Faire sa part

 

« Une affaire très délicate, un message de la plus haute importance, une question de vie ou de mort, littéralement… Simple boîte postale au service de l’humanité… L’Homme se fera. Libéré de toutes les entraves, heureux, lumineux dans la fraîcheur de sa nature retrouvée… Enfin. Pas commode d’arriver jusqu’ici, des chiens qui aboient, la nuit noire, me voilà, cependant; ai fait, comme toujours, de mon mieux. »
Romain Gary – Lady L

 

Dimanche pluvieux : On se raconte, non sans une pointe d’humour désespéré, notre weekend vide.  De Paris, elle me décrit son brunch, de ma Normandie, je fais de même. La persistance du mauvais temps influe sur mon moral, sur le sien aussi; pourtant, je m’étais toujours mis un point d’orgue à dépasser mon sentiment envers tout ce que je ne maîtrisais pas. Cela dit, cette pluie battante, cette température lunatique, cette atmosphère sombre de jour comme de nuit, tout ça m’amène un peu plus loin que mon petit être contrarié, parce qu’il préfère danser au milieu des rayons d’un soleil de saison. Déprime et apathie, le mauvais temps est bien long. Notre temps est d’époque. Ne le mériterait-on pas ? comme tant de choses…

Absurde sur les villes

J’en viens à lui parler de mon projet de roman, de mon envie actuelle de me faire éditer. Dans la foulée, je lui partage un manuscrit qu’elle lira un peu plus tard. Après avoir pris connaissance de mon projet, elle me communique sa joie, naïve donc sincère, infantile donc débordante; des qualités dont il m’arrive de me moquer parfois (alors que je les possède également) mais que j’admire tant et qui, en cet instant de mon existence, me font tant de bien. Cette amitié m’est chère, je lui avoue au milieu de ces lignes. Simplicité et joyeux débordement, retour à l’enfance salutaire à un âge où le sommeil et la légèreté commencent à manquer…
Soudain, elle m’informe qu’elle a reçu une notification d’actualité, mon attention se met à vagabonder ailleurs, je ne lis qu’en diagonale – un des inconvénients de cette communication numérique, heureusement, prolongement de nos autres formes de liens qui nous unissent à des individus que l’on connaît, la plupart du temps, déjà – je ne retiens que deux choses : Orlando / Apparemment un attentat. Je ne comprends pas, je ne suis pas dedans, à vrai dire, mon enthousiasme ne veut pas mourir et se concentre sur autre chose, l’écriture.
Plus tard, dans la journée, avant que tout le monde en entende parler dans les médias, je me serai informé : Une fusillade a eu lieu dans une boîte homosexuelle  dans la ville américaine d’Orlando, tuant une cinquantaine de personnes, blessant une cinquantaine d’autres. Il s’agirait d’un attentat, perpétué par une personne seule, Omar Mateen, se revendiquant apparemment de l’état islamique. Simple homophobe (ou homosexuel qui ne s’assumait pas) pris d’une folie meurtrière (se tuer en fait soi-même), illuminé, ou terroriste ? L’enquête nous le dévoilera peut-être. Les deux derniers peuvent-ils être assimilés ? Mon désir de vérité me pousse à la précaution, et à l’ère du progrès, je ne trouve nulle réponse à ce genre de question; époque bien trop complexe qui appelle justement à la complexité d’une réflexion globale. Cependant, mon constat est sans appel : terrorisme, illuminé, simple quidam  essayant de survivre, quidam totalement névrotique, nous sommes tous pétés, en chute, malsains, tous reflets d’une époque qui n’a plus que des pathologies à nous offrir. J’exagère pour l’aspect dramatique de ces lignes, il reste quelques rayons de soleil de nuit dans ce foutoir innommable je vous rassure. Pourtant je persiste, cette modernité est malsaine, je le sens, je m’y sens mal. Mon ambivalence perpétuelle me pousse à penser que pour rien au monde, malgré tout, je ne voudrais vivre dans une autre. Je suis le fruit de mon époque, à moi de ne pas me gâter trop rapidement.
Face à ce nouveau drame, je suis touché, mais même plus surpris. Cet énième attentat occidental vient me balancer, pour la énième fois, l’absurde d’aujourd’hui en plein visage. Je précise « occidental » car il m’apparaît clair, et c’est une donnée symbolique dont il faut tenir compte avant  de blâmer ceux et celles qui pleurent moins les morts d’ailleurs, pris de cette maladie du mort au kilomètre, que dans nos représentations, il nous semble tellement impensable d’apercevoir cette faiblesse inouïe, cette mise à mal, cette impuissance d’un occident maître du monde, maitre à penser, et PDG d’une mondialisation.  Un occident mis à feu et à sang. Non pas que, misères et morts du sud comptent moins ! Mais de manière symbolique, historique et matérielle, l’occident est cette espèce d’étendard du progrès de l’Homme (non pas que je le cautionne), réalisé dans l’infamie et dans la gloire de l’intelligence de certains hommes, qui n’a pas pour habitude d’avoir cette image d’impuissance et de faiblesse. Là encore, j’ai conscience que cette vision n’est pas totalement vraie et très raccourcie. Il ne s’agit pas de débattre sur le nord et le sud, je parle de représentations générales, d’images mentales et non de faits. Bref,  je voulais essayer d’être simple et concis pour mon [éternel] retour ici, c’est raté. Car ce n’est pas terminé.
Je me recroqueville sur le sol de mon véritable chez moi aux murs jaunes, pour atteindre mes livres déjà lus mais installés depuis peu. J’en éparpille certains, je m’assois en tailleur et je me prends à lire en m’extirpant de moi, comme une fuite salvatrice. Je parcours à nouveau ces lignes du poète, bien vivant encore, Tristan Cabral :

