Only Lovers Left Alive

Spleen, romantisme et mélancolie; comme le goût du sang

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Réalisé par : Jim Jarmusch
Avec : Tom Hiddleston, Tilda Swinton, Mia Wasikowska, John Hurt, Anton Yelchin
Synopsis :
Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Ève, son amante, une femme endurante et énigmatique.

BANDE-ANNONCE

I – Avant-propos

Depuis mon dernier billet cinéma (qui d’ailleurs était plus un billet « DVD »), ce ne serait pas exagéré de dire que j’ai beaucoup arpenté les salles obscures. Mais ceci est loin d’être un phénomène exceptionnel. Le cinéma, tout comme la littérature, est une pratique culturelle qui m’est très chère, qui n’a rien de secondaire et à laquelle je me livre régulièrement. Je m’adonne à cette pratique en amateur passionné avec je l’espère une grande ouverture d’esprit. De chez moi jusque dans les salles, je découvre le cinéma du monde. J’ai d’ailleurs eu l’honneur de faire partie du jury d’une section de l’événement « Regard sur le cinéma du monde » en 2012. Une belle expérience. Dès lors, j’essaie d’aller au cinéma autant que je veux et évidemment autant que je le peux. Si je fais très peu de billet cinéma (et littérature également) c’est parce que la passion qui me domine et ma volonté de vouloir trop bien faire me prennent beaucoup de temps et beaucoup d’énergie. La majorité des films que je vois ou des livres que je lis me bouleverse, je dois donc procéder à une sélection. Et le choix m’est supplice.
J’aurais pu vous parler de toutes les pépites et coups de cœur vus dernièrement : du bouleversant « Dallas Buyers Club » au très cool « American Bluff » en passant par le césar du meilleur film « Les enfants et Guillaume à table ! » de Guillaume Gallienne ou par le nécessaire et oscarisé « 12 years a slave » de Steve McQueen. De l’époustouflant Gravity en passant par cette folie jubilatoire signée Wes Anderson qu’est son « The Grand Budapest Hotel » avec son casting mémorable ou encore cette fresque du monde de truands légaux de notre modernité signée Scorsese « Le loup de Wall Street ». Ou vous parler du dernier Polanski « La vénus à la fourrure » qui vous bouleverse même après être sorti du cinéma… Et tant d’autres films vus, tant que j’aurais aimé voir…

Mais ce n’est pas de tous ceux là dont je veux parler. (Et bien évidemment, le mystère et le suspens sont vains puisque le lecteur a déjà eu un aperçu en début de billet du film que je souhaite aborder). Non pas qu’ils ne méritent pas l’inspiration d’un billet de ma part, plutôt qu’ils ont eu la malchance de ne pas assez faire trembler mon inspiration au point de justifier cette dépense de temps et d’énergie qui me vide à chaque billet… (ou la malchance de me laisser voir une œuvre trop importante pour mes compétences de passionné et surtout d’amateur de cinéma qui m’aurait fait entreprendre un travail peut-être trop lourd pour mon inspiration et ses exigences. Je pense notamment à 12 years a slave). Car je dois l’avouer, l’écriture de chaque billet est une angoisse, mais personne m’y oblige me direz vous, en effet. Je m’y oblige moi-même, peut-être parce qu’au fond je ne fais pas uniquement ça par narcissisme et égoïsme, donc pour moi, ni par un pseudo altruiste orgueilleux, donc pour vous. J’écris et partage davantage pour un mystérieux et vaporeux « nous », qui m’obsède et me possède sans trop savoir pourquoi.

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Ève, interprétée par Tilda Swinton

