Drive

Une finesse de 8 000 chevaux, un dragster aux pneus de velours

Réalisé par Nicolas Winding Refn
Avec Ryan Gosling, Carey Mullingan, Bryan Cranston, Oscar Isaac…
Synopsis: Un jeune homme solitaire, « The Driver », conduit le jour à Hollywood pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. Ultra professionnel et peu bavard, il a son propre code de conduite. Jamais il n’a pris part aux crimes de ses employeurs autrement qu’en conduisant – et au volant, il est le meilleur !
Shannon, le manager qui lui décroche tous ses contrats, propose à Bernie Rose, un malfrat notoire, d’investir dans un véhicule pour que son poulain puisse affronter les circuits de stock-car professionnels. Celui-ci accepte mais impose son associé, Nino, dans le projet.
C’est alors que la route du pilote croise celle d’Irene et de son jeune fils. Pour la première fois de sa vie, il n’est plus seul.
Lorsque le mari d’Irene sort de prison et se retrouve enrôlé de force dans un braquage pour s’acquitter d’une dette, il décide pourtant de lui venir en aide. L’expédition tourne mal…

Pfiou, après avoir investi les salles de cinéma tout l’été et avoir eu la chance de voir des films géniaux et originaux (les biens-aimés, beginners, la piel que habito, melancholia, super 8, la guerre est déclarée…), je décide de revenir en ce début d’automne avec Drive. Avec la rentrée scolaire (et oui, perpétuel étudiant), je n’avais pas vraiment la force de faire la critique de certains films que je suis allé voir. Pourtant certains étaient de vrais bijoux cinématographiques, comme le viscéral La guerre est déclarée. C’est justement parce que certains films étaient de vraies perles que je n’ai pu trouver le temps nécessaire pour en rédiger la critique.
Alors je profite de mon temps libre hebdomadaire pour vous parler de Drive, en tapotant frénétiquement sur mon clavier, pour ne pas que l’inspiration et l’enthousiasme s’envolent.
Je ne vais pas m’attarder sur le réalisateur Nicolas Winding Refn puisque c’est le premier film que j’ai l’opportunité de voir. Auteur de la trilogie Pusher et du récompensé Bronson (Prix Sang neuf), je ne connais l’œuvre de ce réalisateur que de réputation. Après avoir vu son dernier long-métrage, il se peut que je m’attarde avec attention sur ses films précédents.

Alors, Drive c’est le mélange des genres par excellence. Du film d’auteur par sa mise en scène, au thriller par sa violence furtive mais puissante et sa sombre ambiance, Drive est d’une douceur intense et renversante. Ne serait-ce que pour son générique de début, je conseille à tous et toutes d’aller voir ce film sans hésiter.
Le hic, on nous a vendu ce film comme un film d’action, avec un « petit truc » en plus (pour le spectateur lambda ce « petit truc » n’est qu’un atout marketing). Cela se voit rien qu’à l’affiche qui, pour moi, ne reflète pas l’ambiance du film, mais s’avère être un simple outil marketing mettant en avant certains codes esthétiques à la fast and furious ou autre tirelire Hollywoodienne. Méfait que l’on retrouve également dans la bande annonce que certains diront mensongère. C’est d’ailleurs pour cela qu’une pauvre américaine décervelée à décider de porter plainte contre le studio Filmdistrict, qui s’occupe de la diffusion de Drive, pour cause de tromperie sur la marchandise. Elle affirme avoir été séduite par la bande annonce qui lui aurait rappelé Fast And Furious. Je ne vous parlerai pas du fait que cette femme et son génial avocat enfoncent le clou, et affirment même, en plus de la plainte pour tromperie, que certains passages du films s’avèrent très violents et  racistes envers la communauté juive. Vous avez dit absurde ? Malgré le pouvoir culturel, social et économique immense que le continent américain s’est octroyé sur le reste du monde, on a vaguement l’impression que ses habitants, en particulier aux États-Unis, ne sont jamais sortis de chez eux… Bref.
Drive est bel et bien un film d’action mais, il y erreur sur l’étiquette et sur les ingrédients qui collent à la peau de ce genre, dénaturé par une virilité absurde et son décervelage associé. Si Drive a reçu le prix de la mise en scène au festival de Cannes, ce n’est pas pour rien et on comprend pourquoi. Dans son dernier long-métrage, Nicolas Winding Refn ose s’attaquer à un genre tellement codifié et figé et explose la majorité des stéréotypes dont est imbibé le cinéma d’action « traditionnel ».

