Mon cœur sur les feuilles

Moins un réel retour de l’inspiration que le symbole d’un retour dont j’avais besoin

Jozef Van Wissem & Jim Jarmusch – The mystery of heaven

 « Mais si on a trop de contrariétés, que dire et que faire alors ? »
– Van Gogh

PRÉAMBULE

« Faisons comme si de rien n’était, continuons nos vies.« , me dit-elle – amour conceptuel et illustrateur d’un propos à venir. Surtout pas ! lui dis-je en m’emportant ! Regardons, meurtris, les yeux grands ouverts ce monde saigner, à l’heure où ce qui est le mieux partagé actuellement, outre la petitesse, c’est la servitude, nous clame un Camus plus sombre, dans ses Carnets. Osons ! Composons ! sans détourner une seule seconde notre regard. Car, par cette lâcheté, nous en arriverions même à manquer, parfois de justesse, la Grande Beauté, émanant sincèrement du simple d’un pétale rosé, penchant car alourdi par la rosée matinale; ou, encore, la beauté jaillissant, immensément, d’un miracle d’un geste humain nous prenant par surprise jusqu’aux larmes les plus douces. Alors pourquoi détourner le regard quand bien même le mal nous tord les tripes ? Reflex défensif ! instinct de survie ! me direz-vous. Il nous faudra trouver la force face au néant et face à la douleur. Je ne sais que vous dire d’autres : des poncifs, des mots d’amour, des formules qui glissent, fadasses, sur le zinc des bistrots usés par la chaleur humaine. Et alors ? Moi, recouvrant une certaine vitalité en cet après-midi, contemplant l’azur du ciel assis à mon poste, gris-froid de service civique, où je vole frauduleusement du temps pour écrire, je me sens devenir léger, prêt à trouver la force d’un envol bancal. « Léger comme l’oiseau et non comme la plume », écrit Paul Valéry. La plume me sert qu’à écrire, me battre, une fois sortie de son fourreau obscur et humide. Ces derniers temps voilà qu’elle rouillait la bougresse. Je vole; le double sens m’est savoureux.

« Ils refusaient les yeux ouverts ce que d’autres acceptent les yeux fermés » nous dit René Char. Alors malgré les coups de poignards, les balles qui fusent, la misère, la corruption et les massacres, regarde ! Avoir mal, saigner du sang des autres, c’est là le signe le plus robuste que j’ai pu trouver pour montrer qu’être, ce n’est pas juste s’enfiler un vêtement (ou du moins les haillons) mais se mouvoir l’épiderme à l’air libre, prête à recevoir les coups et ce chaque jour que le monde des hommes fait, foire et nous inflige. Si je veux lutter et m’octroyer cette formule d’homme de l’être, si je veux écrire, dire, je dois regarder, peu m’importe le prix; ne jamais faire comme si de rien n’était.

Ce qui ne doit pas nous empêcher d’arracher avec la mâchoire des sens, la chair et la joie des jours. Être indigné ne doit pas être amalgamé à un caractère trop austère et univoque. Soleil de nuit ! Je vous dis ! Être soleil de nuit. Formule que je chaparde avec l’ivresse de l’amitié, mais non sans une certaine gêne, à Jacques Prévert. Malgré drames et aléas, je reste partisan d’une existence solaire et d’une révolte heureuse, vous savez. Être Soleil de nuit. Puisque le corps nous permet de sourire tout en serrant les dents, je ne me prive pas pour faire vivre ces saines contradictions ! Sur mon visage mais également en mon âme. Mais cela n’a pas été aussi simple. De mutisme en mutisme, d’agonie en agonie, de lassitude en mélancolie, ces champs de batailles labyrinthiques qui se sont établis sur ce corps bien trop frêle et surtout trop orgueilleux pour ambitionner de supporter une certaine misère de la civilisation, ce corps qui est le mien, a bien peiné à se relever et à renaître de ses cendres. Comment ai-je fait alors ? L’ai-je fait alors ? Les questions demeurent en suspens. Se relever, toujours, voilà tout. Sans aucun mystère, juste ses membres. Le désir fou.

