Milk Coffee & Sugar, Carte Blanche #2

Parc de La Villette, avec eux nous avons repeuplé le monde !

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Milk Coffee and Sugar, sa carte blanche #2

Dimanche 28 Juillet 2013. Dernier péage, tristement légal, et nous voilà en train de foncer prudemment sur le périph’ labyrinthique angoissant et mal-aimable mais bel et bien surmontable. Nous y sommes, là, à la périphérie d’un évènement existentiel peu banal qu’on sait d’avance mythique et irracontable à tous ceux et celles qui n’ont pas osé ou n’ont pas pu nous suivre dans ce périple musical.
« Serrez à gauche » me vocifère une voix féminine désagréable et stressante, provenant d’un GPS ignare car n’ayant jamais été mis à jour depuis l’époque de Giscard. Il est un peu plus de 17h.  Nous sommes largement dans les temps, au large d’un gigantesque étang de métal, de ciment, de râles oppressants, de chair et de sang, où la faune et la flore sont ordonnées anarchiquement. Pam pam, PaNam, PaNam, PaNam chantonne Oxmo Puccino à mon esprit Chatterton, présentement épris par la rédaction de ce billet saveur cappuccino. Ici, c’est Paris. Effrayant, bouleversant, fascinant sont les qualificatifs qui me viennent à l’esprit à chaque fois que j’y descends, moi le chétif provincial.
Prochaine sortie, je m’aperçois que j’ai gardé mes lunettes de soleil même dans les tunnels du périphérique de la capitale. Une manière singulière de me cacher. Ou une manière d’atténuer l’appréhension qui gagna, la veille, les tréfonds de mon  bulbe en ébullition : du mauvais temps prévu pour le 28 Juillet sur la capitale. En superstitieux inconscient et en CDD, garder mes lunettes de soleil permettait au ciel de garder, malgré les nuages d’horizon, le soleil en lui, et de préserver ces sublimes couleurs irréelles du monde qui tombaient sous mes yeux, par la même occasion. Ouais, dans ma tête c’est un bordel…
Bref, c’est du hip-hop qui tourne dans les enceintes de mon auto audacieuse dans sa déchéance. Je me tourne vers ces deux êtres qui m’accompagnent dans ce périple parisien et également dans ma vie, et qui affichent fièrement leurs contradictions, entre la douceur et la grâce de leurs carrures et de leurs peaux et la rugosité inhérente à leurs esprits en éternelle rébellion. J’souris, puis j’oublie cette histoire absurde de lunettes de soleil, mon cœur palpite en la présence de ces deux pépites.
Arrivé.e.s parc de La Villette, le soleil nous accompagne, il fait chaud, presque lourd, l’atmosphère et quelque peu étouffante mais ne me dégoute pas comme en plein centre ville. On se pavane, sourire aux lèvres et l’amabilité dans nos yeux et nos démarches. Ce n’est pas qu’on frime, c’est qu’on est tous les trois heureux en train de camoufler notre impatience.

Pour trouver le chemin de la scène pour laquelle nous sommes venus, nous suivons instinctivement les bribes de musique qui nous font penser que nous sommes en train de louper un truc. L’herbe verbe et chaude nous attendait, on s’assoit pour laisser finir le groupe 0800.

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Suga et Gaël ‘Picaflore’ Faye

