Mendiants et orgueilleux

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Dans les rues du Caire, Gohar, ex-philosophe devenu mendiant, sillonne avec nonchalance les ruelles de la ville et croise des figures pittoresques et exemplaires.

Je ne sais plus vraiment comment je suis arrivé jusqu’à lui, Albert Cossery; comment en suis-je arrivé à arpenter les rues du Caire l’espace de 200 pages… Ce que je sais, en revanche, c’est que cette rencontre ainsi que ce périple au travers des rues égyptiennes qui ont cette énergie et l’odeur des vieux cafés et des tapisseries du Maghreb, étaient, quelque part, inévitables, me sont apparus comme une évidence. J’ai pérégriné avec vigueur, suant sang et eau, sillonnant la littérature sublime pour finir par atteindre Albert Cossery et ainsi m’offrir cette opportunité, celle de terminer l’esquisse de ma route sur laquelle je peux lire, de part et d’autre : Mendiants et Orgueilleux. Finir ? Terminer ? Clarifions : mes périples sont infinis, ma route est cheminement, finie mais sans bords, bornée mais continue. Il en va de même au sujet de mes expériences littéraires. Mais il y a des figures de proue, des checkpoints qui nous permettent de faire le point et de reprendre son souffle; des emblèmes qui, se logeant dans la mémoire, auront la figure d’une boussole mystérieuse. En mon crâne, en ma chair, ces figures sont légions. Moi, seul ? vous plaisantez ! Solitaire, assurément, exilé, me rêvant marginal, je clame oui. Mais seul ! Jamais.
Mais qu’on se le dise, Albert Cossery n’a pas été pour moi la plus sublime des expériences littéraires qu’il m’ait été donné de vivre; Albert Cossery n’a pas titillé la jouissance de mon émerveillement face à un style qui dépasserait en beauté et en majesté la pyramide de Gizeh. Alors quoi ? Beaucoup de bruit pour rien ? Non. Et voilà pourquoi.

