La figure Sarkozyste, un idéal systémique ?

Une  fois de plus,  j’ai peur de m’attirer les foudres, mais ne suis-je pas chair à canon par ma volonté de secouer le tapis de jeu ?
Puis, pour le lecteur lambda je m’inscris simplement dans un politiquement correct, au final. Enfin je crois.
Bon, depuis nous connaissons les résultats, mon billet n’a aucun rapport avec ça. Rédigé depuis déjà quelques jours, ce billet traduit mon désir de m’intéresser à une figure : la figure Sarkozyste.
Nicolas Sarkozy, ah la la, qu’est-ce qu’on a pu déverser comme haine malhabile ou comme fanatisme déraisonné. Politique au centre des attentions, je n’ai fait que tendre l’oreille pour écouter les arguments, de tout ordre, des pour ou des contre Sarkozy. Les arguments pour m’ont évidemment inspiré une réflexion. (Même si j’utilise le « nous », peut-être par pure hypocrisie, ou par volonté de responsabiliser, la majorité de cette réflexion concerne la question : pourquoi être en faveur de cette figure). Une réflexion que j’avais débutée dans des billets précédents, qui se concentre au final sur la politique dans sa globalité (Syndrome de Stockholm et De la prostitution). Je suis donc, dans une continuité, dont cette réflexion en est certainement le résumé. Un résumé plus ciblé, puisque porté sur une personnalité en particulier. Je partage avec vous cette réflexion habillée d’un zeste de poésie comme j’aime le faire.

Je ne suis pas là pour donner des coups de bâtons supplémentaires. Je ne porte pas de jugement, mais j’apporte un jugement. Il y a, pour moi, une légère différence entre les deux. Cet apport de jugement n’est que le résultat d’une observation où convergent mes sens et mes capacités intellectuelles, aussi minimes soient-elles. Même si j’ai conscience que l’objectivité n’existe pas dans ce bas monde, et donc, que mon jugement et mon apport de jugement sont imbibés du même spray : le mien, cet apport de jugement est plutôt empirique donc a postériori. Tandis que le jugement est, pour moi, plus intime, viscéral, bâti sur des préjugés, donc a priori. Je ne suis pas là pour prendre partie, je constate.
Et le contenu de mon constat, son résultat, échappe bien évidemment à ma volonté première : celle de faire simplement un constat, un constat objectif. J’en assume la conclusion, ce qui me pousse donc au fond à prendre partie. Une prise de position, malgré-moi, je ne peux lutter contre mes valeurs, mes idéaux, mes rêves de demain. Mais loin de moi l’idée qu’on me range dans la case « opposant de Nicolas Sarkozy ». Le but n’est pas d’exposer un pamphlet mais une vision avec un peu de hauteur, en toute humilité. Après avoir fait lire ce portrait à quelques proches, ce qui en ressortait c’était : la douceur de ce portrait. Peut-être qu’ils s’attendaient à plus de violence, ce que justement j’essayais de ne pas faire. Alors que le qualificatif qui correspondrait mieux, un qualificatif d’ailleurs utilisé par un de mes proches, est la froideur. L’objectif est de dépeindre un portrait, une figure, non décrire un personnage et ses actes de manière exhaustive (même s’il y a quelques exemples précis pour illustrer). Avec ce portrait je ne vise pas l’exhaustivité et ne dis pas qu’il est juste, il est juste un avis. Chacun se forgera sa propre opinion, de toute façon…

Bref, je vous propose une réflexion que je ne qualifierais pas, une réflexion qui m’est propre, singulière. Mais elle m’a amené à penser que nous n’avons jamais eu autant besoin de philosophie et de sociologie et également d’un regard neuf sur tout un système sur lequel chacun a son avis, devenu préjugé, un avis que personne n’écoute ou prend en compte ou  un avis susceptible de faire agir en conséquence. Chacun y va de son chemin de croix sur lequel on voit midi à sa porte. Nos jambes se sont donc emmêlées et sont devenues amorphes, alors à quoi bon prendre une direction, nous sommes fatigués, il y aura toujours un canapé sur lequel nous reposer.
Il manque des esprits libres, des individus de poids, des individus crédibles à l’intégrité de premier choix. Constat qui n’engage que moi…