Pour commencer par sa carrosserie, Drive nous conduit vers un univers, dans lequel  naissent des sentiments forts, pour ensuite nous faire plonger littéralement dans un imaginaire. Un ingrédient qui paraît évident à vue d’œil, pourtant nombre de films d’action ont cette lacune, celle d’être aseptisé, de nous offrir essentiellement ce qu’on connaît déjà et ce qu’on attend. Ne pas oublier que le cinéma est un art. Dans ce film, dès le générique de début on sent qu’il n’est pas comme les autres et un certain sens artistique ressort nettement. Une ville américaine, de nuit, filmée en plongée sur fond de musique eighties, l’ambiance est sombre, les crédits apparaissent en police manuscrite rose. Pour les gamers, on se croirait dans l’univers de GTA Vice city. Ce générique fut un réveil matin pour mon imaginaire où mes sens étaient mélangés et à l’affut. La nostalgie m’envahissait, ce fut un mélange étrange qui m’a scotché à mon fauteuil. Si certains sentiments sont indicibles envers ce film, c’est parce qu’il est hypnotique. Hypnotique alors indispensable.

La première scène nous annonce la  couleur. Sans en faire la description intégrale, dans cette première scène on assiste à un contrat du personnage principal  « the driver », qui n’est pas sans rappeler le célèbre Transporteur, incarné par Jason Statam. La ressemblance s’arrête dès que le personnage dont on ne connaîtra jamais le prénom, finit d’énoncer de façon claire et concise, ses « principes ». The driver est dans une chambre d’hôtel, devant une baie vitrée, qui nous permet d’admirer la ville de Los Angeles, plongée dans la nuit mais vivant de ses nombreuses lumières artificiels et colorées; de dos, on l’entend parler: « Vous me donnez une heure et un lieu, je vous donne un créneau de 5 minutes. Pendant ces 5 minutes, je vous lâche pas, quoiqu’il arrive. J’interviens pas pendant le braquage, je ne porte pas d’arme. Je conduis ». On assiste à se casse et nous sommes au service d’une action inattendue et intelligente. Évidemment, le casse se complique lorsque la police s’en mêle. Le spectateur s’attend à décoller, à entendre des fusillades, à en prendre plein la vue. Bah non, et c’est là que ça devient jouissif. Le réalisateur, dès les premières minutes, casse  ce code et nous offre une scène inattendue et un conducteur tellement intelligent. The driver ne conduira pas comme un dératé en espérant semer la flicaille, qui compte un nombre de voitures infinies et postées en règle générale, partout dans une grande ville. Non, le conducteur concentré, ne déversant pas une goutte de sueur, sait ce qu’il fait, il éteint ses phares, se gare derrière un camion, se cache entre deux ponts, ose suivre une voiture de police, tout cela, en mâchouillant un cure-dent. Bref, Drive s’annonce comme un film d’action réaliste (enfin quoique, le réalisme est largement discutable) car intelligent dans ses scènes d’action. Ce n’est pas un film réaliste en comparaison avec le réel, mais réaliste pour un film. Malgré les quelques improbabilités, l’ensemble nous plonge dans cette histoire parfaitement ficelée, jusqu’à faire totalement oublier la réalité du spectateur, au point de supprimer cet automatisme de comparaison: « mais ça, c’est impossible dans la vraie vie », c’est en ça que Drive est réaliste.

