David et Goliath

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Alerte MaisT’esOù : Assis sur un banc, je contemple donc je suis

La nuit s’éveille.
Elle nous offre ses premiers gestes lumineux d’un lever quotidien, ainsi que ses premières notes silencieuses de sa symphonie vespérale. C’est le début de soirée… Il est quoi, 18, 19 heures, dans ces eaux là. En ce lundi soir, ces eaux là sont glaciales. Le réel fustigé par une neige imprévue et dominatrice n’a plus d’autre choix que de subir.
Et lui, il est là, emmitouflé comme un alpiniste grimpant le versant d’une existence de 1200 mètres d’altitude. Bonnet en laine noir disposé sur sa tignasse bordélique, vissé jusqu’aux sourcils. Puis, recouvrant son cou jusqu’à l’extrémité de son nez, une écharpe grise. Comme si cela ne suffisait pas, il porte un énorme pull en laine à col roulé qu’il avait déployé jusqu’au menton. Et par dessus, une veste épaisse en skaï usé qui commençait à se déchirer dans la nuque à cause du poids du temps.
Sur l’autoroute qui reliait son village à la capitale de son univers où se concentraient son entourage, ses lieux culturels et de partage ainsi que ces monuments historiques qu’il ne cessait d’admirer, il conduit son cercueil ambulant à la vitesse d’un déambulateur. Pourtant, ça ne l’avait pas tellement mis plus en retard que d’habitude. « La vitesse m’empêche, m’empêche d’avancer », en y pensant le voilà qu’il fredonne ce refrain si éloquent d’une track du dernier album de Rocé. Et, au fond, en ce qui concernait nos mouvements, il fallait moins se méfier du temps que des autres automobilistes, c’était ça le pire… la plupart des gens ne changeaient pas, ne s’adaptaient pas, fidèles à eux-mêmes.
Un coup la chaleur à l’intérieur de son véhicule frise l’insupportable, un coup elle love le conducteur et le berce comme dans un cocon apaisant. Si apaisant qu’il pouvait sentir ses yeux se fermer de fatigue. Voilà pourquoi il ne cesse de jouer, mécaniquement, avec l’interrupteur circulaire du chauffage de sa caisse qui tombait en ruine -disait-il en plaisantant- au rythme de son état face à la température ambiante et lunatique.
C’est la fin de l’hiver…
Elle avait été prononcée par un mois de Mars qui avait débuté son discours avec un sourire chaleureux et un cœur ensoleillé. Et là soudain, BAM, le mois de Mars chope un rhum virulent et paralysant, certainement refilé par un de ces gosses de la rue qui essuyait sa roupille contagieuse avec ses doigts délicats. La neige déferle et s’acharne sur le nord de la France. Elle s’abat vivement sur le territoire, emporté par une tempête hivernale. Le vent comme une main malicieuse vient baffer violemment les flocons qui eux-mêmes n’ont d’autres choix que de s’écraser sur la matière comme des aiguilles. Là où les espaces peuvent respirer sans entrave, il donne forme à la neige tombante et transforme à sa guise ce drap innocent tissé au sol. Le vent en patriarche décide de la manière dont seraient habillés nos horizons et nos routes. Dans certains coins plus bucoliques, on pouvait être témoin d’un désert de sable blanc ou d’une mer neigeuse aux vagues figées. C’était selon son imagination, celle qui naissait lorsque les embouteillages permettaient à l’esprit de vagabonder ou de surchauffer, c’était au choix, c’était selon. Les talus sont recouverts de neige amassée par la vent et ondulée comme des vagues, des vagues dessinée par son souffle . En artiste, il sculpte la Terre et creuse la matière. La nature en démiurge.