Mendiants et Orgueilleux fait partie de ces récits oscillant entre quête initiatique et errance existentielle, prenant son point d’ancrage en la Terre rugueuse des Hommes. Malgré une enquête policière en filigrane qui n’est point exempte d’importance et de symbolisme, ce livre a-t-il une histoire comme on en attend traditionnellement en littérature ? Non. Nul rebondissement haletant qui nous aide à supporter l’attente d’un train en retard; nulle profonde recherche quant à la confection d’un vêtement littéraire tissé de fils de soie avec un soin minutieux, quasi artificiel, au point de faire de son histoire une marque prêt à porter [à l’écran] du côté d’Hollywood. Ici, le travail d’usine d’un écrivain professionnel et le respect des recettes laissent place à l’extrême simplicité et à la sincérité d’un auteur, faisant de l’écriture une nécessité existentielle plus qu’un gagne-pain. Ici,  convergent simplicité et profondeur, errance et enthousiasme, questionnements et rires, la sagesse et la folie. Mais ici, nul manichéisme mais plutôt un continuum. Rien ne s’oppose, tout s’épouse mais tout entre en collision. D’apparence, on croit y voir de la fadaise qui se complaît dans les bons sentiments, il n’en est rien. Les vocables que je fais entrer en opposition en les citant, souffrent bien trop des coups de fouet de la pensée occidentale et de l’absurde total de son climat intellectuel. L’amour, le cœur, la sagesse, la folie, la simplicité, la Terre, les Hommes, ces mots ont certes du sens, mais notre pensée occidentale les a dénués de chair, de spiritualité, de force. Il nous apparaît dorénavant bien difficile d’aborder la simplicité, de parler de la sagesse, de prôner la folie, de susurrer son amour pour la terre, sans entendre les railleries d’un côté, ou les critiques polémiques, et de faire face aux sourires condescendants d’où se dégagent les vapeurs toxiques du trop-plein de références, de chiffres, de faits, et de demandes immédiates d’effets réels, de l’autre côté. Pourquoi cette parenthèse qui, sans être hors-sujet, peut surprendre à la lecture de ce billet ?
Et bien il s’avère que j’ai terminé, il y a peu, un livre écrit par un de mes ex-profs de philo sur l’espace de la pensée chinoise. Ce fut une révélation à mes yeux : Confucius, Laozi, le Confucianisme, le Taoïsme, le Bouddhisme chinois, furent des découvertes passionnantes et enivrantes et vinrent ajouter de la chair à une pensée déjà incarnée et affamée qu’est la mienne. On y parle d’un amour incarné, de cet élan de vie qui nous emmène vers une simplicité radicale, de la beauté d’un geste investi par le cœur, de l’importance du cheminement nous permettant de s’habiter en homme et d’habiter un monde en tant qu’être, de la grandeur du rituel … Bref, il me faudrait plus qu’un billet pour en parler en détail, là je mélange et simplifie tout !
Mais ce n’est pas tout : cela fait un moment maintenant que ma pensée vogue par-delà les rivages de l’Occident; un Occident qui, je dois le confesser, s’affirme que trop en patriarche bien arrogant et affirme une philosophie, une vision du monde, qui ne me suffisent plus, parfois me dérangent. Je n’ai que, pour l’instant, brièvement arpenté ces dernières années des pages sur l’Asie (Inde, Chine, Japon) et l’Orient, ce qui en soit est une tâche déjà imposante. Mais ma curiosité fut animée par un grand feu ardent qui s’étendait à et au delà de l’Occident. Je tenais à faire cette parenthèse, non seulement pour dévoiler les derniers horizons de mes cheminements d’une part, mais surtout pour clamer haut et fort que la langue a été à mon goût grandement vidée de sa chair et de sa spiritualité (qui, ici et chez moi, n’ont rien à voir avec le religieux comme certains le savent). Ainsi, je constate que des erreurs fondamentales sont quotidiennement commises, comme celle de confondre complexité et profondeur, simplicité et superficialité, connaissances et vérités, connaissances et sincérité, pauvreté et vacuité. À travers Mendiants et Orgueilleux, et je serais tenté de dire à travers son œuvre, Albert Cossery réalise cette noble tâche de redonner à la simplicité toute sa profondeur, son incarnation réelle, sa poésie et sa puissance; que ce soit dans l’histoire qu’il nous narre, dans la philosophie de ses personnages et surtout à travers celle du personnage principal qu’est Gohar, mais également dans son style. Sa plume est simple, erre jusqu’à l’essentiel, sans fioriture aucune, sans superflu, ce qui ne l’empêche pas, loin de là, d’être badigeonnée de poésie aux arômes orientales et au climat méditerranéen. C’est d’ailleurs certainement pour ces raisons que les romans de Cossery sont courts et peu nombreux et malgré cela, qu’il met du temps à les écrire. Ce n’est pas qu’il met du temps, mais plutôt qu’il le prend, là est toute la nuance. Durant toute sa vie d’écrivain, Albert Cossery écrivit 10 ouvrages (9 romans et un recueil de poésie non-réédité), il est évident que comparée à la parution frénétique, quasiment annuelle, des œuvres d’Amélie Nothomb (entre autres), l’œuvre de Cossery semble dérisoire. Lors d’une interview (accessible dans les « Petits PLUS »), le journaliste fait remarquer à Cossery avec ironie que son dernier roman est en cours, mais en cours depuis quatre ans, ce à quoi Cossery répond, muni d’un solaire sourire : « oui, mais je n’suis pas pressé ». À la suite des propos du journaliste, il en vient à préciser qu’il n’écrit pas tous les jours comme un forçat, à quoi il ajoute avec ferveur « y a que les imbéciles qui écrivent chaque jour, car ils sont contents de ce qu’ils écrivent. Moi je ne suis jamais content de ce que j’écris, mais jamais. ». Quelques échanges pour dresser subtilement le portrait d’un auteur singulier, mendiants et orgueilleux de l’être, trouvant l’inspiration dans l’oisiveté ? Au passage, n’a-t-il pas écrit un livre autour d’une famille qui fait de la paresse un véritable art de vivre ? Il s’agit bien de « Les Fainéants dans la vallée fertile ». Les termes qui composent le titre, à eux-seuls, nous donnent déjà un aperçu.
Jaillit à mon esprit une flopée de livres, de personnages et de leurs auteurs qui entre dans cette tradition littéraire du récit initiatique et des histoires d’errance où se mêlent réflexion sur l’Être humain et philosophie… je pense notamment à L’œuvre au Noir de Marguerite Yourcenar, un livre fort. Ou à Louis Calaferte et son Septentrion, au Siddhartha d’Hermann Hesse, ou encore à la Terre des Hommes, livre sublime de Saint-Exupéry. Mais aussi à tout un pan de la littérature américaine qui m’a influencé, je pense à Kerouac bien entendu, mais aussi à Fante, à Bukowski. Et bien évidemment, comment ne pas mentionner l’illustre Voyage au bout de la nuit de Céline. Mais, encore et toujours, je pense à quasiment tous les romans d’Albert Camus, de L’étranger en passant par La mort heureuse. Et j’en oublie, bien sûr que j’en oublie, oui. Mais ces livres auxquels je pense ont été les plus marquants pour moi, jusque dans ma chair. Il y en aura tant d’autres.

