C’est le printemps, Occupy Wall Street refleurit

Banksy-Yellow Flower

Le 17 Septembre 2011, environ 1 000 personnes manifestaient aux alentours de Wall Street, à New-york. De l’autre côté de l’Atlantique, quelques mois plus tôt, des dizaines de milliers d’individus se rassemblaient en Espagne grâce aux réseaux sociaux pour former Le mouvement des Indignés. Des influences communes celles du Printemps Arabe qui fut l’évènement déclencheur, le pavé dans la mare, qui une fois jeté, a propagé ses ondes faisant trembler le Détroit de Gibraltar et traversant l’atlantique. Des ondes qui, par le mouvement des eaux, se sont changées en tsunamis. Une ambition nous rassemble : l’indignation, un ras le bol général, racine d’un arbre à plusieurs branches, elles-mêmes à plusieurs fruits. Des fruits de couleurs vives au goût acide à haute teneur en vitamine. Puis on nous le répète assez comme ça : les fruits sont bons pour la santé. Des fruits naissant d’une même racine. Une fois mûr et cueilli le saint d’esprit porte un de ces fruits à sa bouche…Au premier contact avec sa cavité buccale, par automatisme de défense  il plisse les yeux, ses muscles du visage se contractent une fraction de seconde.  Les papilles gustatives s’habituent, le corps également et se détend, la seconde bouchée est libertaire et il mangera le fruit entièrement. Une acidité révolutionnaire, un fruit qui a traversé les frontières. Quoi qu’on ait dit, quoi qu’on dise, qu’importe le projet, les propositions dans un premier temps. Le fait qu’à présent des  millions de gens à travers la planète se sont fait livrer ce fruit par charter et ont ressenti cette acidité est simplement merveilleux. Le XXIème siècle est celui des nouvelles technologies, elles nous ont permis de faire passer les graines d’un arbre à planter dans nos esprits dans le but de faire murir un fruit commun. Le XXI ème siècle est donc celui d’une nouvelle démocratie ? Un fruit présent sur la table du banquet mondial organisé par des privilégiés et des esprits malins à la fois hôtes, serveurs et cuisiniers, qui décident de la qualité mais surtout des quantités de nourritures à entreposer dans chacune de nos assiettes. Qu’importe notre condition de famélique, nous brandissons ce fruit !

« Pour une homme ou une nation, le mécontentement  est le premier pas vers le progrès. »
[Oscar Wilde]

Voilà plus d’un an que le monde tremble et que les esprits se mettent en branle. Le tournant entamé est encore incertain, les esprits encore trop disparates mais l’indignation mondiale, elle, ne désemplie pas et s’organise sérieusement. Je remarque que ce qui perd de l’ampleur, c’est l’engouement autour de cette volonté d’entamer une construction nouvelle de la modernité. Problèmes médiatiques ? Entre autre. Hiérarchisation des phénomènes qui tend à mettre au premier plan les élections présidentielles et donc à faire passer cette volonté mondiale de changement comme utopique et manquant de sérieux, de réalisme ? Évidemment. Je pense aussi qu’il est plus facile d’aller mettre un bout de papier dans une urne en croyant fort que quelque chose peut changer que de réellement faire corps avec ce mouvement planétaire et réfléchir à demain en devenant citoyen du monde. Peut-on blâmer la femme battue qui ne quitte pas son foyer ? Est-ce aussi simple que ça ? J’en doute. De plus, à l’écriture de cet article j’emmagasine en même temps une quantité d’informations parfois contradictoires que mon honnêteté intellectuelle me force à prendre en compte. Des informations remettant en cause le constat général des partisans de cette Indignation mondiale. Des informations qui tendent à minimiser fortement les conséquences négatives de l’ultra libéralisme sur nos conditions de vie (Informations fournies en fin d’article). Mais je reste intimement convaincu que nous sommes êtres battus dans l’incapacité sociale, économique et psychologique de quitter ce foyer dans lequel nous sommes mal à l’aise. Et la peur du changement, de l’inconnu a toujours dominé les hommes. Bref, le béhaviorisme est là pour me rappeler que nous sommes des animaux doués de raison que l’on peut conditionner, forcement conditionnés à certaines tâches, activités, et qu’il faut parfois conditionner. Même si cette volonté de changement s’étale sur tous les  continents, elle a quelques difficultés à s’implanter dans tous les esprits que les mass-medias conditionnent d’une certaine façon et forcent à hiérarchiser. Les autres médias et citoyens du monde se doivent dans cette perspective de conditionner d’une autre façon en rappelant sans cesse ce qu’il en est. Et que ce n’est pas parce qu’on ne parle pas du mouvement de manière quotidienne, qu’il n’existe et ne prospère point. Peut-être qu’à force de le rappeler, les esprits seront conditionnés au changement, conditionnés à cette révolution…
Tsss et j’ose parler de conditionnement, je ne suis qu’un vendu, un ingrat ! Il nous faut des esprits libres bordel ! Un bon-sens majoritaire, des esprits vifs et non grabataires.