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Personne pouvait y échapper, c’était partout.
L’information tournait en boucle sur toutes les chaînes de télévision, infestait la presse jusqu’aux réseaux sociaux depuis bien quelques jours déjà. Il est vrai, c’est inhabituel dans le coin, mais tout de même… en faire un si gros pâte à caisse, c’était comique au début, puis ça tournait au tragico-absurde ensuite. Ça faisait la Une… annoncée comme une énième apocalypse par des présentateurs au sourire forcé même pour annoncer le pire. Les journalistes s’en donnèrent à cœur joie, « la neige » à toutes les sauces se déclinait à l’infini, comme une libération… En tant que spectateur on sentait cette espèce de soulagement soudain, tous soulagés enfin de pouvoir parler de quelque chose. Pourquoi ? Le reste du temps, ils ne pouvaient pas tout dire ? Il n’y avait rien à dire ? Cette information pullulait et contaminait chaque média au point d’évincer tout le reste comme un chasse-neige. On avait l’impression d’une grippe générale qu’on est heureux de choper pour éviter d’aller bosser. L’information médiatisée ça avait l’air d’être toujours ça : un numéro populaire et concis qui pouvait s’exporter un peu partout pour connaître un succès garanti et pour éviter de se renouveler et de prendre des risques, , quels qu’ils soient, aussi bien professionnels qu’intellectuels. Ça évinçait tout un tas de choses, ça évitait de faire et de faire faire tout un tas de choses. Puis ça se voyait que ce genre d’information arrangeait tout le monde au fond. Durant ce laps de temps on ressentait cette étrange euphorie énervée généralisée. Ça en énervait bon nombre qui ne se faisaient pas prier pour le manifester, tandis que d’autres manifestaient cette euphorie par des messages de 140 caractères ou par des photos de leur propre cru qui investissaient le fil d’actualité des nombreux usagers des réseaux sociaux. Les uns énervés par les autres disputaient un combat vain. Quant aux autres… l’égotisme permettait d’atténuer les désagréments nés de la critique.

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Le vacarme médiatique devenait non pas ridicule mais absurde.
Signe d’un vague à l’âme ? D’années en années il divulguait quelques indices non-négligeables sur un malaise social.  Le rien bruyant et l’absurde subtil étaient significatifs, tous deux étaient symptomatiques. Malaise dans la civilisation ? Mais que pouvait-on y faire ? On avait du pouvoir sur rien… si, sur notre mort. La modernité nous avait au moins laissés ça.
Ce chaos absurde venait en fait briser l’apathie ambiante et le profond ennui dans lequel chacun était plongé à sa façon. Dans le fond on l’aime cet énervement, on l’aime cette euphorie superficielle et léthargique. Ce sont les seules manières qu’on a à portée de main pour pallier une sorte de spleen post-moderne ainsi que l’impuissance insensée qui nous assénait. Signes du désespoir. Ce n’est que lorsque l’indifférence surgit que sonne le glas, car elle est meurtrière.
Comme des gosses pourri-gâtés à qui on aurait tout donné, on ne savait profiter de rien. Pourtant on aimait avoir tout, tout de suite. On était animé par le désir et le profit, mais on ne savait profiter de rien. Fallait être honnête, tout le monde s’emmerdait… surtout en pleine semaine.
« L’intervention au Mali a tué cinq soldats français », « le chômage atteint un taux record : les conséquences de la crise », « la neige : un fléau ravage l’hexagone », « le Vatican : Habemus Papam ? ». Bonjour l’actualité, les guerres tuent, la neige est froide et glissante donc dangereuse. La profondeur est tapie, là, au fond d’un écrin cadenassé par la main d’un grand groupe ayant son pesant d’or, et la main d’un autre grand groupe, tous deux cotés en bourse. Vous voulez les noms ? Mais comme si c’était aussi simple… Il s’agissait seulement d’un maillon d’une chaîne sociétale. On apprend rien à personne… la critique est facile, certes. Mais ce n’est pas parce qu’elle est facile qu’elle en est moins vraie. Il valait mieux passer son existence à rappeler que le soleil était jaune et que sa chaleur apaisait les êtres que de chercher des réponses à des questions qu’on ne comprenait pas. Préférer la lumière à l’obscurité. L’évidence à l’obscurantisme. Et ça spécialement lorsque le soleil virait au vert. Vous avez saisi la référence ? La répétition à défaut d’être démago et bien-pensante fait partie de l’éducation. Non ? Beaucoup était encore cloîtré dans cette caverne où les ombres s’étranglaient et s’humiliaient. Bref, donnez des miettes, de la villageoise et des jeux, surtout des jeux, qu’ils disaient… et du temps de cerveau disponible, qu’il disait… Héroïne et opium du peuple.
Les relais d’informations faisaient office de billetterie. Tous y venaient pour s’offrir un peu de vacuité par là, un peu de nombrilisme par ci (les reportages sur sa région faisaient fureur), soit pour se conforter dans sa vision du monde ou au contraire raviver une haine sourde à coup de lieux communs. Remarquez, les deux étaient souvent liés. Les points de vente ne se comptaient même plus, et leurs fidèles commerciaux se donnaient en spectacle en bons ménestrels. En hérauts, ils scandaient : « allez, allez, venez voir les morts, venez voir la peste, venez contempler les monstres, regardez ce Léviathan en manteau blanc ». Les inuits et les canadiens rigolent. La mise en scène est cheap, les acteurs ne sont pas habités, le thème est un pétard mouillé. Il en faut peu pour être foireux. Toi, t’es là avec ton plateau repas composé d’une entrée de tomates Monsantoïsées, d’un plat lyophilisé à base de chœuf, orné d’un verre d’eau (t’es au courant pour Coca-Cola ?) et d’un morceau de pain, tu attends ton émission hebdomadaire en prime-time, mais avant ça, par rituel tu mates les infos. Et tu sais que tu vas t’indigner dans le néant, et qu’avant ton réconfort tu devras encore faire l’effort de te taper les coupures pub. En attendant, tu n’as pas idée de ce qui se passe dans le monde. Bon abêtir ! Les médias c’est tout une philosophie… qui met le lambda en condition. L’information médiatisée n’est qu’un énorme jeu de rôle dans lequel s’orchestre une para-réalité qui laisse chacun dans son flou et ses idées-reçues. C’était un théâtre bondé, qui diffusait ad vitam aeternam un vaudeville populaire auquel on pouvait ajouter l’effet « l’ange exterminateur » de Bunuel qui empêchait les spectateurs et les acteurs de sortir. Becket y trouverait une source d’inspiration intarissable dans ce théâtre de l’absurde. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ça n’en était pas moins réel, mais à côté ça criait, à l’extérieur ça grouillait, dehors les cœurs et l’écorce battaient. Puis c’était bien, c’était drôle, mais c’était tous les jours. Gavés comme des oies, de l’existence on est passé à l’exit transe qui ne faisait entendre que des soupires de soulagement et d’agacement.
Le but n’était pas d’informer le citoyen mais de remplir le vide entretenu par nos contemporains. « Les nouveaux chiens de garde », on pouvait lire ça assez souvent… La société du spectacle, on avait tous vu ou entendu ça quelque part… ça c’était de l’actualité, ça c’était d’actualité.

