Siddhartha …

… la sagesse de l’hérésie, l’impétuosité d’être soi

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À Romain.

Il se peut que vous l’entendiez, là au creux de vos tympans qui se remettent de vos aventures estivales, aussi infimes soient-elles; là comme un acouphène annonciateur de sensations schizophrènes, entre angoisse et excitation. Vous l’entendez, ce strident retentissement à la fois doux puisqu’il évoque ces réminiscences d’un passé estudiantin. La sonnerie sonne, les voitures embouteillées y vont de leurs klaxons du quotidien, fini la déconne et le désordre, faites place à la contrainte, à l’ordre et aux labyrinthes post-modernes; voici la rentrée !
Il n’y a pas que du négatif là dedans. Mais il y en a, pour tous ces poètes disparus, tués dans l’œuf ou perdus, que nous sommes; envahis par l’angoisse pour les mieux lotis et la désespérance pour les plus miséreux et la rage de vivre pour les plus fous. Mais il n’y a pas que ça… fermez les yeux, comme un geste affable, pour accueillir cette nouvelle brise mystérieuse et inspirez cet air anonyme en se disant, épris d’émotions, que c’est peut-être la première fois que l’on respire, comme une renaissance, ou peut-être la dernière fois… ainsi expirez puissamment comme pour se faire plus léger, créant ainsi le courage de mieux sauter les ravines et les fossés. Respirez le renouveau; refaçonnez le courage. Et acceptez, avec enthousiasme, le fait de fendre ce vent incertain, incertain mais visible, flou mais envoûtant, vicieux mais ragoûtant, diffus mais frêle, effrayant mais excitant.  Voici mes sentiments en ce début d’année. Une année qui s’annonce mouvementée et incertaine, chaleureuse et pulpeuse, bien chaloupée et assurée; une femme qui me fait de l’effet… « Je bande donc je suis » me psalmodie ce vieux pote incisif. Et, je sais que nombreux suffoquent, trop, beaucoup trop suffoquent. Je suis en possession de ce luxe, celui de pouvoir respirer chaque année depuis peu, comme si c’était la première fois. Modestement, et naïvement c’est cette constante renaissance que je souhaite insuffler à vous, lecteurs, ami.e.s, connaissances, pour que l’on respire dans le plus grand nombre possible comme pour la première fois… incessamment à la recherche de soi…

Il vient un jour où le quotidien et le train de vie, tous deux réglés au rythme du métro parisien ne suffisent plus. Il vient un jour où le manque d’air nous serre la gorge, nous recroqueville l’esprit. Ce mal indigne et nébuleux, pèse pourtant. L’inertie étant la seule force qui prévaut dans cette civilisation, atteindre la force de bifurquer est au dessus de nos forces. Notre corps a des remèdes contre ces maux invisibles : l’anxiété, la dépression, le blocage intellectuel, l’agressivité… « Faut bouger pour devenir grand » heureusement mais malheureusement, faut bouger pour respirer, comme il faut pleurer pour ressentir ce premier souffle de vie post-natal.
Comme il vient un jour où l’enseignement traditionnel donné aux Brahmanes ne suffit plus au jeune Siddhartha. Alors que fait-il ? Il s’en va, il se perd, se bat contre lui-même, contre les dogmes, il se recherche, il arpente, papillonne, il sillonne. Mais il s’en va. Non loin de là, non, mais il s’en va, il s’écarte…
J’allais poser la question suivante : Mais qui est Siddhartha ? Mais si lui même ne le sait pas, qui peut le savoir ? La vraie question est « que vit/qu’a vécu Siddhartha ? », c’est ainsi que s’esquisse alors une pensée, celle qui minimise l’avoir mais ingère le geste pour digérer l’être et tout le reste.

