Allégresse girondine (III)

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« Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte,
Le pin verse son baume et sa sève qui bout,
Et se tient toujours droit sur le bord de la route,
Comme un soldat blessé qui veut mourir debout.

Le poète est ainsi dans les Landes du monde
[…] »

Théophile Gautier – Le pin des Landes (España)

À Eva,

Les pins et la sécheresse règnent en maître
Avec notre orgueil Everest, comment être ?
Les ciels cyans scintillent et jouent comme des enfants,
Le vent peint grossièrement des bêtes et des formes avec une éponge
« Lève les yeux ! » injonction naturelle réanimant ardemment les songes
L’allégresse de mon être épuisé fait ainsi tonner l’olifant,

Glisse sur les chaudes et vieilles briques de ces désertes devantures,
Insufflant affablement de l’air humain dans nos modestes aventures !
Et annonce la guerre pacifique des mondes en cohabitation
La beauté du sud-ouest gronde et ravive le feu de mon attention
Me voilà, non sans déveine, surfant sur les vagues maternelles bordelaises
Le vin, la mer, le sel et la sève des pins dans mes veines coulent à l’aise

La route rectiligne se déroule à l’infini sous nos roues
Laisse le rêve dionysiaque des vignes se déployer en proue
La chaleur étouffe, mais la clim’ étrangle; la radio grince et gueule
Vignobles et brasseurs m’offrent une ivresse; plus rien n’est ignoble… et le sentiment d’amour de ne plus être seul…

Je susurre des maux d’amour à l’oreille douce d’une blonde
Fraichement servie sur la terrasse d’un rade bruyant,
Accompagné de ma jeunesse et d’un recueil de Saroyan
J’écoute mon cœur incisif tousser ses entailles profondes
L’âme sur les rivages je guette au loin l’arrivée des chalutiers,
En poète prêt au voyage relisant les quatrains de Théophile Gautier

Sur le bord de mer, comme un nouveau-né je prends l’air, et embrume
L’effroi quant à ma place ici-bas que je peine à trouver
Le jour s’enrhume, l’astre le père s’efforce de me couver,
Mes sens affamés mordent l’impalpable, masos se délectent du fouet de l’écume
Hélios, en intouchable Narcisse, se miroite et s’épanche sur l’océan transi
Osant serrer son poing de son piédestal pour remettre les points sur les i !

Battant de concert avec la brise, ils insufflent en moi les effluves salines
À en oublier nos cancers; en l’instant ma conscience et mes sentiments s’alignent
La nuit étreint comme une douce mère les Landes de Gascogne
Moi, toujours ivre sans artifices car encore le cagnard cogne
Mes souvenirs se mêlent au trouble, je repense aux chétifs genévriers
Qui en gardiens des pins, m’ont enseigné la défense, moi jeune et vrillé :

Oui j’ai caressé la mer, ses joues granuleuses et les dunes – fournaises rudes,
Ici, en l’hexagone, les paysages sont si variés, c’est fou ce French Arizona du Sud !
J’ai aussi contemplé l’opéra majestueux, m’aguichant de ses courbes félines,
Et bullé au milieu d’une foule animale tapissant la rue sainte Catherine,

Me suis égaré en touriste marginal au cœur de tous les charmes reclus
Le sourire comme une arme, ainsi seul mais loin des larmes pas des exclus
Estafette passionné je mène une vie en marge sculptant une place au centre en esthète hébété
Brûlant d’efforts et de naïveté je recueille les rayons des hommes … je suis seul : « la solitude fait beaucoup pour la beauté » …

Minosze

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