Terre des Hommes; mère d’exil (II)

Accompagnement musical ( à partir de 20 sec) – The Roots, The unraveling, extrait du dernier album « …And then you shoot your cousin »

Je vous fais part d’un sentiment qui se targue de me torturer et de me narguer …

Terre des Hommes ; mère d’exil

I

Les vastes alentours jouissent enfin du silence vespéral
Dévoilant les beautés enfouies ainsi qu’une symphonie pastorale
La terre crie son soulagement, étire ses courbes puis s’épanouit
Les étoiles citadines m’indiquent un sens nébuleux, je suis ébloui
Brille le firmament qui me love de ses chaleurs astrales
À jamais hors de portée de tous ces cœurs à l’âme néolibérale
Sur les sables nocturnes, j’erre l’esprit saturé par l’actualité des urnes
Je m’embrume de la poésie émanant du clair-obscur de la lune
Ce soir, frappé d’hérésie, je libère le vague à l’âme d’un vagabond
À la folie rieuse consciente de la richesse de sa raison
Mais les poumons atrophiés, comment respirer encore cet air nauséabond ?
La solitude m’apparaît alors comme une oasis aux seules floraisons
La turpitude parade à la télévision, telle est l’unique vision
Offerte à mes semblables à qui l’on vend du consommable en guise de rédemption
Je puise mes dernières forces aux côtés de Zénon Ligre l’anachorète
Pour qu’à l’aurore de ma débâcle résistent mes désirs de poète !

Ce père scrute ce monde sous cloche à travers les écrans
Erre puis éructe furibond les démences des nantis tiers
Qui le dépouillent de tout même de sa langue, il est à cran
Mais invisible alors de désespoir, il tangue puis vocifère
Hors de l’écran que reste-t-il si ce n’est qu’il faut s’y faire ?
Il postillonne en con damné sur sa vie qui ne lui appartient pas
Que sont ses libertés véritables si ce n’est d’attendre le trépas ?
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Sur leur nature il y a méprise !

Moi ! Fils de l’homme à qui l’on lègue tant de douleurs et de vices
Ma peine me tyrannise, oui ! de cette existence je me désolidarise
Car ne ressens que langueur en mon cœur bègue fustigé de supplices
Qui a bel et bien vu vos subtiles servitudes et vos lâches traîtrises !
Vos psaumes, ces flèches de poisons fusent et fusent et sont légions
Vous ne m’aurez point ! Point de soumission à l’égard de vos religions !
Comment s’affranchir lorsque de nos moindres actions ne jaillit rien qui vaille ?
Et que sur l’ensemble de vos frontons s’érige la pérenne injonction « travaille ! »

Vos tourments vicieux de cols blancs ne valent pas une obole !
Poindra l’aube estivale dans les yeux du démuni et du sans parole !

II

Mon corps me portant solitaire se meurt de vivre parmi eux
Mon cœur pourtant solidaire refuse ce sang pernicieux
J’étouffe et me sens étranger, leurs effluves empestent
Les carcans d’un réel qui n’est qu’un éternel palimpseste
La terre des Hommes qui m’angoisse et m’oppresse est mère d’exil
Les poèmes que je crie ne cessent d’être mes pères d’asile
Que j’écris désarmé avec mes larmes les genoux sur le bitume
Afin de vous graver l’amer de mes maux, non le sillon de l’amertume
Car cet amer tue, je m’endormirai de fatigue non d’abandon
À la manière de ce vieil homme rêvant de lions revenu sans espadon
Il est temps pour moi de partir, je ne suis manifestement pas des vôtres
Vos paradis artificiels sont pavés des viles intentions des apôtres
J’y préfère l’enfer des ivresses simples et des luxes de l’ennui vertueux
Brasser de l’air nocif les bras obstrués de leur insensé surplus
Sera sujet corrosif de ma complainte, je vante la sobriété d’un heureux
Qui s’arrache le droit de marronnage ! Je fuis votre monde que je ne comprends plus !

Minosze

BONUS :

Benjamin Biolay – Le vol noir

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4 réflexions sur “Terre des Hommes; mère d’exil (II)

  1. Bravo!
    Et en particulier pour cette phrase qui me «parle»:
    Comment s’affranchir lorsque de nos moindres actions ne jaillit rien qui vaille ?
    Je ne crois pas avoir à t’expliquer pourquoi, tu connais via mon blog ma situation et mon combat de tous les jours.
    En fait, tout ton texte me «parle» en ces jours difficiles moralement pour moi
    Merci de l’avoir écrit..

    • Merci à toi ! …
      Et oui j’ai, je crois, très bien compris pourquoi cela a pu te toucher, te « parler » 🙂
      Certains lecteurs auront pu voir exclusivement une sorte de peine « égoïste », même purement personnelle, ce qui en un sens n’est pas faux mais j’ai également écrit ce texte pour tous les autres également, les démunis, les « sans-parole » et tous ceux vivent des jours moralement difficiles et tous ceux qui ont ressenti et ressentent ce que je décris ! Alors voilà pourquoi ton commentaire me touche beaucoup !
      Je ne peux que te souhaiter un bon courage ! et de garder ta force, ta curiosité et cette volonté de creuser ton propre sillon que l’on peut lire à travers tes billets !

      À très bientôt !

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