« Toujours plus d’hommes
Pour enterrer les hommes !

La terre n’en peut plus !

La patience des arbres est à son comble;

Nous n’aurions pas été pour rien
Dans cet obscur désastre »

Puis, je sais où je veux emmener ma lecture, vers un autre de ses poèmes dont le titre me bouleverse : Silence on tue !
Oui et l’on tuera encore, ce monde est absurde, l’absurde s’abat sur les villes comme une cloche nous laissant prisonnier d’un monde qui nous échappe, d’un monde dont nous sommes les parents et les enfants. Je relis Cabral, Camus, et mes dents se serrent. Putain, mes tempes sont turgescentes.
Combien de messages de soutien avons-nous fait, ai-je fait, pour témoigner d’une compassion parfois moutonnière, parfois exagérée, souvent sincère, pour ensuite reprendre sa vie, reprendre son cours, retourner à son job, à nos amies, à nos amours, à nos douleurs intimes et frêles mais bien là ? Comment peut-on faire ? Mais comment peut-on ne pas faire autrement ?
Et je n’ai pas pleuré, non. Je ne pleurerai plus, je ne prierai pas. Non par indifférence, loin de là, mais j’ai remplacé les larmes (mais pas la tristesse encore) par la lutte active, la lutte du quotidien.

Nuit debout : nous ne pouvons nuire que debout

Des choses se passent, des voix s’élèvent, des idées jaillissent, des gens se lèvent mais surtout des gens restent, debout. Je sens comme une prise de conscience générale, et j’ai trop peu de cynisme pour ne pas espérer, mais ne suis pas assez utopiste pour m’intéresser à l’actualité positive sans un certain scepticisme.
Mais comment aurais-je pu ne pas mentionner l’actualité sociale de la France ? Je ne pouvais pas passer à côté de Nuit Debout, moi qui ai longuement écrit sur le mouvement des Indignés, il y a  quelques années déjà (putain oui…).
Merci Patron ! qu’est-ce ? Un documentaire génialissime sur les fermetures et délocalisations des usines de textile appartenant au groupe LVMH. Un documentaire qui a fait sensation et qui est en partie à l’origine de cet élan de révolte et de prise de conscience de milliers de français, assommés par le poids de cette époque en crise, dans laquelle travail et absence de travail, salaire et coût de la vie ne sont que des épées de Damoclès au dessus de nos têtes. François Ruffin, rédacteur en chef du journal satirique Fakir et réalisateur du documentaire n’aimerait pas que je soutienne qu’il est l’instigateur de Nuit Debout. Pourtant… Mais en effet, il s’agit bel et bien d’un élan collectif.
Nuit Debout ? Mouvement de citoyens sans étiquette politique qui a pour but de faire converger toutes les luttes actuelles dont le retrait de la loi travail. Me dites pas que vous ne savez rien de tout ça ? Bref, après chaque projection du documentaire à travers toute la France, des spectateurs venaient discuter avec le réalisateur, et remontés autant que motivés ils se questionnaient face à l’injustice et à l’absurde de notre mondialisation : « mais qu’est-ce qu’on pourrait faire ? ». De là est née une suite de manifestations qui investissaient les places publiques dans toute la France, afin que nos voix se fassent bien entendre, afin de partager et de créer de véritables alternatives de sociétés, de manière collective. Cela fait plusieurs mois maintenant que ça dure. Pour différentes raisons, légitimes et personnelles mais moins légitimes je l’avoue, je n’ai pas activement participé à ce mouvement. En revanche il a tout mon soutien. J’ai eu l’occasion de m’insérer dans une de ses manifestations, mais pas plus. Je vous le concède, c’est légèrement risible comme investissement. Mais je n’en ai pas encore terminé.
Mais alors quoi ? Je parle d’attentats, de temps déréglé, d’absurde, d’une époque bancale, de luttes sociales, et je ne suis pas foutu de participer activement à la moindre lueur de changements …
Nouvelle vie très prenante, fatigue et luttes du quotidien. Des excuses, vous pensez ? Certainement en partie, mais les trois derniers mots ont leur importance. C’est ça, oui, les luttes du quotidien. Je m’affirme, me marginalise, je fais enfin des choix de vie de mon propre chef, des choix qui me conviennent. Je pense ce que je veux être. Je suis ce que je pense. Peu importe ma posture, peu importe les mouvements auxquels je participe ou non. S’ancrer dans nos existences en tant qu’homme de l’être.

