Soleil de nuit

N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit,

Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour ;

Rager, s’enrager contre la mort de la lumière.”

Dylan Thomas

Préambule

Ne me ressemble-t-il pas ? Formulation rhétorique servant à dissimuler ma gène d’oser sortir un propos de ce genre sous forme affirmative. Lui, n’en ayant aucune, se permet même de la sculpter en assertion.  Une des énièmes choses qui nous différencie. Pourtant, nous partageons une curieuse gémellité qui assassine la solitude. Il n’a fait que de partir, de mon côté je n’ai cessé de devenir : à notre manière nous avons le monde dans la paume. Ce soir-là, dehors, il fait froid. Mes semblables sont petits, tellement crèvent, tellement sont mesquins; que dire de plus, je ne suis pas dans un bon jour : n’ai-je pas écrit ces prémisses d’un pamphlet sous forme de vers avec la hargne du sang « Mélancolie reviens ! j’te préférais au désespoir. Regarde cette doxa se radicaliser de toute part. », c’est médiocre mais c’est brûlant, c’est vermillon. Où sont les cimes ? Où est le sain ? Où est le  « je suis » ? Où est le « nous sommes » ? Où sont nos mains ?
Mais ce soir ma peau sera luisante, mon visage rubicond : je serai transi, fiévreux d’amour, amical. Ivres, mais architectes, nous serons. Lui, moi.
La scène possède quelque  chose de fascinant; la nuit sera courte tout autant que longue, puisque notre sommeil attendra. Là, au milieu des cadavres en verre ayant contenu des breuvages différents et délicieux, – d’autant plus lorsqu’ils sont partagés- il m’évoque l’amour à mort. Il m’évoque sa mort par amour filial, serrant les poings, m’offrant cette faiblesse si majestueuse, cette tristesse impossible à feindre qui se rend visible au travers de ce regard typique : la mer rouge. Il y met tant d’ardeur que se mêlent en moi admiration et effroi. Et s’il était fou ? Et si je l’étais moi ?
N’épiloguons pas davantage, alors que ce préambule est, en ce moment même, l’objet d’une nouvelle.  Je me questionne, simplement : pourquoi ai-je publié ça, ici, propos liminaire d’un billet perdu dans les dédales du temps ? Après réflexion, je pense que c’était pour les images que j’y ai insufflé : toujours le clair-obscur. Toujours le sang, image qui se suffit à elle-même, liquide qui se complait dans le contraste. Il est contraste. Il est mort, il est vie !
Je n’ai cessé d’évoquer depuis des années une expression qui m’a traversé, bouleversé, animé comme un véritable mantra, dont j’invoque la puissance par le fait qu’il n’est nulle question de choix. Expression que je n’ai cessé de distiller dans la majorité de mes écrits, explicitement, implicitement, en filigrane, en météore : SOLEIL DE NUIT.
Ce bouleversement perpétuel, bercé par ces trois mots, c’est à Prévert que je le dois : titre d’un recueil dont l’incipit est « Ma vie n’est pas derrière moi ni avant ni maintenant. Elle est dedans. ». Soleil de nuit, oxymore merveilleux qui apparaît dans le poème « Lumières d’homme », désignant le mystérieux éblouissement de l’amour. L’amour à mort ? Je ne peux que vous inviter à trouver puis lire ce poème. Dans la préface dudit recueil, Arnaud Laster écrit : « Soleil de nuit, pour manifester, au-delà de la mort et au milieu même de la nuit, la présence vivante et rayonnante de Jacques Prévert, de son humour éclatant, de sa tendresse chaleureuse mais aussi de ses colères ardentes. »
Je n’ai cessé d’évoquer depuis des années cet oxymore grandiose et impétueux, formule obsédante, et il m’aura fallu du drame, il m’aura fallu du sang, il m’aura fallu du cœur, il m’aura fallu de l’encre, il m’aura fallu une maturité, il m’aura fallu des ivresses, il m’aura fallu du devenir, il m’aura fallu ces amours dont on saisit la puissance qu’une fois vieux, pour écrire un texte arborant ce titre : Soleil de nuit.

Novembre a toujours été un mois étrange pour moi. Étrange comme, finalement, l’existence gronde.

À toi,
Vagabond.

Soleil de nuit; l’air fuit et crache une brume de glace dévoilant l’hiver,
Le cœur tiède, j’avance au sein d’un étrange clair-obscur,
Pour me guider : l’image mentale de l’incandescence cancérigène de Prévert,
Mais je repense soudain à ces brûlantes et douloureuses blessures,
Non pansées, et laisse les sonorités duveteuses bercer mes tympans,
Ayant coupé toute émission humaine aux sons trop ternes source de calvaires

Qui trop souvent me cernent et me saignent, sur moi grimpant
Comme des ronces qui m’enseignent et m’annoncent rien de bon
Si ce n’est l’évidente décadence de nous autres déjà moribonds,
Je vogue depuis ce temps sur les vagues d’un vétuste macadam,

Membres endoloris, ma voie esquissée par ces étoiles citadines
Qui prédestinent le paradis des nantis et le purgatoire du quidam;
Mais bref, je roule la tête lourde : avec la tristesse on n’badine
Pas à pas, où vais-je ? je m’échappe du piège du temps qui passe

Et n’passe pas ! mais m’assène de son poing la douleur du trépas,
Le silence de ce voyage, même si lancinant, m’apaise tout de même
Et lance au loin les ravages fascinants derrière les chrysanthèmes
Je m’écrie je t’aime et accueille les sursauts et mes propres cris du cœur,

Laissant ainsi jaillir dans un recueil le sang, les larmes, ces nobles liqueurs,
Qui en échanson me tendent l’ivresse d’une chanson titrée “Mélancolie”.
Dans l’désespoir d’être incompris, je me retire en moi tel l’homme-lige
Et m’oblige non sans jouissance à étreindre le monde en une chienlit
furibonde et souris : serait-ce enfin la naissance du satori me dis-je ?
Les tristesses, plus elle sont déchirantes et indicibles moins elles intéressent

Solitaire fard d’eaux amères délivrantes et invincibles ! Ce vertige
Séculaire non dénué de beauté n’est-il pas fontaine d’une éternelle jeunesse ?
Suis-je heureux ? écrivis-je sur une feuille vierge animé par l’hardiesse
Je fais mes contes : et mes liasses tristesses valent bien mille de vos liesses !

Soleil de nuit, l’air fuit et crache une fumée de glace dévoilant l’hiver,
Le cœur tiède, j’avance au sein d’un brumeux clair-obscur,
Pour me guider: l’image mentale de l’incandescence cancérigène de Prévert,
Mais je repense soudain à ces brûlantes douloureuses blessures.

Je me dore sous un soleil de nuit, je m’endors sous un soleil de nuit
Je me dore de ces trésors enfouis, je m’endors sous un soleil de nuit
Je vis sous un soleil de nuit.. je vis sous un soleil de nuit…
J’suis un soleil de nuit… j’suis un soleil de nuit…

Minosze.

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