Om Symbol

« J’rêve du destin d’Siddhartha
transcender l’injustice par le don de soi »
[Wallen – La force de vivre]

J’entends ces paroles, j’ai surement 16 ans. 23 ans aujourd’hui et depuis ça ce nom « Siddhartha » ne m’a jamais quitté. Je compris cette référence seulement cet été. J’ai beaucoup lu (comme tous les étés). Siddhartha c’est le personnage principal du roman éponyme initiatique et poétique de l’écrivain Hermann Hesse mais également un autre personnage peut-être bien plus mythique. Né en 1887 d’un père allemand et d’une mère d’origine indienne, tous évoluant sous l’égide du protestantisme, Hermann Hesse est un insoumis, un homme révolté qui reçoit tout de même le prix Nobel en 1946. Sa révolte puise ses origines dans le fait qu’il était convaincu qu’il devait être poète ou rien du tout. « Rebelle à toute forme d’autorité, il n’a jamais cessé d’être préoccupé par les problèmes d’éducation. De ce point de vue, son œuvre manifeste une éclatante unité. Il s’agit toujours de héros à la recherche d’eux-mêmes, s’interrogeant sur la meilleure manière de mener sa vie et d’atteindre l’accord avec la  création entière. » Hermann Hesse apparaît comme un éternel adolescent en quête d’une vérité toujours remise en question. En un sens, voici l’histoire de Siddhartha. Siddhartha est un indien (d’Inde)*, fils du Brahmane éduqué aux dogmes de sa caste, à l’art de la contemplation et à la pratique de la méditation. Sauf que l’éducation est une chose, être soi en est une autre. L’éducation doit être le tremplin à la recherche de soi, l’eau d’une fontaine qui se mêle à notre sang et à nos larmes; non une prison (dorée ou pas) dont la peine d’enfermement doit se perpétuer et se transmettre sous une seule forme. Voilà pourquoi parler de ce bouquin, de ce récit est important pour moi. Il est, quelque part, le socle symbolique et pratique de ce blog et également l’esquisse de la pensée de son auteur, moi-même. Car Siddhartha rejettera tout ça, toute forme d’autorité et de communautarisme, tout ce qui est « soumis » à quelque chose ou à quelqu’un. Un rejet qui se fera dans le respect, l’intérêt et la solidarité. Il fera primer la réflexion et la remise en question. Rejeter pour soi n’est pas rejeter l’Autre, et c’est l’enseignement que Siddhartha nous inculque à travers son épopée.

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Fontaine de Bouddha par l’artiste Tatzu Nishi
dans le cadre de l’évènement « Rouen Impressionnée« 


