Infinies clartés

gradiva

André Masson – Gradiva (1939)

André Masson ?*

Comme chaque année, je vis une coïncidence toute aussi savoureuse que troublante qui me pousse à brandir le concept de Jung, arrangé à ma sauce, celui de « Synchronicité« . Il y a un cinéma, qui trône au dernier étage d’un centre-commercial encore flambant neuf mais conçu par et pour l’époque, situé à la périphérie du centre-ville, et  dans lequel je me rends rarement, sauf lorsqu’il s’agit de pallier l’absence de diffusion de certains films que les autres cinémas plus modestes, mais dans lesquels je me sens chez moi, ne diffusent pas. Ça devait être un vendredi, fin d’après-midi. Me dirigeant, de pieds fermes, dans le hall de ce cinéma afin d’acheter ma place, je suis envahi par un émerveillement infantile lorsque je me retrouve face à la surprise de voir devant moi des étalages, dignes d’une foire à  tout, sur lesquels dort paisiblement toute une population hétéroclite de bouquins et autres ouvrages. La compréhension fit irruption dans ma boîte crânienne comme une révélation : « AH ! c’est maintenant la vente de livres organisée par et au profit du Secours Populaire. ». Mais, mes amis m’attendent et s’impatientent, mon film commence dans quelques minutes : je reviendrai demain. Le lendemain, me revoici à fouler la moquette de ce hall où, avec l’œil d’un chercheur d’or, je zigzaguais entre les étals. Tous les ans, dans « la ville aux cent clochers carillonnant dans l’air » écrit Hugo (mais dans toute la France aussi je présume), le Secours Populaire organise une vente de livres dans laquelle littérature et cinéma s’épousent : de nombreuses affiches de films sont également de la partie ! Je suis comme un gosse, et je suis seul. Liberté ! Puis c’est l’occasion de faire converger passion et engagement. Il me faut une bonne heure pour en profiter pleinement et composer ma pile d’une dizaine de livres. Il y eut un ouvrage, famélique, vieillot, à la couverture aux couleurs passées au point qu’on le croirait fait main, qui me tapa dans l’œil dès mon arrivée. Ce sera pourtant celui-ci pour lequel mon hésitation fut la plus grande. Une lithographie surréaliste, tronquée, adaptée à la taille de l’ouvrage, dessine sa couverture. Je le feuillette, il est de ces ouvrages courts, consacrés à une figure, ici, artistique; de ces livres d’une collection dédiée justement à la brève présentation d’une figure précise et de son œuvre : « dans la même collection, déjà paru : « Picasso », « Picabia », « Monet », Rembrandt » … » Voyez le genre.

Je découvre alors des toiles sombres et tragiques, aux visuels surréalistes, à l’atmosphère angoissante, aux thèmes dramatiques. J’y observe des traits en spirales, des coups de pinceau frénétiques créant des formes géométriques anarchiques et au milieu d’elles, mon regard happé, contemple impuissant, d’autres toiles du même genre mais cette fois-ci aux couleurs explosives et criardes. Intenses clartés frémissantes; effusion lumineuse cernée par l’angoisse et le tumulte des passions.  Je fus subjugué, hypnotisé, mes sentiments furent intensément étranges. C’est grâce à cet état émotionnel que mon indécision se transforma en une obsession.P1040746 Ce petit livre est consacré à l’œuvre d’André Masson. Mais il  est très très avare en informations concernant son sujet : le peintre lui-même. On peut lire une brève introduction composée d’un discours aux mots joliment agencés, accouchés par Georges Duby, historien français teinté, ici, d’un certain égoïsme au point de parler du peintre comme si tout le monde le connaissait. Et c’est tout. Mais je cite : « Ce qu’aujourd’hui présente André Masson demeure intensément tragique. Assaillies, poursuivies ces figures, et ces lieux dévastés. » André Masson reste alors cet artiste inconnu, disons peu connu à mon esprit, mais dont l’œuvre me toucha profondément. Bien évidemment dans ce cas, internet est une vraie révolution. Et pour ne pas rester sur notre faim, mon lectorat et moi-même, je vais au moins paraphraser (ok, bêtement copier-coller) la page Wikipédia consacrée à André Masson : André Masson, né le 4 janvier 1896 à Balagny-sur-Thérain, Oise et mort le 28 octobre 1987 à Paris, était un peintre français qui participa au mouvement surréaliste du début des années 1920 à la fin des années 1950. Notamment célèbre pour ses dessins automatiques et ses tableaux de sable, il est l’auteur d’une œuvre multiforme, marquée par l’« esprit de métamorphose » et l’« invention mythique ». Son influence est notable sur l’expressionnisme abstrait, en particulier Jackson Pollock et Arshile Gorky. Wikipédia mentionne Jackson Pollock, je n’avais pas fait attention, et en effet, sur certaines toiles de Masson, j’ai pu avoir une pensée pour Pollock. Masson donne l’impression d’être relativement méconnu malgré son entourage et le fait qu’il s’ancrera dans et sera influencé par les grands mouvements artistiques éminents et fondamentaux du début du XX ème siècle. Masson, après la première guerre mondiale, se rend dans la ville de Céret, vers 1919, où il y peint des œuvres inspirées du travail de Cézanne ou encore de Van Gogh. Il rencontre de grandes figures de l’époque tel que Max Jacob, Miro, Desnos ou encore Aragon, et il se lie d’amitié avec le peintre espagnol Juan Gris. Après, dans les années 20, Masson sera influencé par le mouvement cubiste.  Il explore ensuite le mouvement surréaliste, et expérimente la création automatique où il en ressort de multiples dessins. D’ailleurs dans l’ouvrage que je vous ai présenté, dans une sorte de livret dans un livret, on peut y trouver une « Autobiographie mythique » dans laquelle on peut voir nombre de ses dessins réalisés à l’encre de chine. Après, sont-ils réalisés de cette manière singulière ? Masson inventa également un procédé qui est celui de « tableaux de sable », qu’il réalise en projetant tout simplement du sable sur une toile. Si l’on se penche sérieusement sur l’artiste, on pourra évidemment trouver plus amples informations, surement même des ouvrages entiers qui lui sont consacrés. Pour ma part, en surfant sur la toile, voilà dans les grandes lignes ce que j’ai pu apprendre sur lui.