Supplices et supplique :

Voilà maintenant plus de deux mois que je n’avais rien publié ici (mais il m’est arrivé de balbutier ici et ). Au fond, quelle audace s’empare de moi au point de faire de cette situation un drame. Celui que cela inquiète et tourmente plus que quiconque c’est bien essentiellement moi. Écrire, ne serait-ce qu’une ligne; exister. Mon équation ridiculement mièvre. Mais c’est bel et bien ainsi. Quel était ce mal ? quel était la nature de cette asthénie ? Voilà les questions que je me pose et m’expose sans cesse depuis des semaines et sans trouver une once de réponse. Regret, amertume et frustration ? À peine, presque tenter de répondre par la négative, je n’ai pas le temps pour ces considérations. Alors, pour me venger de moi-même, je me suis terré dans les livres, sale et salutaire habitude ! Est-ce une fuite ? J’en doute, bien au contraire : c’est un enracinement terrestre. De la vie, pure, sincère, simple, immédiate.  Mes mots m’apparaissent bien insipides en comparaison à ceux de Bobin dans la Souveraineté du vide :

« Regardez ce livre. La lumière qu’il fait entre vos mains. Je parle ici d’une lumière matérielle, évidente : celle des forêts, des arbres que l’on abat pour obtenir ce papier, des ondées et des éclaircies qui font croître ces arbres, des huiles et des pigments qui donnent à l’encre une âme noire, du jour qui entre par la fenêtre et qui surprend parfois, plus que la nuit.
Quant aux mots écrits sur ces pages : quelques herbes, fraîchement coupées dans le vert de la mémoire. »

Les mots à l’encre, donc, lus, et surtout venant de mon âme : Condition sine qua non à mon existence, disons plus humblement, à mon sentiment d’existence; écrire, même des niaiseries, simplement poser des mots sur un support, est une nécessité.  Compter que sur mes doigts. Du simple aphorisme insipide, pensée du jour, au paragraphe non parachevé, en passant par un mauvais quatrain dont il peut m’arriver d’en retirer une certaine fierté, à chaque mot, je joue ma vie; regardez mon front suintant et mes doigts vaciller. Mais au delà de cette solitude profonde, que l’écriture comble d’un monde, mes pensées vagabondent bien plus que ce que je veux bien me l’avouer vers certains proches, et ces quelques lecteurs/ices passionné.es; des pensées qui se font gestes. Je ne serai jamais seul, il faut me rendre à l’évidence. Pernicieuse allégresse.
Écrire, nécessité pour témoigner de mon existence toujours bel et bien là. Et pourtant, je ne saurais expliquer pourquoi ni pour quoi j’écris. « – Pourquoi écrivez-vous ? reprit-elle après un silence. – Moi ? – je ne sais pas, – probablement que c’est pour agir. » (Gide dans Paludes). L’intense sentiment, parfois malhonnête, de pallier mon impuissance lorsque j’écris. Servir une cause, se créer en tant qu’être.  Agir, oui. Que puis-je faire de plus ? Écrire. Agir.  Même un semblant. Seul geste qui me permet, un tant soit peu, de rembourser ma dette à mon créancier naturel; seul geste qui pallie, un tant soit peu, ma honte, parfois et depuis quelques temps intense, d’être de cette race qu’est l’Homo Sapiens. J’ai eu mal, oui; putain, j’ai mal. A-t-on déjà vu une espèce aussi arrogante qui, jusque dans ce qui lui est vital, s’est adonnée à l’avilissement ? « C’est comme si pour l’homme il fallait absolument choisir entre l’avilissement et le châtiment. » (Camus). J’ai opté, sans qu’il soit question de ma volonté, pour le châtiment. Porte, mais souris : mon credo. Honte, donc ? Ai-je besoin de vous faire un topo sur les actualités qui m’enflamment le cœur, des actualités allant du sud au nord, de l’ouest à l’est, j’entends. Je ne m’amuse pas à la sélection des malheurs, soyons fermes et honnêtes. Sans parler de la psyché toute pétée des individus du quotidien que je croise de plus en plus. Où est le bonheur ? Notre civilisation actuelle, ou l’industrie du malheur. Produit distribué au travers des rouages de notre société de consommation qui, se vendant si bien, devient pathologie. Le malheur, la misère voilà nos vrais cancers.