Figure Sarkozyste, un idéal systémique

En fait, Sarkozy n’est pas victime, il est la figure emblématique d’un système contemporain.
Un système que nous rêvons de détester mais dont on ne peut et dont, au fond, on ne veut se passer.
Sarkozy est en fait la figure d’une réussite politiquement incorrecte quand l’heure est à l’Humanisme dégoulinant (est-ce un mal ?) et quasi religieux (est-ce un bien ?).
Il est la figure de la réussite individuelle. Une réussite populaire et accessible à tous, puisque pour lui la culture n’est pas un atout, seules la force et la volonté font office de levier.
Il est donc à la croisée de l’élite et du populaire. Il est le modèle de tous ces rappeurs qui rêvent d’être riche dans leur musique mais qui conduisent une citroën Ax.
Il est cette figure de rappeur rêvant d’être riche mais conduisant une Ax, excepté qu’il l’est, riche.
Il est donc un rêve réalisé. « À quand mon tour ? » Chacun est en droit de scander.
Si vous êtes assez proche de lui, il saura vous récompenser.
Au lieu de nous diviniser tous, il nous a tous divisé.
Ne pas le voir serait être malhonnête ou atteint de cécité.
N’est-il pas la figure du privilège et de la course au royal siège ?
Il est l’instigateur d’une république dans laquelle la réussite ne revient qu’à soi-même, fruit de son dur labeur.
Quant à l’échec, il n’est dû au fait de ne pas avoir fait son possible, son maximum.
Le choix, une liberté totale, rejet du déterminisme.
« Ta réussite c’est toi, ton échec aussi ». N’est-ce pas ce qu’on reprochait à l’existentialisme Sartrien ?
Sur fond démocratique, la liberté peut-elle tout justifier ?
N’est-il pas l’exemple typique de « l’erreur est humaine », victime d’un fait langagier incontrôlable et incontrôlé, régit par un élan sentimental, le rendant plus sympathique aux yeux de ses partisans et plus détestable et lamentable aux yeux de ses opposants ?
N’est-il pas la figure de l’excès désinhibé ? Ne l’avons-nous pas vu quelque peu bourré avachi sur un pupitre lors d’un discours public, comme cette starlette déchue à une remise de prix ?
Et l’argent, l’argent comme un premier affront si urticant pour celui qui n’a pas fait le choix d’être gouverné par ce personnage un tantinet vulgaire et arrogant. Une personnalité qui le rapproche du peuple, peut-être ?
Il est le symbole où convergent sécurité, quelle qu’elle soit, et liberté, sans limite. Une liberté, sans limite, individuelle, plutôt oligarchique.
Il arrive à ce patriarche au pleins pouvoirs, de piétiner les libertés de la collectivité. Un paradoxe philosophique.
Il est une figure rêvée mais pourtant réelle.
Il est cette lueur d’horizon lumineuse qui touche chaque être dans son intériorité cachée, à l’heure actuelle, signe de la belle vie sans souci.
Alors, Sarkozy n’est-il pas un idéal, l’idéal d’un système capitaliste néo-libéral ?

Sarkozy est politique, donc légitime, mais également Rock-star, figure d’une réussite populaire et médiatique à l’image de starlette inaccessible et à l’impertinence libertaire adulée.
il est l’emblème de cette célébrité avec laquelle on a été éduquée. La société du spectacle a investi tous les plans, on le traite en artiste :
« si la société aime les artistes et les traite autrement que les marchands, par exemple, c’est dans l’ordre des choses. C’est de l’idéalisme »
« Je  croyais que les gens célèbres étaient fiers, inaccessibles, qu’ils méprisaient la foule, qui place au-dessus de tout la noblesse et la fortune, et qu’ils se vengeaient d’elle, grâce à leur gloire et à l’éclat de leur nom. »
[Tchekhov – La Mouette]

