Ce soir-là

Un jeune homme qui pleure, un couple qui se ment. Architectures des cœurs urbains.

Les heures m’apparaissent de plus en plus muettes, tout me semble imprécis. Je n’ai en détails et précisions essentiellement mes précieux et ridicules périples urbains s’apparentant à l’architecture des pyramides. Entre mort et grande beauté, les chemins que j’arpente ne cessent de frictionner ma poitrine en un émerveillement infini.

Ce soir, une légère lourdeur d’un été déréglé plane dans l’air que je respire difficilement : essoufflé. Particules fines, nicotine et bibine ; pollution du siècle et pollution volontaire que je m’inflige à moi-même depuis trop de mois maintenant. Vivre à rebours, animé par un irrationnel goût du risque qui, une fois l’être adulte, n’a que pour qualificatif l’adjectif puéril : inconvénient des gens arrivés à maturité bien trop vite, bien trop tôt. Lorsque la vie nous tue, la résilience se fait dans ce va-et-vient sensuel entre l’ère adulte, intégrée de manière précoce, et la velléité de retourner dans l’insouciance de l’enfance, d’en épouser les nobles qualités. Souvent cette renaissance est un désastre. Ce n’est pas mon cas. Cela dit, je vis à vingt six les aventures formatrices que mes potes ont vécu à seize piges : sex, drugs, rock’n’roll and have fun, encadrés par cette maternelle sagesse acquise depuis. Ma rébellion est lucide, mon bouleversement, nécessaire, a pour parents raison et recul. Folie funambule. L’égarement, juste, jamais en perdition.
Comme une nouvelle habitude qui ne me quitte plus depuis ma migration citadine, je fends le temps et traverse les lumières vespérales en marchant. Déambulant même, comme mort-vivant. Le pèlerinage est sans but, mais pas sans destination : le retour chez soi, toujours, définition sublime de mon errance. Il est encore tôt, voilà ce que m’indique une horloge biologique bercée par des mois de sorties, de pérégrinations, de bouteilles vides, de sexe, d’ivresses et de trop-plein. À l’inverse, ma tête turgescente ainsi que mon cœur lourd, tous deux maternés par un dimanche pantouflard, me chantent, à la manière des succubes, que le lit est proche.
Me dirigeant vers mon domicile, j’emprunte rues et ruelles instinctivement, luttant contre le quotidien soporifique, armé de cette attention infantile.
La nuit, toutes les beautés sont certes grises mais n’en sont pas moins belles. Ténébreuses, elles s’enrobent de mystères. Séduites par le silence, elles débordent d’une intensité insoupçonnée. Du coup, tout est plus simple, tout est détail, tout est grandiose. Ainsi s’opère la fuite du temps.
Téléporté, je traverse mon quartier illuminé par les réverbères et l’ambivalence frénétique de la soirée : ce soir-là, l’équipe de France perdait l’Euro face au Portugal, Rouen, à cette période, subissait en plus une orgie d’évènements. Entre tragédie et renaissance.

