Aimer ou être aimé ?

Le film de l’été !

Les Biens-Aimés

Réalisé par Christophe Honoré
Avec Ludivine Sagnier, Chiara Mastroiani, Catherine Deneuve, Louis Garrel, Paul Shneider, Milos Forman, Rasha Bukvic
Synopsis : Du Paris des sixties au Londres des années 2000, Madeleine, puis sa fille Véra vont et viennent autour des hommes qu’elles aiment. Mais toutes les époques ne permettent pas de vivre l’amour avec légèreté. Comment résister au temps qui passe et qui s’attaque à nos sentiments les plus profonds ?

Huitième Long-métrage du réalisateur français Christophe Honoré, Les Biens-Aimés est un film puissant et brillamment réalisé. Mais avant de parler de ce film, je voudrais impérativement faire un avant-propos sur ce réalisateur plus que controversé:

Avant-propos
Pourrait-on m’expliquer la haine envers ce cinéaste s’il vous plaît ? Avec des arguments sensés et censés avoir un minimum d’objectivité ?.  En effet, je lis souvent les mêmes choses à son égard, et je pense qu’on le hait pour de mauvaises raisons. Ce n’est pas mon cinéaste français préféré (quoique depuis son dernier long-métrage…) mais ses films me touchent (n’est-ce pas là, un bon argument pour commencer, qui, je vous l’accorde n’est pas très objectif mais on parle d’art donc…). De là, dire qu’il tue le cinéma français c’est de la mauvaise foi et de la critique gratuite mais surtout de la bêtise. Qu’on le déteste, c’est une chose mais de là, à l’accabler de piques diffamatoires, voire discriminatoires… Oui oui discriminatoires… « Bobo » est l’étiquette qui lui colle à la peau et donc ? Ceux qui détestent sa démarche artistique le détestent car il est bobo ? N’est-ce pas un peu simpliste et limite raciste ? Les gens sont ce qu’ils sont, il fait des films imbibés de l’univers bobo et alors ? On a le droit d’aimer ou pas mais de là à tenir les genres de propos que je peux lire fréquemment.

Puis, on met en avant son arrogance, d’accord, ce n’est pas ce que j’ai pu voir dans ses interviews mais passons. Mais, la véritable arrogance n’est pas de s’avouer cinéphile  et d’avoir cette intolérance haineuse envers un style, un cinéaste qui ne nous plait pas. J’estime que Christophe Honoré est animé d’une véritable démarche artistique, avec des choses à dire et à montrer, un univers à faire partager. Il met en valeur une nouvelle vague d’acteurs, et de dire qu’ils sont mauvais seraient là encore une preuve de mauvaise foi. Sa mise en scène n’est, en plus de ça, jamais dégueulasse loin de là, ses scénars également… Où est le problème ? Christophe Honoré est loin d’être le monstre à deux têtes qui assassine le cinéma… Regardez ce qui passe et ce qui marche dans les salles, là on pourra en reparler, les nombreux reboots, remakes, et grosses productions sans cervelle, enfants d’Hollywood. Donc certaines critiques envers Christophe Honoré sont un peu ridicules à partir du moment où ce n’est même pas les films d’un cinéaste comme lui qui font tourner le système, alors soyez tranquilles ! À partir du moment où l’on propose une réelle démarche artistique, bobo, ou pas, on mérite le statut d’artiste. Christophe Honoré fait partie de ces artistes. Que, ceux qui l’accablent retournent à leurs délires cinéphiles, qui est ici la véritable arrogance typique de bobo et les moutons (erreur volontaire) seront bien gardés… Les gens ont tellement de haine mal placée, ça en devient ridicule…
Voilà 🙂