« Navrant ! »

Le feu follet louis malle

Tirée de Le Feu Follet, film de Louis Malle (1963). Adaptation du roman de Drieu la Rochelle.

Alors Écrire. Agir. Au feu. En feu. Partir trouver refuge dans les livres et la beauté. Puis revenir. Et rester petit.
Mais depuis deux mois je n’avais que les échos du vide. Plaît-il ? Asthénie vous dis-je. Intense fatigue léthargique. Et puis cette nouvelle existence qui ne s’expose qu’à la condition d’un agenda assidument tenu. J’ai cru au désespoir, devenu las et silencieux. Mais ce n’était pas comme s’il s’agissait d’une première : j’ai maintes fois abordé cette thématique du manque d’inspiration ou de l’intense fatigue – veuillez donc excuser ce radotage. Alors, j’ai une supplique à l’attention de mon stylo : Échos du  vide. Je m’ablutionne d’écrits vains… dans l’espoir, vital, de recouvrer mon âme;  illuminer enfin la voie de mon Salut; écrire vrai, cri du grand et vertigineux amour (quoi d’autre sinon ?). La Félicité. Brille, brille en moi, brille sur moi putain de diamant fou; qu’il brille sur nous. Écrivant ces lignes, dorloté par une deuxième femme qu’est la musique, je suppliais l’écriture de revenir, là, sous les caresses de l’immense morceau « Shine on you crazy diamond » des Pink Floyd comme pour que ma parole spirituelle porte plus loin.

Qu’en est-il ? Je vous livre ce préambule décousu pour ainsi marquer mon retour ici-même et pour vous livrer dans un même temps Mon cœur sur les feuilles. Mais je serais malhonnête si je ne m’excusais pas d’avance pour ceux et celles qui ont déjà lu ce texte que je recycle, lâchement, ici. Ce nouveau billet est moins un réel retour de l’inspiration que le symbole de mon retour dont j’avais besoin.

Le revoilà, nous sortant d’une torpeur des après-midis d’hiver : Hélios fend le ciel, éblouissant de sa majesté; comme si j’venais de naître. Et nom d’un cul ça fait du bien à l’âme ! surtout celle du nord. Hélios toujours paternel applique un baume sur mon cœur du nord-ouest. Les beaux jours reviennent. Toujours.

Rentrant chez moi, je traverse ces contrées citadines grisées par nos progrès. Je longe un talus d’herbe transpercé par de ces arbres typiques que l’on croise dans les centres-villes, le soleil m’éblouissant, vient intensifier les matières et leurs couleurs. Mon attention fut happée par ces points de couleur surréalistes, impressionnistes; qui venaient parasiter le vert artificiel de cette verdure de bonne conscience. Des fleurs… bleues, roses, jaunes, mauves… si frêles, si fines, insignifiantes, comme de la mauvaise graine qui venaient orner un siècle profondément fade. Exalter les couleurs, par touches, simples, serait-ce la révolte de notre temps ? Je souris. Cueillir, recueillir des fleurs solaires… moi fleur bleue ? En funambule, toujours, j’ai ce rêve de tourner Peintre. Je souris. Éternelle habitude qui joue avec et déjoue la gravité.
L’amour et le voyage comme remèdes. Je rentre chez moi pour publier ce billet où se déverse la palette de mes sentiments dans une danse chaotique mais sincère; ce billet d’une étrange sérénité. Il n’en reste qu’il est un long souffle, j’en ai conscience. Prenons un café ensemble après ce préambule pour marquer une pause, et discutons un peu !
Des enceintes de mon auto-radio, gueule avec douceur ce morceau, qui m’accompagne depuis des jours maintenant. « Pinacle ». L’amour des hauteurs simples qui font de la vie un morceau d’miracle, qui font de l’ennui un morceau d’mirage.