Je crois, après relecture, que j’inaugure enfin et réellement ma rubrique « art » qui ne se remplissait, non par de véritables billets, mais par la seule grâce de mon partage d’œuvres et d’images qui viennent orner certains de mes textes. Pour me donner bonne conscience, je cochais la case « art » dans les catégories de billets WordPress. L’art, malgré mon amour que je lui porte, reste une angoisse. Il m’est difficile d’en parler, pour une simple et bonne raison que d’apprécier le beau et avoir des connaissances sont deux choses différentes. Mais j’ouvre le débat. Cela dit, régie par la curiosité, l’appréciation du beau mène bien souvent à l’acquisition des connaissances et même bien au delà. Dans son ouvrage savoureux Le sable et L’écume, véritable pinacle où guète le repos, voilà ce qu’écrit Khalil Gibran à propos de la beauté : « Lorsque tu atteindras le cœur de la vie, tu trouveras la beauté en toutes choses, même dans les yeux insensibles à la beauté. » ou encore « Nous ne vivons que pour découvrir la beauté. tout le reste n’est qu’attente. ».
Pour faire court mon amateurisme en la matière me pousse à l’humble silence. De plus, les nombreux auteurs, blogueurs et sites qui s’attèlent bien mieux que moi à communiquer leur passion sur le sujet viennent amenuiser ma légitimité. Pour André Masson donc, je ne prends aucun risque par prudence et humilité. Pour preuve, ce billet est avant tout un texte de mon cru que je voulais partager. Mais, je trouvais ce succinct préambule sur cet artiste légitime et utile. Je vous laisse alors avec l’objet initial de ce billet : Infinies clartés.

André Masson - Vagabonds, au vol de corbeaux (1966)

André Masson – Vagabonds, au vol de corbeaux (1966)

Ornement Musical : « Code Caduc » *

 

(écoute fortement conseillée pour accompagner la lecture)

Infinies clartés

Nan, j’n’ai point peur de la mort
Mais j’ai deux, trois trucs à faire.
Puis j’regarde le ciel et j’expire encore
Cette brume claire d’un éternel hiver.

J’demande peu à cette vie, mais suis-je pourtant heureux ?
Observe mon visage lorsque j’vois le soleil du printemps poindre,
Cette révolte infime qui m’inspire me consigne d’être lumineux !
Folie du sourire face au désespoir facile qui jubile de nous étreindre.

Comment vivre ? Sempiternelle question qui façonne mon âme,
Dessine une ligne de fuite, puis me transforme en vague;
Je vais et viens dans l’angoisse du temps éructant mon vague à l’âme;
La mort, l’absurde, mélancolie et démesure se plantent comme des dagues.
J’encaisse l’universel sauf quand le malheur des autres me drague.
Solitude en panacée, arts et lettres m’enlacent comme des cuisses de femme,
C’n’est jamais assez : sur l’épaule trônent proches et livresques parangons
Tu connais mon lexique, plongé dans l’ivresse je m’excite : « putain haranguons ! »

Cet après-midi d’Avril, malgré la rime opiniâtre j’ai le verbe fleur bleue,
Et découvert d’un fil, compte bien gravir les cimes à la recherche de dieu;
Vagabond au vol de corbeaux, je suis ébloui par une toile d’André Masson;
Explosion saisissante des sens, venir à la rencontre du contraste acté;
Mes valeurs sont closes, mais peu importe l’heure, entrez en ma maison,
Dans cette vie lagunaire gueulent les contraires au cœur des infinies clartés.

Dans cette vie lagunaire gueulent les contraires au cœur des infinies clartés.
Dans cette vie lagunaire gueulent les contraires au cœur des infinies clartés.

Minosze.

* Pour voir une partie des œuvres d’André Masson : Arnet, page consacrée à Masson
Et pour en savoir plus sur l’artiste, voici un billet clair, concis et illustré : André Masson

* Extrait de l’album : La plume et le brise-glace d’Anton Serra et Lucio Bukowski

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