Les astres urbains mettent en lumière, de manière sporadique, la crasse des villes. Je traverse une ruelle, esquivant une merde de chien, me retrouve sur le trottoir d’une autre, perpendiculaire, qui a des accents du sud. L’éclectisme de cette capitale normande m’est un délice à chaque passage : les façades d’immeubles, en plus d’être les empreintes du temps, sont également signes extérieurs de richesse ou de pauvreté. Les yeux au ciel, toujours, je puise l’essence des touts et m’émerveille de rien. J’esquive des câbles électriques pendouillants des murs décrépits de certains bâtiments. Lors de ces périples citadins, il m’arrive souvent de rire de moi : évitant minutieusement les trainées à demi-sèches de vomi et de pisse noircissant le béton, je dois m’apparenter à un homme ivre zigzaguant, non sans grâce, sur les routes tapissées d’embûches et d’embuscades. À certaines entrées de cours, là où le trottoir s’affaisse ne faisant plus qu’un avec le route, pour signifier qu’ici, les véhicules se rentrent, le bitume est fissuré, pire, parfois, détruit par la force tranquille du passage de l’homme. J’aime l’idée que tout est langage, même l’architecture urbaine. Panneau, structuration du bitume, lignes et marquages au sol, fissures. Le mutisme n’existe pas, tout est dialogue. Tends tes sens si tant est que la curiosité t’émeuve. Malgré mes écouteurs au fond de mes oreilles, simple BO accompagnatrice pour m’aider à me pavaner, j’écoute chaque mouvement de particules.
Solitude intermittente, j’en viens à croiser quelques uns de mes contemporains et raines de la nuit que j’ai toujours toisés sans aucune hostilité mais davantage avec l’esprit vagabond et bienveillant. Regarder, scruter les gens est une déformation passionnelle. N’ayant jamais eu de problème lors de ces rencontres fortuites, l’inconnu est tantôt maladroit, tantôt juste égo centré, rarement hostile ; à part une ou deux épaules qui s’abattirent sur la mienne, jusque là mes allées et venues se sont toujours parfaitement déroulées. La rue que j’arpente à présent, la plus longue, est la dernière ligne droite avant le boulevard à traverser pour atterrir chez moi. Au loin, j’aperçois les phares des bagnoles qui scintillent subrepticement comme des éclairs : ils me guident. Plus loin, à quelques dizaines de mètres de mes pas, une silhouette se dessine et ne fait qu’un avec le sol. Instinct de survie de l’esprit humain torturé par des millénaires d’histoires de fantômes et autres légendes, un léger frisson fait sautiller le coeur l’espace d’une seconde. Ce n’est pas encore de la peur. Elle ne viendra pas, pas ce soir. Mon imaginaire jubile : homme, femme, alien, animal ; pourquoi se tient-il là, à cette heure ? Est-il pensif, triste, euphorique, camé, ivre mort ?
Nos chemins d’existence s’apprêtent à converger en un point : le pas d’une porte d’immeuble. Il semble emmitouflé dans un tissu, la lumière du réverbère m’aide à éclaircir ce mystère : il est recouvert du drapeau français. Il le porte comme une cape, super-héros patriote d’une période, d’un soir défendant le symbole opprimé et nébuleux d’une nation, aujourd’hui encore en deuil. Aujourd’hui solidaire dans le geste, malgré sa solitude de posture, ce jeune french-man à l’allure déchue se range du côté de la foule en liesse, à ses extrémités se tiennent les indifférents et les rabat-joies. Et, il y a les autres, les funambules, armés d’un bâton de doutes et de certitudes.

« Les gens sont toujours pressés », cette époque est pressée (pourtant malgré son empressement, embourbée dans son propre piège du progrès, ne peine-t-elle pas à mourir pour renaitre ?), ce genre de pensée, même de poncif, me pousse à la révolte quotidienne : je ralentis mon pas en guise de doigt d’honneur puéril envers toutes les valeurs modernes qui nous gouvernent, et je libère ma respiration afin que mon cœur puisse chanter sa cantate. Faites l’essai, le résultat est somptueux. Ainsi je fuis le temps, et ne fais qu’un avec l’espace.
Ses pieds sur le trottoir, il est assis sur le seuil de la porte, le dos courbé. Le corps tout comme la ville est bavard. Je perçois, plus que je sais, que la tristesse émane de lui, de la disposition de son corps, de ses gestes et micro-gestes. Je me délecte de cette rencontre muette et énigmatique, avec une pointe de honte. Plus je m’approche de lui, plus l’aurore du vrai point. Ses gémissements et traits de son visage même si lovés de la nuit, donnent raison à ma perception : il pleure, disons qu’il sanglote. Stupéfait et empathique, une tristesse s’empare de mon être. Pourtant, malgré mon envie première et irrépressible de lui décocher un mot, non pas pour satisfaire ma curiosité, en cet instant malsaine, mais ne serait-ce que pour le faire parler, pourquoi pas même sourire, je passe devant lui dans un silence de mort, régi par une gène informe, ma timidité et nos mœurs occidentales certainement développées par cette philosophie individualiste. Ce moment ne dure que quelques secondes, cinq, dix à tout casser. Il est silencieux comme la nuit et pourtant, lui et moi avons partagé une tristesse de nature différente. La sienne étant la cause de la mienne, la sienne puisant sa source dans l’obscurité. Voilà ce qui m’attire. Voilà pourquoi j’existe. L’obscurité donc je vis. De jour comme de nuit, mon attirance céleste s’attache au gris des énigmes, ni blanches, ni noires, d’où la difficulté d’être cet homme de l’être. De jour comme de nuit, c’est l’interrogation qui me fait bander. Le point d’interrogation est mon point d’ancrage, poing de révolte et sillon reptilien d’une renaissance perpétuelle. Se brûler de ce feu doux, de ce feu fou et sans fin. Mais jamais, ô grand jamais, l’éteindre, c’est inutile et meurtrier. Vivre pour l’ivresse de la brûlure. La recherche elle-même est le trésor. Cette quête n’a qu’une couleur, le « vers ».

