Si souvent dans nos bunkers

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Voyage au bout de l’enclos
Un récit de Tristan Garcié, illustration d’Éloïse Oddos

Trop souvent nous avons peur,
de petites gens qui nous amendent et nous font croire par leur grandeur.
Comme une flicaille aux pleins pouvoirs;
pour voir, allez-y ! Tasez-moi le cœur !

Si souvent on a eu peur, le cœur et les tempes dans des bunkers.
Nos petites lâchetés en laisse, une carotte illusoire en collier coupe-gorge
et un r’gard sur la montre oblige en guise de pendaison.
Mettons que la peur soit une petite mort, en jouïssons-nous ?

La chair de poule en sous-vêtements, l’ennui comme une rolex,
la jeunesse s’enfile un sourire vêtement et un verre de sky,
là, tout près d’une fenêtre de haut étage.
Incapable, en réalité, de voler l’œuf de la poule. Comment se faire bœuf ?

Un après-midi, habillé d’un soleil au teint Gavroche mais si beau de ses couleurs vives, j’ai croisé un mec qui grattait le bitume.
J’ai compris à la vue de ses mains dans les poches qu’il connaissait l’amertume.
Je m’approche, il fume et vient me prêcher l’apocalypse avec un rictus, le jeune bougre. Nulle bible, juste ce léger sourire hautain et débile.
Je file une pièce au sans abris qui a élu domicile fixe à nos pieds bien chaussés : « merci », il vit encore. C’est tellement peu, si vous saviez.
Le premier mec me tend un flyer et me convie à sa soirée sur thème d’apocalypse. « Il faut fêter ça comme il se doit » argumente-t-il.
Il retire une seconde fois sa clope de sa bouche gercée par le froid, tout en m’offrant encore son sourire étrange, pour me chanter son euphorie  : « l’alcool coulera à flot mec, autant que dieu fait pleuvoir les fléaux »
Le point de sa phrase, pleine d’emphase enthousiaste, est ce même sourire, toujours.
Un jeune qui rêve d’être mort c’est pire qu’un vieux qui rêve d’être jeune, non ?
Oui… Car ce rêve est possible, il a une réalité, c’est le suicide.
J’y pense tellement fort que je serre les dents en souriant. Bonjour la lâcheté, je saisis son flyer et file droit sans mot dire.

Les vieux ne sont guère mieux puisqu’ils rêvent d’être jeune.
Ces deux faces de l’existence ont l’air de ne jamais se rencontrer comme une pièce de monnaie.
Si souvent indécis sur l’indécence, chacun dans nos carcans de maux, voilà la cause de ce retirement en bunker;
chacun à jouer à mettre Paris en bouteille avec des « si ».
Au fond de la réflexion, au delà du fond du verre de vodka, il y a qu’une nationalité : russe, nous sommes des poupées russes.
S’enfoncer plus profondément à chaque niveau chaque année, à chaque fléau.
Qu’en dit le milieu ? Qu’en est-il du milieu ?
Mi-jeune, mi-homme, mi-vieux, vision candide du milieu…

Pauvre pauvre pauvre état des lieux
Que l’on radote comme le font les vieux, comme un fond crasseux.
On le malaxe devant nos yeux, il devrait être hapax.

Si souvent on a peur,
des promesses, de l’étranger
et d’un étranger on accepte le bras en écharpe
des promesses de benêts.
s’habiller pour l’hiver de foutaises et d’à côtés, pour se réchauffer ou mettre à couvert nos différences et nos cœurs en différends ?
S’emmitoufler tous ensemble, non en différé. Comme la saison dure…
Elle nous plonge dans l’froid et la lumière nocturne. Elle nous fatigue, on a le sommeil diurne.
Et oublier, ô malheur, de mettre son bonnet, ainsi offrir un toit à la tête pour mieux faire germer nos idées,
qui, si on le voulait auraient la force et nous donneraient le cran de digérer un contexte à gerber.

Si souvent on a peur,
du voleur,
craint de tous, tous voleurs à notre tour, que nous voilons par une honteuse quinte de toux, alors on se craint tous;
À coffrer le « nous » et le « je » dans nos écrins
Au point de n’être ni un, ni deux, mais froid,
et nombre sans le « n » pourtant tant de haine.
Nous ! Nous qui passons notre temps à prouver que nous n’avons rien à prouver – voilà comment on finit toujours par essayer de prouver –
prouvons ce courage, cette peur en mouvement ! Courir au cours de l’âge -le courage ?- comme un cours d’eau sauvage.

La fin du monde n’est pas aujourd’hui – Enfin si, et demain aussi… –
ô non, la fin du monde c’est tous les jours, pour tous et pour tous ceux qui ont faim aussi.
Nous ne mangeons rien mais le monde a tellement peu.
Nous avons tellement peur, et au fond tellement peu, un pull sans col, qu’une clope menthol, un peuple sans fil.
Si la fin du monde c’est tous les jours à quoi bon la peur, cet état de défense inné et habile qui fait face à l’imprévu et à la bévue surprise ?

Si souvent on a peur,
si souvent dans nos bunkers.
Sortir de nos bunkers.
À nos boomcoeur !

LiveAndThink

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7 réflexions sur “Si souvent dans nos bunkers

    • Merci bien, toujours un plaisir de vous lire et de vous accueillir ici ! 🙂
      Il semblerait qu’en ce 21, nous avons été animés d’une même intention,
      l’espoir dans nos mots chacun à notre façon.
      Joyeuses fêtes à vous aussi,
      profitez de tout même du froid et des bulles de champagne !
      Afin de solliciter et de raviver l’émoi qui nous accompagne.

