Tel un pilier …

Barcelone-Parc_Guell-Piliers-Pano

Piliers du parc Güell par Gaudi – Barcelone

À défaut d’être pleinement un Homme
J’existe tel un pilier
Et soutiens de toute ma force et de tout mon corps un monde dans un monde;
Je laisse les yeux de ce monde contempler mes rides et mes crevasses,
Creusées par la poids des années et la ferveur de l’effort;
Ces yeux, ils jaugent, ils jugent et spéculent mais avant tout ils aiment puis me détestent,
Au rythme de leurs humeurs volubiles et passagères, qui insufflent en mes veines des vapeurs mortifères mais volatiles;
Mon cœur, non de pierre, est malléable et impuissant comme l’enfant, il encaisse puis se façonne une chair fraîche et souple;
Et encaisse encore, sans jamais perdre sa tendresse, il est un puits convexe intarissable;
Ainsi il ne s’adonne pas à la basse faiblesse de la sélection, mais il éponge avec ferveur et puise sa force dans la fraîcheur de son existence pour toujours triompher;

Ici, pilier, je gis, debout, simplement, parmi la grande et griffante Beauté … en un seul et unique lieu, je m’élève, en solitaire… et me fonds parmi mes confrères tout en retirant du vide la sève;

Vestige d’un passé colossal et capital, je me délite, jour après jour, par le simple souffle du vent, au contact de la plus faible intempérie;
Et je jubile de ce devoir oblige conféré par l’instant de ma naissance,
Celui de me composer exclusivement avec ce perpétuel et infatigable présent déjà dépassé;
Et, tous ces gens, je les vois, je les sens, ils me scrutent puis me sculptent telle la dangereuse douceur de l’eau;
Vous, mes chers et tendres, me passez devant, me tournez autour, me submergez, m’entrelacez de votre langue pour m’enduire de discours, de maux d’amour et de révoltes si souvent sibyllines;
Qu’ils vous arrivent même de graver sur mon estomac avec détermination et tressaillement, comme un cri infini;
Repassant et repassant – parfois même trépassant avant l’âge – faisant les cent pas avec, dans vos bras, tous vos doutes qui vous ankylosent, toutes vos querelles qu’il vous est impossible de garder secrètes;
Et, tatoués sur votre peau, vos frêles mais ardents espoirs et corpulentes désillusions que vous me tendez comme un breuvage qu’il m’est interdit de ne pas boire;
Accoudés sur mon épiderme de pierre irrégulière et immobile, ainsi je deviens ami, témoin et confident fantomatique;
Vous êtes reposés, là, sur mon épaisse carcasse, qui n’a nulle part où aller…
Je suis nu et démuni de cette compétence;
Je n’ai nulle part où aller… et ne peux m’offrir l’absence
Nulle part où aller, si ce n’est là où les souvenirs et la mémoire m’emportent;
Je voyage alors, je m’exile ainsi sans cesse, mais jamais je ne fuis !
Pilier parmi mille, uniforme et singulier, surface de diorite et tripes d’iridium,
Mais le souffle court je ne repose que sur l’homme, en compagnie des miens;
Je ne suis rien, rien ! Et pourtant la place que je prends et que je tiens, de substance existentielle est un tout, total et fatal.
Peu m’importe tout le reste, je me tiens, là, droit et debout;
Droit et debout, je me tiens plus grand et plus petit que l’homme !

Ainsi je vis;
À la marge, je prends racine au creux du monde;
Y a-t-il plus somptueux spectacle ?
Y a-t-il plus pure folie ?

Minoze

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2 réflexions sur “Tel un pilier …

  1. Oh que oui…!
    Je n’ajouterai rien, si ce n’est cette magnifique vision que j’ai eu de nous tous, « piliers », se tenant la main les uns les autres, formant un cercle tout autour de notre terre, une force d’une grande beauté émanant de ce cercle.
    C’est juste parfait comme tu l’exprimes, belle résonance à nouveau.

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