Bien le bonjour à vous tous et vous toutes, je témoigne de mon retour et vous quitte pour aujourd’hui avec les mots de Van Gogh, véritable leitmotiv adressé à son frère Théo :

« Mon cher frère, le mieux reste peut-être de blaguer nos petites misères et aussi un peu les grandes de la vie humaine. Prends-en ton parti d’homme et marche bien droit à ton but. Nous autres artistes dans la société actuelle ne sommes que la cruche cassée. »

À bientôt.
Minosze.

Anton Serra X Lucio Bukowski // Pinacle

« Triste, cette manière de digérer nos vies
Plutôt que goûter au bonheur, on allégeait nos rires
Y’a qu’les fous pour oser viser l’hégémonie
Pour mieux qu’elles touchent au but : on a piégé nos rimes
Les remords s’achètent-ils dans des boutiques-souvenirs ?
Sème des cailloux pour être sûr de ne jamais revenir
Me raccroche à l’écriture, je n’compte que sur mes doigts
Un ange déchu ne tombe que sur des toits
Notre aventure commence à chaque seconde de plus
Tout à refaire comme un vieux qui rate le bus
Et c’est la vie et c’est tant mieux
Et c’est tant pis pour l’abruti qui ne sait qu’être envieux
Boulot, métropolitain et quelques lignes de Verne
Un peu de studio et quelques signes de peine
Que l’on combat avec des instants d’grâce
Tout en évitant les instants d’crasse
Et je m’sens bien comme après l’amour
Le soleil sur mon visage, l’orage a pris la mouche
Nos espoirs s’endorment là où on les pose
Je suis en grève donc me fous du train où vont les choses
Soyons clairs : j’n’ai même pas d’avis précis
À part la lutte intérieure, le reste se déprécie
Puisque le chemin est interminable
Parcours le Yi King dans un bar minable
Tout égaré dans une guerre d’hoplites
J’voudrais être héros dans un Jean-Pierre Mocky
Me souviens d’être vivant lorsque je foule la terre
M’entoure d’évidences pour qu’ils me foutent la paix
J’ai mes passages à vide comme un nietzschéen
J’essaye de me relever et puis je vise ces riens
Qui font de la vie un morceau d’miracle
Qui font de l’ennui un morceau d’mirage
On avance toujours comme on peut
Sache que les larmes n’ont jamais rien d’honteux
Nos solitudes peuplées demeurent irréductibles
Sourire à l’avenir, c’est être indestructible
Et il y aura des moments noirs
Cette sensation de perdre tout espoir
Juste du vide de l’autre côté d’la porte
Seul face au néant, faudra trouver la force
Et rebâtir une existence de mieux
Garder ses souvenirs comme une présence de Dieu
Une larme rejetée, c’est un rire atteint
Y penser chaque jour et puis ça ira bien »

LE CŒUR SUR LES FEUILLES

10/02/2015

Regarder défiler , las, les yeux vitreux, les jours sur les pages d’un agenda au papier glacé qui caressent mes doigts… puis, dans un éveil mystérieux de l’esprit, rosser l’une d’elle, inconsciemment choisie, en la plaquant de mon index sur ses sœurs déjà trop vieilles. Et me faisant violence, noircir le vide de celle-ci, ornée d’une date, afin d’engendrer une habitude nouvelle qui me semble absurde : prévoir quand écrire. Tristesse de l’inspiration forcée. Pauvre du temps à tel point que je dois, par moi-même, me le voler. Kleptomane et mendiant. Intense angoisse. Mais ici, où est la tragédie ? la littérature n’est qu’un simple à-côté, pourquoi pleurer ils disent, avec ce ton de surprise, celui qui jaillit face au poncif de la doxa. Dédain de la vacuité. Foutaise contemporaine à laquelle je ne peux me résigner !
J’inscris alors, dépité, la réponse à ma question mentale qui me torture : quand écrire ?
S’il y a une chose que j’ai toujours abhorrée c’est bien le calcul. Soupirant. Mais qui sait…