19h, les musiciens d’osent sont installés, dirigés par le virtuose magicien Guillaume Poncelet. Et les voilà qu’ils montent sur scènes les deux acolytes au café au lait affranchi, que je ne présente plus : Milk Coffee & Sugar. Leur énergie et leurs sourires nous échauffent les pommettes et les zygomatiques ! Pour ses scènes d’été, La Villette offre aux deux artistes leur deuxième carte blanche (la première, manquée, se tenait à la Bellevilloise ). Le principe ? En Maitres de Cérémonie, les deux Mc’s nous offre un show à eux, en plein air, à base de morceaux totalement inédits en compagnie de nombreux invités de prestige ! Et ça totalement gratuit pour le public. Voilà qu’on sous-estime la gratuité de nos jours, comme si payer n’était que le seul gage de qualité labellisé « œuvre de prestige ». Foutaises, puisque cette soirée était une fable bien réelle. Après cette soirée, je n’ai qu’une envie c’est d’envoyer grave chier un de mes amis qui me propose de payer entre 45 et 60€ ma place de concert pour un artiste certes de renom  mais qui ne justifie en rien, après ma réflexion, ce prix excessif, pour un évènement où je ne verrais que dalle, à peine l’artiste, et n’entendrais que les défauts d’une sonorisation d’une salle démesurée dont la sonorisation fait justement, toujours, défaut. Je préfère l’art à l’échelle humaine moi ! Marre du business et de payer juste pour la symbolique d’un artiste renommé ! Alors je ne fais que visiter les p’tites salles et les artistes qui creusent leurs sillons avec amour (de l’art et de l’être humain) et délectation. Et c’est ainsi que je refais le monde, oui oui ! Avec des artistes avec qui je peux échanger dès que je peux. Et depuis ma première rencontre avec Milk Coffee & Sugar, ça a toujours été le cas.
Bref, on peut lire sur leur blog :

de retour d’un voyage de rêve au Burundi et au Rwanda, après avoir eu l’honneur et le privilège de jouer à l’Alhambra avec Bonga et Saul Williams, on a la chance d’accueillir, Féfé, Némir, Akua Naru, Rocé, Beat Assailant, Mélissa Laveaux, Taïro pour la deuxième édition de la carte blanche M[ilk] C[offee] S[sugar] qui aura lieu le 28 juillet au Parc de la Villette dans le cadre des scènes d’été.

Bref, durant les trois premiers morceaux, on aurait pu me penser amorphe. Que nenni, j’étais tout en force intérieure avec un sentiment d’irréalité qui me figeait. J’étais submergé. Comment un simple évènement musical, une simple rencontre avec un groupe de musique peut m’affecter autant me demandez-vous ? je n’ai pas de réponse à donner, voilà pourquoi j’écris autant mon ressenti et que je joue du click pour vous faire partager ça car ma réponse serait : eh bien venez, venez avec moi !

Gaël Faye et Suga nous offre des morceaux inédits, avec une de mes acolytes, on se regarde et on gonfle nos joues affichant une moue qui témoigne de notre surprise admirative face à l’écoute de certaines phases et lyrics des deux MC’s. Pris de surprise, nous sommes sur le cul. Ces morceaux seront-ils sur leur prochain album ? Nous l’espérons fortement. Les deux Mc’s n’y vont pas avec le dos de la cuillère et nous assomment de punchline sévères et d’aspérité lyricale. Gaël Faye nous offre plusieurs fois des couplets en mode « froncement de sourcils », tout en poésie pourtant, il décime la société et ses travers à coups de rimes astrales et de lyrics invitant au voyage et à la rébellion quotidienne.  Suga, lui nous berne à chaque fois avec sa voix posée et son humour décalé qui intervient entre les morceaux, ses lyrics sont tout aussi acerbes poétiques et engagées. À l’instar de Gaël Faye qui, à travers son album « Pili Pili sur un croissant au beurre« , nous comptait son exil et sa double culture franco-rwandaise, Suga nous raconte, à son tour, son pays le Cameroun, en compagnie de sa mère et de sa sœur. Moment plus qu’émouvant !
Ici, pas de langue de bois mais des langues surarmées et des plumes affutées : « Je me suis mis à gratter des lignes surannées, pour vous parler à bout portant de ma langue surarmée : j’ai mal à mon époque, le capital marque de son sceau. Sous le règne du ciseau je veux recoller les morceaux. Quand mon âme est asthmatique, ma musique est ventoline »
Le café et le lait nous sucre notre énergie en nous contant le grand Paris et le petit Panam ou en faisant état du lien humain à l’heure actuelle et de la société qui le désagrège. Critique des médias, du monde du travail « le salaire de l’homme c’est la laisse du chien », réglage de comptes Historique en prestation scénique et éloge du voyage et du nomadisme pour ces deux compères pluriculturels. Le Mic’ qui glisse sur le hip-hop, sont deux armes de révoltes massives mais pour Milk Coffee And Sugar ce sont avant tout des armes de partage. Il suffit d’aller mettre le nez, les oreilles et les yeux à un de leurs concerts pour comprendre. Au diable les dires de ce Mr Cardet énigmatique, qui font l’actualité !
J’me sens chez moi, ça y est. C’est tout. Si le hip-hop est un refuge, être en compagnie de Milk Coffee And Sugar c’est se sentir chez soi et soi. Mes amies et moi restons pantois mais surement pas sans toit. Que vous dire de plus ? Mise à part qu’il fallait être là ! Entre jazz, soul et beat à battements presque lancinants, outre le son génial, la musique est sublime. Le hip-hop (du moins celui de Milk Coffee) est fédérateur et subversif. On sent dans leurs yeux ce feu, cette sincérité (autant dans la forme que dans le fond), je fais preuve de prétention en affirmant que mes amies et moi nous avons les mêmes !
Les deux compères fédèrent, ils fédèrent dans le métissage. Ils fédèrent tellement que je jalouse secrètement en regardant autour de moi et en voyant quelques quadra et quinqua en sandales se déhancher plus que moi ! Leur musique dézingue le communautarisme et n’a pas d’couleurs, ni d’âges, de sexes.