Si j’ai terminé cette énumération non-exhaustive en mentionnant Camus – encore, outre ma grande admiration pour lui, ce n’est point une coïncidence. Ah ? En effet, parlons un peu de l’existence de Cossery et vous comprendrez. Albert Cossery, écrivain francophone, fut à sa manière un de ces mendiants qu’il dépeint dans l’ouvrage du même nom. Né au Caire en 1913, il migre vers la France vers 1945. Il habite Montmartre quelques temps puis file vers Saint-Germain-Des-Prés. Indifférent face à l’accès à la propriété, ce « Voltaire du Nil », comme on l’a surnommé, vivra des années dans la même chambre d’hôtel dans un confort très modeste voire austère. Lors de ses pérégrinations à travers un Paris en reconstruction aussi bien sur le plan matériel que sur le plan intellectuel, Cossery se liera d’amitié avec de grandes figures telles que Jean Genet, Raymond Queneau, Juliette Greco, Georges Moustaki ET se liera d’amitié avec Albert Camus !
Voilà pourquoi ma rencontre avec Cossery sonnait comme une évidence délicieuse !
Bref, je le découvre tout juste, alors, malgré mes recherches et découvertes, il sera difficile d’en parler en profondeur.

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Albert Cossery

Revenons-en donc à Mendiants et Orgueilleux. Ce récit est totalement politiquement incorrect sur de nombreux points. Politiquement incorrect, en son sens premier, soit allant à l’encontre de ce que la Politique affirme comme idéologie : le travail, la réussite, la reconnaissance sociale, la croissance, la création d’entreprise, le sain credo d’entreprendre, l’intégration à une économie, à la communauté mondiale et mondialisée, l’ambition et le désir formatés. Dans ce livre, c’est la marginalité qui est affirmée, magnifiée même. Gohar en figure cynique tel un Diogène de Sinope mais moins turbulent, plus sage, voire indifférent, erre à travers les rues du Caire avec la dérision comme soleil, en quête de Hachich, seul vice pour moi mais qui permet d’aborder le sujet de l’indépendance/dépendance : l’indépendance vis à vis de la société, l’affranchissement même, mais la dépendance à une substance.  Savoureuse coïncidence, au passage, je terminais il y a pas si longtemps le magnifique ouvrage de Baudelaire Les Paradis artificiels.  Entre les histoires folkloriques et tristes du voisinage, et les combats du quotidien de ses connaissances et amis, Gohar foule le sol poussiéreux allant de bars en bars jusqu’au bordel, où il rend quelques menus services administratifs et épistolaires. Ne vivant de rien, dormant à même le sol avec seuls des journaux en guise de matelas, mobilier orphelin au milieu d’un humble appartement au vide inspirant, il enrichit un maigre confort grâce aux dons de ceux qu’ils croisent et à qui, pourtant, il n’a jamais rien demandé. Alors poubelle la hargneuse pensée de l’assistanat, c’est bien la solidarité qui prime ici. Il vit d’indifférence, de marginalité mais également de bonté, de sagesse et de solidarité humaine. Affable, il aime, et ne se prive pas d’écouter puis d’aider ses semblables chaque fois que l’occasion se présente. Gohar est une figure complète et complexe. En revanche, il ne vit certainement pas de misanthropie. Gohar ne refuse pas le contact avec ses contemporains, au contraire il l’alimente, il aime écouter, et ses auditeurs adorent l’écouter parler.

