Radiostars

Une étoile filante…

Réalisé par Romain Lévy
Avec Manu Payet, Douglas Attal, Clovis Cornillac, Pascal Demolon, Benjamin Lavernhe, Côme Levin…
Synopsis
En plein échec professionnel et sentimental, Ben, qui se rêvait comique à New York, est de retour à Paris. Il rencontre Alex, présentateur-vedette du Breakfast-club, le Morning star de la radio. Avec Cyril, un quadra mal assumé, et Arnold, le leader charismatique de la bande, ils font la pluie et le beau temps sur Blast FM. Très vite Ben est engagé : Il écrira pour eux. Alors qu’il a à peine rejoint l’équipe, un raz de marée frappe de plein fouet la station : l’audience du breakfast est en chute libre. C’est en bus qu’ils sillonneront les routes de France pour rencontrer et reconquérir leur public. Pour ces Parisiens arrogants, de ce road trip radiophonique naîtra un véritable parcours initiatique qui bousculera leurs certitudes.

Après avoir scénarisé les 11 commandements et Cyprien, Romain Lévy s’adonne à sa toute première réalisation : Radiostars. Réalisateur, scénariste et dialoguiste en collaboration avec Matthieu Ouillon, Romain Lévy nous offre un road movie déganté, méchamment écrit et orchestré et foutrement bien interprété ! Mon champ lexical illustre parfaitement mon sentiment envers cette pépite : elle donne la pêche putain ! Un sentiment, non pas exagéré mais plutôt pris à son paroxysme puisque écrit sur le vif qui pourra donc paraître quelque peu démesuré pour ceux qui n’ont pas vu le film et évidemment pour ceux qui ne l’ont pas aimé.
Depuis ma dernière critique cinéma (shame) qui date, pfiou, de Décembre, je n’ai pas cessé d’arpenter les salles de cinéma comme à mon habitude, simplement je n’avais pas encore vu le film qui possède cette qualité, celle d’exciter mes deux hémisphères au point de ressentir cette envie irrépressible de partager ce moment avec d’autres.
J’avais eu quelques bons échos concernant Radiostars et j’ai toujours apprécié Manu Payet en tant qu’humoriste, quant à Clovis Cornillac il a toujours eu à mes yeux, ce charisme d’acteur qui me plaît. Des points de départ plutôt légers qui ont justement et simplement attiré mon attention et suscité ma curiosité. Ce p’tit quelque chose qui m’a permis d’aller voir ce film sans attentes particulières et avec légèreté.


Durant les premières minutes du film, Alex (Manu Payet) est interviewé par une animatrice radio, figure apparemment emblématique. L’animatrice à la voix singulière, suave, parfaite à l’intonation exagérée demande à son invité comment s’est-il retrouvé humoriste sur le devant de la scène ? Premier coup comique qui tend vers la dérision des animateurs radios et la manière dont ils instrumentalisent leur voix, Alex imite parfaitement la voix de son interlocutrice pour se moquer à la fois d’elle mais également de lui. À la question de l’animatrice, point de départ du film, Alex répond que c’est une longue histoire, mais avant d’en entamer le récit il profite grassement de son privilège qui consiste à pouvoir choisir et lancer une chanson  et nous annonce avec tout son dynamisme « Vampire Weekend » –  Oxford Comma !

On air ! On envoie la sauce en musique !
Puis l’on retrouve Ben (Douglas Attal), personnage servant d’attache à cette trame narrative, il rentre en France avec l’ambition de conquérir, malgré-lui, le public parisien après avoir essuyé quelques échecs dans le Stand up, aux USA. En plein déboire amoureux, malgré son caractère introverti il décide de se reprendre en main. Et, il croise la route d’Alex. Avec un petit coup de pouce de son ex, Sabrina (Ana Girardot) qui est l’actuelle petite amie d’Alex, Ben au chômage, se voit ouvrir les portes de l’opportunité : écrire pour la radio Blast FM.
Ni, une ni deux, Ben se retrouve à rencontrer la bande de joyeux animateurs fous du Breakfast Club, le morning de Blast FM, et à passer son entretien d’embauche « On air » devant le leader de la bande Arnold (Clovis Cornillac). Ce dernier séduit lui fait signer son nouveau contrat.
L’ambiance festive et décalée qui règne en maître au sein de cette bande d’animateurs, enveloppe Ben sans lui demander son avis . Le voilà embarqué dans une aventure qui ne fait que commencer !
Blast FM radio numéro 1 depuis 10 ans, se voit être relayée à la seconde place faute à la négligence et à l’insouciance de l’équipe. Réprimandée, l’équipe est contrainte à retrouver sa place de leader et à reconquérir le cœur des auditeurs des régions de France où l’audimat a chuté. L’équipe suivie avec mollesse par le nouveau venu Ben, s’embarque dans un road trip à travers la France. Ce qui était contrainte à la base, se verra devenir quête initiatique et périple solaire, par la suite.
À l’air frais, le breakfast club installe tout son matos sur la place publique afin de donner son show matinal animé par une bande à la dynamite amicale ! L’exercice est périlleux et devient très vite ennuyeux pour notre équipe et ses auditeurs. Les ajustements se font au moment où Ben trouve justement sa place au sein du groupe : il écrira des chroniques comiques pour chacun des membres de l’équipe. À partir de là on les suit sillonnant les routes de France et mettant leurs talents à profit sur la place publique.
Dans Radiostars, il n’y a pas un bout de gras, on ne s’ennuie pas une seule seconde. Se dégage de ce film une ambiance humaine, festive, dynamique, un film à l’humour corrosif, vulgaire mais réaliste voire politiquement incorrect. Même si chacun des personnages est archétypal tout sonne juste dans ce film. Manu Payet joue admirablement bien, Clovis Cornillac en Leader tyrannique et colérique nous livre une prestation singulière et viscérale qui donne au film un caractère tragique. Mais l’humour répond constamment présent, malgré les scènes tristes, transformées en vaudeville. Le film est à l’image de l’équipe du Breakfast Club et forme une osmose qui devient cocaïne. Une fois le générique de fin, on en redemande. Pourquoi ? Parce que ça ne parle pas que de radio, c’est surtout l »histoire, les péripéties et les déboires d’une bande de potes au caractère bien trempé qui parfois, crient plus qu’ils ne s’écoutent.
Ce qui m’a vraiment touché justement c’est le fait que le comique touche. Et oui, Henri Bergson affirme que « le rire s’adresse à l’intelligence pure et exige une anesthésie  momentanée du cœur » . Mais Radiostars, c’est l’histoire de la jeunesse, de la fougue, des rêves et de l’insouciance qui collent à sa peau, c’est l’histoire de l’amitié. Chaque spectateur se projette, et chaque scène comique nous renvoie à nous, à notre propre jeunesse. Alors même le comique nous émeut.
Dans la vie des membres du breakfast club, ça explose de rire, ça joue sans cesse, ça gueule, ça se bat, ça crie, ça boue, ça pleure, ça s’effrite, il y a de l’arrogance, de l’excès, du j’m’en foutisme et l’amour du travail bien fait.  Donc dans Radiostars il y a de l’amour pour la vie. Et le périple de cette bande de Zulu va se transformer en quête initiatique avec la découverte de l’Autre, la remise en question, le doute, la gué-guerre d’estime, l’accidentel et l’imprévu, la recherche de l’amour, la reprise en main de son existence, la célébrité. Radiostars est une sorte d’allégorie, comme tous les films peut-être, mais celui-là m’a touché.