Sentant ce malaise informe peser sur ses épaules, il rejettera pour commencer l’autorité parentale et plus précisément celle du père. Dans cette rébellion adolescente il en viendra à questionner sa religion et ses traditions inculquées depuis sa naissance. Les ablutions ne sont que de l’eau et les dieux des êtres comme nous, périssables.
Il savait déjà prononcer sans bruit la parole mystérieuse Om**et savait trouver l’Atman*** à l’intérieur de son être et malgré sa docilité et son assiduité face à son éducation traditionnelle, admirées par son père, Siddhartha ne se sent pas être, être lui-même. Alors il quitte son village en compagnie de son ami de toujours GovindaTous deux décident, dans un premier temps, de suivre les ascètes Samanas et d’obéir à leurs dogmes. Ils adoptèrent alors un style de vie très dur et austère où seule la paix se trouve dans le vide de l’âme. À chaque doctrine, son initiation. Et Siddhartha malgré ses constantes remises en question ira toujours jusqu’au bout de ce qu’il commencera. Et à chaque initiation suivent la remise en question et le doute. Siddhartha n’est jamais satisfait, il cherche à sentir ce Om, pas seulement le dire silencieusement mais le sentir, là, au fond du cœur. Alors il s’en va et part vers d’autres horizons toujours en compagnie de Govinda. Tous deux se retrouvent alors à suivre les enseignements de Gotama, Bouddha en personne. Entre parenthèse ce n’est pas dû au hasard si Siddhartha Gautama fut, vers le Vème avant J-C, Bouddha lui-même. Ils se retirent alors dans la forêt où la vie y est encore plus austère, afin de suivre les enseignements de Bouddha. Govinda y trouve son compte, lui… Et c’est dans une discussion époustouflante doublée d’une sagesse incroyable entre Siddhartha et Bouddha, que Siddhartha décide de reprendre la route. Il devient Samana, un sans-foyer, un éternel pèlerin. Dans ses pérégrinations, il oscillera entre l’extrême austérité et l’excès, doublés du luxe et de la luxure et des vices qui en découlent (convoitise, indolence et avarice). Dans ses pérégrinations, il rencontre même l’amour.
Il arpente ainsi le monde des hommes à travers les années et passe par toutes les émotions, de la joie futile à la grande déception, de l’admiration des hommes, au profond dégoût et à l’incompréhension. Tout ça toujours avec cette réflexion curieuse, naïve, et respectueuse et cette sagesse d’un homme de bien. Il questionne les ascétiques, contredit leurs réponses et remet en cause les croyances. Au fond, Siddhartha même aujourd’hui, surtout aujourd’hui, reste politiquement incorrect car le doute est là, mais le doute est respectueux et intelligent. Et ça fait mouche. Car la sagesse libre et rebelle ça énerve bien plus qu’un éclat de voix. Il remet en question et rejette sans aucun consensus ni langue de bois.
Ce livre nous prouve que la spiritualité n’a rien à envier aux religions, bien au contraire. La sagesse est spirituelle et se trouve dans la liberté, tandis que les religions, prônant la spiritualité, peuvent manquer de sagesse. La spiritualité est une recherche libre, individuelle et intime tandis que la religion tient du collectif pour ne pas dire du communautarisme alors elle bride forcement l’individualité. Et ça, surtout lorsque la religion n’est pas un choix spirituel mais une culture dans laquelle on est baignés dès la naissance. Religions et spiritualité marchent ensemble, et souvent en harmonie mais peuvent être dissociées. Siddhartha, en insoumis, décide que pour être soi il faut cheminer mais également refuser non la spiritualité mais le religieux et ses dogmes. « Je n’ai ni patrie, ni foyer, je suis le fils d’un Brahmane, un Samana ».  Publié en 1922, le livre fait écho à la fameuse formule devenue célèbre « ni dieu ni maître ». Et Siddhartha prouve que l’insoumission et le refus n’ont rien de violent et d’irrespectueux. De là, je me suis senti très proche de ce personnage à l’autobiographie romancée.
Siddhartha c’est la sagesse de l’hérésie régie par l’impétuosité d’être soi.
Au fond il ne cherche pas à être soi, il se perd pour mieux se (re)trouver. Car « trouver, c’est être libre, c’est être ouvert à tout, c’est n’avoir aucun but déterminé ». Cette parole s’inscrit en moi profondément d’autant que ma récente expérience fait écho à cette dernière. Un membre d’un jury (de thèse) m’a jeté au visage le fait que c’était inquiétant de ne pas avoir de projet précis à mon âge. Et avant même d’avoir lu ce livre, je lui ai répondu la même chose avec mes propres mots : « ma façon de vivre et de voir le monde avec ma curiosité et mon enthousiasme, me permettent justement d’être ouvert à tout, et n’avoir aucun but déterminé, c’est une manière de me perdre pour toujours mieux me découvrir et aller vers l’Autre. Preuve en est de mon parcours sinueux mais non moins exemplaire agrémenté de rencontres fabuleuses et inspirantes ». Son acquiescement silencieux m’a surpris... Je ne me suis jamais senti aussi bien et vivant qu’en étant perdu et inadapté au monde que me propose la société.

