L’existence, ce coït

J’ai failli m’excuser, en relisant, pour avoir trop écrit…
Mon inspiration est en revanche bien trop cohérente… Est-ce un drame si mon chaos est ordonné et se décline en chacune de mes expériences ?
Bref, je me mets à écrire n’importe quoi, à accoucher des mêmes choses, des mêmes angoisses, des mêmes névroses, des mêmes amours… Des mêmes amours.

Photo de Frédéric Delangle

(Je cherchais de quoi illustrer le sujet sans tomber dans l’explicite et le vulgaire, voilà que je tombe sur  cette photographie issue d’une série sublime de Frédéric Delangle que je découvre. Pour la suite : Ici )

L’existence est un coït…
Nul bien, ni mal mais bel et bien un perpétuel va-et-vient.
Aller et venir bestialement, souvent machinalement, avec créativité et sentiments, tenant compte d’une cadence qui nous est propre, que l’on recherche;
aller et venir entre les jambes de l’existence qui a autant de mystères, de secrets que de reliefs, de monts irréguliers à escalader.
Qu’est-ce qu’un coït si ce n’est l’appel du monde désiré, à cheval entre le bestial,  l’égoïsme total et la douceur raisonnée à la recherche d’un plaisir altruiste et partagé, d’un désir qui flotte entre l’ici et maintenant et l’irréalité.

La vie est un coït ininterrompu, cause d’une souffrance étrange; l’inassouvissement constant d’un désir assouvi en l’instant, sans cesse renouvelé par l’ardeur, ce feu préhistorique qui nous consume. Il nous consume jusqu’à la mort si nous ne consommons pas ce corps aux attraits redoutables, aux reliefs tranchants à la croisée de la grâce, de la volupté et de la graisse dépassante en toute discrétion. Tout en subtilité. Une subtilité savoureuse, elle nous ferait même pardonner un certain air pataud qui surgit promptement au rythme de ses humeurs. De ce corps émanent les effluves appétissants animant une folie lunatique.

Ce corps est irrégulier, il décime l’habitude et n’est synonyme que de nouveautés, voilà pourquoi il est si bandant. Singulier, ce corps nous excite, nous tétanise, nous meurtrit, nous délaisse sans consensus mais tout en jeu et mélange des genres.
Pris au piège, comme en laisse, qu’importe les coups de fouet, je fouette l’insensible, j’y songe, j’y pense et me délivre avec cette turgescence qui me crible. Ce corps m’obsède. Ce coït me délivre.

Silence ! La convergence hurle, elle en vient à me terrifier si j’ai le malheur d’y penser. Mais dans un moment comme celui-là, mes pensées vagabondent et en viennent à se mettre au diapason de mon propre corps. Ce moment intemporel et charnel est un berceau sécurisant dans lequel jouer, reste un danger. Comment apprendre, comment s’élever sans se mettre en danger, aux confins de l’insécurité ?
La chaleur qui nous love submerge et alourdit, l’humide hydrate et vient équilibrer cet ébat où les sens convergent et où les sensations multiples voire infinies restent pures découvertes, malgré la redondance du phénomène. L’essence se répand et imbibe les corps atteints de synesthésie.

Affriolante, l’existence émoustille, attise le désir, exalte une créativité, dévoile un extrême, une limite, une animalité; elle le sait, elle a conscience de sa beauté acerbe et véhémente. Parfois elle en vient à faire preuve de dédain. Et, nous sommes là, à en souffrir, tout en rugissant « putain que c’est bon mine de rien ! ». De toute façon nous souffrons de tout. La pire des tortures subite reste lorsque l’indifférence nous frappe. Comment baiser l’existence si l’existence elle-même nous retire le simple fait d’exister, de se sentir exister ? Si tout cela n’est qu’un jeu, nous espérons à en mourir que l’indifférence est une feinte, une pudeur, un mystère qui n’attend que d’être dévoilé.
Nous aimons jouer, vous le savez, on l’appelle capricieuse. Mais silencieuse, la vie est davantage prétentieuse. Quel merveilleux couple mal assorti et tant mieux !
Souvent après une douleur, une amputation, on l’insulte, « salope », crie-t-on, elle est simplement plus coquine, dévoilant des charmes incontrôlables et paradoxaux. Traitons-la comme tel ! Et embourbons-nous dans ses courbes, jouons le jeu, perdons-nous dans ses yeux, dans son creux obscène, si sorti de son contexte, mais infiniment pur.
« Salope », soit, c’est une preuve d’amour non d’indifférence. Je soupire de soulagement. Ce n’est pas qu’il n’y a qu’un pas entre l’amour et la haine, c’est que la haine surgit de l’amour, se manifeste par amour, par excès d’amour ?
Cet amour aux prémisses volcaniques et instinctives est également le fruit d’une volonté multiple. Ce n’est pas anodin si l’on emploie ces termes parés de romantisme « avoir envie de ». Notre particularité est que nous puissions mettre des mots, des pensées sur nos instincts qui nous accompagnent, nous possèdent, souvent nous dominent. C’est un va-et-vient, une prise de recul, une prise de hauteur, un élan. Murmurer « j’ai envie de » c’est affirmer sa volonté mais également un « je peux » et un « je peux ? » car rien n’est acquis.
De ce coït apparaissent l’universel et le singulier en un même point, cet instant T d’où  tendent une présence pure et l’absence totale. Ne plus exister en tant qu’être social, et s’enrouler de soie, de la liberté d’être soi.
Mais où est la raison dans tout cela ? Sommes-nous que des bêtes ? Et si la raison était nulle part, donc partout ? Ne serait-elle pas ce fil d’or tissant tout ce bordel ? N’aurait-on pas surestimé la raison en la sous-estimant justement,  au point de l’extirper de chaque pan existentiel pour lui donner une place tangible, sous cristal mais sous-vide, sans vie ?
Ce corps qu’est l’existence n’est qu’une métaphore, il est impalpable. N’est-ce pas la raison qui me le fait toucher du doigt, le caresse et me fait plonger au dedans ?