Les Biens-Aimés donc…
De nos jours, rares sont les films qui parlent d’amour et qui nous touchent profondément. L’amour a tellement été abordé qu’on a du mal à humecter ce parfum de volupté, à la fois simple et complexe mais surtout indicible. L’amour est devenu niais, du moins au cinéma. Christophe Honoré est un des rares cinéastes français à aborder l’amour, la vie, ces sentiments, ces concepts théoriquement simples mais si complexes en réalité. Il nous offre cette complexité dans Les Bien-aimés. Christophe Honoré nous offre également, un long-métrage intelligent mais pas pédant, car il ne fait que filmer les sentiments et des situations singulières. On se sent obligé d’étiqueter les choses, c’est normal, mais j’ai beau y réfléchir je ne vois pas comment caractériser Les Biens-Aimés, car son réalisateur mélange les genres et les époques. Dire des Biens-Aimés que c’est une comédie romantique serait hautement réducteur. Drame ? Idem. Puis il ne faut pas oublier que ce long-métrage est une œuvre musicale. Souvent comparé à Jaques Démy, Christophe Honoré signe son deuxième long-métrage musical, le premier étant Les chansons d’amour.
Le cinéma d’Honoré se range plutôt dans le cinéma d’auteur. Et à la vue des Biens-Aimés, on ressent cette liberté, que permet le cinéma d’auteur, une liberté qui peut parfois dérangée puisque parfois ancrée dans une démarche « d’intellectualisation » (à croire que c’est une honte de promouvoir l’intelligence et l’émotion du spectateur, passons.).

Cette comédie dramatique-musicale-romantique, jongle entre dynamisme et douceur. Le dynamisme étant la réalisation de Christophe Honoré qui tient de la Haute-voltige et la douceur émanant du fond. MAIS, là encore c’est plus complexe que cela, et l’on ressent une réelle alchimie parfaitement dosée entre le fond et la forme. En effet, le film est dynamique non seulement par sa mise en scène mais aussi par les situations et leurs conséquences abordées dans le film, on y voit du tragique, du drame et du romantisme. Tandis que la douceur émane de l’atmosphère et des personnages, par leurs aspirations et leur façon de mener leur vie respective. Bref, ce film est brillant car il se contente de peu, parle de la vie tout en montrant la complexité des hommes et femmes qui ne recherchent qu’à être heureux.

Des années 60 jusqu’à aujourd’hui, Christophe Honoré dresse le portrait de deux générations en évolution dans le temps. Tout d’abord Madeleine (Ludivine Sagnier et Catherine Deneuve) accro aux chaussures qui devient prostituée simplement par plaisir d’avoir de « l’argent de poche ». Et Véra (Chiara Mastroiani), sa fille.
Il y a des évènements qui sont responsables, en bien et en mal, des tournants de nos vies et qu’on n’oubliera jamais. Des évènements mais également des individus que l’on rencontre. Ces rencontres peuvent même être ces évènements particuliers. Madeleine rencontre Jaromil ( Rasha Bukvic et Milos Forman), de là, va naître un amour torturé que personne ne peut ressentir et encore moins comprendre, à part les concernés. Pendant 2h30, Honoré nous offre à voir la vie de Madeleine et celle de sa fille, Véra, leurs façons d’aimer, leurs angoisses, leurs chagrins d’amour. C’est touchant. Les Biens-Aimés nous montre le contraste trans-générationnel, le contraste et la façon d’aimer.