II – Sur le film

« Bonsoir, [chère employée de mon petit cinéma de quartier, véritable refuge culturel, qui avez un visage d’ange et un regard charmant], une place « – de 26 ans » pour « On..LLy Lefft Alife » ma langue fourche à cause de mon souffle qui se coupe par intermittence, phénomène regrettable dû à mon retard et à la course corollaire que je viens d’effectuer. Mais ma langue fourche également à cause de cette espèce d’angoisse latente et indicible du petit français qui, malgré un plutôt bon niveau, n’ose parler anglais. « Une place pour «  »Only Lovers Left Alive » s’il vous plaît ». Ouf. J’ai 10 min de retard par rapport à l’heure indiquée de la séance. Mon timing est parfait, je connais bien le temps que  consacre ce cinéma aux publicités et bandes annonces…
2h et 3 minutes plus tard, je ressors emmitouflé comme un skieur des villes, le froid s’abat sur celle que j’aime voir vivre. Je repense au film que je viens tout juste de voir en arpentant le trajet qui va du cinéma à ma voiture garée un peu plus loin. Je respire l’atmosphère de cette ville singulière que j’aime tant, mon temps imparti est trop court pour que je puisse en profiter.
Sur le chemin du retour, en voiture cette fois, je réfléchis et me dis que ce film est loin d’être le plus original qu’il m’a été donné de voir : une histoire d’amants, une histoire d’amour. Au fond tout est dit. Ce film nous immisce dans l’existence de deux amoureux transi. Le scénario tient en cette phrase. Et malgré la petite péripétie : l’arrivée d’Ava, la petite sœur d’Ève, le personnage féminin principal, jouée respectivement par Mia Wasikowska (la petite sœur) et Tilda Swinton (Eve), le film est d’un calme hypnotique et envoûtant. Cet événement vient bouleverser le calme de cette relation que rien, pas même le temps, n’étiolerait pourtant.
Où est l’originalité alors ? Au fond,  toutes les histoires ont déjà été racontées au fil des siècles. « Only Lovers Left Alive » n’y échappe pas. Et pourtant ce film nous échappe, et nous kidnappe pour un voyage si particulier où s’épousent onirisme, romantisme, mélancolie et spleen, ça enlacé bien fort par l’apocalypse silencieuse et tragique de notre modernité.

Jozef Van Wissem & SQÜRL – The Taste Of blood (Extrait de la Bande-Originale)

Me voilà rentré au bercail… Devant mon PC, je bulle, et espère pourtant rédiger un billet sur Gide et ses nourritures terrestres, bien moins mélancolique et plus enjoué que ce que j’écris là. J’attends l’inspiration, qui ne viendra pas. Le goût du sang en boucle dans mes tympans, car j’aime le mélange des sens, je suis soudain pris de torpeur et voilà que la mélancolie s’empare de moi sans prévenir. Je constate alors que « Only Lovers Left Alive » m’a bien plus touché que je ne l’ai cru en sortant du cinéma. L’atmosphère du film s’est invitée dans ma chambre éclairée par l’aurore de mon écran d’ordinateur et la lumière des réverbères enveloppée de brume ainsi que par le ciel étoilé; ces deux sources de lumière et de couleurs passant à travers mes stores. Surpris, perdu dans la pénombre, je me complais et j’aime ça. Je m’évade et rêve d’exil, de marge et de me reclure. Ce film fait ressortir en moi une facette diabolique qui resurgit, de manière salutaire, de temps en temps. Au fond, je ne suis pas qu’un enthousiaste optimiste, un révolté heureux, comme j’aime le scander dans mes billets, comme chacun, je possède ma noirceur, qui, elle, me possède à son tour. Comme un junkie, la dose que je m’injecte me fait un bien fou et ravive en moi l’amour pour la perdition et la destruction ainsi que mon amour envers la beauté qui peut jaillir de la crasse et du délitement quel qu’il soit (architectural, humain, moral…).
Je n’ai qu’une envie, celle de revoir ce film pour me replonger dans cette noirceur magnifique qui me pousse à regarder, à la façon d’un lucide sans aucune illusion, le tragique monde dans lequel je vis, ce tragique monde que nous avons bâti.

Jim Jarmusch, qui marqua mon adolescence avec son film singulier « Ghost dog : la voie du samourai« , réalise avec « Only Lovers Left Alive » un véritable poème cinématographique au romantisme et au déroulement littéraires. Et dès la première scène, qui nous fait découvrir nos deux personnages principaux dans leurs univers respectifs (et symboliques, j’y reviendrai) en une image tournoyant à la manière d’un vinyle sur une platine, Jarmusch nous prévient : ce film hypnotise par l’image, envoûte par sa musique, et nous drogue par son atmosphère.
D’ailleurs, concernant cet aspect littéraire, il se retrouve partout, non seulement dans les nombreux livres éparpillés dans un chaos total à travers les lieux de vie des deux personnages principaux mais également par la présence de Christopher Marlowe, interprété par John Hurt.

