Sans eux, c’est sans nous et sans elle…

…Sans elle, c’est sans eux et sans nous… vice versa

Photo de Marie SZKLAREK

La veille de cette journée de citoyenneté quinquennale, je chantais encore « Je vis » en harmonie avec un café zèbre et une foule arc-en-ciel rêvant d’utopie.
D’une tristesse euphorique, je savourais cette suspension de l’instant tout en me projetant bien plus loin que le lendemain. Je rêvais éveillé; émerveillé,  je pensais. Osmose parfaite entre les sens et l’essence.
Le singulier était pluriel, l’hétérogénéité était homogène, le partage inconditionnel, la diversité n’était pas anathème. La musicalité hypnotique marquait un pas militaire tout en entrainant les danses singulières d’un public. Nos applaudissements périodiques battaient de concert, nous étions un et multiple à ce concert. Dans un coin paumé de Haute Normandie, dans une salle à la diversité culturelle cultivée et affichée (de la peinture urbaine sur les murs, une expo), il y avait de tout pour faire un monde : un public éclectique et des artistes. Un minimalisme qui maximisait une dynamique constructive, à l’implicite politique ôté de toutes les peurs. Y’avait-il besoin de plébiscite ? Je nous félicite pour ces quatre heures de bonheur. Quatre heures de société alternative. Quand l’impossible devient possible…
Il a suffit d’un peu de musique pour allumer les briquets et créer un big bang à échelle humaine ! Une impétuosité dont découlait une paix intérieur,  une paix à pouvoir dire d’un calme effrayant, pour l’autre, mais tellement vivifiant pour nous, « je vis », enfin « je vis« .
Bref, j’ai assisté au concert de Milk Coffee & Sugar (enfin)
Et je mens par omission, un mensonge que je m’empresse de réparer, puisque je ne suis pas produit politique et mascarade médiatique : deux autres groupes ornaient à merveille cette soirée sincère : Un notre parfum et Ben Mazué.

Photo de Marie SZKLAREK

À l’heure où la politique se confond avec une mauvaise publicité pour de la lessive, je prône les évènements culturels comme sociétés alternatives momentanées à échelle réduite, redonnant à la politique ses lettres de noblesse ainsi que son étymologie : des affaires de la cité…
Et ça nous change. Ça nous change de cet absurde quotidien et ça nous change, nous. Un évènement culturel comme prémisse de l’existentialisme : l’existence précède l’essence. Il y avait un avant, dans lequel la foule s’enthousiasmait dans un hall d’entrée, une foule dont les composants humains se rencontraient, se parlaient, se souriaient, se connaissaient. Puis il y avait un après dans lequel on régulait nos sens et puisait l’essence de cette liberté partagée et de cette collective expérience. Un post-évènement qui nous montrait la place de l’artiste : en plein centre; non d’un point de vue égocentrique, mais d’un point de vue social. L’artiste ne servait pas les élucubrations fanatiques encore moins alimentait le rêve et la jalousie de réussite, non, il puisait en nous et nous puisions en lui. Ce rapport adulte entre artiste et public permet d’élever l’œuvre bien au dessus de la simple affaire d’offre et de demande. L’objectif était de viser l’intériorité non la superficialité. Et évidemment il y a eu des demandes, et des offres car les artistes ont bien d’autres talents à offrir, comme des livres par exemple. Des CD’s, des affiches et des livres, là disposés sur un étalage de fortune. Tu viens pour écouter de la musique tu repars avec un livre sous le bras et des rimes plein la tête. Les passerelles sont faites.

Photo de Marie SZKLAREK

Une de mes nouvelles rencontres perçoit dans mon regard ce manque d’essence, cette jalousie fiévreuse de ne pouvoir me procurer quelques p’tites choses entreposées sur l’étalage de fortune (enfin j’enjolive). Ses yeux en ping pong, entre une ‘tite chose et ma personne, elle se lance sans réfléchir et m’achète cette ‘tite chose dans cet élan d’euphorie et de partage. Sans réellement réaliser, je me retrouve avec cette ‘tite chose entre mes mains, je remercie cette personne responsable de ma future découverte. Le soir même je ne peux m’empêcher de parcourir cette ‘tite chose malgré la fatigue…
Cette petite chose est un recueil de textes et chants rédigés par Edgar Sekloka, membre de Milk Coffee & Sugar. Une couverture magnifique, artisanale qui contient un papier de couleur blanc cassé  aux impressions impeccables munies de légers reliefs. Des textes accompagnés d’illustrations style BD qui donnent à cet ouvrage son caractère singulier. Le tout fabriqué et relié à la main. Un recueil intitulé  » ‘tite chose », un titre à la figure de litote puisque cette ‘tite chose regorge évidement de choses intensément plus grandes. Malgré le geste de ma nouvelle rencontre d’une gentillesse surprenante en 2012, il faut préciser que je citerai à crédit !

Bref, j’ai assisté à un concert de Hip-Hop et j’suis reparti avec un livre sous le bras et les échos musicaux se battaient dans le fond de mes tympans et s’embrouillaient avec les rimes et les voix des teneurs de micros.
« Le hip-hop, une culture, un esprit ! tout ça n’a pas de prix ! »
Depuis ce soir là, il s’est passé beaucoup de choses alors je n’ai pas eu le temps de poster ce que je désirais Lundi, je rattrape ça en partageant une ‘tite chose aujourd’hui, en plus de ma chronique.

À croire que les élections se sont déroulées sans elle…

Sans elle

Avoir une idée pourrait me mettre en danger
Alors qu’un pas d’avis m’évite d’en changer
Cultivant la bêtise à ne jamais dévier
C’est le néant du rien que je m’en vais défier

Peu d’esprit, de matière à faire intelligence
J’achète en gros sans regarder à la dépense
J’achète à la pelletée tout ce qui se vend
Tout sauf la pensée : il manque le prix devant

Ce qu’il en coûte aux gens d’offrir leur réflexion
Moi, lève-coude à comptoir, liqueur dépression
l’addition, je crois l’avoir en fait oubliée
Usine Alzheimer, le souvenir ouvrier

Des tas de papiers mais pas une identité
Suis vidé comme un scoop d’aujourd’hui dans Libé
Vide évidant face au miroir, teint somnifère
Regard blanc comateux, suis un brin mortifère

De mes moments d’absence par trop apparents
Me voilà devenir au bas mot transparent
Contour d’une imagerie non développée
Fantôme qu’un corps d’homme aurait enveloppé

Citoyen quand le peuple est un pleutre ordinaire
Un quidam floche neige en un décor d’hiver
Je suis anonyme ami des gens communs
Un être en berne effeuillant son âme témoin.

Edgar Sekloka

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