Dans Radiostars, il y a de l’amour pour la musique aussi car la Bande Originale est exceptionnelle et exceptionnellement dynamique, éclectique mais pourtant homogène. De Vampire Weekend à the buggles et son fameux titre « Video killed the radio star » remixé par le président des états-unis (si si) à Poni Hoax et sa chanson hypnotique et singulière antibodies (merci au passage à Pauline pour cette découverte :), elle se reconnaîtra) en passant par 1.9.9.5 et son célèbre et magnifique titre La source ou encore La flemme et Pusha T avec son single « Trouble on my mind« . La musique a du peps et se jumelle avec le reste et nous offre un bordel ordonné celui créé par l’équipe du morning de Blast FM. Tout s’entremêle donc à merveille.
Mais outre la musique et les belles performances ou encore l’humour furieux et délicieux, il faut aussi vous dire que le résultat visuel est de toute beauté. En effet, j’ai trouvé la mise en scène sobre mais excellente, moderne et surtout réfléchie. la mise en scène a beau être simple à première vue, nombre de détails nous donnent à voir une recherche esthétique. La rapidité du montage et les nombreux plans rapprochés qui nous laissent voir la classe des personnages arborant leurs fameuses Rayban, dont chacun possède son modèle favori, créent une ambiance pop moderne dont se dégage une fraîcheur euphorique. Un excellent mélange son et image que j’aime rapprocher d’un groupe de LA qui a fait le buzz avec son tube « Pumped up kicks« , Foster the People. Me demandez pas pourquoi, c’est comme ça. Puis on ne s’en rend pas du tout compte sur les photos, mais l’image de Radiostars est sublime, il y a un jeu avec la lumière et les couleurs, qui moi, ne m’a pas laissé insensible.

Bref, même si j’ai l’impression d’avoir négligé l’aspect comique du film, il faut préciser que Radiostars nous offre un humour massacreur et massacrant à la croisée parfaite du vulgaire et du subtil. Mais, pour moi, la singularité de cette comédie se trouve justement dans son ensemble. L’ensemble est comédie. Parfois on rira à gorge déployée, parfois on ne rira pas, mais ce qui est sûr c’est qu’on sourit pendant 1h40 parce que ce qui se dégage du film, c’est cette fraîcheur, cette bande de pote qui nous vole un sourire constant. On se sent bien. On s’évade, on lâche mais on retient la bride parce qu’on s’assimile. Dans Radiostars, il y a une joie de vivre qui donne au film cette légèreté et offre au spectateur cette même légèreté. Du moins c’était mon cas.
Bref, Radiostars, la surprise d’Avril/Mai, pour moi une vraie pépite, plutôt une étoile filante. Filante, car j’ai cette impression que ce film passe inaperçu, comme bien d’autres que j’ai pu apprécier, compressé par d’autres films et grosses productions que j’ai dus voir (The avengers, Hunger Games) et autres nanars bénéficiant d’une promo hors de prix, donc aux effets hypnotiques voire fascisants. Après, peut-être que je me trompe et que Radiostars a foutrement bien marché, mais à la vue des chiffres mon impression se confirme. En revanche, il a apparemment bénéficié d’un bon bouche-à-oreille, même si de mon côté je n’en ai entendu que très peu parlé.
Radiostars n’est pas qu’un divertissement aux effets lobotomisants, sans cesse dans le « toujours plus », il est la preuve qu’on peut faire énormément avec peu, encore une fois et quel bonheur !
Le cinéma français a vraiment de beaux jours devant lui, en nous proposant pas mal de belles choses depuis quelques temps.

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