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Toujours sur cette passerelle, de ferraille recouverte de béton armé, pour rejoindre le monde civilisé où s’entassent les salariés fatigués, les cadres pressés et une foule de consommateurs tantôt extrêmement aimables, tantôt détestables -c’était la jungle- notre conducteur traverse ce chaos neigeux avec sérénité et précaution mais surtout avec contemplation. Ce soir, il serait prisonnier. Il le savait. En guise de geôlier, une brume lourde et orangée car elle absorbait les lumières artificielles des villes. Elle menotte les véhicules aux alentours et prend d’assaut cet univers de béton et de métal tentaculaires, peuplé d’individus si intelligents et civilisés. C’est ce qui se disait… Le ciel blanc frisson vient sceller cette prison comme un couvercle convexe, invincible et autoritaire. La neige vient fouetter violemment tous ceux qui ont pris le risque de s’aventurer à l’extérieur, soit pour continuer de ne pas exister, soit justement pour exister davantage et essayer de communier avec leurs ravisseurs singuliers. La neige comme châtiment; la neige comme épreuve homérique.
Tous pris au piège ! Nous ! Héritiers de Galilée, de Copernic, de Darwin, d’Einstein, des Lumières, des concepteurs d’Ariane et de A-380… Nous, tous, pris au piège, par un manteau blanc que l’on enfile une à deux fois par an, pas plus. C’est pathétique.
Notre conducteur, assis dans un premier temps, le cul entre deux chaises existentielles, décide pendant son trajet odyssée, de penser qu’il a pris ce risque, peut-être inconscient, pour braver la peur collective et également pour frôler la libération. Il veut traverser et être traversé. Non pas mener un combat contre Goliath, mais seulement et simplement lutter. C’est différent. Cette lutte est une quête intime qui n’engendre ni gagnant, ni perdant, mais le simple fait de résister. Résister face à des forces naturelles et incontrôlables. C’est de prendre conscience qu’il y a des choses dont on n’a et n’aura jamais le contrôle qui nous rend plus apte à la liberté. Justement, il se dit qu’on passait tellement de temps à essayer de tout contrôler et de gagner, qu’on en oubliait de regarder, de douter, de vivre. Donc de se mouvoir. De créer. On en oubliait d’être humble. On oubliait d’être, simplement. Il prend une claque d’humilité, le voilà qu’il tend l’autre joue… comme pour en apprendre quelque chose. N’y voyez rien de christique, il s’agit là d’établir simplement un contact vivifiant avec ses ravisseurs. Rien à voir avec un quelconque syndrome de Stockholm, puisqu’il n’est en fait ni séquestré ni n’a affaire à des criminels. Il est simplement malmené par une bête sauvage qui prend vie et saisit tous ses droits et s’adonne à ses instincts. Le conducteur le sentait ça, il le vivait au plus profond de lui. C’est pourquoi il sourit mièvrement, là, seul dans son auto depuis laquelle il ne distingue à peine l’horizon et dans laquelle il trouve la paix intérieure car tous ses sens se contractaient, s’exacerbaient, se mélangeaient et convergeaient. Il ne respire pas seulement le froid. Un froid qu’il fait entrer en lui par de grandes bouffées qu’il inspire, le menton relevé comme pour montrer à Dame nature une certaine fierté ainsi qu’une absence de crainte, il sent le froid. Il s’abreuve de son odeur qui vient brûler ses narines. Ces effluves font escale jusqu’à sa gorge, c’est ainsi qu’il goûte le froid. Il a la saveur d’une absence qui pèse sur la langue tout en chatouillant le palais par la grâce de sa légèreté. Chaos ineffable; confusions entrelacées; ancre terrestre de l’être. Pour décrire ce chaos sensoriel, il aimait dire le mot « synesthésie ». Il l’aimait ce mot, car il visait juste.