De 1960 jusqu’aux années 2000, on a une génération insouciante (Madeleine) et torturée (Véra). Mais ce n’est pas si simple, car le temps, le fait de vieillir est incontournable et a des conséquences. Alors, on a également une génération torturée par son insouciance et l’autre, torturée d’être insouciante. Cette dernière génération est à fleur de peau, sensible, romantique donc dramatique. Que dire, à part que ce film nous prend aux tripes. Il nous arrive d’essuyer quelques larmes mais surtout de sourire timidement à la vue de la manière dont est abordée l’amour et le romantisme qui en découle, mais surtout on sourit voire on envie, cette torture sentimentale que s’inflige les personnages. C’est cette torture voulue et subite qui rend à l’amour ses lettres de noblesses. Cette torture, cette complexité devient la condition sine qua non du « bien aimer ». Et dans Les biens-Aimés, une question résume le film: Mieux vaut-il aimer ou être aimé ?
Je fais ma petite digression habituelle, afin de faire le parallèle avec notre génération actuelle. Et, j’ai la vague impression qu’on ne sait plus aimer, on ne sait plus ce que signifie l’amour. Nous avons banalisé l’amour dans notre façon d’aimer, alors le concept est devenu totalement dénaturé, banalisé. On trouve quelqu’un envers lequel on a des sentiments et on vit sans forcement se poser certaines questions existentielles, on se laisse porter par une vie de couple, les décisions et situations qui en découlent « automatiquement »: un toit, des enfants, une retraite. Mais pourquoi est-on avec cette personne, pourquoi ces décisions avec elle ? « Parce que » ne suffit pas. L’impression qu’on aime mal et pas longtemps, que l’amour viscéral se meurt. Là encore je ne généralise pas, ce n’est que mon opinion construite par mes simples observations. Bref…
Les Biens-Aimés est l’utopie de l’amour, il en émane l’effluve sentimentale, l’exagération, l’irrationnel mais aussi le questionnement. De là, on a un pot pourri des branches de l’arbre, qu’est la vie: le bonheur, l’éphémère, la descendance, l’éducation, la douleur, la mort, la folie, le rire et l’amour.

La mise en scène est brillamment orchestrée. C’est pour cela qu’on ressent l’évolution du cinéaste, qui signe, pour moi, son film le plus abouti visuellement. Les nombreux gros plans sont époustouflants et donnent à voir la beauté des personnages, une beauté aussi innocente que torturée, donc une beauté artistique mais réaliste. Les Biens-Aimés mêle les antipodes surtout concernant la lumière. Le jeu du clair-obscur est permanent. Beaucoup de scènes de nuit, pas de soleil éclatant, publicitaire, mais les visages sont resplendissants tout comme les atmosphères. De plus Christophe Honoré, cette fois, nous offre un long-métrage inter-culturelle et international. Les Biens-Aimés s’ancre, d’ailleurs, dans des contextes historiques incontournables. On voyage entre paris, Reims, la République Tchèque, les États-Unis et l’Angleterre. Alors le film n’oublie pas de traiter les attentats du 11 septembre ainsi que l’invasion russe en République Tchèque.
Sans savoir si cela était calculée, Christophe Honoré se concentre sur les personnages et leurs situations, alors malgré les grandes villes dans lesquelles il nous fait voyager, il n’y a pas beaucoup de vie. Les lieux sont quelque peu vide d’humanité. Sans être une critique ni un point négatif du film, Les Biens-Aimés se concentre sur ses personnages principaux et nous laisse voir une certaine solitude qui les habille, les suit. Au final, leurs histoires ne concernent que les concerné(e)s et ne peuvent être comprises que par eux.

Comment parlé des Biens-Aimés, sans aborder l’aspect musical. La bande originale est signée, encore, Alex beaupain (Les chansons d’amour également) et l’aspect « comédie musicale » n’est pas un plus ni un plus inutile . Au contraire, les chansons chantées par les personnages sont de véritables dialogues et monologues qui apportent le côté émotionnel, sortant de l’ordinaire, à ce film. Les chansons accentuent le fond du film. Tout est lié au talent du compositeur Alex Beaupain, qui signe, ici, une bonne dizaine de titres qu’on écoute avec régale et passion pendant 2h30. L’envie qui nous traverse après avoir vu le film, est d’aller se procurer cette bande originale. Les paroles sont tout simplement magnifiques car elles nous offrent un paradoxe existentielle, dont je parle souvent, une simplicité et une complexité. Les deux aspects sur la balance de la vie. Cette comédie musicale est adulte, loin des trucs niais et pré-pubère à la Disney, qui ont été à la mode il y a encore peu. Pas de chorégraphie, pas de sur-jeu de la part des acteurs, les chansons ne font qu’un avec le film. Ce n’est donc que du bonheur à regarder Les biens-Aimés, limite on en redemande. Ce film nous donne la pêche malgré ses aspects tragiques. Je prends ce genre de film comme un hymne à la vie, en fait.

