Sur le progrès – État des lieux, état de l’Homme

Le progrès c’est le changement ;

« Que ce soit dans la nature ou dans la société humaine on constate que ces changements induisent une complexité toujours plus grande. Et, on vit dans l’illusion qu’ils sont toujours synonymes d’amélioration pour l’être humain. Mais on arrive à un stade où les avancées technologiques et l’explosion économique et démographique menacent l’existence même de l’humanité. »
Ronald Wright

Piège du progrès :

« Prenant l’exemple de l’âge de pierre quand nos ancêtres chassaient le mammouth. À un certain moment leurs outils et leur technique se sont tellement perfectionnés qu’il n’a très vite plus été possible de vivre de la chasse.
Ceux qui ont découvert comment tuer deux mammouth à la fois ont fait une véritable avancée.
Mais, ceux qui ont compris comment en tuer deux cent en les acculant au pied du ravin sont tombés dans un piège du progrès. Ils sont allés trop loin… »
Ronald Wright

Arte diffusait il y a quelques temps ce documentaire coup de poing et fondamental intitulé « Survivre au progrès ». Un documentaire de Matthieu Roy et  Harold Crooks inspiré du best-seller Brève histoire du progrès, de Ronald Wright, et produit par Martin Scorsese.
1h24, et ouais, ça paraît long mais j’aimerais que ce documentaire soit regardé et ma plus grande victoire serait qu’il soit regardé à la place du primetime de Secret Story ou à la place de baver de décervelage devant « tous différents » ou son écran, pris en otage par un moment de flottement entre « trop fatigué pour entamer quelque chose » et la honte de ne rien faire.
Ce documentaire fait un tour d’horizon quasi complet sur notre société et son état. À travers diverses interventions, il revient sur la notion de progrès en faisant un point sur notre façon de vivre ce progrès, d’aller vers le « progrès », d’accepter ce « progrès ». De la science, à l’histoire en passant par l’économie, la démographie, l’écologie, la biologie ou encore la politique et la consommation, ce documentaire est à la fois une loupe mais également une échelle pour prendre de la hauteur et du recul sur notre société; il est également une vision, une analyse de l’instant présent et de l’évolution, ce documentaire fait une analyse synchronique et diachronique du progrès et de l’espèce humaine. Et, de mon point de vue, je pense qu’il est salutaire de regarder ce fabuleux documentaire. Je regrette simplement que ce dernier ne traite  pas de la culture.

Je finirai en disant qu’on y apprend énormément de choses et que ce documentaire permet d’avoir une vue d’ensemble et de nous offrir matière à réflexion, une réflexion à la fois individuelle : quel est mon rôle dans cette affaire ? Mes enfants, ma famille, mon avenir; mais également une réflexion collective : Le vivre-ensemble, l’élévation, l’esprit, la cité, le peuple, les inégalités effarantes entre les continents, le système politique et économique. Mais les deux ne sont-elles pas liées ?
Bref, un simple mot nous traverse l’esprit tout au long du visionnage, un mot qui nous a construits : Pourquoi ?
Pourquoi notre progrès rime avec sadomasochisme et auto-mutilation voire suicide collectif sur le long terme ? Pourquoi le contenu de ce documentaire nous semble couler de source et malgré son absurdité sur laquelle nous sommes unanimes, nous continuons dans cette direction ? Pourquoi l’Homme n’est-il pas capable de se gérer, de s’écouter, de se regarder souffrir ?
Comment peut-on être malheureux à l’idée de ne pas pouvoir se payer une salle de bain à 50 000 dollars ? Comment peut-on avoir de si grandes différences d’échelle de valeurs : certains veulent simplement manger quand d’autres veulent la dernière Audi ?
Comment vivre dans l’absurde ? Comment vivre l’absurde ? (par la révolte ?)
« L’absurde naît de la confrontation de l’appel humain avec le silence déraisonnable du monde. »
[Albert Camus – Le mythe de Sisyphe ]

L’être humain serait-il drogué à son présent, il lui faut sa dose ce qui le rend tétanique. Addict à un présent lui offrant le peu de confort et de privilèges, car il préfère la certitude de ce pas grand chose, de ce petit pas/pain quotidien, au grand pas vers un bonheur incertain à construire ? Peut-être que pour une majorité, d’un point de vue individuel, ce pas grand chose est amplement suffisant au quotidien, au jour le jour, il permet de ne pas trop réfléchir et de se pencher sur les questions fondamentales; parce que l’individu a surement conscience que d’essayer d’avoir davantage, implique un travail collectif, une tâche complexe et éreintante aux résultats incertains. En y réfléchissant, l’homme contemporain se contente en fait de peu, mais est-il heureux ?