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Entre la chaleur artificielle et désagréable d’un chauffage déréglé qui en vient à nous étouffer par intermittence, le froid glacial qui frappe vitres et carrosserie, son envie de pisser insoutenable et le morceau hypnotique de Jonathan Wilson qui sort des enceintes, il roule, contemplatif et ailleurs, à travers la vallée d’une lune invisible mais qu’il savait d’argent. Une soirée d’or, de cuivre et d’argent. C’était ça sa richesse. Ça paraissait caricatural et ridicule, mais ça existait bel et bien des gens comme lui. Des gens qui voyaient dans la beauté du monde, et dans tout ce qu’elle confère, une ambition saine, réelle et riche. Dessein de poète. Une sorte d’onirisme réel, comme un nuage à portée de main… Il en existait des milliers, qui amassaient des pièces d’or au pied des arc-en-ciel, qui puisaient le jus de cette grosse pomme gorgée d’eau, c’était évident. Boire l’eau-de-vie, voilà une image qui lui parlait. Beaucoup se shoote à l’inexistence, contraint par un geôlier spectral, lui sa came c’était l’existence, et il avait le partage dans les veines… l’existence entière, effrayante, criarde, brute, innocente et bestiale… l’existence vautrée dans l’essence et la beauté. C’est l’évidence qui fait sourire… mais pour lui, il n’y avait pas de quoi sourire puisqu’il disait que cette évidence n’avait rien d’effective, n’était pas réelle…
Pendant son trajet Homérique, il a eu le temps de penser à tout un tas de choses, à tout un tas de réflexions qui pouvaient le faire sourire. D’un sourire que l’on affiche après avoir saisi le sens d’une énigme, « un sens qu’on déchiffre mal parce qu’il éblouit » écrivait Camus.
Arrivé à destination, il sort de son véhicule péniblement garé sur 5 cm de neige et un trottoir, disons plutôt une marche. Il tressaille comme pour faire tomber le froid qui venait de s’emparer de lui, comme de la simple neige amassée sur ses épaules. Il se dirige à présent devant l’immeuble d’un de ses amis, qu’il devait rejoindre pour se rendre tous deux au cinéma. Et, lors de son trajet qu’il arpente dorénavant à pieds, il joue avec les couches de neige qui recouvrent le toit des véhicules ornant sa marche, et habillent l’anorexique verdure citadine. Il les balaie furtivement comme un sale gosse. Le froid glacial de la neige qu’il malaxe nerveusement vient lui brûler le bout des doigts. À sa combinaison hivernale il ajoute, à présent, des gants en cuir. Le voilà qu’il monte une côte qu’il n’aurait pu gravir avec son véhicule au risque de se trouver bloqué dans un mouvement immobile d’un patinage mécanique. Il se prend les projectiles neigeux dans les derniers centimètres de chair qu’il lui reste à découvert, les pires centimètres : les yeux. Il fait jaillir tout ce qu’il y avait de dominant là dehors, dans les esprits, dans les journaux, dans les immeubles où s’entassent des salariés qui ne savent plus pour qui ils bossent, dans nos télévisions, dans nos babyphones… et il fait le point avec ce qu’il était en train de vivre, presque en solitaire, les rues étaient fantomatiques. Puis dans une pensée pseudo-dénonciatrice et à peine vindicative, il expose brièvement à lui-même :