Il est déjà tard. Ce soir, je manque cruellement de couilles pour faire ce choix de cracher mes quelques ardentes fulgurances sur papier et ainsi me risquer à me coucher à l’aurore. N’est-ce pas ce que nous arrache cette vie, le courage ?
« D’abord la sincérité, puis le courage ». Putain… vous sentez ça ? Concision de la grandeur. Grandeur de la concision. Mantra salvateur. Ange malin hantant à présent mes méandres spirituels (se référer à l’étymologie, et par-delà), tout droit sorti du crâne ivre et torturé d’un digne fils de la beat generation, dont j’ai le vague sentiment qu’elle s’est tristement fondue dans les fadaises du temps, et avec elle, s’évaporent les profondes et marginales exhalaisons des exils aventureux et surtout intérieurs. Dégueulant encore, dieu soit loué,  ses quelques relents de vie, n’atterrissant, par le malheur du laisser-aller, quasiment plus que dans les caniveaux qui esquissent l’architecture insipide du siècle. Ça comme tous les parents. Enfin, soyons justes : pas comme tous. Pas comme tous ces parents qui prennent de l’âge et qui se plient, inévitablement, aux exigences d’une époque n’étant déjà plus la leur. Eux, et ils sont nombreux, ils abdiquent devant leurs progénitures, toujours. Critiquent les subversives vérités des enfants par convoitise latente. Les descendent, par quolibets, au  rang de simples idéalismes qui s’évaporeront, soi-disant, aussi vite qu’une tendance. Dans leurs efforts, on en vient même à percevoir une sorte de mesquinerie désireuse de sabotage, visant à perpétuer l’échec qu’ils n’ont osé et n’osent s’avouer. Rester gosse, l’évidence ! l’incessante subversion ; l’éternelle panacée. Pensum. Pensum imposé par la seule grâce de notre naissance, condition qui nous condamne à être des hommes, tout autant qu’elle nous libère à être ainsi. L’enfance reste la liberté originelle. Sa conquête est rude, parce que oui c’est une conquête. J’arpente, par l’acte de création, ces contrées en nomade à velléités sédentaires. Elles possèdent toutes les qualités propres à mon façonnement. Vous riez ? Si votre rire est l’expression de la raillerie qui pullule en ces terres actuelles, vous échouerez. Tous appelés, très peu d’élus. En votre for intérieur, même coulés sous les eaux de l’inconscient, vous savez ! voilà pourquoi votre rire est si pathétique. Vous riez, mais laissez-moi me vautrer dans l’écriture ! en gosse certes perdu, mais d’une folie orpheline et dionysiaque !

J’écrivais à E. qu’il ne devait y avoir nulle honte, pour un auteur, de laisser voir à travers son flux manuscrit, des lacunes dans l’esthétisme, des anomalies terriblement visibles au travers de cette œuvre singulière orchestrée par la main. Qu’au contraire, laisser apparaître ces laides irrégularités, ces vilaines aspérités, nées de cette charnelle langue scripturale, c’était là le signe de la bonne santé d’une plume qui s’épanche au rythme des battements du cœur. Un cœur fou, ardent, en constante tachycardie. Il déraille, le corps tangue, la main, esclave, ne peut que suivre la cadence qui la malmène. Les grands ébats sont toujours douloureux. Les vrais amours sont vacillants.
Ainsi, ce sont les  battements de son cœur, les suées de son corps qui font jaillir les difformités d’une plume sincère. Le vocable rutile sur les feuilles, il s’y reflète ; voilà le credo ultime, sublime :  la sincérité. Crue, simple, magnifiquement dure. Coucher son cœur sur les feuilles.
Au delà même d’une grande, d’une bonne histoire, qui impressionnerait le lecteur – et pourquoi pas même la critique – par la virtuosité de son auteur, c’est avant toute chose le sang du cœur qui doit peindre la vierge toile ; ses battements déchaînés, annonçant de si peu l’agonie, qui doivent engendrer le mouvement de la main. Le corps ne peut mentir, sinon il y a malaise ; la main hurle, elle doit hurler. Fermement et égoïstement serrée autour du stylo, caressant la page amoureusement comme le dernier plaisir charnel d’un condamné à mort, la paume ouverte au monde. Les lignes torturées. L’encre, mouvement du sang. Faire avec ou ne plus écrire.
Quand écrire ? Quand saigner ? La fatigue, déjà. Homme amorphe. L’indolence, est-ce tout ce qu’il reste ?
Trop peu pour moi. Je laisse place à mes deux amants : l’amour et le voyage !
Et demain j’écrirai, puis demain encore… j’écrirai.

