Melancholia

Melancholia ou la boule au ventre pendant et après la sortie du cinéma

Melancholia

Réalisé par Lars Von Trier
Avec Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland, John Hurt
Synopsis : À l’occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la sœur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre…

Lars Von Trier, l’enfant terrible du cinéma, depuis son long-métrage plus que particulier Antichrist, nous offre ici, un film humain, passionné, dynamique, bouleversant et passionnant. Rien que ça ! Sur fond apocalyptique, le réalisateur filme deux sœurs, Claire (Charlotte Gainsbourg) et Justine (Kirsten Dunst), ainsi que leur entourage, à des moments particuliers de leur vie dont le point de départ est le mariage de Justine. Pour ceux qui ont vu Antichrist, on reconnait aisément la patte du bonhomme dans Melancholia. Dès le début, Lars Von Trier nous offre de sublimes tableaux en guise d’introduction. En effet, dès les premières minutes on contemple les personnages principaux dans différentes situations, filmés au ralenti sur fond de musique classique. L’atmosphère est jetée. Visuellement sublimes et intriguant, ces tableaux nous plongent littéralement dans l’univers du film. Au delà de cet aspect visuel, c’est après avoir quitté la salle qu’on se rend compte que ces premières minutes sont une réelle introduction, pas seulement du film, mais aussi des personnages, en particulier des sœurs et de leurs personnalités. À chaque plan qui met en scène Claire ou Justine, on y voit l’explosion des sentiments, ou leur absence, selon la sœur. Bref, le réalisateur nous donne à voir un bref, mais pour le moins conséquent, aperçu. Ne serait-ce que pour les 5 premières minutes, le film vaut largement ses 3€90 pour les moins de 26 ans. En revanche, je ne vous dirai pas d’y aller les yeux fermés, pour un film de cette ampleur, ce serait regrettable.

Ne vous attendez pas à voir Armageddon, Le jour d’après ou encore moins 2012. Melancholia est une perfection car il mélange les genres, et ça, d’une façon vraiment subtile. C’est donc un bonheur de regarder ce film. Je ne parle pas des genres cinématographiques, ce film brille par son paradoxe et c’est en cela qu’il représente à mes yeux, un réalisme absolu, un réalisme que j’apparente à la vie. Melancholia jongle entre surréalisme, science-fiction et naturalisme. Ce film est ce que j’appelle une réalité-fiction. Ne vous attendez pas non plus à voir surgir John Mcclane afin de sauver notre chère planète bleue. Ne vous attendez pas non plus à voir du pays et encore moins à voir des courses poursuites. Tout le long-métrage se déroule dans un manoir gigantesque jonchant un terrain de golf de 18 trous encore plus gigantesque, regorgeant lui-même de forêts, de verdure et de grands espaces. Une sorte de huis-clos naturel. Les décors sont somptueux.
Melancholia est, ce que j’aime appeler, un film simple mais loin d’être simpliste . Simple parce que Lars Von Trier nous donne à voir des morceaux de vies mineurs, d’individus mineurs également: une femme qui se marrie, sa sœur qui organise, une querelle entre parents divorcés, des discours niais à foison… Mais loin d’être simpliste à la fois par la technique et la démarche artistique engagées par le réalisateur, mais également par le fait que ce dernier, retranscrit avec brio les sentiments et réactions qui en découlent, des personnages et plus largement de la race humaine dirons-nous. L’humain est complexe mais surtout complet, il ne se résume pas à être l’homme de la situation, la femme dépressive, l’enfant intelligent et je passe sur les clichés cinématographiques… L’Homme a des sentiments, des ambitions, des attentes, des rêves et il doit faire face, tous les jours, à des situations anodines mais qui peuvent aussi le dépasser complétement. Lars Von Trier jongle avec ce genre de situations anodines et complexes et retranscrit parfaitement la complexité des sentiments, parfois leur mystère, mais également la diversité des réactions.
Découpé en deux parties, le film s’axe sur les deux sœurs évidemment. L’une fataliste, nihiliste limite sociopathe et l’autre très organisée, réglée comme une horloge mais angoissée d’un rien. Alors pendant 2h10, nous suivons ces deux femmes liées par le sang lors du mariage de l’une d’elle ainsi que pendant les jours qui suivront.