Sans être un expert, je n’ai pas été étonné en lisant « prix de la mise en scène ». La façon de filmer nous met en transe, met en valeur l’action et permet d’affirmer l’univers visuel du film. Oscillant entre clair-obscur la lumière est époustouflante, les scènes de nuit sont bluffantes et pour les scènes de jour et d’intérieur Nicolas Winding Refn joue avec les ombres, les contrastes et les lumières (cf la scène dans l’ascenseur avec the driver, Irene et un malfrat). Il empreinte les libertés visuels et artistiques, souvent typiques des films d’auteurs, pour nous offrir un esthétisme doux mais effrayant mais surtout loin d’être terne et sans vie. Drive n’est pas un film parmi tant d’autres. De nombreux plan séquence viennent accentuer le dynamisme du film. Je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais il suffit que la caméra filme, en un plan, la table de travail du driver (qui travaille accessoirement dans un garage) où s’entreposent ses outils, sa loupe et son téléphone portable, pour que la scène soit d’une beauté sans nom et que notre esprit soit happé par l’image.
Drive un film pas comme les autres, c’est certain, à la fois par sa mise en scène et son univers visuel mais pas seulement. Le rythme de Drive est aussi surprenant qu’inattendu. En effet les liens qui se créent entre the driver et Irène (Carey Mulligan), une relation qui sera donc le point central du scénario, servira un rythme parfaitement maîtrisé et toute en finesse. Il y a une phrase qui résume bien le truc, que je dois à mon compagnon de cinéma que je remercie: On nous a habitué à voir des films d’actions qui défouraillent, comportant une à 2 répliques à l’humour douteux mais efficace, dans lesquels tout doit aller vite pour qu’aucun spectateur ne puisse s’endormir voire somnoler (c’est pour cela qu’on habille le tout avec de belles fusillades et de bruitages bien réalistes) tout ça dans une durée qui s’allonge de plus en plus (généralement plus de deux heures). Mais n’est pas Michael Mann qui veut. Alors que Drive adopte un rythme d’une rare douceur et lenteur pour un film d’action, avec des scènes d’action d’une rare violence également. La balance des deux fait qu’on savoure autant la lenteur que la violence, alors on jubile et tout ça en une petite heure quarante… Pas besoin de vous dire que Drive ne prend pas ses spectateurs pour des abrutis et étant un amoureux de cinéma, je dois dire que d’une, ça se ressent, et de deux ça fait du bien de ressortir de la salle, qui diffusait un film d’action, dans lequel je n’ai pas eu de fou rire cause à l’absurde et aux stéréotypes qui collent à la peau de ce genre de cinéma.

La douceur est donc apportée par la relation du conducteur avec Irène. Là aussi, on ressent cette intelligence et ce goût pour la mise en scène. Ce film ne se noie pas dans des dédales de dialogues et punchline vaseux, le charme du film se fait dans les détails et le silence. Un sourire, un regard, un main qui touche l’autre, un silence, un gros plan, un ensemble qui met en avant l’humanité que dégage ce long-métrage. Un schizophrénie parfaitement orchestré par un scénario bien écrit. Pourquoi Schizophrénie ? Car le film est à l’image de son personnage principal, un conducteur schizo. On découvre the driver tout au long du film et il dévoile une sensibilité infantile mais un sang-froid psychopathe. Ce driver est un altruiste (il ne le sait pas encore) à principe égoïste, mais quand les circonstances sont réunies, il fait tout pour les autres sans même penser à lui, alors qu’en début de film, il montrait une intransigeance envers ses principes et un égoïsme salutaire (après les 5 min, il se casse quoiqu’il arrive: principe magnifiquement exploité lors de la scène du parking, au début, après la victoire des clippers). Pour revenir à la relation Driver/Irène, même le baiser est inattendu et ce passage est jouissif également. Cette scène marque d’ailleurs la fusion parfaite entre la douceur et l’humanisme et la violence absolue. Le côté douceur (le baiser) est filmé au ralenti avec une lumière tamisée (irréelle), une scène totalement éclipsée ensuite par la scène de violence inouïe qui suit, où l’on constate avec stupeur les deux facettes complémentaires mais aux antipodes, du personnage principal.