Voilà plus d’un an et le mouvement mondial d’indignation, fils du printemps arabe a bien grandi mais n’a pas pris une ride. Et nous revoilà au printemps, le soleil revient à la charge comme l’impétueuse volonté des « Occupy », des Indignés, des Anonymous. La flore bourgeonne tout comme les ambitions de ces manifestants, reflet de nous-mêmes, assoiffés de bon-sens et de nobles concepts. Et, après avoir fêté ses six mois, la fleur Occupy Wall Street refleurit.
« We sow seeds in the fall… They blossom in the Spring »1 in « The Declaration of the Occupation of New-York. » Le site Owni m’a donné de l’engrais.

1 « Nous plantons des graines à l’automne… Elles fleurissent au printemps. »

twitter.com/#!/OccupyWallStNYC/media/grid

« Un peu moins présent cet hiver sur la scène médiatique depuis son éviction de Zuccoti Park en novembre 2011, le mouvement Occupy Wall Street n’a cessé pendant l’hiver d’accroître sa présence en ligne, de s’organiser, de préparer des actions. »
Pour la première fois, un établissement officiel affiche son soutien au mouvement et donc lui donne du crédit. Le Seaport Museum a choisi, pour sa réouverture, de présenter une exposition collective sur Occupy Wall Street. Owni, pour l’Atelier des Médias de RFI, se plonge en immersion dans ce mouvement pendant dix jours et nous permet de faire connaissance avec quelques figures phares du mouvement.
Le journaliste en immersion rencontre une dame arborant un badge « YES » et affirme « je retrouve l’esprit beat que j’ai connu dans les années 50 » elle reprend « Chez les Occupy, il y a aussi des beats, mais pas que. Saches qu’il n’y a pas une porte vers Occupy, il y en a 1 000. » L’une des portes grande ouverte et accessible à tous est bien évidemment le net et en particulier les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook. De véritables groupes se forment, s’organisent et organisent par le biais des réseaux sociaux. Premier témoin et acteur : moi-même, je suis le compte officiel des Occupy et quelques personnalités se revendiquant Anonymous ou Occupy. Ces comptes m’assènent d’informations en quantité quotidienne considérable. C’est grâce à cela que je suis toujours resté informé et que j’ai remarqué que le mouvement ne désemplissait pas et qu’il possédait toujours cette hargne !
Une dame de 50 ans, mais aussi des plus jeunes croisent la route de ce journaliste d’investigation d’Owni. Notamment Alexa O’Brien, fondatrice du mouvement US Days Of Rage, loin du cliché de la baba-cool voire du hippie alter-mondialiste, la trentenaire est une femme dynamique même hypra-active, « workaholic ». Elle a commencé à s’intégrer dans ce mouvement aussi grâce aux réseaux sociaux. Choquée par la puissance accrue des grandes entreprises elle décide de créer US Days of Rage dont le moteur est la désobéissance civile non-violente. Rencontrant un franc succès sur le net (1000 followers en une semaine), US Days of rage comprend l’importance de créer un espace pour que les Américains puissent s’engager de manière authentique. De là, les membres mettent en ligne des discussions et des formations autour de la non-violence et de la désobéissance civile. Après  des appels à des manifestations pacifiques sur les mêmes thèmes de revendications, de certains groupes ou médias (le magazine Adbusters) une route commune est empruntée celle d’Ocuppy Wall Street. Les soutiens se sont multipliés, jusque dans les médias. The Nation ou The Guardian choisissent de couvrir les actions sans aucun répit depuis septembre 2011.
« Dans la société américaine, il y a quelque chose qui se nomme l’espace civique, public, cela n’appartient pas aux démocrates, cela n’appartient pas à la droite. Cela appartient aux Américains. Je sais qu’US Days of Rage soutient l’idée d’un gouvernement transparent et nous soutenons des sites de lanceurs d’alerte, comme Wikileaks. »
D’ailleurs Alexa s’est rapprochée de Wikileaks et y contribue activement. Malgré le fait que certains Occupy veulent distinguer Occupy Wall Street des Indignés ou d’autres mouvement je pense que tout est lié et la coalition doit être faite, est en train de se faire. De grands mouvements, sites, personnalités émergent et participent à cette coalition. Des Indignés à Occupy en passant par Wikileaks, les Anonymous et j’en passe, tout s’entremêle ! Tous se servent les uns des autres, tous se serrent les coudes !