Il a une mer dans le regard, et son smartphone à la main. Je vois à l’interface de ce dernier, qu’il téléphonait, l’icône du téléphone est rouge : il raccroche à l’instant. Qui était au bout de fil ? Pourquoi pleure-t-il ? N’étant exclusivement sujet, l’objectivité est un mythe : je ne peux répondre à mes questions que par le biais de mon prisme de vie. La défaite de l’équipe de France lui arracherait-il le cœur ? Je peine à y croire, le foot, outre ses aspects sociaux et sociologiques, ne m’importe guère. JE peine, mais lui porte une peine sur les épaules qui n’a peut-être que les couleurs passées du drapeau français comme cause. La misère tout comme la tristesse ne possède pas d’échelle, elle investit l’âme humaine dans toute sa complexité, dans toute sa diversité.
Et ce coup de téléphone ? En est-il l’auteur ? Le récepteur ? Parfois, souvent, l’existence est cruelle : Sa sœur a eu un accident de voiture. Son frère a fait une overdose dans une cave. Sa mère est morte. Son père n’est pas son père. Le colonel moutarde dans la cuisine avec le chandelier. Voyez comme l’accumulation de tragédies en vient à être risible. Quel pessimisme ; mais s’il avait ri aux éclats, mes suppositions se seraient mis au diapason de l’émotion. La vie est cinglée. La seule chose que je sais c’est qu’il pleure.
Continuant mon errance jusqu’à chez moi, je suis hanté par ce petit mec capé de bleu, blanc et de rouge. Je divague en recrachant une bouffée de fumée d’une cigarette imaginaire ; mon accompagnement musical est mélancolique, je spécule son vécu au gré de mes propres maux et de l’émotion qui se dégage de ce fatras nocturne.
Son amoureuse vient de le quitter après deux ans de relation, et 8 mois de vie commune, comme ça, sans prémisse. Elle était son premier amour, l’avenir qu’il lui prêtait avait les mêmes allures que ses jambes, oblongues et sensuelles. Ce sont ses cheveux et son odeur qui lui manqueront le plus, même lorsqu’il aura dépassé ça. Elle prit la décision au meilleur moment, pour elle, au pire, pour lui. Un coup de téléphone, lâcheté qu’il ne pardonne pas, lâcheté qu’on ne peut maudire au fond, puis son amour pour le football et une équipe de France, sortie perdante de cet Euro : le poignard pénètre d’un coup sec, inspire profondément, ce n’est qu’un étourdissement pour le moment, la douleur viendra plus tard. Les larmes coulent machinalement.
Sa tristesse est unique. Je l’enfile à mon tour tel un vêtement qui ferait taire mes milliers de questions. Rasoir d’Ockham, de toutes les réponses possibles, j’ai choisi la plus simple : celle qui me ramène à moi. L’imaginaire existe-t-il ? tout n’est-il pas déjà arrivé ? le reste n’étant qu’ornement. Je me découvre platonicien. Passons.

Mieux vaut cette émotion en ces temps troubles malgré son malaise qu’elle fait peser sur le moral et la vision. Les sens se mettent au diapason de la vie que l’on mène, vice et versa. Mais c’est dans ces moments là, plus que jamais, qu’il convient, qu’il importe, que dis-je, qu’il est vital de parler d’amour. Enfin. Même des plus tristes, des plus douloureux. Mieux vaut la tristesse de l’amour que l’horreur de la mort. Sublimation par le cœur. Élan de vie. Ce sera suffisant, je le sais.

Et toi, jeune homme en pleure, tu te relèveras. Fadaise véridique. Tu prendras ça pour un mensonge crasse. Tu ne voudras en entendre parler que dans quelques mois. Seconde fadaise véridique.
Si j’avais eu plus de couilles, mec, je t’aurais susurré que tu es beau ! et ce peu importe la raison de ton torrent lacrymal. Mensonge ? Vérité ? C’est avec cette pensée avortée que je franchis la première porte de mon immeuble.

Marcher affable dans l’averse de beautés d’une ville belle de jour, sublime de nuit, ainsi accueillir toute sensibilité. Lourde tâche que de décider de la recueillir.
À tous ces gens dont j’ai croisé la route, en cet instant, je n’ai qu’une parole à vous scander télépathiquement, mièvre mais foncièrement sincère : vous êtes beaux !
Ces lignes comme une bouteille à la mer.
Je repense à cette amie qui ne peut s’empêcher de délivrer ses émotions sous la forme de mots laconiques et merveilleusement sincères que ce soit à ses proches ou même à des inconnus dans la rue. Le monde le lui rend bien. Être en sa compagnie, au-delà du bonheur partagé, est un véritable baume au cœur, boost à l’ego : « N’y vois aucun message caché, mais je te trouve très beau et charmant maintenant. » me sort-elle spontanément entre un verre de cidre et une soupe à la betterave. Dire aux gens qu’on les aime, évidemment, mais avant toute chose, et avant cet ultime engagement, leur avouer qu’ils sont beaux. Mensonge ? Vérité ? La double interrogation revient comme un leitmotiv. Peut-on affilier ces substantifs à l’émotion, si forte, qu’elle domine la parole, une parole sommée de sortir, si tant est que le courage ou l’insouciance nous confèrent la force d’ouvrir la bouche ? J’en doute. Dans le cas contraire, ici, si ces mots doux sont un mensonge, il se fait nécessaire face à une vérité assassine, celle de l’époque.
Afin d’expliciter cette idée, je vous laisse en compagnie de mon imagination : ce soir-là, peu après cet homme triste au drapeau français, et peu avant que mon âme puisse enlacer Morphée, je croisai la route d’un couple, charmant au demeurant, dont j’imaginais la conversation quelques jours plus tard, conversation qui nous emmène ailleurs que dans ces rues froides et sombres :

