bribes (2) : Lambeau Nietzschéen


Pour me récompenser, suite à une demi-réussite universitaire, j’ai décidé de me faire plaisir dans l’achat de nouveaux bouquins. Et, c’est en me procurant « Le Gai savoir » de ce philosophe singulier qu’est Nietzsche que je décidai de me replonger dans la réflexion de cet homme qui philosophe au marteau. Avant de m’attaquer à La Gaya Scienza, j’ai relu quelques pages de « Par-delà bien et mal », gribouillées de mes annotations.
Cela fait maintenant une semaine que je suis animé d’une passion ineffable et plus puissante que moi, envers ce philosophe que l’on a nommé à tort « nihiliste pessimiste ».  Dionysos, surnom qu’il s’était attribué, se décrit lui-même comme « le premier philosophe tragique, c’est à dire comme l’antithèse extrême et l’antipode d’un philosophe pessimiste. »
Bref, sans avoir la prétention de tout comprendre et de tout assimiler (j’ai encore le temps pour ça), je lis Nietzsche comme je mange un bon repas, je lis Nietzsche comme j’écoute ma musique ayant le pouvoir de me faire pleurer. Ses écrits, son style me fascinent et sa complète et mouvante réflexion me fascine davantage. Je lis Nietzsche avec plaisir et curiosité mais surtout avec passion ce qui me laisse des saveurs indescriptibles en mon palais (celui de ma bouche et celui de l’esprit). Je lis Nietzsche avec curiosité, avec scepticisme, avec légèreté; je lis Nietzsche avec émerveillement infantile, avec véhémence, avec difficulté, avec crédudilté. Je lis Nietzsche avec contradictions. Je lis Nietzsche comme je vis. Et, comme je le disais hier encore, Nietzsche ne se lit pas seulement et simplement mais il se vit. Le lire c’est affronter une tempête existentielle. Je me suis mis au centre de cette tempête, la meilleure solution pour « devenir ce que l’on est ».
Pour revenir à son style, sans en faire une analyse, la cohérence se fait sentir puisque son style est poésie, légèreté, mais également virilité, violence, dureté, double-sens, ironie, humour, possédant la beauté et la précision de l’écrit avec la verve de l’oral. Son style est complet, donc paradoxal.
Je lisais donc quelques pages annotées de « Par-delà bien et mal » et je tombe sur un aphorisme qui, sans être un résumé de la philosophie Nietzschéenne plutôt un aperçu, me bouleverse sans réellement savoir pourquoi. Je tombe sur cet aphorisme qui m’anime d’une passion particulière, peut-être parce que son contenu me touche personnellement et qu’il est d’une actualité folle et qu’il colle parfaitement avec la chanson que j’écoute depuis quelques jours (« Je pars » de Gaël Faye)… « Une passion particulière » n’est-ce pas ce qui fait la noblesse d’un être ?
« Ce qui fait la noblesse d’un être, c’est que la passion qui s’empare de lui est une passion particulière sans qu’il le sache, c’est l’emploi d’une mesure rare presque une folie; c’est la sensation de chaleur dans les choses que d’autres sentent froides au toucher; c’est la divination de valeurs pour lesquelles une balance n’a pas encore été inventée, c’est le sacrifice sur des autels voués à des dieux inconnus »
Je me rends compte à quel point, sans prétention aucune, cette passion est très présente chez moi, je la sens sans pouvoir l’expliquer, une passion puissante qui me domine. Une passion circulaire que j’alimente au contact du monde, que ce dernier alimente à son tour. Plus cette passion s’alimente, plus elle m’alimente et plus elle me déchire le voile du monde et en dégage sa beauté, sa simplicité, ses saveurs et chacun de ses composants qui loin d’être inutile, donne matière à réflexion et à contemplation. « Rien de ce qui existe ne doit être supprimé, rien n’est superflu »

Bref, voilà l’objet de mon billet : le 10ème aphorisme de « Par-delà bien et mal ». Un aphorisme qui, à peine commencé, m’a pris à la gorge jusqu’à la nouer et qui, après l’avoir terminé, m’a bouleversé par son évidente simplicité. Un aphorisme que je relisais et relisais au point de laisser s’échapper quelques bribes de lectures à haute voix, signe de l’élan du cœur. Plus je le lisais et plus je me l’appropriais avec la volonté d’en faire une arme à jeter à la face des gens chez qui je ne cesse d’entendre « le passé c’est le passé » , « le système est comme ça ! » ou « il faut vivre avec son temps » pour justifier un minimum la température ambiante et atténuer sa honte d’être un enculé, comme le dit Nicolas Bedos : « On peut se coucher la conscience presque tranquille tout en se répétant : Non, je ne suis pas une enculé, je vis avec mon temps ».
J’ai conscience que citer Nietzsche, surtout des lambeaux, est à la fois certainement vain et n’est pas forcement la bonne solution de le faire découvrir. Que faut-il faire alors ? Personne a la réponse alors je me fous de savoir ce qui est le mieux à faire. Est-ce que Nietzsche aurait acquiescé ? Est-ce lui rendre hommage ? Je laisse le soin de répondre à ces question à d’autres, ce n’est point mon problème.
« Je déteste autant de suivre que de conduire […] j’aime comme les animaux des forêts et des mers, à me perdre, pour un bon moment, à m’accroupir, rêveur, dans des déserts charmants, à me rappeler, enfin moi-même, de loin et à me séduire moi-même. »
De plus on a souvent cette appréhension, cette intimidation face à cette difficile tâche quand il s’agit de philosophie ou de toutes choses de l’esprit, qui consiste à parler de ces auteurs et philosophes fondamentaux et/ou singuliers, complexes et controversés. Je ressens cette appréhension mais je la surmonte. Alors évidemment cette appréhension s’explique également par la peur de déformer, de se tromper, de ne pas avoir compris, mais en ce qui me concerne je pense n’avoir pris aucun risque aujourd’hui.
Et au final, comme Nietzsche l’écrit (le crie même) à la fin de la préface de « Ecce Homo » :
« je vous ordonne de me perdre et de vous trouver vous-même »

L’aphorisme en question :

« Il y a là de la défiance envers ces idées modernes, de l’incrédulité envers tout ce que l’on a édifié hier et aujourd’hui; il s’y mêle peut-être un soupçon de lassitude et de sarcasme qui ne peut plus tolérer le bric-à-brac de concepts aux origines les plus hétérogènes forme sous laquelle ce qu’on appelle positivisme se présente aujourd’hui sur le marché, un écœurement dont saisi le goût plus difficile face au spectacle du barbouillage et du rapiéçage de tous ces philosophaillons de la réalité qui n’offrent rien de neuf et d’authentique sinon ce barbouillage.

En cette matière, j’ai le sentiment qu’il faut aujourd’hui donner raison à ces antiréalistes et microscopistes de la connaissance à l’esprit sceptique : leur instinct qui les pousse hors de la réalité moderne, est irréfutable – que nous importent leurs tours et détours rétrogrades ! L’essentiel en eux n’est pas qu’ils veuillent aller « en arrière », mais qu’ils veuillent – s’en aller ailleurs. Un soupçon de force d’envolée, de courage, d’artisticité en plus : et ils voudraient aller vers le haut, – et non en arrière.« 

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