Je voudrais revenir sur l’aspect mineur du film. En effet, Lars Von Trier nous offre quelques morceaux de vie de ces deux jeunes femmes. Comment expliquer mon point de vue sans faire une sorte de critique envers le film… Les évènements que nous offre à voir le réalisateur, sont, à l’échelle de l’univers, totalement insignifiants, banals. Mais là est toute la complexité et le paradoxe du film. Nous assistons à la fois, à un bout de vie d’individus mais également à un évènement tellement plus grand et intense. C’est en ça que je trouve que Melancholia est bouleversant. Il nous conte la fin du monde, engendrée par la collision de la Terre à une planète bleue nommée Melancholia, pendant qu’un groupe d’individus vivent leur vie et subissent leurs problèmes personnels.  Nous, dans l’histoire nous sommes spectateurs confortablement installés dans notre fauteuil mais également spectateur/acteur de ce conte tragique. En effet, la technique du réalisateur permet de faire glisser le spectateur à la place d’un personnage des évènements racontés. Filmé comme une sorte de vidéo-souvenir, typique de ce genre d’évènement qu’est le mariage, Melancholia nous donne le rôle d’invité. La façon de filmer du réalisateur permet de montrer un réalisme si impressionnant que le spectateur en vient à se demander s’il est toujours bien dans une salle de cinéma, confortablement assis et sans problème majeur (surtout quand l’évènement tant attendu se produit). Ça tangue, ça se floute, on passe d’un personnage à un autre sans coupure faite au montage en bref c’est prenant.
Ne vous attendez pas non plus à en prendre plein les yeux par une fin du monde totalement absurde. Le réalisme nous ramène sur terre et la grande majorité du film se concentre sur les personnages, leurs travers, leurs sentiments contradictoires et leur vision de la vie à travers leurs actes. De là, on applaudit la performance magistrale de Kirsten Dunst ainsi que celle de Charlotte Gainsbourg. Mais ce serait oublier le jeu d’acteur du célèbre Jack Bauer, qui m’a fait me dire que Kiefer sutherland était quand même un très bon acteur (ce n’est pas que j’en doutais mais.. j’avais une certaine image de lui). Pour finir, concernant les effets spéciaux, rien avoir avec un 2012 ou un le jour d’après, ici les effets visuels sont sobres, réalistes à souhait, nous en prenons plein la vue, sans aller dans l’excès cinématographique. Bref, pour ma part, l’extase fut complète entre les effets spéciaux et cette ambiance sombre, mélancolique mais d’une beauté époustouflante.

Melancholia a, apparemment, été pas mal comparé au controversé Tree of life de Terrance Malik. Pour moi, à part quelques ressemblances visuelles et une vision apocalyptique, Melancholia n’a strictement rien à envier à Tree of life, ni aucune ressemblance dans la démarche. Au contraire, beaucoup plus accessible et réaliste, le long-métrage jouit d’une vision romantique avec la mise en avant des sentiments humains. Puis, ce long-métrage mixe à la perfection le dynamisme, par la façon de filmer et l’arrivée soudaine de cette apocalypse, avec la simplicité, la douceur, par une intrigue humaniste avec au centre les relations humaines. De plus, il met en avant la réalité plutôt que le métaphysique et questionne (du moins pour moi) la matérialité, la nature, notre arrivée accidentelle mais pas hasardeuse; et si tout cela disparaissait ? Que resterait-il ?
Mais Lars Von Trier n’oublie pas d’avoir une démarche esthétique, et les plans qu’il nous propose sont justes sublimes et se regardent avec émerveillement et mélancolie. Pendant ce film, qui pourrait être jugé de plat par une majorité de spectateurs, je me suis rongé les ongles, mes genoux tremblotaient et mon cœur aurait vrillé un encéphalogramme. Les dernières minutes du film m’ont été insoutenable, car Lars Von Trier a réussi à me faire prendre part à cette apocalypse. Sans cesse, ce film m’interrogeait sur mes propres sentiments et réactions dans un pareil cas: la fin du monde. Accepterais-je mon sort sereinement ou au contraire pleurerais-je incessamment et irrationnellement en guise de protestation du genre: « La fin du monde, non, en fait c’est une blague, au dernier moment je me réveillerais c’est pas possible autrement. ». La fin du monde nous explose à la face, au sens propre et figuré, et nous déshabille totalement de notre vanité d’être humain pour nous rendre notre taille initiale à l’échelle de l’univers: néant.

Sobre, simple et sombre Melancholia nous plonge dans cette réalité d’une probable fin du monde, nous obligeant a accepter cette fatalité. Le panel des sentiments va crescendo, du blanc au noir. Cela commence par l’euphorie, le bonheur dégoulinant et cela se termine par la noirceur et le désespoir que peut nous offrir cet espace infini qu’est l’univers.

Bref, foncez voir ce film européen (Lars Von Trier est danois) afin de récompenser et de saluer les talents artistiques dont regorge notre continent, ne pouvant pourtant pas rivaliser avec la suprématie Hollywoodienne, alimentée par les remakes et reboots, sans saveur (sans cervelle ?). Ne serait-ce que pour savoir par quels sentiments vous allez passer en allant voir ce film, allez voir ce film.

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