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Bref, il semblerait que je sois le seul a avoir connu le mystère autour de ce Siddhartha puisqu’il s’avère que cette œuvre d’Hermann Hesse fut et reste un best-seller et un classique de la littérature.
« Siddhartha est une recherche de la sagesse, bien différente. On y verra d’abord, transposé dans un décor hindou et d’ailleurs légendaire, le récit de la révolte de Hesse contre le piétisme de la maison paternelle. On y trouvera ensuite une profession de foi individualiste, un rejet de toutes les doctrines, une condamnation du monde de la puissance et de l’argent, l’éloge de la vie contemplative »
Ni dieu, ni maître, ni parti, ni patrie, mais non sans cœur, sans ami.es et sans sagesse. Individuel et collectif, solitaire et solidaire. C’est avec ces mots que je vous souhaite une bonne rentrée !
Je vous conseille donc cette pépite (au prix indécemment bas) qu’il nous plaira de relire au cours de notre existence. Plus qu’un livre, mais une quête vers la spiritualité de l’homme libre qui, à travers les mots, se livre facilement. Mais il reste comme un mystère indicible, celui du dehors, du vécu, qui, lui, ne se délivre pas si facilement.

Notes

* La culture Indienne étant diverse et complexe, je me suis arrêté au strict minimum, celui permis par la lecture de ce livre et par mes maigres recherches. Pourtant c’est une culture qui attise ma curiosité et mon intérêt.

** Om, c’est le présent, le passé, le futur. C’est le monde entier dans une syllabe. Ce mot se décompose en plusieurs partie formant plusieurs sons AUM. Ces sons symboliseraient les êtres et les choses les plus divers : les heures du jour, les Vedas, les trois dieux, Brahma, Vishnu, Shiva, etc.

*** Atman, le souffle en tant que principe de vie, l’âme, la personnalité, l’individu, le moi

Extraits
(au lieu de les recopier, car le billet est déjà assez long, je partage 3 extraits sous forme de photo. Je trouvais cette méthode plutôt ludique et économique)

Dialogue entre Siddhartha et Gotama page 50/51 :

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6 réflexions sur “Siddhartha …

  1. Que de choses à dire sur ce fabuleux texte, le tien et celui que tu nous offres en photo (quelle merveilleuse idée que je vais te piquer!!)…!
    « Mais il y en a, pour tous ces poètes disparus, tués dans l’œuf ou perdus, que nous sommes; envahis par l’angoisse pour les mieux lotis et la désespérance pour les plus miséreux et la rage de vivre pour les plus fous. Mais il n’y a pas que ça… fermer les yeux, comme un geste affable, pour accueillir cette nouvelle brise mystérieuse et inspirer cet air anonyme en se disant, épris d’émotions, que c’est peut-être la première fois que l’on respire, comme une renaissance, ou peut-être la dernière fois… ainsi expirer puissamment comme pour se faire plus léger, créant ainsi le courage de mieux sauter les ravines et les fossés. Respirer le renouveau; refaçonner le courage. Et accepter, avec enthousiasme, le fait de fendre ce vent incertain, incertain mais visible, flou mais envoûtant, vicieux mais ragoûtant, diffus mais frêle, effrayant mais excitant. »
    Là j’ai pleuré… Tes mots ont ce truc magique de toucher autre chose que l’intellect (ET aussi l’intellect), très étrange.

    « L’éducation doit être le tremplin à la recherche de soi, l’eau d’une fontaine qui se mêle à notre sang et à nos larmes; non une prison (dorée ou pas) dont la peine d’enfermement doit se perpétuer et se transmettre sous une seule forme. »
    J’apprends et me répète cela chaque jour pour l’éducation de mon fils, j’adore ce texte de Gibran sur les enfants:
    « Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit,
    Parlez-nous des Enfants.
    Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
    Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
    Ils viennent à travers vous mais non de vous.
    Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
    Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
    Car ils ont leurs propres pensées.
    Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
    Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
    pas même dans vos rêves.
    Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
    mais ne tentez pas de les faire comme vous.
    Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

    Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
    L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
    pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
    Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
    Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable. »

    « Rejeter pour soi n’est pas rejeter l’Autre »
    Quelle maturité…! Il m’a fallu du temps pour comprendre cela et c’est primordial.

    « ce Om, pas seulement le dire silencieusement mais le sentir, là, au fond du cœur. »
    Importante précision de ‘importance de l’expérience, voici cette citation qui fait écho à ton texte:
    Citation de William Cowper (dans the other song):
    “Connaissance et sagesse, loin d’être unes,
    N’ont souvent aucun rapport. La connaissance demeure
    Dans des têtes remplies de pensées d’autres hommes;
    La sagesse, dans des esprits attentifs aux leurs.”