Voilà qu’un meurtre est commis. L’addiction des uns, les lubies de révolte ou de copulation pour les autres, l’instinct de survie et les pratiques dites « déviantes » à cette époque, lequel de ces phénomènes pourrait pousser au crime ? Qui a tué ? Pourquoi ?
Le policier désabusé Nour El Dine, mènera l’enquête. Une enquête qui laissera subtilement la place à une réflexion sur la société des Hommes engendrée par la quête existentielle de tous les personnages qui s’entrecroiseront continuellement au point d’évoluer.
Mais beaucoup de choses m’ont dérangé dans ce livre : la forte présence du Hachich dans la vie du protagoniste, quelques pages sur le crime et le meurtre, une grande indifférence de la part de Gohar qui nous apparaît en début de lecture comme vaine, injustifiée, inhumaine. On se rendra compte au fil des pages que c’est loin d’être le cas ! Là se trouve tout le génie de ce bouquin ! Tout peut se jouer en une page, l’univers de ce livre se bouleverser en quelques lignes pour éclairer le lecteur, l’éblouir même dans une explication simple et solaire. Ce livre m’a nourri d’une constante ambivalence. Et ce fut intéressant de se faire malmener ainsi.
Mendiants et Orgueilleux dresse une critique globale de notre société contemporaine intensément matérialiste, où tout travail mérite salaire, où tout salaire est mérité et engendre la reconnaissance; notre société dans laquelle nous avons érigé le travail et l’activité incessante comme une noblesse indépassable, comme un châtiment purificateur (la faute à notre socle civilisationnel judéo-chrétien ?). Le tout servant à posséder : j’ai, donc je suis : un haut salaire, une haute fonction, un haut confort, des possessions qui selon le célèbre adage finissent par nous posséder et ainsi nous déposséder de l’essentiel : l’être. Alors le credo adopté est le suivant : et si la liberté s’affirmait réellement dans la pauvreté, la pauvreté volontaire, la pauvreté, la seule richesse d’être puisque dépouillée de l’orgueilleuse ambition d’avoir, et de ses chaînes. À l’heure où la pauvreté n’a jamais été aussi importante, sa souffrance inhérente jamais aussi palpable qu’aujourd’hui, il est normal de prendre le fond de ce livre comme un affront. Moi-même, militant à mon échelle contre et dénonçant sans cesse cette pauvreté grandissante, j’ai d’ailleurs ressenti ce malaise avant de me remémorer que nous ne sommes extrêmement pauvres qu’en comparaison à la richesse et l’extrême richesse qui nous rient au nez actuellement ! Elles rient aux éclats, éhontément !  Et si la véritable posture subversive, la véritable révolte contre cet état de fait, alors, c’était de rire encore plus fort que la richesse, au point de se détacher naturellement de son emprise pour errer vers le nécessaire, l’essentiel, et tout ce qui nous rend profondément humain ? De là, ce livre apparaît profondément actuel et foutrement intéressant dans sa posture politiquement incorrecte qu’il propose. À la fois incorrecte au niveau des hautes sphères qui brassent les billets par milliards mais incorrecte également à l’égard d’un peuple de plus en plus dépouillé, de plus en plus perdu et en souffrance. La pauvreté n’est qu’une honte par contraste, alors qu’en soi, la pauvreté n’est-elle pas l’état naturel d’un être ? Cultivons-là ! Faisons-en une noblesse !

