Comment ? Quoi penser ? (pensées)

Interrogations d’un pistolero pacifique trop lourdement armé

 « Chercher les hommes sains, c’est marcher solitaire et triste. »
Saroyan

   Mon honnêteté intellectuelle – non humaniste seulement, mais éperdument amoureuse de tout ce qui existe -, travaillée avec rigueur, m’apparaît parfois comme une putain de malédiction, un foyer bouillant à questions sans réponse; tant elle en vient à me perdre dans les dédales d’un esprit qu’elle façonne en matrice contradictoire et indécise. Le flou dans un perpétuel mouvement déchaîné. Peut-il y avoir  tempête sans le nébuleux ?
Réduit au point d’en venir, non pas à envier (surtout pas), mais à quémander naïvement la recette des ignorants ordinaires et des bourrins du bulbe qui se pensent sur-hommes et guérilleros… Comment faites-vous ? Je vous le demande sur un ton qui à moi-même impose le mystère…
L’acmé de ma torture réside dans la consciente et paradoxale pensée que, premièrement, je ne suis, je le sais, point le seul dans cette fâcheuse posture, et que, deuxièmement, mes contemporains, à tort, pensent, je le sais aussi, être tous dans cette même situation qu’est la mienne. Voici alors mon orgueil qui me fait dire que ce n’est évidemment pas le cas ! Non !
Je souffre. De ce trop-plein qui rend toute chose obscure, je souffre. De ce climat de polémiques incessantes se croyant chacune l’aube d’un nouveau jour, il est de mon devoir d’Homme d’en dégager le caractère profondément obscurantiste. Et, le travail nécessaire qui m’échine consiste à aiguiser, polir, éclaircir sans cesse ce cumulonimbus, cause de cataclysmes. Un travail qui, je le concède, sollicite la majeure partie de son temps. Un CDI, sans revenu mais pas sans bénéfice, qui demande la pleine conscience ainsi que l’entière présence de l’être. Je me suis vu venir à des kilomètres et déploie ainsi le pont-levis laissant s’échapper les questions sous-jacentes et fondamentales et qui ne cessent de m’obséder : le notion du temps d’aujourd’hui liée à nos activités ininterrompues. À force de courir, nous nous essoufflons à réaliser qu’une seule chose à la fois, une seule chose qui dans ce monde excédant en tout, se révèle n’être que peau de zob. À peine vivre, alors, et avoir tout de même la prétention tapageuse de posséder une opinion sur tout. Comment ? Comment pouvons-nous aussi facilement faire converger le vide et le trop-plein ?

Au détour du hasard numérique, je passais, à nouveau, mon après-midi trop courte à m’informer sur la « pensée » soralienne (exemple parmi tant d’autres mais quoique très éloquent). Pensée à la mode, se diffusant pourtant sous le manteau. L’interdit attise et attire depuis toujours. Et constatais, non sans une pointe de peur, son succès grandissant très étrange (succès parmi tant d’autres). N’est-ce pas d’ailleurs cette puissante et souterraine adhésion d’un large public peinant à penser (fatigué, déjà, de lire 140 caractères), qui m’interroge plus que la pensée elle-même et celle de sa figure emblématique ? me poussant à arpenter des étranges et fertiles contrées toujours aussi maigrement habitées à travers les siècles, où se parsèment doutes, interrogations, recul et réflexions. Ces graines demandant droiture, méthode, rigueur et patience.