« L’homme est ce qu’il pense. »
Louis Calaferte

« j’habite ma propre demeure »
Nietzsche

Faire sa part, comme le Colibri : petit ego dans l’océan

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt.
Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre.
Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu.
Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit :
« Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »
Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. » »

 Un cœur en cendres, le corps endolori, émotionnellement à l’agonie (j’en suis le premier surpris), visitant, certains soirs, les vestiges de ma vie,  mon existence en 2016 n’a été que vides et trop-pleins, peuplée de rebondissements et d’aventures, de déraisons, d’envies et de folies. L’impression persistante que cela fait des mois que je ressasse la tristesse, même des années. En effet, elle a toujours été là, sauf qu’elle a subitement changé de bord : avant, il s’agissait d’une tristesse liée au mal de l’autre. Aujourd’hui, ce que j’ai pensé impensable est arrivé, il s’agit de ma propre tristesse. Les accumulations sont lourdes.  Tranche de vie formatrice. Parcours sinueux mais tellement vivant dont j’ai longtemps cru qu’il me serait jamais destiné. J’ai vécu plus, si vous me lisez régulièrement, à présent vous savez ! Et malgré la mélancolie pute et muse (ne l’ai-je pas toujours eue, dorénavant ne m’apprivoise-t-elle pas ?), j’ai touché tant de fois le soleil !
Trop longtemps j’ai fait passer ma petite douleur avant le reste,  et malgré ma culpabilité palpable, je n’ai pu faire autrement afin de pouvoir entamer cette énième renaissance, encore chancelante. J’ai été un petit ego noyé dans un océan moderne à l’angoisse requin et à l’écume amère. Je me reprends alors, me voilà à patauger dans  un bonheur objectif, avec des larmes dans l’âme : mon timing  a toujours été mauvais.
Comment vivre ? Sempiternelle question qui me hante.  Plus je grandis et plus c’est dur, poncif qui trouve sa vérité dans mon expérience. Mais baisser les bras ? Je ne peux pas, ce n’est pas un choix.
J’écris ces présentes lignes attablé à un bar miteux du centre ville de ma nouvelle maison : Rouen. Je cherche l’inspiration à l’extérieur, dehors, là où l’air est étouffant et annonciateur d’un orage imminent. Ce que je peux subir de la vie dehors, mystérieusement, est fort souvent le reflet de ce que je vis et ressens. Sirotant un rosé bien frais, je me remémore la conversation fort inspirante que j’avais avec une amie : elle me parle de Sade, de Foucault, je lui parle de Kropotkine et de Proudhon. Elle pêche par curiosité en me posant des questions sur ma vie privée relativement chaotique. Habituellement muet sur ma personne, trouvant toujours une pirouette humoristique pour ne pas me dévoiler, ayant pourtant le verbe volubile, je me laisse aller à la confession.
Et cette question qui revient comme un refrain lancinant : Comment vivre ? J’évoque l’indépendance à l’égard de tout, SOLITAIRE mais SOLIDAIRE, je lui crie par clavier. « Mais », « et » « vers », conjonctions de coordination et préposition, la langue nourrie, la langue me façonne. Philosophie qui n’exclut ni les modèles, ni les inspirations et encore moins les partages. Mais se détruire et se construire soi-même ! phrase attribuée apparemment à Kafka.