Tout ça pour ça ? Et si Darwin s’était planté ? Comme on dit, on voit bien que la nature reprend ses droits, et y’a qu’à regarder autour de nous, personne en réchappera. À part un ou deux milliards d’êtres humains – enfin d’humains compte tenu de leurs difficultés à être – on bâtissait tous son existence autour d’une croissance généralisée et d’un « toujours plus » religieux conquis à coup de guerres loyales et victorieuses, orchestrées par des conquistadors persuadés de leurs bienfaits imposés, et de luttes menées par nos pères, et vos pères. On appelait ça progrès. Ils appelaient ça pogrès, moi j’en avais honte, j’en pleurerais ! Et on en était là, à s’arrêter de vivre pour 10 centimètres de neige, à avoir peur de tout, et surtout du monde, du vrai monde, entier et à perte de vue. Et, ce n’était pas exceptionnel. Qu’importe la neige, qu’importe la chaleur, ce n’était jamais le moment pour personne, ça venait toujours contrecarrer les plans du quotidien… car on avait des objectifs, et des comptes à rendre à tout le monde. Tous pris au piège par la neige et également par nos propres existences. Sauf, le dépossédé de tout. C’était différent pour ce mendiant vagabond sans ici, sans maintenant, sans âme qui en ce temps onirique et apocalyptique, menait une lutte à mort contre la mort. Lui, il meurt de vivre. Et nous étions de plus en plus dans ce cas. Bonjour la solidarité post-moderne et mortifère. Bonjour la solidarité post-moderne et mortifère.
Mais fuck! À bas les existences ingrates et rabat-joies, à bas les existences suicidaires, mettons à mort l’inexistence substantielle, se mettait-il à scander en sa boîte crânienne qui bouillait. Il venait de terminer un livre éloquent et nécessaire qui parlait du suicide justement, voilà le pourquoi de sa pensée et paradoxalement au thème loin d’être hilarant ça l’avait libéré. C’est pas votre croissance Hannibal, vos promesses de réussite et votre pouvoir d’achat qui nous apprendront à vivre dans ce monde là, qu’il scandait. C’est pas ça qui nous sauvera. Sa révolte, langagière, est facile, mais là pour être honnête, il s’en contrefout. Il avait simplement besoin de la mettre en mot, de la crier en son cerveau pour expirer son soulagement. Son allégresse qu’il saisit au vol en traversant ce monde en furie, le place au dessus de tout ça, au dessus de la complexité, de la polémique, du malheur, de la pauvreté. Il n’a pas l’envie de disputer un combat perdu d’avance, il lutte là avec plaisir, avec désir et il est juste bien. Au diable les aigris et les désillusionnés, il est solaire et veut au moins tendre la main aux désespérés. Qui l’aime le suive, c’était tout. Il continuerait à admirer ces paysages naturels et citadins déformés par Goliath. Ce n’était pas lui contre Goliath, mais bel et bien lui et Goliath. Tous les dix mètres, il continuait sa contemplation curieuse, le monde en cet instant tenait de l’onirisme. S’être rendu compte de sa petitesse l’avait grandi. Il épouse les intempéries, fragile, docile, révolté mais invincible. Il effleure sans doute la beauté, humblement. Il se vautre dans un orgueil de vivre… Il ressentait un amour particulier pour cette formule… l’orgueil de vivre.
Il aperçoit à quelques mètres de lui la silhouette rassurante de son ami. Pour signifier que c’était bien lui, il agite frénétiquement son bras droit dont l’enthousiasme s’étend à l’ensemble de son être emmitouflé. Son sourire n’a pas quitté son visage, il était d’orgueil, davantage prononcé il se mue à présent de complicité.

LiveAndThink

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Coraline Paul

Jonathan Wilson – Gentle spirit

« Je ne peux m’empêcher de revendiquer l’orgueil de vivre que le monde tout entier conspire à me donner »
Albert Camus – Noces à Tipasa

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2 réflexions sur “David et Goliath

    • Oui c’est vrai, j’ai fait un peu le fou fou… Mais c’était un risque à prendre, je l’ai pris, j’ai hésité, j’ai lu des choses bien plus longues sur d’autres blogs, d’autres sites. Ce n’est qu’un long texte parmi bien d’autres bien plus courts :). Au mieux il passera inaperçu, au pire je le supprimerais, c’est une sorte de chronique/nouvelle qui parlait d’une actualité. Et que serait la création sans se mettre en danger ? Pour ça je fais confiance aux internautes qui sont libres d’arpenter ce genre de blog comme ils l’entendent 🙂

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