    «  »ma façon de vivre et de voir le monde avec ma curiosité et mon enthousiasme, me permettent justement d’être ouvert à tout, et n’avoir aucun but déterminé, c’est une manière de me perdre pour toujours mieux me découvrir et aller vers l’Autre. Preuve en est de mon parcours sinueux mais non moins exemplaire agrémenté de rencontres fabuleuses et inspirantes ». Son acquiescement silencieux m’a surpris… Je ne me suis jamais senti aussi bien et vivant qu’en étant perdu et inadapté au monde que me propose la société. »
    ……………. Whhaooooouuu…. Bravo! Ne laisse personne t’enlever cette force extraordinaire que tu as!

    « Mais il reste comme un mystère indicible, celui du dehors, du vécu, qui, lui, ne se délivre pas si facilement. »
    Oh que oui!

    AUM, trois lettres, chiffre trois, haute symbolique. le chiffre de la création, de l’unité divine. Qui relie le ciel, l’âme et la terre, certainement le but du voyage si personnel et universel que nous expérimentons pour découvrir notre propre vérité.

    J’ajouterais que même si notre propre vérité gît en notre coeur et seulement en notre cœur, il est des « maîtres » que nous rencontrerons et qui nous aideront à dévoiler ce cœur, il sera juste temps, à un moment, de s’en détacher.

    MERCI, que de belles choses pour une rentrée qui augure la beauté et la vérité.

    PS: Mais quel est ton prénom au fait??
    Pardon s’il y a des fautes, pas le temps de relire, je dois vite partir! 😉

    • Je ne sais pas quoi dire…
      Je reste bouche bée. j’ai eu un emballement du cœur, toutes ses palpitations à la lecture du « là j’ai pleuré », c’est fort, c’est juste beau, juste bien. C’est quelque chose de voir qu’on peut toucher les gens autant que ça. Et à chaque billet, à chaque partage, à chaque dialogue, ce genre de réactions me rappelle pourquoi je le fais et pourquoi, même contre ma volonté, il est essentiel que je continue. Merci, mille merci, j’ai que ce mot là à la bouche, ma bouche encore sous le coup de l’émotion.

      Quel partage !

      Et ce qui est étrangement savoureux c’est que tu fais appel à Gibran, Khalil Gibran que je viens tout juste de finir et qui m’a bien fait voyager ! Donc oui je me souviens très bien de ce passage sur l’éducation et les enfants dans Le prophète je l’ai même souligné ! Merci de me le remettre en tête 🙂

      Et merci pour tous ces compliments sur ma personne et ma pensée/écriture. Je n’ai pas tellement l’impression d’être mature, même parfois je me trouve plutôt banal dans mes propos… Et même si on m’a déjà fait cette remarque sur la maturité, me trouver parfois banal est une manière (parmi d’autres) de façonner l’humilité, de garder les pieds sur terre car ça me pousse à être dans un état d’esprit d’une continuelle acquisition du savoir, dans une continuelle curiosité envers l’Autre et le monde. »Je ne sais qu’une chose, que je ne sais rien » disait Socrate. Car j’ai conscience qu’il m’arrive parfois de manquer d’humilité. Mais passons, il me reste tant de chemin encore à parcourir que j’ai encore le temps de me construire !
      Pour l’histoire du rejeter pour soi n’est pas rejeter l’autre, il est évident que ce n’est pas venu comme ça mais s’avère être le fruit d’une réflexion et de mon expérience. De toutes les manières ce que j’écris, ce que je pense est le fruit d’un cheminement dont je suis loin d’être le seul maître et je tiens toujours à le préciser, c’est important pour moi de mettre les autres dans ma recette existentielle.