Waaah !

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2 réflexions sur “Mon cœur sur les feuilles

  1. Y a de ces choses qui se pardonne mieux que d’autres! (l’expression revient souvent dans mon vocabulaire ces jours-ci!) Je me rends compte en lisant ce billet, et en le relisant, qu’il manquait quelque chose pour accompagner mon café matinal. A ce propos …«Prenons un café ensemble après ce préambule pour marquer une pause, et discutons un peu !»
    La connaissance de l’alphabet et l’apprentissage de l’écriture est l’un des rudiments de l’éducation. J’ose dire LE rudiment car sans connaitre nos lettres l’incapacité de lire confinerait les gens à une forme d’ignorance qui freinerait les développements et découvertes dans plusieurs domaines. Toutefois, cette connaissance n’inclut pas la faculté de décrire avec lucidité la réalité que plusieurs préfèrent ignorer. Trop souvent à mon goût l’écriture est associé à la transmission d’information, à un certain cadre scolaire, au dur labeur des heures d’étude. Et avec cette vision de l’écriture s’y associe la lecture qui est souvent perçu strictement utilitaire. Mais je crois que les deux activités, écrire et lire, sont bien plus que des simples «fonctions nécessaires au déroulement monotone de notre quotidien». Elles peuvent être des instruments de plaisirs ludiques. Lire un bon livre – ou un bon billet- est une source de bonheur incomparable tout comme celle éprouvée lors de la rédaction d’un texte.
    Je signerais sans hésitation une pétition qui déclarerait Écrire pour agir. J’y crois et … ne le fais pas assez souvent. Changer les choses débute toujours par un constat. Juste s’exprimer sur un sujet si on en ressens le besoin est une action qui devrait être applaudis beaucoup plus. L’exercice de l’écriture, bien qu’à la portée de tous, est un exercice périlleux qui demande des efforts insoupçonnés. L’écriture est 90% de mental et 10% de physique et … on sait combien le mental est fragile et frileux (un rien le fait fuir, tout peut le perturber). Je ne sais pas comment le quantifier, mais il y a aussi le temps qui doit être inclus dans cet exercice. Le tic et le tac qui rythme nos journées et nos diverses activités.
    «… afin d’engendrer une habitude nouvelle qui me semble absurde : prévoir quand écrire.» La vie est remplie d’absurbités; c’est ainsi sinon ce ne serait pas la vie! Je souhaite vivement que tu sauras composer avec cette nouvelle – et parfois fâcheuse j’en conviens- habitude. Parait qu’à force de pratique, on peut écrire sur commande. Parait mais … j’en suis qu’au stade débutant et … je trouve difficile d’appeler l’inspiration quand arrive le moment prévu pour écrire.
    Écrire demande un effort physique et les écrivains sont des athlètes ignorés. Voilà mon opinion!
    Bravo pour ce texte que je trouve inspirant. Au plaisir des mots échangés via internet.