Livin’ Life – MCS featuring Beat Assailant (live, carte blanche #2, Parc de La Villette)

Les invités se succèdent, les musiciens donnent tout. Le rappeur américain Beat Assailant grimpe sur scène comme une bombe atomique et en compagnie de Milk Coffee, nous offre un morceau de toute beauté : « Livin’ life ». D’autres rappeurs d’horizon divers (Canada, Haïti, Perpignan, …) et des deux sexes débarquent pour réaliser des morceaux avec le groupe qui nous accueille. Des rappeurs relativement nouveaux, du moins médiatiquement, tel que Némir ou des pionniers de la scène Hip-hop comme Rocé. Mais également des chanteuses fabuleuses comme Mélissa Laveaux !
Et en guise de clou du spectacle, dans un Freelipilistyle (contraction de Freestyle et de Pili Pili, référence à Gaël Faye) Milk Coffee s’offre le luxe de faire monter tous les MC’s sur scène pour une séance de kickage dans les règles de l’art. En guise d’accompagnement instrumental, la prestation exclusivement vocal du groupe Ommm. La séquence est mythique et nous offre quelques surprises artistiques comme la furtive mais non moins magistrale prestation de l’artiste d’origine australienne Rachel Claudio, qui au delà de son don vocal et musical, est une putain de rappeuse possédant un flow de dingue et une magnifique plume.

Bref, je conclus, si le Hip-hop est un refuge, être en compagnie de Milk Coffee And Sugar c’est se sentir chez soi et soi, là où le mélange des sens a sa place, là où le mélange des gens a sa place. Je n’ai pas trouvé de formule plus forte que celle-ci ! Merci à vous, merci à nous !
À la prochaine carte blanche !

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Suga et Rocé / Milk Coffee & Sugar / MCS et Némir
Crédit photos : Yann Bhogal (www.yannboghal.com)

Bonus :

Karlos Rosten & Gaël Faye – Février en 972

« Si la révolte est une femme
je suis un jeune encore sage qui fantasme
en zyeutant les échancrures de son corsage »

Gaël Faye – Sur la route du Pili Pili – EP#09 – Freelipilistyle Milk Coffee & Sugar

Gaël Faye – Sur la route du Pili Pili – EP#07 – Freelipilistyle avec Nemir

« J’balance des rrraffales
La musique est belle comme un scandale
et pour elle, ma caille, j’ferais Paris-Bruxelles en sandales
Puh puh, j’rappe des postillons quand l’auditeur est parapluie
J’prends le taureau par les cornes et la vache par les pis
J’dois trouver l’angle pour ma langue avant de faire couler l’encre
Prendre de l’élan, la pensée est une coulée lente. »

Gaël Faye – [ En Residence ] #1 – Acoustic Freestyle w/ Rapsodie

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2 réflexions sur “Milk Coffee & Sugar, Carte Blanche #2

    • Je te remercie beaucoup !
      Ah ça c’est sûr, c’était un très beau moment. Mais ne t ‘en fais pas, lors de cette 2ème Carte Blanche, le groupe nous parlait déjà d’une 3ème ! Séance de rattrapage en prévision. 🙂

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