Brève sur la dette (et tout le reste), comme l’économie est toujours (trop ?) d’actualité :

Je me rappelle avoir pouffé en écoutant Philippe Poutou parler de la « suppression de la dette » lors de sa campagne électorale…
Dans ce documentaire on apprend qu’il y a environ 4 000 ans il était courant pour tous les pays du monde d’annuler les dettes quand elle devenait trop lourde
Intérieurement, je bous totalement, c’est fou… Même si je sais ce qui c’est passé, quand ça c’est passé et comment nous en sommes arrivés là, je suis toujours étonné par ce que je peux apprendre.
À croire que tous les mécanismes et engrenages visant à rétrécir notre champs de vision et à confiner nos esprits ont pour but de nous faire oublier, de nous anesthésier au point de nous incarcérer dans un présent décontenancé, prisonniers du présent, d’un présent hors du temps, sans passé, sans avenir, sans échappatoire, sans pensée, sans Histoire, un présent absurde.
« Alors, hein, hein ! Il est où le progrès ? » Et je connais d’avance les objections de ces intégrés qu’ils jetteront à la face d’un pauvre malheureux sensé, qui osera poser cette question…
Je fixe, je fusille du regard, tous ces sceptiques envers le changement, tous ces progressistes adeptes du « faut vivre avec son temps » doublé d’un « tu veux nous renvoyer à l’âge de pierre », tous ces défenseurs d’un système bancal et insensé qui nous font croire que « ça a toujours été comme ça », ces pères mais à la fois ces fils qui n’ont pas le progrès dans les veines mais la réussite, l’envie d’une part du gâteau, tous ces « beaux amis » qui au final nous enchaînent car ils ont cette force, celle de maîtriser ou la volonté de maîtriser les mécanismes de ce cercle vicieux dans lequel, soit tu n’es rien soit tu deviens vicieux et vicié prêt à se battre pour avoir une place sur l’échiquier.
Je fusille du regard ces gens-là, je les regarde fixement et je scande NON, cela n’a pas toujours été comme ça et quand bien même maintenant les habitudes et les vices sont là bien installés, est-ce une raison pour ne rien changer, pour arrêter de construire, de s’élever, d’évoluer, de réfléchir à autre chose quand l’échec de la chose actuelle nous pète à la figure ? Je leur demande : est-ce un progrès d’avoir remplacé les chaînes et le boulet par un compte en banque à moitié vide, pour les mieux lotis, et à moitié plein de dettes pour les plus chanceux, contraints d’avoir pour être ?
Je m’emporte, c’est vrai, et j’en deviens manichéen. Mais comment ne pas s’emporter ? Comment oser invoquer nos grands principes et concepts dans ce contexte ? Comment oser accepter sa condition ? Comment oser se regarder en face ? Comment oser faire la sourde oreille et le muet face aux alternatives, car il y en a ? Comment oser avoir la prétention de choisir le sacrifice de l’Autre ?
De ne rien faire c’est une chose mais comment oser se taire et détourner le regard, baisser les yeux pour éviter de voir toute cette misère de tout ordre ? Comment oser vivre ? Comment vivre ? À ces gens-là, je leur pose ces questions.

Et je ne peux m’empêcher comme à mon habitude de me taire, de laisser ce documentaire parler de lui-même, parce que j’ai envie qu’on lise, qu’on réfléchisse, j’ai envie de créer du lien, de susciter des émotions des plus douces au plus viles, je souhaite ardemment que mes interrogations fassent écho quitte à ce qu’elles restent sans réponse. Il s’agit, là, de mon immense égoïsme, celui d’essayer de titiller l’époque car JE la refuse et la réfute.
Suis-je un indigné ? Un Occupy ? Doit-on avoir une étiquette ? Je suis un simple jeune citoyen du monde, qui n’accepte pas sa condition. Suis-je un révolté ? En tout cas je dis, je crie « non » et je pose des questions, est-ce justifié ? Insensé ?
Mais d’un côté je me raisonne : N’est-ce pas une étape nécessaire pour entamer un tournant :  Souffrir pour renaître supérieur ? Demandons-nous trop ? Devrions-nous attendre patiemment ?
« Car le bonheur et le malheur sont des frères jumeaux qui grandissent ensemble, ou bien qui, comme chez vous, restent petits ensemble ! »
[Nietzsche]
Des sentiments et interrogations qui ne m’empêchent pas de vivre avec bravoure et simplicité, de vivre gaiement et rire joyeusement ! Au contraire, ils ne m’amputent pas mais me complètent, me renforcent et décuplent mon émotivité et mes passions.
Devenir simple et conscient ne fait-il pas devenir en même temps plus heureux et plus malheureux ?

Pour terminer voici un court article, mais non moins intéressant, sur ce besoin de révolte :

L’homme révolté de CamusLa philosophie.com

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