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 » – Je ne veux pas voir le monde. Je veux des chambres closes, chaudes.
Figée.
– Fais-moi l’amour, que je ressuscite. »
Louis Calaferte

Adam (Tom Hiddleston), est un musicien de génie, érudit, reclus dans son manoir qui s’étiole au beau milieu de la ville sombre de Détroit dévastée par les ravages de notre modernité. Pour gagner sa vie, il compose comme un clandestin ermite et désillusionné. Puis Ève (Jim Jarmusch y va carrément avec la référence), blonde peroxydée qui a le regard et la coiffure d’une femme moderne venant d’un autre temps, accro à la littérature, elle se meut dans la ville de Tanger avec une nonchalance d’une dandy érudit qui a compris le sens et le tragique de la vie sans pour autant oublier qu’il faut la déguster comme un fruit défendu et délicieux.
Deux personnages, deux atmosphères opposées évoluant dans une même noirceur singulière. Opposition et profond lien : celui de l’amour, celui de l’éternité. Tanger, est un lieu vivant, aux lumières en guise d’aurore nocturne. Détroit est bien plus crépusculaire.. Pire encore, ce lieu signe le point de non-retour de l’humanité, vide, dévastée, profondément sombre et abandonnée, il ne reste que de magnifiques vestiges inachevés (comme un somptueux théâtre transformé en parking).
Adam et Ève, vivent la nuit, avec envie mais une grande précaution. Reclus, ils attendent d’avoir dans leur bouche le goût du sang. Je ne dévoilerais rien de mystérieux si je précise qu’Adam et Ève sont deux vampires, deux amants qui arpentent le monde depuis des siècles. Ils fêtaient leur troisième anniversaire de mariage en 1868. Leur marginalité est nécessaire mais également inévitable. Nécessaire pour vivre comme ils l’entendent et inévitable compte tenu de leur éternité inhérente à leur condition. Mais pas seulement, érudits et même piliers de notre civilisation (on apprend qu’Adam a composé pour les grands virtuoses de notre monde et a écrit pour les plus grandes plumes comme Byron ou encore que Marlowe a écrit certaines œuvres de Shakespeare, qui est cité dans le film), Adam et Ève vivent dans le secret de leurs connaissances considérables et de leur génie. Le monde n’a plus de secrets pour eux, l’être humain encore moins. Marginaux et élitistes malgré eux, ils traversent le temps puisque le temps ne peut les traverser.

Profondément modernes, Adam et Ève gardent quelques vestiges de leur vie passée comme certains rituels qu’on dirait venus d’un autre temps : l’on s’invite jamais dans la demeure d’un individu sans demander la permission. On demande la permission d’enlever ses gants ou encore on y met les formes pour nommer affectueusement son amour. Car oui, Adam et Ève portent des gants, comme tous les vampires apparemment. Ils arborent également une paire de lunettes noires comme des dandys qui veulent se faire remarquer tout en restant discrets et affichent un teint diaphane qui ne peut laisser aucun doute quant à leur condition.
Ils déambulent ainsi au lever de la nuit et s’approvisionnent précautionneusement en sang frais et non-contaminé. Oui, ici, oubliez les vampires qui mordent, qui tuent pour se nourrir, oubliez le gore ou le niant-niant, la modernité délétère a fait évoluer leurs habitudes alimentaires et leurs manières d’exister. Le monde des hommes s’écroule, ils le savent, le voient, et y sont habitués, alors le monde des hommes est contaminé à commencer par leur sang, contaminé par eux-mêmes (drogues, MST, maladies en tout genre…). Adam s’approvisionne de O négatif en allant dans les hôpitaux, Ève, quant à elle, compte sur son ami Marlowe pour déguster du sang de qualité. Les hommes sont à eux-seuls la source de leur extinction. Comment ne pas faire le lien avec ces temps actuels qui m’inspirent la même conclusion.  Adam, misanthrope, désabusé à tendance suicidaire manifeste un mépris pour les hommes au point de les appeler « Zombies ». Il nous dresse, au long du film, un portrait pessimiste de l’homme moderne qui comme son sang a même réussi à contaminer son eau, pourtant vitale. Le caractère d’Adam est aussi le point d’ancrage du film. Vivant leurs vies séparément, ce n’est lorsque Adam fait part de sa dépression chronique à sa chère et tendre qu’elle décidera de quitter Tanger pour le rejoindre aux confins du monde : Détroit.
Partageant l’existence de ces deux immortels, le sujet de la mort est même abordé, et n’est-il pas en même temps un des points central du film ? Comment vivre lorsque l’on a conscience de tellement tout que la mélancolie et la misanthropie supplantent de manière inévitable l’envie de vivre ? En tant que vampire, en ces circonstances, comment mourir, surtout si la seule envie de mourir est la seule raison de continuer un peu à vivre ? Puis, quelles saveurs peut bien avoir la vie si on ne peut mourir ? Une seule échappatoire : l’amour, car seuls les amants restent en vie. Je n’ai compris le titre qu’en rentrant chez moi et en repensant à la dernière scène. Tout est dit, d’après moi. Ou presque.
Si ce film m’a tant touché c’est qu’il aborde des thèmes qui me collent à la peau et cela d’une manière tellement subtile et poétique.