OWS_ALEXA-©-Arnaud-contreras

Le journaliste d’investigation rencontre sur son passage un journaliste citoyen, j’ai su après ma lecture que cette personnalité avait une certaine notoriété. Il s’agit de Tim Pool un live streamer qui avec son téléphone mobile ou une modeste installation vidéo capte chaque action des manifestations en commentant le tout d’une voix calme. Ses chaînes sont les plus regardées et son nom est régulièrement cité par CNN.
« On s’est fait viré de Zuccoti Park en novembre, mais ce qu’on ne voit pas c’est qu’il y a toujours plus de 50 occupations dans tout le pays, qui elles, n’ont pas été délogées. »
Malgré quelques tentatives de corruption du mouvement par ce qu’on appelle ici en France des « casseurs », chez eux il s’agit plus souvent des « Blacks Ops », des personnes cachées derrière des capuches et foulards, se mêlant au mouvement pour le discréditer, le mouvement résiste. Il s’agit apparemment de provocateurs payés par Michael Bloomberg, le maire de New-york. On voit bien que le mouvement dérange, même et surtout politiquement. Tim pool critique les Mass-médias. Son avis rejoint le mien concernant le traitement médiatique de ce mouvement planétaire. « Soit ils attendent la fin d’une manifestation pour commencer à filmer. Ceux qui attendent le pic de participation pour filmer et dire regardez, il y avait 10 000 personnes… Ils fabriquent la réalité en fonction de leur sensibilité politique » . Opinion, que dis-je, constat très pertinent et internet se révèle être un véritable contre-poids à cette pioche d’informations selon les objectifs visés. Tim Pool défend la totale transparence du mouvement Occupy, une philosophie qui est en même temps la principale critique qu’on peut lui faire. Il n’hésite pas à filmer des manifestants Occupy balançant des bouteilles et des canettes sur la police.

twitter.com/#!/OccupyWallStNYC/media/grid

Dans son périple le journaliste d’investigation rencontre la personne derrière le compte officiel de l’assemblée générale d’Occupy Wall Street, Dicey Troop. De là, on apprend que le mouvement donne des AG quotidiennement et ne vote pas mais approuve ou désapprouve par consensus en utilisant les mêmes codes que les Indignados espagnols. En plus de mener des débats, lors de ses AG Occupy fait bénéficier à certains, les plus démunis, de la soupe populaire.
L’un des grands débats discuté est l’accès à l’information. Des poètes, musiciens, écrivains et artistes en tout genre s’attèlent à cette tâche et organisent des free speech.
De là on arrive à cerner Occupy Wall Street en prenant conscience de son étendue. « Occupy est un idée, mais ce sont aussi des centaines de structures, de comités dans tous les domaines, pour toutes professions. Chaque jour à heure fixe, comme indiqué sur leur site, se réunissent des commissions qui débattent de thèmes précis : réforme financière, électorale; refondation des systèmes éducatifs et de santé. »
Occupy comme système alternatif ? Occupy organisé en micro-société, qui jusque là fonctionne très bien sans réel moyen exorbitant (exorbitant est le mot clef, ne me faites pas dire ce que j’ai pas dit, le mouvement Occupy grâce aux dons et autres a tout de même des moyens financiers intéressants… Comme quoi, les gens sont prêts à donner leur argent pour une autre forme de société)