    • Je constate non sans une grande joie que ce billet inspire ! Ce retour sur ce blog n’aura pas été vain. Et comment ne pas être encore plus ravi en lisant ton propos. Ce souffle d’air frais, aborde bien évidemment des thématiques des plus savoureuses : les lettres, disons le langage et son apprentissage et la lucidité, cette capacité à regarder vrai, à oser regarder le réel. « La lucidité, la blessure la plus rapprochée du soleil » écrit René Char. Et oh mon dieu que j’angoisse déjà à l’idée de ne pouvoir tout formuler comme je l’entends. Nous sommes une civilisation de l’écrit oui, en occident, notre légitimité de la maîtrise de nos langues se forge, oui, à l’écrit. L’écrit est partout, l’écrit nous dit tout, l’écrit légifère; chez nous, il est un prolongement de notre pensée, de nous-mêmes, de notre Culture et représentation du monde. Lire et écrire, alors, deux faces d’une même pièce qui nous permet d’être au monde (et de s’en extirper ?) ? C’est un enjeu majeur oui, surtout à une époque où l’illettrisme fut justement déclarée cause nationale (par Jean-Marc Ayrault en 2013 je crois) Alors l’écrit plus qu’utile est nécessaire, chez nous, en tout cas. Il est important de relativiser. Mais tu pointes, à raison, cet aspect utilitariste (différent de l’utile). Un point de vue qui te fais dire que dans cette culture, le plaisir, la joie d’écrire, de lire sont occultés. Ce serait un grand grand sujet oui !! Même un sujet de thèse qu’on ne pourrait simplement aborder entre deux cafés ici-même ! Ah, et je le déplore. Tant de chose à dire sur l’écriture, son importance, son impact… tu as réveillé en moi l’éternel étudiant qui siégea, justement, sur les bancs du département des Sciences du Langage et qui, officieusement (et j’espère temporairement), s’adonne toujours à ses travaux qui concernent l’écriture [et le numérique]…

      Ce plaisir, cette joie, de jouer avec les mots, écrits ou dits, n’est-ce pas l’apanage des écrivains en particulier, des artistes en général ? C’est grâce à eux (en partie), que la langue tangue, que la langue évolue, voilà l’une des responsabilités de l’auteur quelque part : celle de rester dans l’enfance pour lui ouvrir, perpétuellement, la porte de cette liberté que demande le verbe. Voilà, oui, pourquoi, d’après moi (et toi), écrire est un acte périlleux, un exercice d’équilibriste. Pour s’atteler à cette activité, tu parles de 90% de mental et 10% de physique. Tout cela dépend du « qui », mais me concernant je trouve cela juste. En revanche, il devient difficile d’écrire lorsque le physique et le mental sont accaparés à, souvent, plus de 50% respectivement. Car, tout à fait, un rien fait fuir le mental, l’inspiration. J’en suis la première victime. Mais ce fut la problématique récurrente de nombre d’auteurs : vivre ou écrire ? vivre, ici, à prendre comme bien intégré à la société et répondant parfaitement à ses exigences. D’où l’extrême pauvreté qu’ont connue nombre d’entre eux. Voilà pourquoi il nous est arrivé de rapprocher l’acte d’écriture, le travail d’écriture, de la mort. J’aime l’appeler « petite mort » pour faire briller ces paradoxes : la mort et le plaisir, le charnel et l’esprit, le labeur et le sensuel, ainsi que la grande satisfaction de s’être épanché jusqu’à l’extrême épuisement. Car chez moi, malgré ces 10% dans l’acte (on dira 25), l’écriture est très charnelle, physique, c’est du moins l’ambition que je me donne. Faire de chaque texte une « petite mort ». Mais bref je m’égare.

      En tout cas merci pour ta savoureuse participation, et pour tes encouragements.
      Je ne peux écrire sur commande, même si, avec le travail de l’habitude, on apprend à écrire de manière plus régulière, plus « professionnelle » pour le dire avec un terme que je n’aime pas tellement. Mais lorsqu’écrire est une nécessité, même si l’on se plaint de nos contraintes qui nous en empêche, l’inspiration revient toujours et se sculpte même différemment jusqu’à nous surprendre. Triompher de l’adversité ? 🙂

      Toujours un plaisir d’échanger et de nourrir et se nourrir de nos réflexions !
      À très bientôt !
      Minosze.

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