les noms communs, une mémoire moins fournie, la pauvreté Camusienne.


Mon année aura été camusienne, je la termine, sous le soleil savoureux d’un été quelque peu paresseux, avec Le premier homme, le dernier ouvrage d’Albert Camus…
Mon désir de partager cette année, qui fut mienne, est grand et me domine, il alimente ma volonté de faire de la pensée camusienne, Terre-sienne. Une pensée solaire, de misère et de rayons, qui venant du sud, m’a fait mordre la poussière, une poussière d’admiration couleur Terre d’Sienne.
Sans commenter ces deux extraits qui sont passés sous mes yeux ces derniers jours et se sont imprimés dans mon crâne, je les introduis, en revanche, en affirmant qu’ils donnent matière à réflexion, matière à revenir sur sa condition, mais surtout matière à (re)découverte.

« Ce qui l’avait frappé justement, quand il avait découvert d’autres maisons, que ce soit celles de ses camarades de lycée, ou plus tard, celles d’un monde plus fortuné, c’était le nombre de vases, de coupes, de statuettes, de tableaux qui encombraient les pièces. Chez lui on disait « le vase qui est sur la cheminée », le pot, les assiettes creuses, et les quelques objets qu’on pouvait trouver n’avaient pas de nom. Chez son oncle, au contraire, on faisait admirer le grès flambé des Vosges, on mangeait dans le service de Quimper. Lui avait toujours grandi au milieu d’une pauvreté aussi nue que la mort, parmi les noms communs; chez son oncle, il découvrait les noms propres. »

« Elle disait oui, c’était peut-être non, il fallait remonter dans le temps à travers une mémoire enténébrée, rien n’était sûr. La mémoire des pauvres déjà est moins nourrie que celle des riches, elle a moins de repères dans l’espace puisqu’ils quittent rarement le lieu où ils vivent, moins de repères aussi dans le temps d’une vie uniforme et grise. Bien sûr, il y a la mémoire du cœur dont on dit qu’elle est la plus sûre, mais le cœur s’use à la peine et au travail, il oublie plus vite sous le poids des fatigues. Le temps perdu ne se retrouve que chez les riches. Pour les pauvres, il marque seulement les traces vagues du chemin de la mort.
Et puis, pour bien supporter, il ne faut pas trop se souvenir, il fallait se tenir tout près des jours, heure après heure, comme le faisait sa mère, un peu par force, sans doute… »

Le premier homme – Albert Camus – P.73 et P.93

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