      « J’ajouterais que même si notre propre vérité gît en notre coeur et seulement en notre cœur, il est des « maîtres » que nous rencontrerons et qui nous aideront à dévoiler ce cœur, il sera juste temps, à un moment, de s’en détacher. »
      C’est très bien dit en effet, et je dois avouer que moi-même malgré ce que j’ai pu dire dans cet article, j’ai eu et j’ai des maîtres en quelque sorte qui m’ont aidé et m’aident à dévoiler ce cœur, même si je préfère le terme « modèle » à maître. Et l’objectif oui sera de s’en détacher tôt ou tard. Une tâche que j’ai déjà entamée et qui s’avère périlleuse tant pour moi que pour ceux qui m’entourent. La liberté n’a pas de prix, mais a des coûts qui se paient souvent par les coups.

      Peu importe les fautes ! ce n’est pas tellement ce sur quoi j’ai porté de l’intérêt 🙂 donc pas d’inquiétude, et même s’il y en avait bah ça arrive, j’en fais des bien belles aussi !
      Et c’est vrai que, sur le net, j’ai gommé une des mes identités, celle qui passe par mon prénom, pour apparaître sous forme de pseudos (LiveAndThink, maintenant Minose) pour diverses raisons, mais elles m’en voudront pas de seulement dévoiler mon prénom (qui d’ailleurs apparaît sur twitter) : Clément !

      Merci encore et à bientôt je l’espère !

  2. Je suis heureuse de connaître enfin ton prénom Clément. 🙂

    Je comprends ton envie de demeurer les pieds sur terre et de rester humble, c’est important et c’est surtout important d’en avoir conscience, c’est tout à la fois une grande force et une grande difficulté, comme ce voyage, comme cette quête de notre vérité.

    Je me doute que tu as et a eu des modèles, moi non plus je n’ai jamais aimé le mot « maître » mais c’est que je viens d’en rencontrer un (une) décisif pour moi. Maître non pas au dessus de moi mais qui « maîtrise » quelque chose que moi je ne maîtrise pas encore et qui montre de la bienveillance et de la confiance dans ce qu’il enseigne avec une grande tolérance et ouverture d’esprit, voilà un bon « maître » pour moi.

    Je me doute bien évidemment que tout ce dont tu parles est vécu et expérimenté, ces choses-là se sentent, c’est pour cela qu’elles parlent à mon cœur et sûrement à tant d’autres.

    Et moi aussi, je me dis chaque jour qu’au plus j’avance, au plus je ne sais rien mais ce que j’apprends et expérimente m’aide à accepter cette dure réalité (et en même temps si jouissive, que de choses à découvrir!!!!!), je sais de plus en plus ce que je suis et cela est merveilleux.

    Pas si étrange que ça pour Gibran, j’ai vécu dernièrement ce genre de coïncidences troublantes qui se multiplient, savoureuses en effet, Jung appelle cela les « synchronicités », d’autres des signes, d’autres encore le hasard ou quelque chose qui ne s’expliquerait que par la raison.

    Ta réponse m’a beaucoup, beaucoup touchée.
    « c’est juste beau, c’est juste bien » voilà qui résume merveilleusement bien les choses.

    Un grand merci à toi Clément et une belle soirée pour toi,

    Elise

    PS:Une petite question, tu écris « contre » ta volonté?

    • Merci pour Jung et le concept de « synchronicités » ! Cela m’arrive très fréquemment et je cherchais justement un mot à mettre là dessus. Surtout que je m’intéresse (dois m’intéresser) à la psychanalyse et comme j’aime avoir l’esprit critique je voulais m’intéresser à d’autres que l’éternel Freud.

