De l’Hexagone, au globe

Ils s’embrassent au mois de Janvier, car une nouvelle année commence, mais depuis des éternités l’a pas tell’ment changé la France. Passent les jours et les semaines, y’a qu’le décor qui évolue, la mentalité est la même : Tous des tocards, tous des faux culs.

Il y a de ces coïncidences qui vous transpercent… J’ai découvert cette chanson en 2012, oui, mais l’adage est toujours valable « mieux vaut tard que jamais ». La coïncidence est à la fois temporelle : la chanson parle du début de l’année, quand elle atteint mes oreilles, je débute en même temps qu’elle une nouvelle année. Mais la coïncidence est également émotionnelle ! Malgré mon optimisme que je m’efforce de véhiculer, un sentiment aux antipodes ne cesse de me tourmenter, un genre de pessimisme provocateur que je retrouve exactement dans ce classique de Renaud : Hexagone. Alors cela se passe de commentaire, mon bouleversement a été total car la vérité s’est mise à crier !
Plus de 30 ans après comment ne pas y voir une part de vérité ?
Au risque de casser le morale qui ne tient qu’au fil de l’euphorie de l’après les fêtes et de ce flot d’amusement, je préfère partager ce qui me tourmente et avancer plutôt que de me noyer et simplement couler…
Se noyer parce que la vie n’a aucun sens, est devenu politiquement correct mais surtout inefficace. En 2012, certains se croient anticonformistes voire presque révolutionnaires en brandissant comme étendard leurs plaisirs personnels et immédiats doublés d’adrénaline propre à cette Modernité à Grande Vitesse. Ils ne servent, à mon sens, qu’un certain esclavagisme moderne qu’ils détestent tant car on ne sait plus doser. Le cocasse s’est retourné contre son fervent consommateur. Du cocasse, sommes passés au plus cocasse. Personne n’a pensé à la casse. Préférer le vide et l’absence est devenu la folie ordinaire partagée par beaucoup, dont la recherche du plaisir immédiat et constant est devenu l’opium. Mais en même temps, on nous a poussé dans nos derniers retranchements. Dans la chanson de Renaud, et je le rejoins, tout le monde en prend pour son grade car tout le monde est responsable : du politique, cet ennemi politiquement correct au petit peuple en passant par les forces de l’ordre. Mais je tiens à dire également qu’il n’y a pas que du négatif, j’ai découvert et rencontré des gens qui, à mon sens, profitaient et profitent encore de l’instant sans se moquer de la vie, en la regardant droit dans les yeux, de la tête au pied, de la découverte, au futile. Ils participent à leur manière à l’évolution des mentalités, en commençant par la leur. « Vivre intensément et sucer toute la moelle secrète de la vie. ». Vivre sans se poser de questions, ni regarder autour, est-ce réellement vivre ?
En crise, il est aisément plus facile de vivre dans le vide et l’absence de responsabilités que de s’essayer à réfléchir à l’étymologie et à la définition de l’existence.
Une nouvelle année commence, a-t-elle vraiment changé la France ?
________________________________________________________

HEXAGONE

Ils s’embrassent au mois de Janvier,
Car une nouvelle année commence,
Mais depuis des éternités
L’a pas tell’ment changé la France.
Passent les jours et les semaines,
Y’a qu’le décor qui évolue,
La mentalité est la même :
Tous des tocards, tous des faux culs.

Ils sont pas lourds, en février,
À se souvenir de Charonne,
Des matraqueurs assermentés
Qui fignolèrent leur besogne,
La France est un pays de flics,
À tous les coins d’rue y’en a 100,
Pour faire règner l’ordre public
Ils assassinent impunément.

Quand on exécute au mois d’mars,
De l’autr’ côté des Pyrénées,
Un arnachiste du Pays basque,
Pour lui apprendre à s’révolter,
Ils crient, ils pleurent et ils s’indignent
De cette immonde mise à mort,
Mais ils oublient qu’la guillotine
Chez nous aussi fonctionne encore.

    Être né sous l’signe de l’hexagone,
C’est pas c’qu’on fait d’mieux en c’moment,
Et le roi des cons, sur son trône,
J’parierai pas qu’il est all’mand.