Christophe Honoré est féministe. Son dernier long-métrage nous le prouve parfaitement, par ses premiers rôles féminins incarnés par des actrices de choc. Des actrices, là encore, qui font le pont entre deux générations: Catherine Deneuve, magnifique, simple, émouvante qui incarne le passé (mais elle est loin d’être dépassée) et Ludivine Sagnier, la nouvelle génération, fraîche, pétillante, torturée et atrocement belle. La regarder incarner Madeleine est une torture, tant sa beauté est troublante, son corps indescriptible.
Malgré cet aspect féministe, ce serait oublier les seconds rôles masculins magistraux. Au delà des prestations magnifiques de Rasha Bukvic (Jaromil, dont on découvre les talents de chanteur au passage), Paul Shneider, Milos Forman et Milchel Delpech (OUI), je voudrais saluer la prestation de l’acteur fétiche d’Honoré: Louis Garrel soit Clément. Présent dans six des films de Christophe Honoré, j’ai découvert Louis Garrel par le cinéma d’Honoré. Et, je dois dire que Louis Garrel est un mystère. Il possède cette beauté d’une gueule de cinéma et le mystère qui en découle. Il a ce calme et cette douceur qu’il peut balayer, d’un revers de réplique, pour les remplacer par l’émotion viscérale et incontrôlable. Louis Garrel dégage quelque chose d’inexplicable, un charme, visuellement intriguant et époustouflant. Dans les Biens-Aimés, il tient un des rôles secondaires et malgré le peu d’apparitions qu’il peut faire, sa prestation en est d’autant plus à applaudir. En deux, trois scènes on le cerne, on le comprend et on partage sa misère, ses sentiments, sa torture.

Après avoir bien profité de l’été pour arpenter les salles de cinéma, je dois dire que Les Biens-Aimés est le film de l’été. Un film prenant, émouvant imbibé de vie, d’envie et de mélancolie. Bravo à Christophe Honoré.

Enjoy: (attention pour ceux qui n’ont pas vu le film, les chansons peuvent révéler des moments de l’intrigue)
Ici Londres
Je peux vivre sans toi (extrait du film)
Prague
Qui aimes-tu ?
Tout est si calme
Autour de ton coup (bonus track, qui n’apparaît pas dans le film, mais c’est l’une de mes préférées)

Je n’en mets pas plus, même si l’envie me dévore :).

« Je peux vivre sans toi, tu sais. Le seul problème mon amour c’est, que je ne peux vivre sans t’aimer. »
« Pour un soupir, combien de coup ?… Pour une  caresse, combien de griffe ?…Pour un murmure, combien de cris ? »

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2 réflexions sur “Aimer ou être aimé ?

  1. Je suis tout à fait de votre avis, surtout quand vous parlez de Louis Garrel, que j’adore, mais je suis un peu étonnée de votre ferme défense d’Honoré, que j’aime beaucoup aussi, et qui ne m’avait pas paru si attaqué que ça. Si j’ai des réserves pour lui, c’est que depuis qu’il a une passion pour Chiara Mastroianni, il donne des rôles moins valorisants à Louis.

  2. C’et un bon constat, c’est vrai que depuis qu’il met en avant Chiara Mastroiani il délaisse un peu Louis Garrel mais bon au final il fait preuve de justice 🙂 il essaie de mettre tous ses acteurs fétiches sur le devant de la scène… Et oui concernant Christophe Honoré j’ai lu beaucoup de commentaires d’amateurs et professionnels qui s’avouaient cinéphiles mais qui accablaient ce cinéaste pour des raisons s’apparentant la plupart du temps à de la discrimination et même si ces jugements ne font pas l’unanimité à l’égard d’Honoré, cela m’a assez contrarié en fait, alors je suis un peu parti au quart de tour… Mais bon dire d’un cinéaste qu’il tue le cinéma français sous prétexte que ses films de « bobos » sont nulles … Venant d’amateurs ou aficionados de cinéma…

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