’ici, l’auteur prend le contre-pied d’une pensée « populaire » et ne met pas l’index sur un pouvoir en place, un gouvernement, malveillant, mais sur ceux et celles qui l’ont laissé se mettre en place : Charlie, son ami, vous, moi, eux…
Alors évidemment, pour ceux et celles qui n’ont pas forcement lu (ou ont oublié) Matin brun, je peux comprendre que c’est un peu difficile de suivre ma réflexion peut-être recouverte volontairement de mystère. Pour cela, je partage deux extraits de cette nouvelle.

« Lorsqu’il m’a dit qu’il avait dû faire piquer son chien, ça m’a surpris, mais sans plus. […]
– Tu comprends, je pouvais pas le faire passer pour un brun.
– Ben, un labrador, c’est pas trop sa  couleur, mais il avait quoi comme maladie ?
– C’est pas la question, c’était pas un chien brun c’est tout.
– Mince alors, comme pour les chats maintenant ?
Pour les chats j’étais au courant. Le mois dernier, j’avais dû me débarrasser du mien, un de gouttière qui avait eu la mauvaise idée de naître blanc, taché de noir.
C’est vrai que la surpopulation des chats devenait insupportable, et que d’après ce que les scientifiques de l’État national disaient, il valait mieux garder les bruns. Que des bruns.[…] Les milices de la ville distribuaient gratuitement des boulettes d’arsenic. Mélangées à la pâtée, elles expédiaient les matous en moins de deux. Mon cœur s’était serré, puis on oublie vite. »

« Après, ça avait été au tour des livres de la bibliothèque, une histoire pas très claire encore. […] Il est vrai, que si on lisait bien ce que ces maisons d’édition continuaient de publier, on relevait le mot chien ou chat au moins une fois par volume, et sûrement pas toujours assorti du mot brun.
– Faut pas pousser, disait Charlie, tu comprends, la nation n’a rien à y gagner à accepter qu’on détourne la loi, et à jouer au chat et à la souris. Brune, il avait rajouté, au cas ou. »

En espérant avoir attisé votre curiosité. Pour cette rubrique « littérature », je ne pouvais pas ne pas partager cette nouvelle. Pour un blog, avec pour titre « live and think » et une ligne de conduite mettant au centre le partage et la réflexion, c’était essentiel et nécessaire de parler de Matin brun. Et essayer tant bien que mal, comme l’auteur, et bien d’autres que lui, de vous interpeller et de raviver votre réflexion mouvante. Parce que les personnages de cette nouvelle, c’est nous, parce que la mise en place d’une doctrine totalitaire et fasciste dans le plus grand des secrets, du glissement discret et délicat et du « laisser-faire » c’est l’Histoire. De mon côté, j’ai conscience que l’histoire se répète et je ne l’admets pas, mais seul, en tant que citoyen je ne suis rien. La cité se construit, se met en place et évolue avec la collectivité, sans oublier que nous sommes « un ».  Ce serait faire preuve d’une parfaite hypocrisie et d’un aveuglement conséquent (voulez-vous faire affront aux réels aveugles de ce monde ?) de ne pas se rendre compte de l’état actuel de l’occident. Là encore, il ne faut pas attendre bêtement la fin du monde pour avoir l’arrogance de dire « ah, bah voyez, je vous l’avez dit ».

Tout le monde le sait, notre société ne tourne pas rond et n’est ni carrée. La grande tragédie c’est qu’il ne suffit par d’être un pur salaud pour la saccager. Et, qu’on ne me dise pas: « Mais attends, nous, nous sommes bien, nous avons tout en comparaison avec les somaliens et les éthiopiens », s’il vous plaît… Qu’on ne m’oblige pas à dire des choses qui choquent à chaque fois que je les dis, mais qui ne sont pas moins véridiques… Ne soyons pas bon bourgeois et regardons l’état sinistre et délabré dans lequel nous vivons, là en occident: le taux de chômage, les crève-la-faim, les sans-abris, la pauvreté, la pauvreté intellectuelle, les personnes drogués aux anti-dépresseurs, les suicides, la suprématie de l’argent, la pensée unique, l’abandon des personnes âgées… Nul besoin d’aller en Afrique du sud pour faire face à la misère, sauf que chez nous, le vrai problème, c’est que nous avons tout…

