Pour m’emplir de réflexions je m’abreuve à La Fontaine

Classique de la littérature, La fontaine est incontournable . Sauf qu’à mes yeux, il y a encore peu, La Fontaine n’était qu’un fabuliste pour enfants, dont le talent était de mettre en scène une faune qu’il a l’air de connaître sur le bout des doigts.  Mais, passionné de littérature et collectionneur amateur de son support : le livre, j’ai entrepris, il y a quelques temps maintenant, la collecte de livres qu’ils soient classiques ou contemporains. Par pur plaisir d’en avoir un nouveau entre mes mains, je collecte donc plus que je ne lis évidemment. Mais, j’essaie tout de même de suivre un certain rythme. Alors, non je n’en suis pas encore à la quête de livres rares ou d’incunables mais j’aime les livres, les mots qu’ils regorgent, j’aime les toucher, les sentir, les lire évidemment. Le livre est bien plus qu’un simple support écrit, c’est une machine à remonter  le temps, à dépasser le temps, c’est aussi un moyen de dialoguer, de discuter et dans mon cas de me construire en tant qu’être. Anyway, je m’enlise totalement dans l’insipide. Ça peut paraître fou, mais oui je dialogue avec les livres, leur auteur, parfois bien plus qu’avec les vrais gens. Bakhtine, célèbre linguiste, disait que tout est dialogisme, même les livres. Force est de constater qu’il n’avait pas tort.

Bref, fétichiste des livres, geek littéraire, aucune idée, j’adore les livres tout comme certains adorent leur Iphone, les nouvelles technologies, les gadgets et d’autres les chaussures ou les vinyls. Sauf qu’au risque de paraître présomptueux, alors que je ne parlerais pas de moi, mais du livre, ce dernier est à mes yeux bien mieux et bien plus important qu’un Iphone ou que des chaussures (mais qui suis-je pour juger les multiples passions ?). Il est la meilleure invention du monde, au même titre que la cuillère, intemporel et techniquement indépassable. Je suis à mon second ordinateur portable et ayant connu en l’espace de quelques années six versions de windows  et l’évolution presque inimaginable des téléphones mobiles, le livre lui est en continuelle apogée mais ne bouge pas d’un poil tout en traversant les siècles.
Et, si j’étais vraiment prétentieux, je ne rendrais pas à César ce qui appartient à César, car n’est-ce pas Umberto Eco qui a dit que « le livre est comme la cuiller, le marteau, la roue, le ciseau. Une fois que vous les avez inventés, vous ne pouvez pas faire mieux ». . Dans N’espérez pas vous débarrasser des livres, Jean-claude Carrière et Umberto Eco m’ont transmis cette passion pour le livre, ont accru cette passion pour être précis.

Sans aucun souvenir d’avoir appris quelques unes de ses fables à l’école (je me rends compte à quel point j’ai peu de souvenir de ce que j’ai pu apprendre à l’école, triste pour un éternel étudiant), c’est avec une plus grande maturité que je fais le véritable choix de faire le saut de l’ange dans La Fontaine, pourvu qu’elle soit assez profonde pour ne pas me fracasser le crâne… 3€ pour près de 600 pages, c’est en ça que je me dis que ma façon de consommer est fidèle à mes valeurs, valeur à prendre dans sa polysémie. Un grain de sable pour pouvoir arpenter un désert de savoir, d’émotions, de pages, de figures de styles, de réflexions, d’aphorismes, de rimes, de vers, je me dis que c’est vraiment pas cher payé. Je me sens presque coupable de payer aussi peu, pour autant. Alors que pour la majorité des produits de consommation, c’est plutôt l’inverse.
Donc, La Fontaine un simple fabuliste pour enfants ? Je me suis pris une douche froide en commençant la lecture de son recueil. La Fontaine est simplement un maître de la métaphore poétique. Son talent est celui de l’allégorie par la personnification, par son imagination. Ses vers sont à tomber, et leur fond touche de plein fouet l’universel, l’intemporel. Mais au final, je crains de ne faire qu’un simple soliloque car je crois que tout le monde a connaissance du talent de Jean De La Fontaine…
Et, voilà que je me fais prendre à mon propre jeu ! Piégé par ma pseudo éloquence et mon discours qui commence à être long car animé d’un élan d’émotions, alors que je devais faire court pour vous faire partager quelques textes de ce cher La Fontaine. Alors je stoppe net !