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Les lieux dont j’ai parlés plus haut sont également les symboles de la personnalités de ces deux vampires et c’est en cela que tient le film. Comme le ying et le yong, Adam et Ève s’opposent pour ne faire qu’un. Comme on le voit sur cette photo, Ève, est en blanc, presque virginale qui a pourtant perdu son innocence il y a plusieurs siècles,  elle nous dévoile une personnalité solaire et confiante. Vampire, comme Adam elle sait qu’elle vit parmi ces morts, ces hommes qui n’apprennent rien de leurs leçons et de leurs actions. Mais, comme son accoutrement qui symbolise quelque part la naissance, elle a conscience que le monde renaît et ça de manière éternelle. Une lucidité quelque peu pessimiste au fond, puisque tout serait un éternel recommencement, tout, surtout la bêtise humaine, ce qui lui confère alors et paradoxalement un enthousiasme pour la vie. Ce en quoi je me reconnais énormément.
Adam, lui en noir, le visage camouflé par sa chevelure sombre, malgré l’amour fou qu’il possède et reçoit, se demande si la vie vaut la peine d’être vécue encore longtemps. Le monde de ces zombies, dont Los Angeles est la capitale (on se demande pourquoi…) le dégoûte terriblement. Il invoque les grands scientifiques de ce monde et le sort que nous leur avons réservé pour enfoncer un pieu supplémentaire quant à notre façon désastreuse de voir et concevoir le monde et évoque Tesla en nous pointant du doigt notre système électrique toujours bordélique et plein de fils, pour ainsi nous faire comprendre que notre idée du progrès n’est en rien un progrès. Lui qui sait fabriquer un générateur écologique ou réparer sa voiture, il se moque de manière caustique de ces zombies.  Il n’y a qu’un zombie envers lequel il porte une légère affection : Ian, son ami dévoué et à tout-faire, joué par Anton Yelchin.
Une fois son amour retrouvée, tous deux pérégrinent en voiture à travers la ville dévastée de Detroit, comme des fantômes. La mise en scène est alors somptueuse, Jim Jarmusch nous dévoile un Détroit de manière quasi documentaire et nous montre, on le sait, les ravages de l’industrialisation et du capitalisme à outrance sur la ville, ainsi que sur celui qui la fonde et la peuple : l’homme. Pire qu’un mort, à Détroit, l’homme brille par son absence. Si Adam a choisi de vivre ici, c’est parce qu’il a constaté que la ville est fantomatique, ses voisins ne sont que des maisons vides. Le travail sur l’image et en particulier la lumière nous insuffle cette profonde mélancolie qui est aussi addictive que de la cocaïne. Jamais je n’ai vu un film aussi sombre et en même temps aussi lumineux dans les sentiments qu’il diffuse. Et, je me suis beaucoup retrouvé dans cette atmosphère et même, oui je l’avoue, dans la vie et vision de ces deux personnages.

