Promenade dans le parc d’un illuminé (I)

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Pissarro – Rue de l’épicerie, Rouen  (1898)

 

En ce 1er mai, je célèbre l’art de la contemplation, de la fuite solidaire ainsi que de l’oisiveté !

 

PROMENADE DANS LE PARC D’UN ILLUMINÉ

I

Je dépose un stylo d’encre noire et bleue sur mon torse
Pour mieux peindre les élans lumineux d’mon cœur qui se tord
Sur une feuille blanche avide des couleurs du dehors
Auquel notre modernité ne cesse d’infliger des entorses
Il m’est vital de faire des pas de côtés, pour survivre au vide
J’inspire la folie en ouvrant un beau livre de Gide
Et goûte l’immoralisme salutaire des nourritures terrestres
Exclu de ce banquet que le trop-plein trop souvent séquestre
Ils bouffent la liberté que la cité recrache dans son vote
Laissez-moi apolitique et consulter les morts tel Aristote
Lire des livres délivre, mieux vaut plutôt deux fois qu’une !
Pour apprendre l’art de jouir du monde, encore une de nos lacunes !

II

J’marche seul et affable dans l’averse de beautés d’ma ville
Honorée par Monet lors de sa divine picturale idylle
J’croise un sans-abri lui tend d’la monnaie et lui souris
Car la misère est bien plus supportable pour toi que pour lui
J’me pose sur un banc du square des cygnes à côté des Beaux-Arts
Puis j’écris comme sous mescaline entre révoltes acides et beaux bobards
Je rêve de changer le monde de mes petits doigts,
Irréaliste comme faire jouir une fille de joie
Une femme me parle du morne temps du printemps sans raison
J’tends mon sourire et lui réponds « nul solaire horizon sans funeste oraison »
Le ciel convexe, en effet est gris, la brise sur mon visage est chaude et triste
J’me dore de ces ivresses poétiques, c’est ma façon d’être optimiste !

III

J’m’isole au creux du monde mais accueille de tout temps ces âmes
Démunies de tout, l’humanité gît sur l’étang de macadam
Je suis outré, l’époque est à l’outrance
Laissant un béant néant qui attise ma véhémence
Tous coupables, j’envoie mon poing d’interrogation
Dans la face du monde des Hommes de raison irresponsable
Qui rejette la grandeur du vide d’où peut naître l’inspiration
Comment vivre dans cette insupportable vanité ?
Je m’exile et sirote l’art véritable de l’oisiveté
Avec des vers et des potes, je règne en solidaire despote
Sur celle que j’aime, ma seule et saine patrie
Qui restera à jamais l’état dans mon état d’esprit !

 

Minoze

 

« Pris dans cette détresse, dans l’oppressante pesanteur du malheur qui s’abattait sur les nôtres, je ne conteste pas que, comme par exorcisme, j’ai aspiré au plaisir et à la gaieté sans m’inquiéter de savoir si mon comportement paraîtrait ou non admissible à ceux qui, pendant ce temps-là, supportaient la souffrance qui ne leur fut, hélas, pas épargnée dans des proportions que nul n’eût pu même imaginer, confinant au désastre.  […]
J’ai effectivement pris la fuite, mais comme le ferait un oiseau encagé rendu ivre d’espace et d’aventure par une trop longue détention. Comment ne pas savoir qu’ailleurs la vie gardait encore ses couleurs miroitantes… »

Louis Calaferte – Promenade dans un parc

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5 réflexions sur “Promenade dans le parc d’un illuminé (I)

  1. Sans que tu n’y puisse rien et sans que je fasse exprès, je lis souvent tes billets en sirotant un café. Association de mot peut-être, j’ai accroché sur «je m’exile et sirote l’art véritable de l’oisiveté».
    Depuis quelques années, je m’intéresse à l’art et en particulier aux peintres et leurs œuvres. J’ai des périodes où j’ai une grande soif de beautés visuelles et de tableaux qui inspirent une douce tranquillité.
    J’ai pas assez souvent accès, à mon goût, à des musées ou galeries pour contempler à mon goût les œuvres des grands (et autres). Heureusement Internet pallie à ce manque.
    La manière que tu utilise les mots et les combinaisons que tu fais entre eux font naître des images dans ma tête qui me font me promener avec toi dans ce parc.
    Merci de cette ballade.

    • En effet, belle et savoureuse coïncidence ! Phénomène que je connais très bien d’ailleurs et dont je me réjouis à chaque fois; entre coïncidences et associations qu’elles font naître…

      Je comprends bien ce cheminement ! Je dois dire que me concernant je m’intéresse davantage à l’art seulement depuis, je ne dirais pas des années, mais plutôt des mois. Je ne peux que partager avec toi ce sentiment périodique de grande soif de beautés :).
      Je m’essaie autant que je peux à pallier mes connaissances dans ce domaine, en allant au musée, quand je peux, mais également grâce à internet. En effet, pour ça Internet est un vrai trésor !
      C’est d’ailleurs amusant que tu parles d’art, car justement depuis quelques mois (ces mêmes mois où je découvre de manière plus approfondie l’art) j’essaie autant que je peux de faire apparaître et donc de faire découvrir des œuvres à travers ce blog, des œuvres qui m’ont marqué ou que j’ai découvertes au détour d’un clic ou d’une visite quelque part.

      Et il n’y a pas de quoi, ce fut un plaisir de partager cette ballade. C’est un plaisir de partager cette promenade avec les lecteurs !
      Merci à toi, vraiment, pour tout !

  2. 🙂 Et tu changes le monde !

    Moi qui voulais passer te faire un petit coucou et qui attendais une de tes publications avec impatience… Je suis plus que satisfaite, nourrie que je suis de ce magnifique texte chantant sur lequel j’ai envie de composer de la musique…! (juste au moment où j’ai envie de m’y remettre ! ;))
    Juste après la lecture de Sandra et son baobab en plus, trop bon, trop bon !! Qu’il est bon de se sentir nourrie et entourée de ce halo de lumière qui émane de vos mains et de votre cœur !

    MERCI

    • Nous nous retrouvons, à nouveau, face à une coïncidence troublante et savoureuse !
      Tu parles de musique (j’apprends alors qu’il s’agit d’une de tes activités) et ce qu’il faut savoir c’est que ce genre de textes, souvent structurés de cette manière (il y en a quelques uns sur ce blog) ont été écrit sur de la musique et grâce à la musique ! Il s’agit quasiment d’une chanson, d’un slam plutôt, disons un rap si je veux être honnête. La musique est une chose très importante pour moi, je ne la pratique pas mais il s’avère qu’en plus d’y être baigné, j’ai l’opportunité, avec ma plume, de participer à des projets musicaux, pour le moment très modestes :).

      Merci à toi, encore une fois ! De ta lecture et de ton enthousiasme affectueux !

      • Ça m’étonne pas car j’avais déjà remarqué ça sur certains de tes textes.

        Ben oui, à la base, avant d’écrire, je suis musicienne (enfin pas de profession hein, mes études se sont portés sur l’italien ! :D), un peu de guitare d’abord et batteur par la suite, j’ai lâché depuis quelques mois où l’écriture avait pris le dessus.
        J’aime ce moment dans la musique où soudain tu n’es plus vraiment là ou plutôt, tu es là à 100% et tu pars, tu es littéralement pris par l’inspiration, c’est trop bon, comme dans tout art en fait, comme dans l’Amour !

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