Spleen et Idéal

Baudelaire est déjà passé par là…
Une notoriété qui n’est plus à faire, c’est d’ailleurs pour cela qu’un sentiment de culpabilité et l’impression d’être banal naissent sous la pression des lettres de mon clavier Azerty. Une culpabilité car il y a encore tellement de choses à découvrir, à partager et voilà que j’insiste sur Baudelaire, à la notoriété presque exagérée à la vue du nombre démesuré de poètes , certains souvent oubliés, parfois sous-estimés. En même temps, il y a encore tellement à partager et à découvrir de ses vers. Et Dans Lettres à Lucilius, Sénèque, à propos des voyages et de la lecture, ne donnait-il pas le conseil suivant : « Fais un choix d’écrivains pour t’y arrêter et te nourrir de leur génie si tu veux en tirer un profit durable et des souvenirs fidèles. C’est être nulle part que d’être partout ».
L’impression d’être banal car qui ne connaît pas Baudelaire, même de nom ? Puis tant pis, j’aime la poésie, sur ce blog, je lui fais prendre l’air.
Depuis quelques temps, il est vrai que je choisis la facilité d’un simple copié-collé à offrir en partage, peut-être pour pallier mon absence d’esprit critique et de créativité. Maybe ! Dans ce cas je suis dans le déni. Mais le temps passe si vite, et je passe mon temps à le combler. Débordé et tracassé. Tracassé par ce que je pourrais dire, écrire et raconter mais surtout tracassé par ce que je ne peux plus dire car mon temps se défile. Je me fais de la bile, et le temps se fait la malle, alors le temps de cette passion s’amenuise, je m’interroge alors sur l’utilité de ce billet. Tout ça m’ennuie. Mais quand il s’agit de poésie c’est mon vocabulaire qui s’amenuise parasité par l’élan des sentiments. Aurais-je trouvé un Idéal pour décimer le Spleen ? Je réponds par la positive évidemment. Je relisais le Spleen, animé d’un sentiment identique à ce titre énigmatique, et  j’ai goûté le fruit de cette énorme curiosité, que le bout de ma langue a pris pour acide, suite à la première bouchée. C’est à la seconde que son nectar imbiba ma cavité buccale d’une vague éprouvante. Matière vivante, ce fruit dégusté dans le feu de l’instant, fut un breuvage médicinal prescrit pour la vitalité, fut un arrêt sur image pour saisir l’immortalité. Quant à L’Idéal, le deuxième quatrain m’a laissé sans pensée… C’est un sentiment fou quand on y pense.
C’est alors que je me suis dit, mieux vaut ça que rien du tout. Même si « mieux que rien, n’est jamais assez ». Béni soit la poésie, car elle offre quelques vers, quelques rimes, quelques figures de styles, quelques lignes qui dépoussièrent le monde et rendent l’esprit solaire, les sens avides. Le poème est un grain de sable qui cache une pyramide.
Béni soit le poète dont le talent est d’arriver à être concis sans faire que la réflexion soit circoncise et la beauté allégée. Au contraire, chaque vers est un coup de feu qui attire l’attention, chaque rime est une claque qui active l’admiration, chaque poème est un feu d’artifice qui attise les richesses de l’être et éclaire momentanément les êtres. Le poète est un joueur de fléchettes dont le poème est l’ustensile qui vise dans le mille d’une cible grandement petite.
Oui, je me justifie en pensant que ce billet est justifié. Justifié par mon intention, ce simple geste de partage qui rend ma journée festin.
Un zeste de poésie, ici, est un geste contre l’inertie.

XVIII L’IDEAL

Ce ne seront jamais ces beautés de vignettes,
Produits avariés, nés d’un siècle vaurien,
Ces pieds à brodequins, ces doigts à castagnettes,
Qui sauront satisfaire un cœur comme le mien.

Je laisse à Gavarni, poète des chloroses,
Son troupeau gazouillant de beautés d’hôpital,
Car je ne puis trouver parmi ces pâles roses
Une fleur qui ressemble à mon rouge idéal.

Ce qu’il faut à ce cœur profond comme un abîme,
C’est vous, Lady Macbeth, âme puissante au crime,
Rêve d’Eschyle éclos au climat des autans ;

Ou bien toi, grande Nuit, fille de Michel-Ange,
Qui tors paisiblement dans une pose étrange
Tes appas façonnés aux bouches des Titans !

LXXVI SPLEEN

J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombrés de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
– Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher
Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité
Prend les proportions de l’immortalité.
– Désormais tu n’es plus, ô matière vivante!
Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d’un Sahara brumeux
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l’humeur farouche
Ne chante qu’aux rayons du soleil qui se couche.

Charles Baudelaire – Les fleurs du mal – Spleen et idéal

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