Il fut un temps où je m’échinais à gâcher de bons moments légers pour essayer de travestir les esprits bien intégrés, ayant absorbé cet air que j’estimais nauséabond. J’en ai gâché des soirées à alimenter les débats et à devoir susciter la réflexion chez mes interlocuteurs. Je me suis épuisé, vous vous en doutez bien.
Ma nouvelle vie m’a fait prendre une autre direction. Faire sa part, ni plus ni moins : voilà dorénavant ma formule maîtresse. Késako ?
J’ai cru que l’apathie avait eu raison de moi , résultat du malheur : je crois n’avoir jamais autant écrit, je crois n’avoir jamais eu autant de projets en cours et l’envie de les concrétiser. Créer.  Dans ma descente, je n’ai certes jamais autant arpenté les bars et noyé mes souvenirs dans des verres à vin bien trop souvent à moitié-vide, mais n’ai-je pas fait autant de rencontres que de verres trinqués, avec toute la superficialité que cela peut engendrer ? Tout en charmant une ville somptueuse enrobée de nuits, parfois trop longues, souvent très courtes, souvent tranchantes. Écrivains, artistes, branleurs, branleuses, chanteurs, chanteuses, SDF, globe-trotteurs, globe-trotteuses, tatoueurs, citoyens… N’ai-je pas renoué avec des gens dont l’existence planait en filigrane sous la mienne ? Ne me suis-je pas rapproché d’ami.es qui, par leur distance, semblent pourtant loin de mon cœur. J’ai vu, j’ai entendu, j’ai écouté, nous avons bu, toujours cette métaphore.
Même si j’ai conscience de distiller ma vie privée à dose homéopathique au travers de mes billets – étrange phénomène lié à l’écrit, lié au clavier – j’avais prévu de parler, maintenant, de ma personne, sans subterfuge. Il ne s’agit pas d’une décision injustifiée : en quelques mois ma vie a totalement changé. Malgré ma réflexion critique concernant le travail, il se trouve que j’en ai trouvé un que je ne considère pas comme tel et qui me permet de jouir d’une vétuste valeur aujourd’hui : le temps. J’enseigne le français, la culture générale et la culture numérique au sein d’une structure associative, qui s’occupe d’adultes et de jeunes adultes en difficulté, en réinsertion, déscolarisés, en situation d’illettrisme, analphabètes, en situation de handicap, étrangers… Ce job me prends beaucoup d’énergie, mais je me sens utile, voilà ce qui m’importe. Ce job est une pépite humaine.
J’ai repris mon bénévolat dans une association qui distribue nourriture et soutien moral aux plus démunis dont les sans-abris et autres marginaux, thermomètres d’une atmosphère ambiante et puits sans fond de tout ce qui  constitue l’être dans ce qu’il a de plus lumineux, de plus noir.
Cette existence m’enseigne que chaque jour est une école, oui. Ogni Giorno è la scuola, disait le vieillard.
Et au quotidien, c’est le sourire, le respect et l’entraide qui m’animent, l’entraide ! Ni plus, ni moins. Retourner ainsi contre elle-même la formule « trop bon, trop con » : quitte à ne pas avoir le choix entre ces deux assertions, j’ai préféré être trop bon, plutôt que trop con, puisque si l’on choisit la seconde qui pue l’époque « trop con », ce qu’il nous reste c’est d’être seulement… trop con.  La modernité nous a faire croire qu’être trop bon c’était se faire piétiner, encore une belle preuve que les valeurs et discours que l’on nous inculque ne me correspondent en rien.
Et non, je ne souhaite pas recevoir une médaille de votre part pour cette petite énumération de mon quotidien ! je vous remercie. Si je vous dis tout ça, c’est simplement pour vous dire que je ne me range derrière aucune étiquette, je ne suis pas engagé dans la politique politicienne que j’exècre plus je grandis, je ne prends pas part au grand rassemblement, aux désirs immédiats des révolutionnaires utopistes, en revanche :  chaque jour, je fais ma part. Ma part pour combattre ce brasier informe. Je ne vous sommerai pas de suivre ma voix, en revanche je crois  à tous ces petits liens qui ont la force, une fois leur point de jonction trouvé, de faire tomber le géant Gulliver. C’est tout ce qui m’importe, c’est le seul message dont je souhaite à présent vous faire part. Et ce billet avec tout ce qu’il comporte, certes il y a mes phrases ampoulées, enthousiastes, mais n’y a-t-il pas des citations, de la musique, de l’actualité ? Ce wordpress est mon « Nuit Debout », ce lieu où toutes mes luttes et passions convergent. Même si vous êtes peu, je ne vous remercierai jamais assez de me lire.
La révolte est intérieure, la révolte est quotidienne, la révolte d’aujourd’hui est dans le simple, et il ne faut pas choisir entre l’idée ou les actes, puisque « l’Homme est ce qu’il pense ». Je m’attelle à être ce que je pense  et détournant Descartes, je scande « je pense ce que je suis ». Oscillant, vacillant, tâtonnant mais incorruptible, Homme d’ivresses, Homme vivant, homme tout court.
Souvenez-vous, quelques lignes plus haut, je ne pleurerai plus, je ne prierai pas : je ferai ma part. Lire, simplement, voir simplement, entendre, écouter, comprendre simplement, s’élever modestement, se cultiver, transmettre, des valeurs, des exemples, des « je t’aime », des combats, des haines mesurées, des graines fertiles, des ivresses même démesurée; puis créer quand on peut, où on peut, avec qui on peut, tenter peu importe, passionnément; aider qui on peut, où on le peut, autant que faire se peut; partager avec qui on peut, où on le peut  : faire sa part, même menue, voilà un joli leitmotiv, responsable et substantiellement humain, faire sa part, et pleurer seulement, oui seulement lorsque tout aura été fait ! Mais pas avant.
En Ivre funambule. Imaginez-le, imaginez-moi, imaginez vous, en ivre funambule.