      Ah « écrire contre sa volonté », c’était peut-être une formulation un peu maladroite, j’en conviens. Mais j’aime cette idée que ce que j’écris et certaines de mes pensées jaillissent contre ma volonté, à ne pas confondre « contre moi », car je suis en accord avec ce que j’écris et pense évidemment. Et cela ne veut pas dire que « contre ma volonté » signifie « ne pas vouloir ». Disons alors plutôt des mots « qui me dépassent ».
      J’aime énormément l’idée de Rimbaud qu’il expose dans une lettre à Paul demeny « car Je est un autre : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet… ». Ça explique très bien ce que je veux dire. Il y a des choses que j’écris/pense et fait qui sont « au dessus de moi », que je regarde et écris/dis, comme des devoirs que ma conscience m’assigne. Malgré les doutes auxquels j’aime m’exposer, l’esprit critique que j’essaie d’aiguiser et une grande affection pour la contradiction, j’ai conscience qu’il y a des valeurs ou que sais-je qui sont un socle à ce que je suis. J’ai mis du temps à l’accepter car mon travers est de remettre tout en question par angoisse de me tromper, mais c’est une chose essentielle dans le quête de soi et de son rôle à jouer dans la société. Si on a pas ces « valeurs », un socle, une base, comment être soi, comment et pour quoi lutter ? Ancrées en moi (par mes expériences vécues, lectures et rencontres), je dois les assumer et les assume en les disant et écrivant, pour affirmer mon « Je ».

  3. Oui, en effet, tant d’autres sont allés beaucoup, beaucoup plus loin que Freud dans la psyché humaine et c’est absolument passionnant…!
    L’inconscient n’est pas un ramassis de vieux instincts refoulés, il est bien plus…! Jung est allé très très loin dans son propre inconscient, jusqu’à rédiger son fameux livre rouge (que j’ai à la maison), rédigé dans une magnifique calligraphie, avec des dessins d’une symbolique frappante.
    Son oeuvre est colossale, une centaine d’ouvrages il me semble, la moitié à peine voire moins traduite en français, le grand Freud tenant le haut de l’affiche française…
    C’est un grand passionné, introverti qui a accumulé une connaissance avec ses nombreux patients mais aussi en lisant et se passionnant pour la spiritualité, les religions, l’alchimie, l’histoire, l’anthropologie, il a beaucoup voyagé bref…. Pardon, je m’égare, ce sujet me passionne! 😉

    Et alors le dernier à avoir dessiné une véritable cartographie de la psyché humaine d’une richesse époustouflante est Stanislav Grof, difficile d’accès en France car nous sommes frileux et soupçonneux (moi la première). Sans être forcément adepte de la technique qu’il propose (par la musique et par le corps, il plonge ses patients en état de conscience modifiée) (je préfère découvrir ces choses-là par moi-même et à mon rythme), il a découvert des choses absolument extraordinaires (que j’ai eu l’occasion de vivre par moi-même) mais il faut être prêt je crois pour lire ce qu’il écrit tant c’est dérangeant, fascinant et énorme.

    Oups mais encore je m’égare… 😀
    Je me suis passionnée pour la psychologie, la psychiatrie et la psychanalyse alors même que je détestais ces disciplines, à cause, entre autres, de l’image véhiculée en France.

    Oui, toutes ces « voix » qui nous parlent sans cesse, vont dans un sens puis dans l’autre, je comprends ce que tu voulais dire. Parfois on a presque l’impression d’écrire ou de faire quelque chose contre notre volonté et les choses ne sont pas si simples: quelles sont les voix « justes », celles qui ne nous appartiennent pas, celles dont on doit se détacher, celles qui sont là juste parce qu’on a appris à se censurer, pas toujours à juste titre, celles qui nous protègent aussi, à juste titre?
    Car toutes ces voix représentent en effet nos valeurs en quelque sorte, notre socle.
    Difficile de ne pas vaciller quand ce socle bouge et c’est ce qui arrive quand on part en quête de sa propre vérité.
    En garder un peu pour ne pas s’effondrer et entreprendre de reconstruire chaque parcelle, petit à petit.

    J’espère ne pas avoir été trop longue!
    Belle journée à toi Clément,

    Elise

    • Ah mais égare-toi on est là pour ça !
      Oui j’ai bien vu que tout ce qui touchait à la psyché et à la psychologie en général te passionnait 🙂
      A travers mes études j’ai eu l’occasion d’aborder la psychologie et la psychanalyse c’est vrai que j’y porte beaucoup d’intérêt aussi sans m’y être plongé sérieusement. Donc merci pour les références et de partager ton histoire à ce sujet !

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