Mais ne traitons-nous pas chaque personnalité politique comme une rock-star ?
Comme au-dessus de nous ? N’est-ce pas un syndrome de Stockholm ? Menant à une démocratie esclavagiste et fasciste ?
Nous idéalisons une personnalité en pensant avec ferveur qu’elle possède ces qualités protectrices, quasi paternalistes qui nous sortiront d’une mésaventure.
Comme des enfants nous croyons à ce conte de fée, quitte à ne pas tenir compte des faits. Malgré les méfaits, on plisse les yeux très fort afin d’éviter de voir la réalité, comme des enfants perdus à cause de nos peurs.
Nous rejetons notre dévolu sur un personnage, comme un enfant effrayé par le noir qui criera pour que maman ou papa vienne le consoler, comme un client en manque d’amour paiera une pute. (image pour adulte !)
Mais « la parole est dans les actes », l’idée n’en est qu’une ébauche.
Un ensemble qui, nous l’oublions souvent, s’orchestre sous deux dimensions : pratique et symbolique.
Voilà pourquoi nous ne pouvons différencier un homme de ses idées, ses idées, de ses actes et de ses actes, les effets et de ce qu’il véhicule, de ce qu’il est.

Vous faites confiance vous aux publicités ventant les mérites d’un dentifrice : « vos dents plus blanches que blanches » ?
Malgré ça nous achetons tous du dentifrice, parfois celui vu à la TV, parfois une marque concurrente, le fait est que l’objectif n’est pas de rendre vos dents plus blanches que blanches mais de vous vendre du dentifrice.
Le mécanisme est subtil, puisque la plupart des gens ont conscience de la supercherie mais devant le rayon « dentifrice », le choix est rude, mais les images de l’esprit elles se bousculent…
Les idées politiques fonctionnent sur le même principe, alors comment faire confiance aux personnalités qui les véhiculent ? De gauche comme à droite, le mécanisme est de toutes les façons, manipulation, communication habile et parfaitement orchestrée.
Mr Sarkozy a promis des dents plus blanches que blanches, mais également des dents plus fortes et plus riches, il a promis une absence de caries pour des dents déjà cariées, il a promis un lavage du palet et de la langue dans un même temps.
Il est même allé piocher, de manière grossière, des slogans dans d’autres campagnes de communication.
Mais, nous n’avons plus de brosse à dent il en a conscience et nous a prévenu qu’il n’y aurait pas de brosse à dent et qu’avec son dentifrice pâteux, il faudra serrer les dents.
Bref, nous avons en tête toutes les caractéristiques intrinsèques du produit qu’il propose, alors qu’en fait, comme le fait la publicité de manière habile, il nous impose son produit, il nous impose sa volonté.
La subtilité tient au fait que nous ne le ressentons pas comme ça, pas comme une relation de dominant/dominé. Ses idées ne sont pas manipulation mais réalité ou plutôt réalité propre à chacun.
Parce que comme une bonne campagne publicitaire, l’affectif et l’inconscient prennent le pas sur le reste et font office de voile.
Et nous avons vu de quoi l’affect et l’inconscient étaient capables.
Et cela porte ses fruits. Parce que le meilleur moyen de faire passer un énorme mensonge est de l’entourer de vérité : Le prix de la crédibilité en politique ?
Voilà d’où vient la crédibilité du politique, il joue avec nous, il se joue de nos esprits en prenant comme exemple la vie, du moins sa superficialité.
De là, Sarkozy est l’emblème du mensonge, inhérent à la discipline certes, mais du mensonge flagrant et décomplexé car « pas de compte à rendre » a-t-il dû penser.
Il est l’emblème du paradoxe entre paroles et actes. « La France forte » était son pacte.