IVRE FUNAMBULE

À Élise

I

Ivre funambule à force de vivre entre deux flots
De l’effroi crédule de la joie à la mélancolie au goulot
Je vis et meurs, me défie d’efforts, je glisse et pleure,
Puis j’esquisse mon existence d’envies et de puissances d’art
En quête d’or immatériel, une obsession pour un vers de Ronsard
Rongé par les absences, je brûle, mon cas n’a rien d’exceptionnel
Gorger une âme hybride de tant de fleuves émotionnels
Maladie et remède qui dans ce monde d’outrance aseptisée
Se revêt des haillons du Maquisard, attendant liberté et son récépissé
J’ai tant de mots d’amour envers tous ces maux heureux
En grandissant j’ai pris conscience d’avoir le bonheur bien vicieux
Vide et nébuleux dégoulinent sur nos êtres, nos vies sont fictionnelles
Alors parler d’amour sincère ici est un réel acte insurrectionnel
Mais elle me pose une colle, essuyant son rimmel
Pourquoi est-ce si difficile pour nous, vraiment ?
Pourquoi l’amour n’existe-t-il plus comme avant ?
Comment ne pas sécher, tant je suis perdu, tant je suis chétif,
Comment choisir son camp quand dès lors tout est devenu relatif ?

 

II

Faire sa part même frêle, le monde dans la paume d’un je t’aime
Voilà le chemin que j’emprunte, deviens ce que je suis,
Peu m’importe les réussites et les échecs que j’essuie,
L’époque n’est qu’une usine en ruine, j’évite ainsi boulons et anathèmes
J’erre, mendiant et orgueilleux, jouissant de la beauté des simples
Tout m’est un prétexte pour y voir partout les exquis corps de femmes
Mes sens n’ont rien de humble, chaque rencontre se tient au Mont Olympe
Tout est mytho-logique, s’insurger en dérobant mêmes les petites flammes
Le progrès n’est plus qu’un drame, la pensée vogue de songe en songe
Connais-toi toi-même, la terre et ton semblable, le reste n’est que mensonge
La survie est liquide : Boire l’alcool métaphore afin de préparer son foie
Pour empoisonner les charognards qui ne peuvent que dévorer mes joies
Confondre petit et petitesse est l’apanage des cœurs d’hiver
N’est-ce pas la grandeur des petits êtres qui fit chuter Gulliver ?
Sans Dieu surtout sans Maitre mes lignes sont toujours en exil,
Façonnant un nouveau monde où règnent culture et entraide
Anarchie dans mes écrits, j’épouse la folie en une divine idylle
Peut-on structurer les cris ? Je love ma voix dans un joli plaid
Et plaide mon égoïsme : j’évince pour sûr le sens du sacrifice
J’admire bien trop la vie, le plein, le vide, me suis sacré fils
D’un dieu sans religion qui me souffle des splendides respirations
Ainsi je lévite sans regret sur le fil entre bien-être et expiations
Partons mon amour, emmène moi vers tout astre éventuel
Contempler ciel et mystères, parfaire notre révolte spirituelle.

Minosze

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