Pamphlet – Le bon sens insensé a de l’avenir ?

« Le bon sens a de l’avenir »


Tous les jours, en essayant d’aller m’intellectualiser à l’université, j’ai l’honneur d’être exposé, 3 voire 4 fois en une journée, à cette série d’affiches 4 par 3 issue d’une des dernières campagnes de communication multimédia du Crédit Agricole, magnifiquement orchestrée (il faut être honnête) par l’agence BETC Euro RSCG.
Un visuel reflétant la communication moderne et à la mode, soit tout en simplicité et en sobriété qui attire davantage l’attention et met en avant le côté émotionnel et communautaire du consommateur.  Communautaire, devrais-je plutôt dire social, puisque le but recherché pour le Crédit Agricole est de renouer le lien humain dans toutes ses diversités et ses attentes. Le slogan nous saute aux yeux, sa police manuscrite qui diffère sur chaque visuel nous fait comprendre que c’est la personne mise en valeur sur l’affiche qui a écrit cette accroche. Le symbole: le  Crédit Agricole nous donne la parole. La banque essaie de faire ressortir le côté naturel et réaliste et fait témoigner ses clients. Les affiches sont belles, les spots tv, simples et précis, prolongent la campagne d’affichage et nous donnent à voir des témoignages d’individus lambdas qui nous parlent de leurs projets. La campagne multimédia est parfaitement maîtrisée et elle fait mouche. À ce que j’ai pu lire sur internet, les retours sont bons et les avis du public sont plutôt positif voire élogieux…

Ces sept mots s’impriment dans mon esprit « Le bon sens a de l’avenir » et font scintiller mes yeux, non d’une simple étincelle féérique mais d’une flamme incandescente.  Ces individus mis en scène dans cette simplicité trop simple, souriant, heureux me font penser à une campagne politique. La mise en scène quand elle est dans le formel devient théâtrale alors dénuée de réalité. Ici, on attend pas Godot mais la vérité. Comment une banque passe du crédit au théâtre de l’absurde. Suis-je le seul à l’avoir remarqué ?
C’est en cela que je dois remercier le Crédit Agricole. Tous les matins, sa campagne ravive ma flamme contestataire et alimente mon désir de vérité et la recherche d’une réelle simplicité, la recherche d’un el dorado où convergent art, culture et philosophie mais surtout où règne une harmonie entre les hommes. Le symbole de l’harmonie et du bonheur sur un 4 par 3 ne reste que l’illusion du bonheur. Et, le temps et les actes ont parfaitement montré que le bonheur ne pouvait absolument pas se trouver dans les banques. C’est un fait.
Je ne reproche pas au Crédit Agricole de communiquer. Et, pour avoir travaillé à la communication interne du Crédit Agricole, je n’ai d’ailleurs rien à lui reprocher, en surface. En grande partie, ce n’est qu’un ensemble hétérogène d’hommes et de femmes ne faisant que leur boulot.
En revanche, je lui reproche d’être qu’une entité, un spectre qui nous traverse sans que l’on puisse ne serait-ce que l’apercevoir, qui prend des décisions et garde un poids et une influence considérable à échelle mondiale. Cette dictature fantomatique du XXIème siècle. Quel est le rapport ? Parler du Crédit Agricole, du secteur bancaire au sens large, c’est parler de tout mais surtout de rien, c’est s’attirer les foudres d’individus qui oseront dire « non mais de toute façon c’est trop complexe pour vous, vous dites n’importe quoi. » . Légitime ou pas ? on accepte alors on se tait. C’est en ça que ces entités ont un pouvoir dangereux et surtout totalement non-démocratique. Elles possèdent un pouvoir effectif ET symbolique.
Les mailles du filet de titane sont parfaitement disposées, les fondations et canalisations ancrées sur d’autres fondations et canalisations, elles mêmes enterrées sous des mètres cubes de terres, là, sous du béton cachant de l’or si l’on grattait un peu. Un labyrinthe à première vue complexe dont il ne reste que ses fondations solides mais où sont les fondateurs ? Ils disparaissent et apparaissent comme bon leur semble, ils construisent et déconstruisent, un travail que Jacques Derrida mit des années à conceptualiser. Je dis « ils » et j’entends là les accusations rétrogrades et d’élucubrations dignes d’un illuminé ou d’un vieux réac qui aimerait revenir 20 ans en arrière.
En effet, je suis réac, non dans un sens connoté accaparé par le discours, je suis réactionnaire. Conscient et envieux de vérité, je réagis, en effet.