Les rues d’lesprit ne sont plus sûres ! ça sonne comme un sketch de Desproges.
De l’indépendance il ne reste que de la sciure. Les informations médiatiques s’abrogent.
Tout n’est que joute d’opposants.
Et si les esprits libres ne plussoient pas mais cherchent à faire contre-poids, ils y laisseront plus que des plumes, chaque jour un peu plus de soi.
Les écoutez ? Pourquoi faire, ils ne seront que des opposants virulents manquant d’objectivité.
Alors à quoi bon s’échiner ? Sarkozy a effectivement rassemblé… rassemblé les trois sages singes, dans une même cage.
Impossible de crier, de contre-dire, nous ne sommes que des aliénés !
Mr Sarkozy nous entend, tous, sans jamais écouter.
Nous fondons en larme, où est le social ?
« Attendez, vous rigolez ? »
Ah pardon, son arme, le plan social.

Sarkozy n’est donc pas plus crédible qu’un autre, il a juste une bonne com’ et l’image de son produit n’est plus à faire, elle est là, bien ancrée dans les esprits, dans ces esprits meurtris par la fatigue.
Sarkozy est une figure de storytelling, cette machine à fabriquer les histoires et à formater les esprits, comme tout un système.
Sarkozy est une histoire, il est une figure de l’époque.
Devenu people à la célébrité sans équivoque, il se dirige, comme un conducteur forcené, vers une direction univoque, celle d’un système fatigué.

Sarkozy, figure emblématique d’une époque moderne, en légitime ses valeurs, que nous savons tous, sur le long terme, délétères et mortifères.
Alors, peut-être pas plus crédible qu’un autre, il représente en revanche, à longue échéance, un danger.
Il est la figure de l’envers de la liberté, l’exemple des limites de cette liberté.
Mais si lui le fait, pourquoi ne pas le faire ? Le singe voit, le singe fait.
Symbole de cette vanité malhonnête : responsable de tout, mais responsable de rien.
Une vanité qui colle au caractère de l’enfant, mine de rien.
Mais l’innocence infantile et celle de l’adulte ne joue pas sur le même plan, heureusement.
On aimerait tous être responsables de tout mais responsables de rien si tout tourne mal.
Sarkozy est la figure du père, aux volontés et actions infantiles. Il est enfant capricieux et autoritaire dans un corps et une fonction d’adulte.
Malgré les bienfaits, ou les mal faits, il est un idéal du système, une figure parfaite, produit étiqueté : humanité 2012 au prix exorbitant, mis sur le marché mondial de l’offre et de la demande. Il est un idéal aux paradoxes sans effet, puisque intouchable.
Sarkozy est la figure que nous détestons chez les autres mais que nous rêvons secrètement d’être, au fin fond de notre âme.
Il est une figure désinhibée dont l’influence nous désinhibe.
L’Homme rêve d’égalité, de fraternité et de liberté, mais la tâche est trop complexe, alors il s’avachit dans l’inertie.
Dans cet abandon, il rêve d’un passé, frappé par une nostalgie imaginée, dont il a une image mal définie.
Cet homme devient alors produit ou zombie, dans les deux cas : objet inanimé.
Et, Sarkozy est la figure de l’Homme d’action, qui ne bouge pas, la figure d’une révolution conservatrice.
Tout change, rien ne change, constat collaborationniste,
dont l’acquiescement démocratique est sadomasochiste.

Ma tête est mise à prix, car je refuse que soit à la tête, LE politique.
Cet avis politiquement correct, n’a pourtant aucun effet dans le réel.
La politique malgré son échec, reste tout de même une sacrée prise de tête.

LiveAndThink

« Ton vice est devenu dicton.
Ce millénaire est monétaire. Le peuple est impopulaire.
A croire que le Veau d’Or a une promo à l’échelle planétaire.
Il justifie la traîtrise. La fourberie.
L’économie c’est toujours plus de loups dans la bergerie.
Est-ce les salauds qu’on adule ? Des gosses des adultes,
S’inculquent le nouveau culte et sur le globe le catapultent.« 

[Mc Solaar – RMI]

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