Précieuse est notre baise, ce coït incessant qui convoque demain et hier dans une bulle d’un présent singulier, flottant là, en construction, en toute conscience, en toute inconscience, mais surtout en toute légèreté, élevant les corps s’adonnant à cet abandon de soi momentané. Ce mélange des corps est une petite mort. Un coït, un orgasme, une déception et renaître encore, mourir et renaître encore. Plus fort ?
À la merci de sensations absurdes, contraires et familières nous, fébriles, sommes aux confins d’un monde, au fin fond d’une aire où baise et amour, sexe et sentiments sont synonymes et complémentaires, destructeurs et créateurs. À la merci d’un coït impétueux, une tempête où s’affrontent destruction et création, fébrilité et sérénité, violence et apaisement, des draps de soi et d’altérité.
L’existence est un coït indécis, incessant, indicible dont il ne faut jamais être rassasié, qui jamais ne nous lasse, qui parfois nous lâche mais il est à toujours enlacer, à étreindre embrasé.
L’existence est un coït… qui fait du mal, qui fait du bien…
Tout se passe entre, tout se passe au dedans.

Minosze

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7 réflexions sur “L’existence, ce coït

  1. Long souffle en effet, mais parfois il n’y a pas de contradiction entre longueur et plaisir. Peu commun, en ce siècle de plaisirs instantanés. Ici tout se développe en continu du début à la fin sans décevoir un seul instant. Bel exercice, inspirantes considérations, Merci!

  2. Je vous retourne ce « Merci ! » qui fait chaud au cœur car je dois dire que j’ai eu quelques doutes concernant cette réflexion, ce texte m’a donné beaucoup de fil à retordre tant j’étais inspiré, il m’a éreinté. En tout cas merci pour le passage et la critique.
    Entre votre manque d’inspiration (soit disant 🙂 ) et mon trop-plein, nous ne manquons pas de (res)sources !

    • C’est drôle tout de même, ces fluctuations, n’est-ce pas? Et quant à l’éreintement dont vous parlez, je connais, je vous comprends. Écrire est labour, inspiré ou non… en tous cas, continuez!

  3. ……… Magnifique… tellement vrai!!! 🙂
    Quelle talent, quelle don d’écriture, de pouvoir décrire aussi justement l’indescriptible!
    Tellement inspirant, tout en contradictions, en subtilité, en violence et en délicatesse, comme l’amour, comme la vie, comme l’écriture qui en effet, nous éreinte, mais c’est tellement bon!
    MERCI

    • Je dois l’avouer, je ne trouve pas de mots pour exprimer à quel point ça me touche.
      Déjà par les compliments faits sur mon écriture, sur la forme, je dois dire que plus j’écris plus je reste surpris par ces critiques élogieuses (à chaque fois que je publie une création, j’en suis fier mais j’ai toujours et aurai toujours la boule au ventre). Et évidemment par les critiques faites sur le fond, le fait que ce soit inspirant et « tellement bon ! » :). Merci, mille fois encore !
      Et oui, tout en contradiction, comme j’ai déjà du le dire, je fais des contradictions une sorte d’art de vivre et également une sorte de thématique récurrente au cœur de mon écriture, les contradictions, la complexité, le mélange des sens, les doubles sens, la pluralité… C’est ma manière de voir le monde, de faire valoir ma(la) liberté !

  4. Ravie que ça ait pu te toucher, heureuse de te rendre la pareille de ce que j’ai ressenti en lisant ton texte.

    Oui, parce que l’humain est complexe, tout en contradictions, c’est déroutant, une partie de l’esprit humain n’arrive pas à appréhender cette réalité, voilà pourquoi si souvent les systèmes de pensée sont fermés, dichotomiques, fonctionnant par exclusion, pour satisfaire ce besoin de compréhension.
    Une autre partie de nous, heureusement, au travers de l’art, de l’amour, perçoit cette autre magnifique réalité infinie.

  5. Pingback: Aimer, partie 2 | voyage au coeur de l'humain

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