Est-ce faire preuve de bon sens que de véhiculer un message aussi simple qu’enfantin « le bon sens a de l’avenir » quand l’annonceur est une banque ? Ma question est aussi simple que le slogan. Il faut juste rendre le mot « banque » effectif dans le réel, se rendre compte du concept, de son rôle actuel, de ce que la banque a fait, fait et compte faire. Il est essentiel d’ajouter, ce que la banque a fait, fait et compte faire pour vous, pour nous. Et par soucis juridiques, je parle de LA banque en général. Je ne m’aventurerai pas à faire un listing des actions du système bancaire mondial depuis les années 2 000, non, je laisse le lecteur se faire sa propre opinion. La banque a-t-elle fait preuve de bon sens ? Alors on pourrait être tatillon et me dire que le sens de la campagne donné par « le bon sens a de l’avenir » émane du client plutôt que de sa banque. Si c’était parfaitement le cas, pourquoi les annonceurs se feraient chier à mettre leur logo dans un coin de l’affiche ? En communication il y a toujours un travail de Connotation/dénotation. On met au centre le client et par son intermédiaire on montre que c’est l’annonceur (ici le Crédit Agricole) qui rend son client satisfait et active son bon sens.
Je considère cette campagne comme un affront de plus et un pied de nez voire un doigt d’honneur envers le citoyen du monde. Comment peut-on oser placarder ce slogan en ces temps détestables, si ce n’est que pour affirmer une certaine suprématie et camoufler un « Allez-tous vous faire enculer » avec un joli smiley 🙂 auquel on pourrait aisément ajouter en guise de pavé rédactionnel « Ah… Bah venez chez nous, promis on ne vous fera pas payer ». Une campagne humaniste camouflant une arrogance égoïste et cynique (n’est-ce pas le propre de la communication).
Comment ne pas sortir de ses gonds ? À chaque jour suffit sa peine et ils osent parler d’avenir. Le Crédit Agricole a remplacé Jésus, le crédit le pain, la monnaie le vin. Les clous ? L’oligarchie systématique finement mise en place. Chacun d’entre nous en possède les stigmates car Jésus n’est pas amour mais avarice, de mèche avec machiavel c’est le peuple qu’ils crucifient. Je veux rencontrer le Léviathan sur la place publique ! Car mon bon sens a de l’avenir, en effet. Et c’est tous les jours que je le mets à l’essai mais surtout en pratique. En serait-il effrayé ? Je ne signe pas d’un feutre blanc sur une affiche « le bon sens a de l’avenir » pour donner l’illusion de mon bonheur grâce à ma banque, non, je signe « le bon sens a de l’avenir » avec ma sueur et mon sang, tous les jours, pour ne pas que ce genre d’ineptie puisse prendre sens.

Alors, il paraît qu’elle donne la parole ? Oui, et je m’empresse de la prendre cher Crédit Agricole car c’est mon bon sens que tu violes, nos libertés que tu voles. Que tu le veuilles ou non il arrivera un jour où toi aussi tu devras payer tes dettes et renflouer nos caisses. Sans être de droite ou de gauche, mais surement pas de droite, je ne suis pas réac encore moins un vieux con aigris, juste honnête. Cela ne suffit plus, certes. Être n’est plus qu’un verbe, où est passé le concept ? Je veux être sans avoir à solder mon bon sens, ceci est un pamphlet justifié par mon mal-être. Il paraît qu’être et avoir se sont pris la tête ? Laisse-moi deviner, à voir la  tête que font les êtres, c’est l’avoir qui est sorti gagnant de cette querelle. Je l’entends, il chante à tue-tête, pour se justifier, c’est dans l’art de la rhétorique, qu’il est passé maître.
« Le bon sens a de l’avenir », c’est qu’en partie exact, « le bon sens est l’avenir » car s’il l’est alors il a. En toute honnêteté, ce n’est surement pas dans le système bancaire que le bon sens règne. Convainquez-moi qu’il n’est pas peuplé que de malfrats… Ont-ils une once de remords après avoir touché du doigt le ciel, grâce une tour de billet ? Babel en Barillet, plus personne se comprend, on se tire dessus et se vide les poches. Mais la haine des victimes peut être bien moche, vous en mordrez-vous les doigts ? Rois du camouflage, vous vous mêlerez à la foule et partirez sans vous retourner. Non, je n’y crois pas.
Je suis fils du monde, donc légitime, je ne me bats pas à coups de diffamation ou procès d’intention, ne tatillonne pas sur les concepts et procédures afin de masquer ma culpabilité, je convoque le dialogue entre les êtres. Je ne vous ferai pas ce plaisir d’être désabusé et fatigué ou de mal vieillir par le poids de la société.
Mon bon sens, mon engagement et mon enthousiasme dessinent mon dessein. Je suis fils du monde, donc légitime, mon bon sens ne vous doit aucun centime.

LiveAndThink

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