On leur a dit, au mois d’avril,
À la télé, dans les journaux,
De pas se découvrir d’un fil,
Que l’printemps c’était pour bientôt,
Les vieux principes du seizième siècle,
Et les vieilles traditions débiles,
Ils les appliquent tous à la lettre,
Y m’font pitié ces imbéciles.

Ils se souviennent, au mois de mai,
D’un sang qui coula rouge et noir,
D’une révolution manquée
Qui faillit renverser l’Histoire,
J’me souviens surtout d’ces moutons,
Effrayés par la Liberté,
S’en allant voter par millions
Pour l’ordre et la sécurité.

Ils commémorent au mois de juin
Un débarquement d’Normandie,
Ils pensent au brave soldat ricain
Qu’est v’nu se faire tuer loin d’chez lui,
Ils oublient qu’à l’abri des bombes,
Les Francais criaient « Vive Pétain »,
Qu’ils étaient bien planqués à Londres,
Qu’y’avait pas beaucoup d’Jean Moulin.

   Être né sous l’signe de l’hexagone,
C’est pas la gloire, en vérité,
Et le roi des cons, sur son trône,
Me dites pas qu’il est portugais.

Ils font la fête au mois d’juillet,
En souv’nir d’une révolution,
Qui n’a jamais éliminé
La misère et l’exploitation,
Ils s’abreuvent de bals populaires,
D’feux d’artifice et de flonflons,
Ils pensent oublier dans la bière
Qu’ils sont gouvernés comme des pions.

Au mois d’août c’est la liberté,
Après une longue année d’usine,
Ils crient : « Vive les congés payés »,
Ils oublient un peu la machine,
En Espagne, en Grèce ou en France,
Ils vont polluer toutes les plages,
Et par leur unique présence,
Abimer tous les paysages.

Lorsqu’en septembre on assassine,
Un peuple et une liberté,
Au cœur de l’Amérique latine,
Ils sont pas nombreux à gueuler,
Un ambassadeur se ramène,
Bras ouverts il est accueilli,
Le fascisme c’est la gangrène
À Santiago comme à Paris.

   Être né sous l’signe de l’hexagone,
C’est vraiment pas une sinécure,
Et le roi des cons, sur son trône,
Il est français, ça j’en suis sûr.

Finies les vendanges en octobre,
Le raisin fermente en tonneaux,
Ils sont très fiers de leurs vignobles,
Leurs « Côtes-du-Rhône » et leurs « Bordeaux »,
Ils exportent le sang de la terre
Un peu partout à l’étranger,
Leur pinard et leur camenbert
C’est leur seule gloire à ces tarrés.

En Novembre, au salon d’l’auto,
Ils vont admirer par milliers
L’dernier modèle de chez Peugeot,
Qu’ils pourront jamais se payer,
La bagnole, la télé, l’tiercé,
C’est l’opium du peuple de France,
Lui supprimer c’est le tuer,
C’est une drogue à accoutumance.

En décembre c’est l’apothéose,
La grande bouffe et les p’tits cadeaux,
Ils sont toujours aussi moroses,
Mais y’a d’la joie dans les ghettos,
La Terre peut s’arrêter d’tourner,
Ils rat’ront pas leur réveillon;
Moi j’voudrais tous les voir crever,
Étouffés de dinde aux marrons.

    Être né sous l’signe de l’hexagone,
On peut pas dire qu’ca soit bandant
Si l’roi des cons perdait son trône,
Y’aurait 50 millions de prétendants.

Renaud

N.B
Au fil des années, Renaud a fait évoluer certaines de ses paroles pour coller avec l’époque, par exemple :
– Dans le couplet de mars, la peine de mort ayant été abolie les paroles sont modifiées : « Mais ils oublient qu’la guillotine / Chez nous aussi ça plaît encore ».
– Dans le premier refrain, « Et le roi des cons sur son trône, j’parierais pas qu’il est allemand » est remplacé par « Et le roi des cons sur son trône, j’parierai pas qu’il est flamand »
– Dans le couplet de septembre, il est fait référence à la Colombie et au gouvernement d’Alvaro Uribe : « Le fascisme c’est la gangrène / De Bogota jusqu’à Paris »
Source : Wikipédia

Publicités

Une réflexion sur “De l’Hexagone, au globe

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s