« – Que veux-tu que j’te dise ?
– Mens-moi. Putain mens-moi, je t’en supplie.
– T’es fou ?
– Non mon amour, dans ce monde absurde où la vérité est de métal, où la vérité pleut des balles, où la vérité fait mal, où la vérité, aussi bien de nos vies que l’on mène, que dans les drames qui n’ont même plus ce goût de l’exceptionnel, est inhumaine, le mensonge m’apparaît comme la seule source de chaleur. Volcan des cœurs tendres.
Mens-moi comme si je t’avais offert ce pull de grand-mère immonde à Noël; Mens-moi comme pour marquer le fait que tu me connais par cœur alors que moi non; Mens-moi pour le réconfort; Mens-moi pour que mes yeux humides s’embrasent à nouveau. Ils nous ont fait exécrer le mensonge pour des raisons fallacieuses en nous faisant consciemment oublier que derrière le mensonge, le mensonge dont je parle, règne l’amour; derrière ce mensonge on entend le cri que l’Autre existe et surtout son écho : qu’il importe; derrière ce mensonge le vivre, la vie, sont en jeu. Mens-moi par amour.
Remercie-moi pour ce pull immonde; dis-moi ce que j’ai besoin d’entendre; propose-moi d’aller boire un simple café comme si nous venions de nous rencontrer, crie-moi que nous referons l’amour comme des ados, comme une première fois avec maladresse, passion et obsession; vends-moi du rêve et dis-moi que la vie est belle; ose me dire que tout ira bien.
– Débardeur blanc laissant entrapercevoir la forme de ses seins, culotte blanche à points noirs, jambes nues, halées et sublimes, elle lui sourit du coin des lèvres et prenant un ton grave : Là maintenant, je n’ai absolument pas envie de t’embrasser.
– Merci
– Pour le reste nous verrons ça demain. »

Je les vois encore, ce soir-là, disparaître progressivement comme la brume, dans le noir Éden.

Minosze.

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2 réflexions sur “Ce soir-là

  1. Tu es beau!
    Ta beauté transparait par tes mots, à travers ta sensibilité et … ton imaginaire.
    C’est toujours avec plaisir et intérêt que je te lis, parfois avec un léger décalage sur le jour de tes publications sur ton blog mais … sans manquer l’occasion de te lire.
    Sans le vouloir – ou peut-être le veux-tu justement- tu es un incitateur pour me remettre à publier sur mon propre blog.
    Au plaisir des mots échangés.

    • Ton commentaire m’a accompagné chaque jour depuis sa publication…
      Chaque jour je méditais une réponse qui me laissait toujours insatisfait, et ma routine aventureuse venait parasiter mon inspiration.
      Je n’ai que de l’émotion à partager, voilà pourquoi mes mots bavent, dégoulinent des remerciements informes que seul mon corps habité par tes mots pourrait offrir.

      Inspirer l’inspiration, quoi de plus beau ? Que dire de plus ? Si ce n’est que de te témoigner de mon encouragement à publier, à écrire, à faire pleuvoir les mots.

      Mon ego s’exprimant de nouveau, ce n’est pas que l’on fasse état de ma beauté qui m’importe, mais bien celle dont tu me fais part et qui transparait, d’après toi, dans mon écriture. Au delà du poncif que l’on nous sort souvent à l’ère de la perfection physique, je crois que seule l’écriture (l’art en général) peut faire réellement exister la beauté intérieure, une beauté qui n’a rien de physique, de matériel, une beauté solidaire. Une beauté dont je n’ai nulle conscience, une beauté ignorée qui, quelque part, est l’objectif de ma plume, une beauté que seuls les lecteurs sont en capacité d’apercevoir, non l’auteur.
      Alors ton opinion, au delà de flatter l’ego de ma plume, me touche plus que de raison et me met en joie : il vient me rappeler pourquoi j’écris. Non pour l’éloge, même si je ne peux nier son bénéfice, mais parce qu’il n’y a que la beauté qui peut nous unir.

      Merci.

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