Les décors sont époustouflants, le manoir d’Adam transformé en studio dans un bordel innommable n’en est absolument pas dénué d’une beauté hypnotique. Les vinyles sont éparpillés, on observe de multiples instruments tout aussi magnifiques les uns que les autres qui ont une histoire et des caractéristiques propres qu’Adam nous expose de temps en temps. Les matières et meubles (sofa, papier peint, peignoir, lit, couvertures, livres…) ont l’air de venir d’un autre temps. Le mélange des genres modernes/passés est très chic et vient marquer, par l’image, cette mélancolie qui nous assène.
Bref, même du chaos, de la crasse, du vide, du détruit et du désespoir jaillit un espoir considérable, celui compris dans la beauté. C’est ce phénomène que j’ai pu comprendre, j’en avais la sensation mais pas la conscience. On sublime même dans le morbide. La sublimation est ce qui nous permet de survivre et de reconstruire.

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Pour terminer, je crois, le film est aussi profondément mélancolique et par la même occasion très beau, de part sa musique, composée en majorité par Jim Jarmusch lui-même en compagnie de Jozef van Wissem. Le tour de passe passe qui nous procure de belles sensations est de nous faire croire que la Bande-Originale du film est signée Adam en personne que l’on voit composer dans le film.

Comment alors résumer « Only Lovers Left Alive » en quelques mots de fin si ce n’est : l’existence romantique de deux vampires marginaux et mélancoliques qui posent, de part leur vie, des questions fondamentales quant à notre époque, et qui traversent, avec cet amour fou et éternel, le monde détruit des hommes « zombies »…
On a qu’une envie c’est de retourner dans leur monde pendant l’espace de ces 2h. Sublime.

Alors quelque part, ces individus éternels qui attendent patiemment et méthodiquement le goût du sang, se révèlent bien plus vivants que nous, êtres humains zombifiés par notre propre monde… Le sang, quand on y réfléchit, ne symbolise pas que la mort, puisque vital et nourrissant, il est nécessaire à son envers : la vie.
Et lorsque l’absence de sang se fait sentir ? …

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Denise Lasalle – Trapped by a thing called love

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7 réflexions sur “Only Lovers Left Alive

  1. Merci de ce résumé de film qui me donne le goût de renouer avec le cinéma.
    Petit commentaire sur la note personnelle en début de billet concernant la part de noirceur en toi. Chacun en possède une, affirmer le contraire serait mentir, et le reconnaître est louable.

    • Voilà pourquoi j’écris et partage ! Si je peux donner envie ou même mieux, « donner le goût de renouer avec » c’est fabuleux. Et en effet, même si je peux comprendre qu’à l’heure d’aujourd’hui on perde le goût de regarder de l’image (de la TV au cinéma) au point même de ressentir du dégoût, il y a tout de même des exceptions et bijoux perdus dans les dédales de cette sorte de déchetterie. Pour cela je dois avouer qu’il faut fréquenter les bons lieux. J’ai la chance d’avoir près de chez moi un cinéma qui favorise l’art cinématographique plus que la politique du chiffre. Un cinéma qui est plus qu’un cinéma mais un vrai refuge culturel faisant le lien entre les pratiques culturelles. Un lieu de partage plus qu’un lieu d’isolement. C’est une aubaine.

      Et oui, en effet, chacun possède sa noirceur, voilà pourquoi je le précise, je n’ai rien d’exceptionnel même si je rêve d’y travailler. Cela dit, c’était peut-être plus pour me dévoiler, ici, sur cette plate-forme.
      J’aime beaucoup cette schizophrénie… cet endroit et cet envers de soi.
      Et d’ailleurs, si l’inspiration me vient enfin et que j’arrive à rédiger mon billet sur André Gide, je partagerais alors cet envers à ce spleen mélancolique, à cette noirceur en parlant d’une profonde joie existentielle. 🙂

  2. Oh mon dieu Clément, comme ton texte est bon, comme il me fait du bien, comme je m’y retrouve !
    Coïncidence troublante, encore et toujours, lien reliant, réchauffant.
    Comment trouver les mots…
    Comment trouver les mots…???!!
    Même pas la possibilité de fumer la clope nécessaire d’habitude pour apaiser un peu le flot de sensations et émotions puissant et trouver les mot justes, les mots justes, tant la nausée a été forte ces derniers jours.
    La plus sombre noirceur aux côtés de la plus grande lumière.

