Interlude Philo

Je voudrais faire partager des créations d’un auteur d’un blog que j’ai découvert il y a peu. Toujours dans cette même ligne de conduite, j’ai dit que je passerais la main à d’autres pour la découverte mais également pour  créer des passerelles, quand l’envie et le besoin s’en feraient ressentir. Aujourd’hui, en ce Jeudi 22 Décembre, proche de Noël, voici mon cadeau.
J’aime sa réflexion mais aussi sa précision et cette concision qui arrive à nous questionner et à nous émouvoir dans un même temps.

Êtes vous heureux d’avoir votre âge

Êtes-vous heureux d’avoir votre âge, ou préfèreriez vous en avoir un autre? Mais préférer un autre âge que le sien, n’est-ce pas déjà s’avouer malheureux? L’idéal, pour être heureux, serait sans doute de cesser de désirer avoir un autre âge que le sien. Mais comment être heureux de son âge ? Comment éviter que les plus jeunes ne pensent avec impatience à l’âge qui leur permettra enfin tel ou tel plaisir, que les plus vieux ne regrettent celui qui les leur permettait, et que les médians ne cumulent les impatiences et les regrets ?

Il suffirait pourtant d’une question pour nous libérer une bonne fois de tous ces malheurs : « Si quelque dieu vous le proposait, quel âge choisiriez-vous d’avoir toute votre vie durant ? ». On se convaincra vite qu’il n’est aucun âge dont les plaisirs soient tels que nous puissions renoncer allègrement à tous les plaisirs des autres. Qui choisira d’être à jamais un enfant ? Qui voudra d’une maturité, immédiate et définitive, où l’on stationnerait, sans avoir vécu de jeunesse, ni devoir vivre de vieillesse ? Beaucoup sans doute éliraient la jeunesse éternelle, mais que vaudrait un état sans souvenir ni avenir ?

L’idéal semble donc de parcourir tous les âges, ce qui est précisément notre condition. On voit bien que tout âge est celui d’être heureux.

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Créer serait devenir style

L’œuvre, pour être œuvre, doit être dans ses moindres parties, analogue à la vie. Une phrase d’écrivain est une vie, et sa chute une mort. Elle se doit d’être, comme elle, imprévisible et inévitable, en un mot, fatale. Ou lapidaire, comme la pierre qui, en plein vol, se sait lancée.

Le style est le dénuement de la création. Son prime ralliement au réel, qui la rend capable de faire du réel dans le réel. Pour ainsi dire, mieux que lui. Le style trouble les mots et troue le monde, car c’est en les traversant sans égard qu’il impose l’être au réel, et inflige le réel au langage. C’est donc lui qui permet à la création d’avoir son être dans le réel, c’est-à-dire d’exister.

Le style, c’est le réel qui s’ajoute à la pensée pure. Le réel qui se produit en elle et l’empêche à jamais de ne se produire qu’en elle. Le réel qui entre dans la pensée en sorte que la pensée sorte de la pensée. Le style est ce qui sauve la pensée d’elle même. Car la pensée, par elle-même, ne peut qu’être, ni plus ni moins. Or il ne suffit pas d’être pour exister. Ni même d’avoir conscience d’être. Car, lorsque je suis, si conscient que j’en puisse être, je ne suis jamais qu’un être. Je pense prouve seulement que je suis, nullement que j’existe, puisque la pensée pure suffit à me donner l’impalpable évidence de mon être, sans rien pouvoir lui ajouter de réel.

Jean-Paul Galibert

Voilà, j’espère que vous aurez apprécié. Je remercie Jean-Paul Galibert de m’avoir gentiment donné la permission de publier ses textes, pour les plus curieux :

http://jeanpaulgalibert.wordpress.com/

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