« Manif pour tous » et questions et réfléxions libres sur la liberté

Comme beaucoup le savent, cela fait plusieurs semaines, voire plusieurs mois que le débat sur le mariage pour tous fait rage en France.
Je n’ai pas voulu m’aventurer publiquement dans ce débat qui, médiatiquement s’apparente pour moi, à de la masturbation intellectuelle.
En revanche, compte tenu de ma ligne directrice de ce blog, je possède une opinion (évidemment) que certains auront surement devinée. Soit. En revanche au carré, encore compte tenu de ma ligne éditoriale, j’aime prôner la libre pensée, la contradiction et le chatouillement intellectuel des idées générales que je peux rencontrer.  Et en lisant les divers comptes rendus médiatiques présents sur la toile (émanant autant des médias officiels que des réseaux sociaux etc) de la « Manif Pour tous » qui a lieu en ce moment même en France et qui, sous son appellation d’ouverture, réunit surtout les opposants au « Mariage pour tous », une réflexion m’est apparue. De là, je vous propose cette petite réflexion quelque peu décousue sur la liberté que j’ai mijotée en ce jour même, contre mon gré (satanée pensée qui contrôle mon corps).

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Sommes-nous encore tolérants si on fait preuve d’intolérance envers les intolérants ?
L’intolérance fait-elle partie de la liberté ?
Si oui, doit-on tolérer l’intolérance ?

La liberté, n’est-ce pas également la liberté de penser n’importe quoi, donc des conneries ?
(pour ceux qui en lisant, se questionnent sur ma position, car oui je camoufle mes opinions sous mes questions, je les renvoie au terme que je viens d’employer au-dessus : « Conneries »… Et les encourage à aller jusqu’au bout de la réflexion. Ma démarche a simplement pour but de complexifier une pensée en questionnant, au risque d’être mal compris, c’est le prix d’un esprit qui se veut libre)

Mais « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres »…
Penser n’importe quoi, sous couvert de la liberté, entrave-t-il la liberté des autres ?

La réelle problématique est lorsque que la liberté se concrétise en actes.

Car de là, l’acte peut créer une entrave à la liberté d’autrui, jusqu’à causer une douleur (symbolique ou physique).
Antérieure à l’acte, la pensée, même vide, absurde, fausse, idiote, doit-elle être étouffée dans une liberté contrainte ?

Entraver cette « manifestation pour tous » d’aujourd’hui, n’est-il pas à la fois une entrave à la liberté de et pour tous ?
Est-ce vraiment meilleur de penser « mariage pour tous » en affichant une intolérance à la « Manif Pour Tous » que d’être partisan de la « Manif Pour Tous » en étant intolérant envers une partie de la population ? N’est-on pas dans les deux cas, intolérants envers une partie de la population ?
En quoi est-ce meilleur du strict point de vue de la liberté et de l’égalité ? Les premiers n’entravent-ils pas la liberté des seconds et inversement ? Les premiers ne font-ils pas eux aussi du mal au seconds et inversement ?
Sur quel(s) critère(s) se baser ? La tolérance ? L’égalité ? Mais ne vient-on pas de prouver que les uns et les autres faisaient également preuve d’intolérance et d’inégalité ? Quel critère alors ? La diversité ? Cette caractéristique inhérente à la nature, celle qui caractérise également les êtres humains ? Pourquoi pas…

La manifestation pour tous est-elle la manifestation d’une liberté de penser ou la manifestation d’un acte de liberté ?
Les deux, à première vue.
Et, si c’est un acte, entrave-t-il la liberté d’autrui et notamment ceux visés par cette manifestation ?

La liberté serait donc un continuum entre le minimalisme et le maximalisme (soit la liberté totale et pour tous) et les différentes libertés (de penser, de dire, d’agir, d’écrire…). Peut-on donc penser la liberté de penser d’après une conception maximaliste, et la liberté d’acte d’après une conception de la liberté contrainte; contraintes émanant d’autrui et des conséquences de nos actes ?
De là, naît un raisonnement : la liberté de penser n’importe quoi est à dissocier de la liberté de faire n’importe quoi.
Le problème : La pensée ne précède-t-elle pas le fait d’agir ? Penser n’importe quoi ne nous prédestine-t-il pas à faire n’importe quoi ? Mais que signifie « n’importe quoi » ?
Existe-t-il un « bien penser » ? Au fond l’important n’est-il pas, au delà voire antérieurement à la pensée elle-même, plutôt le processus de penser, l’art et la manière de penser ?
Penser que le mariage pour tous et notamment les homosexuels est un problème social et anthropologique, soit. Mais le plus intéressant n’est-il pas le « pourquoi » et le « comment » de cette pensée. Et le fait de le penser, mérite-t-il la crucifixion ? En revanche, le fait d’agir en fonction de cette pensée, est une autre affaire…
Alors oui, il y a évidemment une limite unanime à la liberté : c’est le meurtre. Et, encore que, la peine de mort n’existe-t-elle pas encore ? C’est l’histoire du meurtrier à qui un bourreau légal ôte la vie, devenant à son tour meurtrier. Non ?
À ce sujet il y a deux enseignements de Camus que j’ai retenus : « Il n’y a jamais de bonnes raisons de tuer un homme » et « l’homme s’empêche ».