Nous avons la malchance d’être des êtres non-naturels, soit, à l’inverse de la nature, de l’univers, notre monde civilisé ne rentre pas dans l’ordre avec le temps, par la force des choses. … Nos sociétés sont peuplés d’hommes et de femmes avec une conscience, un intellect, un libre-arbitre, des idéaux. Alors, nous, citoyens du monde, nous avons, individuellement et collectivement, le devoir mais surtout le pouvoir de faire en sorte d’habiter une société meilleure et plus respectable, à notre image. Et tout n’est pas perdu, loin de là, il faut juste avoir le cran de regarder le panorama, de se retrousser les manches et de se salir les mains. Rien ne se fera en rentrant du boulot, assis dans son canapé en attendant 19h30 pour dîner et coucher ses enfants. « bah oui mais, t’es marrant, toi tu bosses pas 40 heures, avec 2 enfants à t’occuper en rentrant et des crédits à rembourser ». Non en effet, mais ce sont des choix qui ont été faits (parfois sous des contraintes, certes), tout simplement et certains dans ce genre de situation devront redoubler d’effort. Personne a dit que ce serait facile. Voilà la vérité. Le fait d’avoir une vie « dure » mais ancrée dans le système, dans lequel il est difficile de sortir, n’est pas l’excuse absolue pour continuer de vivre dans un monde au bord du gouffre. Dans ce cas, le fou ce n’est pas moi ni ceux et celles qui partagent cette cause…Un monde meilleur mérite des sacrifices et n’a pas de prix, ni de crédit à rembourser et n’a pas besoin de procrastination. Un monde meilleur ne se fait pas tout seul ni demain mais se fait par la force de nos mains au quotidien. Un monde meilleur a des enfants qui peuvent avoir l’opportunité de le peupler… À nous de choisir.

Pour les sceptiques, non-animés d’un désir de révolte ou encore pour les désabusés (quoique, eux ne sont pas vraiment concernés par ce que je vais dire) je ne vais pas vous faire une liste exhaustive des problématiques de notre société contemporaine liberticide et homicide. Mais, pour ceux et celles qui suivent un minimum mon blog, je voudrais rappeler que le puçage électronique sera mis en place aux États-Unis, incessamment sous peu, que les anglais sont en plein remake de Big Brother et que l’abrutissement que l’ont subit par la télévision ou encore par la diffusion d’un art aux mains des industries, est une véritable volonté, donc décidée, par des individus puissants et élitistes. Concernant ce dernier point, je vous propose d’aller chercher vos propres informations, avec comme point de départ, le concept de « Tittytainement », dont je parlerai surement un de ses quatre. Et je ne vous parle pas d’une économie incontrôlée  et incontrôlable mais à qui nous avons permis d’avoir les pleins pouvoirs qui nous en demande toujours plus à travers la productivité et le travail sous-couvert de notre bien-être, un bien-être que nous n’avons plus le temps de goûter. Je vous propose, pour ce sujet là, de vous procurer le documentaire Inside Job, dont je parlerai également le moment venu.

Que dire, pour terminer, à part une phrase culte (mais falsifiée) que j’aime répéter « Wake up, wake up néo. Take the red pill »

Quatrième de couverture :
« Charlie et son copain vivent une époque trouble, celle de la montée d’un régime politique extrême: l’État brun.
Dans la vie, ils vont d’une façon bien ordinaire: entre bière et belote. Ni des héros, ni de purs salauds. Simplement pour éviter les ennuis, ils détournent les yeux.
Sait-on assez où risquent de nous mener collectivement les petites lâchetés de chacun d’entre nous ? »


Ne rien faire, c’est participer à l’absurdité…
Franck Pavloff ne nous demande pas de prendre les armes mais simplement d’arrêter de fermer les yeux et de mener sa petite vie de son côté comme si de rien n’était.

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