Cette nuit

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Soleil de nuit d’Italie.

J’écrivais ceci en 2011. J’avais – putain d’merde – j’avais à peine une vingtaine de berges. Depuis, j’en ai craché des lignes, par milliers, que j’estime mieux que celles-ci, mais peu importe. Là, maintenant, c’est le symbole, la démarche de partager ce texte qui me domine. Puis vous savez, parfois je fais un billet moins pour le texte que je partage que pour son préambule. Presque 26 ans aujourd’hui. Que le temps a coulé, que les choses ont changé, tant de métamorphoses en mon sein, tant d’émotions ont ruisselé, tant de peines et d’allégresses sur ma peau, tant de périples partagés que j’ai fait miens, tant de passés hantés, de présents savourés, tant de futurs avortés, tant de mystères irrésolus, d’incompréhension et de surprises ragoûtantes, tant de beautés et d’ivresses, tant de rires, de misères, tant de gens brisés et de manque d’air; tellement d’amour, enfin, puis tant d’adieux perforants, de danses décadentes, d’encre et de proches en baumes apaisants. Et moi, parmi tant d’autres survivants, souriant et essuyant mes larmes, incessamment, je renais. En heureux malheureux. Même s’il m’a fallu mourir pour ça, les regrets ne me rongeront pas.
Ces lignes, – cette chanson, pour être tout à fait juste, un peu simplette (j’étais jeune !) – en les relisant (comment en suis-je arrivé là ?), résonnent si fort en moi, là, aujourd’hui, ici et maintenant. La nuit. Le soleil. Destiné à épouser les contrastes. Alors je me disais, égoïstement, que de partager ce texte pouvait être une bonne idée, surtout pour moi, surtout maintenant : genre catharsis, savez. Également pour témoigner d’un signe de vie, aussi maigre soit-il. Je vis, voilà la vérité. Toujours. Je la ressasse, la rumine cette vérité. Avec peine, avec larme, avec ivresse. Mais je saisis de toute mon âme cette putain d’chance.
Je reviens bientôt, comme je l’ai tant promis. Renaître, je vous dis. Mon cri. Une sortie. Une [nouvelle] vie. Ce jour. Cette nuit.
Minosze.

Cette Nuit

Exécrable je suis, par excès d’zèle d’autrui,
L’envie de péter des câbles m’a surpris,
Parano pessimiste, je paradais
Comme un crabe masochiste, j’étais,
Une victime défaitiste, j’n’avais,
Plus la flamme je vous dis,
Depuis j’ai muri, devenu contemplatif de la vie,
Mais j’ai plané, oui aussi, et j’ai fui, c’est ainsi,
Instable à braver les ravines, du suicide,
L’envie est devenue préférable, ô ça oui !
Tout n’était pas si macabre BB dit,
On n’est pas si macabre je le dis,
Ça y est, ça y est j’ai compris en sautant du lit,
Je me, je me sens moins lamentable cette nuit,
J’ai, j’ai ravivé la flamme cette nuit,
J’ai quitté ce maudit taudis, ma cage cette nuit.

Cette étrange nuit m’a permis, de voir
Les regrets que j’aurais pris, sans boire,
Les sanglots que je réprime, car
Les méfaits je les sublime, c’est ça…

J’ai pris le mal par l’origine, par peur,
D’avoir à me servir d’la carabine, l’horreur,
De voir ces vides qui habillent mon cœur,
Malgré mes faux airs juvéniles, ma peau,
Ce trop-plein de noirceur, le beau :
J’écrivais ces vers indélébiles, mon sang,
Imbibés de ma sueur, ainsi mon caveau
Est loin d’être recouvert de terre,
Mon ambulance fut les bouquins et les infos,
Le vrai du faux comment peut-on s’en foutre, ça m’sidère,
Si l’on considère qu’on est dans le même bateau ?
Il m’a fallu du temps pour admirer l’étang,
Suis-je le roseau ?
Mais le temps c’est de l’argent, et oui,
Il faut courir tout le temps, mais le prix ?
De ne pas saisir qu’il n’y a pas de plus fort,
Avoir le sens de l’effort pour vivre,
Plutôt mourir que de ne pas saisir les métaphores :
Mes vivres et aimer vivre,
La mort ne me trouvera pas dans mon lit,
Le jour et la nuit ne sont pas ennemis,
salutaire et impératrice fut cette nuit.

Cette étrange nuit m’a permis, de voir
Les regrets que j’aurais pris, sans boire,
Les sanglots que je réprime, car
Les méfaits je les sublime, c’est ça…

 

« La vie ne paraît claire qu’à ceux qui ne l’interrogent pas. Avec le sens de la question, nous avons retrouvé celui du mystère. Certes, nous désirons toujours la lumière, mais moins sûrs de la posséder que de la poursuivre, attentifs à toujours laisser sa part à l’ombre, nous avons le respect de l’inexplicable, nous subissons volontiers le charme incertain des signes, et le forfait nous émerveille.
Peut-être aurais-je dû me contenter de dire que nous aimons la vie. Nous l’aimons tant, cette vie tragique, que le tragique lui-même nous semble aimable. Qui aime la vie aime la mort. »

Jean-René Huguenin – Une autre jeunesse.

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Une réflexion sur “Cette nuit

  1. « Avoir le sens de l’effort pour vivre. »
    C’est probablement ce sens qui me fais défaut ces temps-ci. Ne plus faire d’efforts si ce n’est que celui de me laisser entraîner par le courant du quotidien justement … sans effort de ramer à contre-courant.
    Merci d’avoir écrit un si beau billet.

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