Cessons cette digression et continuons :
La liberté ne doit pas être conçue comme manichéenne, mais analogiquement à la pensée, comme un processus complexe, non comme une finalité. Non ?
N’est-elle pas une lutte permanente entre les contradictions et l’absurde, soi et autrui, autrui et soi, un va-et-vient, une construction en somme ?
Voici un sujet séculaire et complexe que bon nombre d’entre-nous décident de régler à coups d’avis préconçus, de lieux communs, et de bien-pensance. Tout ça c’est bonnet blanc et blanc bonnet voire même benêt blanc et blanc benêt… Vous ne trouvez pas ?

La liberté n’est alors pas innée mais se conquiert et se travaille, se questionne, et se contredit. Toujours réfléchir sur soi et autrui. Raisonner sur l’être humain, sa diversité, en son sein et au sein de ce qui est.

Sans cette tambouille libertaire, pudique et teintée d’humilité, c’est filer avec de grands sabots vers la pensée unique. Non ?
Frôler la liberté c’est alors multiplier les points de vues. Toucher la liberté c’est être un et divers au sein d’une diversité.

Alors, la liberté c’est le mouvement…

De là, les religions d’amour ou pas, quelle soit judaïque, islamique ou catholique, par leur seul prisme ne riment-elle pas avec pensée unique ? Les religions, ou, pour taper dans le général, simplement le seul fait d’avoir une pensée unilatérale…

Mais penser « liberté, égalité, fraternité » et liberté pour tous, n’est-ce pas également devoir penser « liberté même pour les penseurs uniques et les idiots » ?

Cette manifestation pour tous ne rime-t-elle pas avec pensée unique mais également, traditionalisme et conservatisme (l’un peut-il aller sans l’autre ?) ?

Si on tient compte du fait que la nature est en perpétuel mouvement, tout comme l’être social car ancré dans cette dernière, cette manifestation, par ses revendications n’irait-elle pas à l’encontre de ce qu’elle critique elle-même, la nature ? Nature et ce qu’on ose appeler contre-nature ne sont-elles pas l’envers et l’endroit d’un même tout, le monde ?

Syllogisme soit, cette manifestation n’est-elle pas alors contre-nature ? Est-ce une liberté également que d’être contre-nature ?

Ce sur quoi nous devons porter notre intérêt ce n’est pas sur la pensée mais sur le cheminement qui la forge.
Rendre effectif ce constat est une noble manière pour combattre la bêtise.

Voici, des questions, à vos réponses. À vos réponses !
« Je n’ai fait que questionner, on m’accuse de zèle. Je suis celui qui garde le doute, quand les autres le gèlent. Vous avez vos réponses, j’ai des questions pour elle »

LiveAndThink

N.B

Réflexion en lien avec le billet précédant « Minute papillon – un savant fou parmi les podcasteurs » et particulièrement avec les vidéos « Racisme et tolérance (1) » « Tolérance et racisme (2)« 

« Manif Pour Tous » quelques informations

Un article que j’ai questionné, sans réponse : Mariage, adoption et dualité des sexes.

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3 réflexions sur “« Manif pour tous » et questions et réfléxions libres sur la liberté

    • Voilà évidemment tout l’enjeu de mon raisonnement…

      Et si vous saviez ce que j’ai pu entendre de la bouche des porte-paroles de cette manifestation…
      Je serrais les dents, signe d’une conviction certaine d’être dans le vrai en prenant leur contre-pied. Mais là encore, je prends du recul sur cette conviction : ai-je raison ? Je laisse le champ ouvert par la multiplicité des points de vue qui peuvent venir à moi. Voilà pourquoi j’accepte et alimente la contradiction et le débat, un débat véritablement ouvert et constructif. Car jusqu’à alors je n’ai vu et entendu que des gens qui scandent et raccourcissent sans s’écouter, et ça qu’ils soient pour ou contre la mariage pour tous.
      Et, après avoir retourné la question dans tous les sens via tous les domaines (politique, juridique, philosophie, anthropologique…) mon avis s’est solidement fondé (je crois). Mais même avec ce travail, je doute encore, malgré cette flamme, cette conviction intérieure, je garde l’esprit ouvert.

      Penser une bêtise, une idée erronée (et encore je prends des pincettes en n’osant pas qualifier la « bêtise ») est pour moi une liberté qui ne peut être entravée après coup (ni entravée du tout ?). En revanche ce que je questionne c’est le processus de penser qui a amené à cette pensée. Je pense que plus le processus sera complexe et ancré dans une diversité, plus la pensée à l’arrivée aura tendance, à mon avis, à se rapprocher non d’une vérité mais d’un bon sens (au sens de l’entendement mais également au sens de direction, directions de l’égalité, de la fraternité et de la liberté). Voilà, qui ressemble pour moi à une alternative, une porte de sortie, mais c’est un travail conséquent, j’en suis conscient…
      Mais là encore, il n’est pas improbable que je sois dans l’erreur… Qui sait ?

      Merci pour votre participation 🙂

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