twitter.com/#!/OccupyWallStNYC/media/grid

L’art fait partie intégrante du mouvement et est au centre d’une commission. L’Occupy with Art. Lors des réunions ils débattent de manière calme sur le rôle des marchés financiers et du blanchiment d’argent dans le marché de l’art.
D’autres membres ont fondé un concept très très intéressant le « Revolutionnary Games ». Un  concept que l’ont doit à la rencontre de trois manifestants : Alexandre, Zef et Katy. Ils forment le collectif consacré à Occupy Wall Street qui crée des jeux en ligne mais aussi des jeux de rue.
« Nous avons commencé à beaucoup citer un écrivain Hollandais qui s’appelle Huizinga, son livre s’appelle Homo Ludens. Il explique comment les jeux et le fait de jouer précèdent la culture. » De l’action ludique en somme. Ces trois compères se définissent comme anarchistes et ils créent le concept d’Anarchive, sur le principe que chaque personne qui assiste à un évènement d’Occupy doit collecter sa propre mémoire, sa propre expérience et la communiquer au plus grand nombre. L’expérience précède l’essence en gros, précepte de l’existentialisme.  En guise de conclusion : « Le jeu, jouer et l’art sont des moyens d’éviter l’opposition directe, et aussi de faire réfléchir les gens. Ici, nous essayons de révolutionner la révolution »

Un modèle de société alternative basé sur le débat continuel et le consensus. Un refuge à fondation d’idéal qui se construit et s’aménage par la coalition, l’égalité, la communication mais également la construction de soi, l’engagement de chacun, la culture, l’art et le ludique. La culture a une place prépondérante au sein d’Occupy et en ce qui me concerne, grâce à ces informations recueillies j’ai également découvert un grand écrivain de la beat generation, un mouvement dont la dame de 50 ans rencontrée au début faisait référence. Lors d’une réunion un peu plus joviale et décontractée, entre manifestants, certains lisaient à haute voix le célèbre poème d’Allen Ginsberg « America ». Un poème bouleversant dont je parlerai surement un de ces jours.
Bref, et si ce mouvement de protestation avait trouvé ses solutions dans son mouvement justement ?
Et pardonnez ma désinvolture à la fin de ce billet, qui pourtant m’a redonné plein d’espoir, mais : Et pourquoi la France s’en fout ? Que fait la France. Non mais, en plein doute et en pleine perdition, je pose réellement la question: Qu’est-ce qui explique que je ressente l’impression que la majorité des français ne se sentent pas concernés voire sont atteints par la mollesse ? Même certains sociologues bafouillent en essayant tant bien que mal de répondre à ces interrogations. Surement qu’une impression… Puis il faut accepter le fait que nous ne serons jamais la majorité malgré le célèbre slogan « we are 99 % ». Ne cherchons-nous pas simplement la sagesse, à être en quelque sorte des philosophes pratiques dont la solitude, l’indifférence et la « moquerie » sont des constantes auxquelles nous devons faire face. De nombreux aphorismes de Nietzsche parlent de la solitude « Dans la solitude le solitaire se ronge le cœur; dans la multitude c’est la foule qui le lui ronge. Choisis donc ! » ou encore « J’ai vu clair peu à peu sur le défaut le plus général de notre façon d’enseigner et d’éduquer. Personne n’apprend, personne n’aspire, personne n’enseigne à supporter la solitude ». Épictète, célèbre stoïcien donnait le conseil suivant : « ne t’inquiète pas des railleurs. Si tu veux être philosophe, prépare tout de suite ton âme aux risées, aux moqueries du vulgaire. Attache-toi à ce qui te paraît le meilleur. » Ou encore « ne te laisse pas accabler par des pensées comme celles-ci : je vivrais méprisé; nulle part je serai quelqu’un ». Car le sage est vraiment utile à ses amis, utile à la cité.
« La société pardonne souvent  au criminel, jamais elle ne pardonne au rêveur ». Les rêveurs et les sages, ça, l’avaient compris. Je décide d’être un rêveur lucide pour avoir la prétention d’être en harmonie avec moi-même et de vivre pleinement, pas simplement exister.

LIEN :

Occupy Wall Street refleurit – OWNI

Un contre-point, terme parfaitement adapté puisque le contenu est tiré du site contrepoints.org :

5 raisons pour lesquelles Occupy Wall Street a tort

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s