Le Loup et le Chien

Un Loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin¹ était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
« Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin.  »
Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
– Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs² de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse.  »
Le Loup déjà se forge³ une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
« Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.
– Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
– Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?
– Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.  »
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

Notes

1 gros chien de ferme
2 Restes
3 S’imagine

L’avantage de la science

Entre deux Bourgeois d’une Ville
S’émut jadis un différend.
L’un était pauvre, mais habile,
L’autre riche, mais ignorant.
Celui-ci sur son concurrent
Voulait emporter l’avantage :
Prétendait que tout homme sage
Etait tenu de l’honorer.
C’était tout homme sot ; car pourquoi révérer
Des biens dépourvus de mérite ?
La raison m’en semble petite.
Mon ami, disait-il souvent
Au savant,
Vous vous croyez considérable ;
Mais, dites-moi, tenez-vous table¹ ?
Que sert à vos pareils de lire incessamment ?
Ils sont toujours logés à la troisième chambre,
Vêtus au mois de Juin comme au mois de Décembre,
Ayant pour tout Laquais leur ombre seulement.
La République a bien affaire
De gens qui ne dépensent rien :
Je ne sais d’homme nécessaire
Que celui dont le luxe épand beaucoup de bien.
Nous en usons, Dieu sait : notre plaisir occupe
L’Artisan, le vendeur, celui qui fait la jupe,
Et celle qui la porte, et vous, qui dédiez
A Messieurs les gens de Finance
De méchants livres bien payés.
Ces mots remplis d’impertinence
Eurent le sort qu’ils méritaient.
L’homme lettré se tut, il avait trop à dire.
La guerre le vengea bien mieux qu’une satire.
Mars détruisit le lieu que nos gens habitaient.
L’un et l’autre quitta sa Ville.
L’ignorant resta sans asile ;
Il reçut partout des mépris :
L’autre reçut partout quelque faveur nouvelle :
Cela décida leur querelle.
Laissez dire les sots ; le savoir a son prix.

Notes

1 « On dit absolument qu’un homme tient table, quand il a à son ordinaire plusieurs couverts pour les étrangers. »

La Forêt et le Bûcheron

Un Bûcheron venait de rompre ou d’égarer
Le bois dont il avait emmanché sa cognée.
Cette perte ne put sitôt se réparer
Que la Forêt n’en fût quelque temps épargnée.
L’Homme enfin la prie humblement
De lui laisser tout doucement
Emporter une unique branche,
Afin de faire un autre manche.
Il irait employer ailleurs son gagne-pain ;
Il laisserait debout maint chêne et maint sapin
Dont chacun respectait la vieillesse et les charmes.
L’innocente Forêt lui fournit d’autres armes.
Elle en eut du regret. Il emmanche son fer.
Le misérable ne s’en sert
Qu’à dépouiller sa bienfaitrice
De ses principaux ornements.
Elle gémit à tous moments :
Son propre don fait son supplice.
Voilà le train du Monde et de ses Sectateurs :
On s’y sert du bienfait contre les bienfaiteurs.
Je suis las d’en parler ; mais que de doux ombrages
Soient exposés à ces outrages,
Qui ne se plaindrait là-dessus ?
Hélas ! j’ai beau crier et me rendre incommode :
L’ingratitude et les abus
N’en seront pas moins à la mode.

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2 réflexions sur “Pour m’emplir de réflexions je m’abreuve à La Fontaine

  1. Un article intéressant, La Fontaine est toujours rafraîchissant… J’ai dernièrement traité l’exotisme oriental dans certaines de ses fables ( notamment « Les Souhaits », je te conseille de te pencher un peu sur celle ci 🙂 )

    Je ne sais pas si tu te souviens de moi, j’ai écrit l’article sur Milk Coffee Sugar il y a un mois, et aujourd’hui j’ai ébauché un blog wordpress plus général que l’autre.
    Je t’invite à y faire un tour! (désolé pour la pub)
    http://soufianekha.wordpress.com/

    A bientôt 🙂

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