Gohar transpire d’indifférence à l’égard des affaires de la société moderne  au point de les tourner en dérision: il rit du travail, soupire face à la possession et face à sa fausse reconnaissance qu’elle instaure, ne fait aucune différence entre le mendiant et les figures d’autorité; il mène sa barque existentielle avec nonchalance, en total parallèle à une société qui n’a rien à lui offrir, ça avec une lucidité, un bien-être, une joie de vivre, une sagesse et un art de l’oisiveté qui viennent montrer que sa philosophie est une alternative à prendre en considération, ça de manière individuelle évidemment. Et Yéghen, son ami dealer, lui, malgré sa situation bancale, vit du grand rire fou et de son allégresse qu’il procure. Il y a des pages sublimes sur le rire et sur son aspect subversif voire outrageant lorsqu’il s’agit de rire de la pauvreté, de sa pauvreté. La mère de Yéghen est outrée de voir que son fils peut s’esclaffer de leur pauvreté. « Pauvre femme ! Elle ignorait qu’elle avait donné naissance à un monstre d’optimisme. ». Elle admettrait volontiers la révolte mais surement pas la dérision. Cette vision peut aussi déranger en tant que lecteur, mais il faut la prendre avec délectation justement et lucidité ! Pourquoi ne pourrait-on pas rire de son malheur, donc du malheur, de sa pauvreté, de la pauvreté ? Ce serait absurde. Rions ! Alors, rions !

Et lorsqu’il s’agit de mettre sur la table l’indifférence de Gohar, considérée comme une posture misanthropique, son indignation alors se révèle ! et il explique que la pauvreté volontaire est une posture bien plus effective et révolutionnaire que les « petits révoltés » qui cherchent à changer les choses et les gouvernements au travers d’ambitions et d’actes qui ne feront finalement qu’échouer ou finiront par la conciliation pour n’être que compromissions. Ici, on ne joue pas, l’on s’écarte dans le silence, souriant.

Je médite et rumine depuis quelques temps déjà cette philosophie du dépouillement volontaire, de la pauvreté affirmée, de la noblesse de l’échec. Cela me séduit, assurément. En revanche, je constate avec stupeur que le grand drame absurde de notre époque est que dans notre opulence crasse nous ne pouvons même plus vivre de rien… ou de peu. Vivre plus sain, avec moins ? plus écologique ? plus retiré ? … On ne peut alors vivre qu’une existence imposée. Nulle échappatoire si ce n’est la douleur, la détresse, la mort. Soit l’on meurt de vivre, soit cette société Kafkaïenne nous rappelle à l’ordre. Alors ses chiens de garde et les défenseurs d’un présent qui, négligeant voire ignorant le passé, n’en font qu’un préjugé, viendront me rappeler à l’ordre en me disant que de vivre de rien est impossible. Ou du moins une tâche herculéenne. Ce qui ne m’empêchera pas d’essayer !

Mendiants et orgueilleux ? Pérégrinations existentielles à la philosophie si singulière et hérétique à l’égard de notre époque, que ce récit fait naître des saveurs d’ambivalence. Un récit qu’il faut avoir l’intelligence de ruminer pour voir ses arômes pleinement se déployer sous le palais.
Mendiants et orgueilleux de l’être. Voilà une belle formule. Voilà, je le crois ardemment, un beau précepte à toute morale.

Lors de ce cheminement livresque, je trouvai un artiste qui sut trouver et chanter des mots plus justes, dans une concision qui laisse à l’esprit la place à la curiosité et au mystère interprétatif ! Il s’agit de Georges Moustaki. Mendiants et orgueilleux fut adapté au cinéma par Jacques Poitrenaud en 1972. Dans cette entreprise, l’artiste Georges Moustaki fut sollicité à la fois en tant qu’acteur mais aussi en tant que chanteur. Il signe alors une chanson qui vient faire la synthèse de cette histoire avec le talent des mots qu’on lui connaît. La voici, accompagnée de ses paroles.