Petite analyse personnelle qui révèle l’importance et la place des personnages dans le film: Il y a une scène qui a attiré mon attention. En voiture, filmée à partir de la gauche du conducteur, la scène se déroule de profile, où l’on aperçoit the driver mais aussi ses passagers à sa droite: Irène et son fils. Et, la disposition des personnages nous en dit long. En effet, on peut  voir au premier plan, le conducteur et en arrière plan Irène et son fils, sur ses  genoux. Mais la façon dont est réglé le siège du conducteur permet de le positionner un peu en arrière, en quelque sorte, dans le dos d’Irène qui se trouve à sa droite. On observe un trio en éventail avec, dans l’ordre: le fils sur les genoux de sa mère (en arrière plan mais le plus près du pare-brise), Irène et le conducteur (le plus éloigné du pare-brise). Le conducteur apparaît donc en dernier malgré sa position au premier plan de la caméra. Une détail qui, pour moi est révélateur de la personnalité du driver et également de la place d’Irène et de son fils dans l’histoire et la vie de ce dernier. The driver est au premier plan, par la grâce de la caméra mais se place derrière Irène, par la position de son siège. Il a une importance moindre en comparaison avec Irène et son fils, qui tiendront un rôle essentiel dans ses prises de décisions. Voilà, une réflexion assez difficile à décrire en espérant avoir été un minimum clair.

Bref, est-ce nécessaire de parler du jeu d’acteur ? Ryan Gosling Crève littéralement l’écran, c’est incontestable. Carey Mulligan possède cette beauté innocente qu’on a envie de protéger à tout prix. Et elle incarne à merveille cette femme fragile pouvant être ferme. Mention spéciale pour Bryan Cranston (le père de Malcolm de la série éponyme ou plus récemment le personnage principal de Breaking Bad), son personnage shannon est remarquable mais surtout très attachant. Un casting très bon, dont les personnages ont l’obligation (c’est le cinéma) de posséder quelques traits stéréotypés (Shannon le fidèle compagnon du driver, qui boîte, un peu naïf) mais les personnages sont loin d’être  archétypaux et ne tombent jamais dans la caricature. Au contraire, ils sont justes.
De plus, Drive ne nous fait pas de cadeaux empoisonnés qui alourdissent généralement ce genre de films. Pas d’adieux de deux heures, de scènes de sexes incontournables, de dialogues sur l’amour, la protection, la vie… Drive va à l’essentiel et que c’est bon. Beau, bon, bien joué que demander de plus ?

De bons acteurs, une mise en scène vertigineuse et un univers visuel qui ne fait que réveiller notre imaginaire, que faudrait-il de plus ? Ah, je sais, une bande originale à couper le souffle. Manque-t-elle à l’appel ? Bien évidemment que non, la bande originale en grande partie composée pour le film (par Cliff Martinez), nous plonge dans un univers sonore électro, à sonorité eighties (pour le leitmotiv musical) et à voix informatisées. Bref, pour cela, rien que le générique du début nous inonde les oreilles de ce nectar, dont on attend qu’une chose: l’écouter en bagnole après avoir vu le film et se remémorer chaque scène.  Le tout forme une belle alchimie dont, il faut avouer, j’ai du mal à me remettre. Ça touche. Le film était risqué mais il fait mouche. Le plan final arrive, le fondu au noir nous plonge dans une obscurité totale, on sait que c’est la fin mais on ne bouge pas de notre fauteuil pour deux raisons: on est sur le cul (au sens propre et figuré) et on en redemande.
Même la fin échappe aux stéréotypes et arrive encore à nous surprendre, c’est bluffant.
Drive est tout simplement un film de super-héros dont ce dernier n’a que le fait d’être un as du volant en guise de super-pouvoirs et un blouson blanc cassé à scorpion jaune faisant office de costume. Et je ne peux m’empêcher de trouver des similitudes voire des hommages avec les films de Gaspar Noé (irréversible) et de David Lynch (Sailor and lula, Mulolland Drive) mais aussi quelques traces de Michael Mann ou encore Martin Scorsese.
Une alchimie visuelle et sonore, Drive nous emmène au croisement de la poésie et de violence pure.
Cela faisait bien longtemps qu’un film ne m’avait pas autant pris les tripes.

Une finesse de 8 000 chevaux, un dragster aux pneus de velours…

Une chanson qui, pour moi, est déjà devenue un mythe. Son rythme et sa construction reflètent parfaitement le film. Comment peut-on viser autant dans le mille ? Ce n’est pas un simple morceau que l’on écoute comme ça, entre deux clics, comme la bonne vieille soupe qu’on nous sert régulièrement. Non, ce morceau réveille les sens, et fait partager un univers qu’il est difficile d’expliquer avec des mots.

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