    Je me retrouve, donc, comme toi, dans ces deux personnages. Je n’ai pas vu ce film, à vrai dire, je ne regarde plus la télé ni ne vais au cinéma ni ne lis les infos, non pas par choix mais c’est ainsi, alors même que j’adore le cinéma.
    Peut-être aussi le moment pour moi de renouer enfin aujourd’hui avec ce grand Art, l’occasion et l’envie m’est donnée ici et je t’en remercie.
    Même si je me méfie un peu car, comme toi : « Comme un junkie, la dose que je m’injecte me fait un bien fou et ravive en moi l’amour pour la perdition et la destruction »…

    Oh, comme tu sais bien dire tout cela, avec amour en plus……
    Moi qui ai longtemps cru que l’amour et la noirceur ne pouvaient se côtoyer, moi qui ai longtemps combattu cette noirceur, moi, chez qui siègent, aux côtés d’un grand amour, la plus grande des colères, une rage puissante et dévastatrice, aux côtés d’une grande joie, la plus atroce, insupportable et intolérable douleur.
    Conscience dévorante, dangereuse mais lumineuse et éclairante.

    Depuis longtemps avec mon mari et mon fils on veut aller faire un tour à Paris, il m’est impossible d’y aller sans te rencontrer !
    🙂

    Belle journée à toi !

    Et au fait, j’adore le titre du film…

    • 🙂
      Quel enthousiasme chaleureux ! MERCI encore, tellement.
      Encore une fois tu illustres tellement le « pourquoi » au fait d’écrire.
      Je suis à chaque fois surpris et tout aussi fier de voir les réactions qu’un simple billet peut susciter. Et merci encore pour ta belle critique, cela faisait longtemps que je n’avais pas fait un billet cinéma, et je me suis laissé emporter par l’inspiration de mon clavier ! Un peu long, mais si le texte est bon… c’est un grand soulagement pour moi !

      De part ta réaction, tu rejoins celle de « hérosdemavie » en faisant remarquer que c’est peut-être le moment de renouer avec le cinéma. Et c’est une fierté et un honneur de pouvoir susciter ce genre de réaction ! Et oui, je ne peux que accompagner cette démarche, en amateur de cinéma, je scande et te confirme que même à l’heure actuelle, le cinéma reste un grand art, complet, qui comporte son lot de blockbusters autant que de nanars ou de films pompeux faits pour les récompenses mais aussi de pépites, de films atypiques et de bijoux qui peuvent se ranger dans ces catégories. Et l’année cinématographique 2013/2014 s’est annoncée et s’annonce très riche !

      En effet, ce film m’a vraiment bouleversé non seulement pour sa singularité qui nous insuffle quelque chose de très particulier en nous, mais également dans cette sorte de symétrie spirituelle et existentielle entre les personnages et moi. Alors on en ressort chamboulé et bien plus tiraillé ; nos facettes s’exacerbent… mais ça fait du bien, je mets un point d’orgue à défendre et aimer l’humanité comme une vocation, et au fond de moi pour parler franc, je la déteste actuellement il faut l’avouer, tout autant que je l’aime. Car « l’humanité » au fond cela veut-il dire quelque chose ? Il faut oser avouer qu’il y a des choses, des actes, même des gens qui ne sont pas aimables au sens d’aimer. Et parfois le crier, crier « je te déteste », ça soulage. Crier sa rage est salutaire – Ainsi, j’écris, écrire c’est crier. Et se cultiver permet, entre autres, de briser ce sentiment de solitude des gens inadaptés, marginaux, à ce monde. – Il faut simplement et absolument éviter de se complaire dans cette facette noire, toujours privilégier la totalité, la complexité et non le manichéisme.
      Donc oui, je te le confirme, d’après moi, amour et noirceur, amour et détestation, mieux que se côtoyer, se complètent tout simplement. C’est un va-et-vient, un va-et-vient qu’il faut cultiver, maîtriser, comprendre et façonner pour qu’il ait des objectifs sains et de liberté.
      Encore une fois, je fais appelle à Camus : « Il n’y a pas d’amour de vivre, sans désespoir de vivre », j’ai même déjà du mentionner cette citation, ça ne m’étonnerait pas…

      Et bien écoutez si dans un élan enthousiaste vous décidez d’aller visiter la capitale, faites-moi signe 🙂 (même si je précise que je ne vis pas à Paris. Je mentionne rarement mon lieu de vie, seulement par des allusions mystérieuses, je ne sais pas pourquoi… Cela dit, je ne suis pas très loin non plus de la ville lumière. J’habite la région qui a vu naître Maupassant (un de mes écrivains favoris), je respire la ville qui abrite la cathédrale peinte par Monet : Rouen :). Mais le mouvement fait partie de ma philosophie alors n’hésitez pas ! )

      Belle journée à toi également ! (même si à l’heure où j’écris c’est la pleine nuit)
      Et à très bientôt !