   Palpitant frénétique, prise de tête entre mes mains se reposant, pourtant, de leur déferlante sur le clavier, l’œil sur le qui-vive, la retenue oblige de mes besoins sanitaires plus ou moins urgents, ma bouche expirant les restes nocifs de fumées créées par la grande, belle et insaisissable machine humaine en ébullition, le jaillissement soudain de toutes mes angoisses existentielles, sueur, sang et spasmes, rien que ça. Tout un programme rigoureusement intensif et manifestement épuisant  ! Se prêter à penser est un sport de combat qui, malheureusement et bien heureusement ne se donne point aussi aisément. L’entraînement ne suffit pas, la bonne disposition du cœur, du corps ou de l’esprit pas davantage. Il faut appréhender ce sport avec une once, au moins, de philosophie, de sagesse, en guise de puissantes racines permettant ainsi de développer en nous cet incorruptible esprit d’aventurier préparé à ne ramasser que l’absence de fruits ou des fruits purement gâtés. Et qu’il m’est haïssable de constater, non sans effroi et désespérance, le drainage drastique opéré sur ces racines flétrissantes de mal en pis, l’assèchement pratiqué sur le pied radical de l’être, ainsi se vidant : sa tête. Savoureuse opposition.
Outrage et vilenie à l’égard de mes semblables et moi-même, nous relayant alors à la place d’une grabataire tortue, souffrant de sa mollesse et de ses écarts, qui ne sont tels, il faut avouer cette banale vérité, qu’en compagnie des lièvres, arrogants. Et nous savons à quel point fables et réalité ne se rencontrent que dans l’esprit vagabond des écrivains.
Et puis le vide cacophonique. Mêmes les bêtes jouissent d’une meilleure condition.
C’est pourtant au quotidien, heures après heures, que j’ose relever ce défi guerrier, d’apparence anodine, me dépeçant au point de vaciller de tout mon être.
Finalité : je possède un sentiment synthétique, mais non moins véritable, mais ne peux prétendre à un résultat de pensée, une synthèse pleinement lucide et ferme sur la chose. Mais, pour sûr, je n’en demeure pas pour autant apathique ! JE pense, pense et me pense. Nomade d’un nouveau tome de la pensée.

   Voilà ce qui m’effraie le plus : me confronter toujours et sans cesse à l’absurde et à la méfiance quant au climat intellectuel actuel, tout autant que de me confronter aux idiots utiles et au quidam (qui se rêve rebelle) tiraillé entre sa capacité à se méfier de tout mais à réfléchir et à prendre du recul sur rien, son orgueil de penser tout comprendre, tout voir et tout savoir au détour d’un frêle banquet nourrissant, certes, curiosité et intellect (un bouche à oreille, un clic, une rumeur, un partage, une vidéo, un site fièrement à contre-courant…) et sa crédulité parfois outrancière jusqu’au ridicule… Perdu, je le suis. Perdus, nous le sommes.
Je me dois de nager ainsi seul, mais toujours solidaire, en eaux troubles et hostiles… mon être à jamais tendu et à l’affût, dans cette liberté profonde. Cette liberté assommante. Lourde. Fardeau qui m’est propre, et que je ne troquerai contre rien au monde; décision catégorique qui me permet d’avoir les mains propres, du moins le ferme sentiment. Putain de pensum, que mêmes mes interlocuteurs non-choisis aussi bien que mes détracteurs ordinaires ne prennent pas la peine d’entreprendre. Me coucher, voilà ce que trop souvent ils m’obligent à faire. Là où le bat blesse. Et me blesse au plus profond de mon être trop souvent las et triste.
Où, putain, trouver la vérité dans ce labyrinthe aux parois d’épais miroirs à la crasse et aux fissures bien trop criardes pour s’apercevoir et entr’apercevoir l’ombre d’une pleine pensée ? Où sont ne serait-ce que les échos d’une vérité ? Il me faut les entendre, au moins les percevoir.
La vérité n’est-elle plus que chimère ? ne l’a-t-elle pas toujours été ?
La vérité. Les vérités. Mes vérités. Mais quelles sont-elles ? Je cherche, cherche encore… à la recherche du sens. Comment ? Quoi penser ? Nourri d’une grande admiration à l’égard des grands espaces, je dédaigne l’esprit malade de boulimie, famélique, et me refuse de penser à l’étroit !
Ne suis-je pas ce pistolero pacifique mais trop lourdement armé ? Quelle est ma valeur dans ce néant ? Je ne le lui en donne pas une qui soit de prestige…
Et qu’en est-il, oui, des éclaboussures de sang ?
Et moi, j’écris.

 Minoze.

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