Belle et chère inconnue

Accompagnement musical

« chère inconnue,
auriez-vous pris possession
de ma vie, de ma vue
en terre inconnue, non ? »

Elle est là, et me dépasse dans une démarche simple et efficace laissant derrière son passage les marques aimantes d’une fragrance;
elle me prend en flagrant délit de contemplation, j’ai l’air con et m’éprends de ses ballerines citadines qui font trembler la poussière de la ville; elle danse…

Elle me fait du gringue, sa bonté la confine dans l’attente;
mais sa beauté ajoutée à l’absence de temps, me font l’effet d’un flingue sur la tempe.

La voilà que dans un caprice de séductrice elle m’assène de coups de courbes venimeuses.
Je vacille de surprise et de fatigue, et soudain mes pupilles s’écarquillent..

comme une tension émanant du jeu de la séduction, et maintenant ?
Mes sens malfrats s’arment et s’enquillent en moi, mes envies s’encanaillent.

Angoissé par la connaissance de moi et mon inaction inhérente, davantage en faction, j’inhale
les plissements de son visage comme un signal et me dis-je cérébral :

Je n’ai rien d’un séducteur, vous m’en voyez désolé, d’un ton calculateur;
paroles que je regrette déjà, je serre les bras pour m’isoler, comme un rôle qui me confère de l’aplomb.

Le mercure et le plomb qui se dégagent de ses formes oblongues réchauffent l’atmosphère;
plutôt que de succomber à cette Vénus, je la joue distant malgré moi, et me sens petit comme Pluton.

Je lui tourne autour et la reluque sous toutes les coutures, je souris comme un beau mais je suinte de tous les pores de ma peau;
– Hey toi, la moral d’égalité homme/femme, nulle question de domination; moi esthète affable, cette contemplation me rend diaphane et déterre l’admiration-

Elle se mordille la lèvre inférieure, je m’en mords les doigts intérieurs;
mon corps, lui, mendie, ma bouche court comme un lièvre et maudit ce peu de mots dits convulsifs :

Vous m’êtes plus que sympathique, dis-je caustique, mais le temps m’attend
il ne m’aide plus, mais je ne l’aime pas plus que vous, même quand il s’étend.

La bourde nucléaire était lâchée voilà que je m’embourbe dans du pré-mâché.
Sa présence électrique me chahute comme une cohorte quelque peu éméchée.

Elle me fixe, espiègle, et profite de ce moment de faiblesse pour refermer ses ailes
écrivez-moi ! Elle me vouvoie dans l’émoi, devenue impatiente elle me susurre à haute voix :

Que votre encre entre en moi, écrivez-moi, je ne minaude pas ni ne badine, je joue avec nos babines.
Je trépigne à l’idée de m’ancrer dans ses bras, mais où tout cela nous mènera ?

Ne jamais frôler ne serait-ce que du petit doigt, les regrets et l’amertume, ajoute-t-elle,
Boire la vie comme un cocktail de Campari et ainsi retourner Paris comme une simple bouteille !

Approche-toi freluquet et hume mes effluves que, je le sais, tu peux reluquer
en m’offrant le feu d’un briquet et la verge de ta plume, la verve, pardonne ce lapsus,

Là dessus nous n’avons pas nos pareils quand il s’agit de loger à la même maladresse.
Elle termine cette phrase, qui à l’oreille me fait de l’œil, par un merveilleux rictus.

Mais c’est qu’elle me tue à présent par ce mystérieux tutoiement.
Je suis sans mot dire, je lui avoue rougissant; eh bien écris-les sur moi répond-elle rugissant.

Mon cœur se serre et ne laisse plus de place au doute lorsque mes sens s’affairent.
Comme un ion je pénètre dans sa sphère et me sens at home, mais ma plume n’est pas une fille facile même si elle sautille comme une môme.

Le ciel gris uniforme me balance quelques haillons de son humide uniforme,
les yeux au ciel pendant l’espace d’une seconde, je prends une goutte dans l’œil, dégoûté qu’elles abondent

Dans la surprise de cette entremise je m’immisce à nouveau dans le champ de ma séductrice;
sur ces entrefaites, la fête se termine lorsque je m’aperçois qu’elle a fui me laissant pantois…

Et pataugeant dans les caniveaux devenus tristes, d’une ville provin-sale qui s’épaissit dans la noirceur d’un acte manqué,
j’en viens à maudire la beauté et l’amour que je ne cesserai pourtant jamais d’admirer.

Dans la foulée, je constate qu’un détritus a élu domicile sous ma shoes gauche,
il s’agit d’une feuille blanche sur laquelle je me penche et d’un battement de cils, je lis en manuscrit :

‘Le temps m’a prise de court, mon joli, je reviendrai, comme une inconnue à qui tu hisseras ton drapeau.
Comme un drap de soie poussé par le vent d’un soir d’été, je reviendrai en caressant ta peau… J’te le promets
Signé, soigneusement ton attendrissante et excitante  inspiration.’

LiveAndThink

fille en short, qui ronges tes ongles en tortillant du cul,
les garçons te regardent –
tu as plus d’importance, semble-t-il,
que Gauguin ou Brahma ou Balzac,
plus, en tout cas, que les crânes qui nagent à nos pieds,
ta démarche hautaine brise la tour Eiffel,
fait tourner les têtes des vieux vendeurs de journaux à la sexualité
éteinte depuis longtemps ;
tes bêtises réfrénées, ta danse de l’idiote,
tes grimaces délicieuses – ne lave jamais tes sous-vêtements
sales, ne chasse jamais tes actes d’amour
à travers les allées résidentielles –
ne nous gâche pas ça
en accumulant kilos et fatigue,
en acceptant la télévision et un mari gnangnan ;
n’abandonne jamais ce déhanchement maladroit et inepte
pour arroser la pelouse le samedi –
ne nous renvoie pas à Balzac ou à l’introspection
ou à Paris
ou au vin, ne nous renvoie pas
à l’incubation de nos doutes ou au souvenir
du frétillement de la mort, salope, affole-nous d’amour
et de faim, garde les requins, les requins sanglants
loin du cœur.

Charles Bukowski – Supplique à une jeune passante

_______________

L’inspiration me fait du gringue, sa bonté la confine dans l’attente;
mais sa beauté ajoutée à l’absence de temps, me font l’effet d’un flingue sur la tempe

P1030614

Cinéma, littérature, musique et art ?

Un flingue chargé, mais quand appuierais-je sur la gâchette ? Moi-même je ne sais pas.
Et que toucheront les balles ? C’est encore flou, seulement pour vous !
Il faut bien créer le suspens.

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Une réflexion sur “Belle et chère inconnue

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