      • Ah mais ça fait loin de Paris Rouen quand même…! 😀

        Merci Clément, un petit mot d’excuse quant à mon enthousiasme un peu trop démesuré et chaleureux parfois (non pas que ce soit « mal » mais ça gêne une autre partie de moi très pudique et ça manque un peu de respect à ta pudeur que j’apprécie beaucoup par ailleurs)…!

        Peut-être qu’un jour tu auras envie de faire un petit tour sur Marseille? 😉
        Une bien belle journée à toi,

        Elise

    • Oh pas si loin que ça ! 🙂

      Et que viennent faire ces excuses ici ? 🙂
      Si c’est parce que tu as ressenti une gêne, ces excuses ne sont que pour toi, me concernant, elles sont inutiles et n’ont pas lieu d’être si elles sont tournées vers moi. Il n’y a pas à s’excuser pour son enthousiasme chaleureux, et je sais de quoi je parle, trop longtemps je me suis excusé auprès des autres, même de mes proches, pour cet enthousiasme que j’ai parfois en excès. Avec une petite pointe d’arrogance et de dédain j’ajouterai : Pourquoi ce ne serait pas aux autres de s’excuser de ne pas l’être assez ?
      Mais ce sont les êtres à la sensibilité exacerbée, les écorchés de la beauté et de la créativité, les poètes, les fous, tous ces marginaux utiles (non pas qu’il y ait des marginaux inutiles non !) qui se sentent parfois poussés à faire des excuses, s’excuser de ne pas être comme « tout le monde », s’excuser d’aimer la vie et de lui faire honneur. Situation absurde, mais bel et bien existante, qui vient aussi témoigner de la force que possèdent ces fous enivrés…

      J’arpente beaucoup le œuvres de Gide ces temps-ci et je termine « L’immoraliste », et ça me fait penser à ce passage :  » Ce que l’on sent en soit de différent, c’est précisément ce que l’on possède de rare, ce qui fait à chacun sa valeur – et c’est là ce que l’on tâche de supprimer. On imite. Et l’on prétend aimer la vie ! »

      Et lorsque cet enthousiasme est partagé, nulle excuse ne doit être faite, c’est un privilège, un honneur pour moi d’être témoin et acteur de cet enthousiaste, surtout lorsque ce dernier est tiraillé par une autre facette très présente, apparemment chez toi, la pudeur !
      Encore une fois, c’est assez troublant ces traits qui nous rassemblent, je comprends très bien non seulement ton geste consistant à t’excuser mais également cette gêne qui naît de ce paradoxe entre cet enthousiasme qui a cette conséquence surprenante de se dévoiler plus qu’on ne l’aurait pensé et cette pudeur que l’on nous connaît. Je le connais, ce paradoxe :).

      Marseille ? Ouh, oui, comme beaucoup de villes (même de pays), Marseille est sur ma liste !
      J’y suis même déjà passé il y a quelques années de cela 🙂

      Beau dimanche à toi et à très bientôt !

      • MERCI MERCI MERCI.
        Tu as tout dit, tout, rien à ajouter, et ce que tu dis m’aide, comme toujours.
        J’ai beau être certaine de ton grand cœur, de ta grandeur, de ton humilité, de ta justesse, de ta bienveillance, je n’en reste pas moins épatée à chacun de tes mots, délicieuse surprise dont je me délecte à chaque fois.

        J’ai encore du mal moi à voyager, longtemps je suis restée à l’abri dans mes cocons protecteurs que sont ma ville (sacrée !) et mon foyer (sacré lui aussi !).
        Je te tiendrai au courant si je passe à Paris et si tu as la possibilité de faire les kilomètres, je serai ravie de te rencontrer, je te remercie en tous cas.

        Une bien belle, magnifique journée à toi, remplie d’Amour !

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