      • oui, nous avons oeuvré dans de semblables direction, et tant mieux! Quant au froid eh bien, ce sera tempête de neige ici aujourd’hui, et j’adore ce temps-là! Merci pour vos bons voeux!

  1. Le plus bunker des bunker ne doit pas nous isoler ni ne peut nous protéger de ce qui est le plus dangereux pour l’homme : l’hommeé

    Alors que 2012 nous fais ses adieux et que 2013 se pointe le nez, je relis le cahier de mes découvertes faites en 2012 et ce blogue y figure. Je souhaite que la source de l’inspiration vous summerge, cher sweet homme, et que le plaisir de lire vos textes se renouvele en 2013.

    • Sortir de nos bunker
      c’est cultiver nos boomcoeur,
      Labourer sans cesse terre et hommes chaque journée
      Prendre plaisir à l’hommée, la tête en friche
      Sans se mettre dans l’esprit « je m’en fiche »
      Ni omettre que l’esprit fatigue et s’effrite.
      Raviver la flamme est un job, un risque, un rite,
      C’est faire la cour à une femme -ou un homme- qui avance
      Défaire puis refaire, desserrer l’étau, puiser les puits.
      C’est faire l’amour au beau, à celle qu’on aime et nomme l’existence.

      (vouliez-vous bien écrire « l’hommée » ? Car il y avait quelques fautes de frappes étranges dans votre commentaire que j’ai corrigées 🙂 )

      Merci pour votre commentaire qui garde chaud mon cœur pour l’hiver !
      La source d’inspiration est quelques peu tarie ces temps-ci pour diverses raisons
      Mais sporadiquement elle refait son apparition.
      Et j’espère également que le plaisir de [me] lire se renouvèlera en cette année 2013 !
      Je vous souhaite de bonnes fêtes
      faites que le bonheur vous accompagne
      sans trop abuser du champagne.
      Voilà les bons vœux que je vous souhaite !

      • Satané vitesse
        satan clavier!
        Erreur douce à l’oreille: hommeé au lieu d’homme
        pour mieux nommé l’espèce humaine qui est parfois … innommable.
        (être de cette espèce m’est parfois honteux)

  2. Qu’à cela ne tienne ! Votre faute de frappe « l’hommée » n’en n’est pas moins une faute lexicale puisque ce mot existe et qu’il m’a inspiré quelques lignes !

    « Je ne sais pas où je suis, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne peut savoir, on doit juste avancer. » [Samuel Beckett dans « L’innommable », justement]

    Je l’ai déjà dit ici, je suis un grand pessimisme de constat et d’état des lieux mais un grand optimisme d’état, alors je ne pourrais que vous parler d’espoir et de positif.
    L’essentiel est de se concentrer sur ce qui est positif et qui se trouve ici bas sans faire abstraction du négatif bien entendu, il faut tout voir, oser tout regarder. Se concentrer sur le positif c’est le moteur. Un point d’ancrage.
    La plupart du temps cela débute par des petites choses dont beaucoup ne savent pas tirer profit.
    (une blogosphère qui me scie de surprise, une conversation comme celle-ci, un jour heureux entre sa plume et la lecture de la plume d’Aragon, le contemplation d’un ciel étoilé en bonne compagnie… la cuisson d’un bon plat préparé…)

    Au fond beaucoup de gens cherchent La/LES solutions comme si cela tenait de l’extraordinaire. Comme si cela pouvait tomber du ciel.
    Même les révolutionnaires. Mais je pense que la révolution est du quotidien et ne tient pas dans les mains exclusives d’hommes aux pouvoir légitimes, car leurs mains au fond, bien trop trempées dans l’extra-ordinaire, ne peuvent pas. L’homme ordinaire entre en scène et devra mener une bataille quotidienne avec tout ce qu’il a de positif en lui, autour de lui.
    Le « pouvoir » est polysémique, détenir le pouvoir c’est pouvoir [faire quelque chose]. Que l’homme ordinaire puise, et puisse !

    Et en lisant beaucoup, que ce soit de la poésie, des livres de philosophie, de sociologie, de linguistique, des romans, des biographies, au fond je me rends bien compte qu’il n’y a pas LA solution miracle.
    Au delà du plaisir que j’en retire, il n’y a que de l’absurde, de la complexité, de la pensée, de la contradiction ET de l’ouverture d’esprit et l’homme. Que du matériau pour se construire soi afin d’arpenter son chemin vers le monde. J’ai souvent pensé que l’ouverture d’esprit et l’ouverture quelle qu’elle soit, était non la solution mais LA prémisse. Avec tout l’abstrait, la difficulté et le continuum qu’elle comporte.
    Tout ça paraît abstrait pourtant c’est avec cette mixture que l’on vogue vers une simplicité existentielle, vers un émerveillement constant que je crois essentiel, vers l’Autre et une saine curiosité, que l’on vogue vers, tout simplement. Ni noir ou blanc, mais noir ET blanc, du noir au blanc, il y aura toujours du noir en nous. La honte qui peut vous habiter c’est une essence, une émotion qui doit être cultivée, qui prouve que des choses vous dérangent encore, le mouvement il commence ici.
    l’intelligence c’est le mouvement, l’existence c’est le mouvement.
    Au fond « l’homme est complexe mais pourtant il simplifie. Et la cacophonie du monde s’amplifie. »

    Malgré votre sentiment intermittent, je vous souhaite une bonne année !
    Je ne vous dirais pas ce que je vous souhaite mais de trouver ce qui sera le mieux pour vous, de chercher et de trouver ce que vous souhaitez pour vous, vers où souhaitez vous voguer !

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