A regarder le monde s’agiter et paraître
En habit d’imposture et de supercherie
On peut être mendiant et orgueilleux de l’être
Porter ses guenilles sans en être appauvri

L’humour n’a pas de rang il traîne dans la rue
Avec la dérision pour compagne fidèle
La force est impuissante devant les mains nues
De ceux qui savent rire encore et de plus belle

On voit sur le trottoir des maîtres philosophes
Qui n’ont jamais rien lu mais qui ont tout compris
On voit dans les ruisseaux des filles qui vous offrent
Un instant qui ressemble à mille et une nuits

Il y a des enfants rois que le soleil couronne
Même si leurs palais ne sont que des taudis
Ils vivent en seigneurs dans une Babylone
Aux jardins suspendus de légumes et de fruits

A l’heure où tous les bruits de la ville se taisent
Un verre de thé noir à l’ombre d’un café
Un peu d’herbe qui brûle sur un feu de braise
Le paradis perdu est enfin retrouvé

A regarder le monde s’agiter et paraître
En habit d’imposture et de supercherie
On peut être mendiant et orgueilleux de l’être
Porter ses guenilles sans en être appauvri

Petits PLUS

Sur les pas d’Albert Cossery :

Émission de radio « Les nouveaux chemins de la  connaissance » sur France Culture :

Albert Camus, ses pairs et sa mère (1/4) : Camus et Cossery , les 2 Albert

À la rédécouverte de Cossery le mendiant orgueilleux

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2 réflexions sur “Mendiants et orgueilleux

  1. C’est-y ce qu’on appelle un train de pensées?

    Chose sûr, ça ma plait!J’aime particulièrement ton discours sur la difficulté de vivre de peu de choses au milieu de nos sociétés de consommation et d’apparence. Je ne te surprendrais pas en te disant que je suis pour cette saine simplicité volontaire. C’est difficile surtout à cause des normes de normalisation qui nous assaillent de tout bord tout côté. La normalisation sévit mais les moyens pour y parvenir ne sont pas toujours au rendez-vous. L’économie, ou les finances, est le premier de ces moyens mais il y en a d’autres qui peuvent «marginaliser» une personne: santé, famille, culture pour ne nommer qu’eux. Si c’est ce que la personne cherche, parfait, mais bien souvent ce n’est pas le but recherché!
    Je ne connaissais pas cet Albert, un de plus à découvrir! Merci de cette suggestion de lecture à l’aube d’un bizarre d’hiver. En passant, j’aime beaucoup le Georges en question.

    • Et ne serions-nous pas dans un même wagon ? 🙂

      En tout cas Merci !! et ce discours tu l’exposes même mieux que moi. Je n’ai pas approfondi la chose il est vrai et n’ai pas mentionné explicitement la société de consommation. Alors que c’est bien la base !

      Ah ! Donc difficile de s’affranchir, et également difficile de parvenir à la normalisation quand bien même on le voudrait, alors ?! Tout est dit. Une société « absurde » qu’il nous est nécessaire de bricoler pour pouvoir un tant soi peu esquisser 1 sourire par jour ! Tous dans le même bateau, à ne pouvoir choisir, à ne pouvoir s’extirper. Alors que paradoxalement, nous rabâchons sans cesse que nous sommes dans un civilisation devenue ultra-individualiste, alors que nous devons mener la même vie pour vivre. Un constat que je nuance d’ailleurs beaucoup à travers mes propres réflexions, sans omettre cette problématique de l’individualisme auquel je préfère le terme « égocentrée ». Car l’individualisme originellement n’est pas un si grand mal, vouloir s’affirmer en tant qu’individu est, pour moi, une belle posture qui n’exclut pas l’Autre, qui ne peux exclure l’Autre. Un va et vient allant de soi à l’Autre qui se délite donc lorsque la société de consommation exacerbe non l’individualisme mais l’ego.. mais ceci est ma réflexion, elle se discute. Pardon je digresse ! 🙂
      Alors en effet, que faire ? Comment être ? Questions que je me pose bien évidemment à moi-même et ça chaque jour. Et chaque jour, comme tant d’autres, moi aussi, je bricole. J’aimerais aller plutôt vers la création de soi plus que de le bricoler. Cheminement sinueux, mais qui mérite que l’on s’y attèle.

      Et bien figure-toi que je l’ai découvert il y a peu, par hasard, je crois, je me souviens même plus. Et à peine avais-je acheté ce livre, m’étais-je renseigné sur l’auteur, que j’ai su qu’il me fallait partager cette découverte !
      Je souhaite donc que ce livre puisse te consoler, même te faire sourire, lors de ce « bizarre hiver » qui cache déjà les rayons du soleil.

      À très bientôt ! et merci encore pour ta lecture et tes réactions !

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