Orgueil de vivre

« Je ne peux m’empêcher de revendiquer l’orgueil de vivre que le monde tout entier conspire à me donner »
Albert Camus – Noces à Tipasa

img_20160715_201250

Préambule d’une [non]-conclusion :

J’ai écrit un long souffle, il y a longtemps déjà, clôturant un recueil que seule la poussière de mes tiroirs lira. Un long souffle embrasé, enflammant chaque mot, chaque vers suivant pour terminer en feu de joie. Et, après avoir mis ces signes de ponctuation mystérieux en guise de point final, dont le sens, encense ici la continuité, j’eus une pensée d’ivresse tragique. En transe, en sueur, fier et frêle, tremblotant de tous mes membres, je me dis : Si je donne ce texte à lire, un jour, que ce soit sur ce blog, ou sur une de mes autres plateformes, c’est que le temps et moi-même avons fait le choix de marquer mon avatar numérique et scribouillard du sceau « fin ». Je vous invite à lire la suite, et ne pas vous arrêter ici : j’écrivais les lignes précédentes il y a plusieurs mois, de cette même année. Je suis un fou, lunatique. Ne cessant de partir et de revenir.
Cinq ans que je tiens ce blog, de manière régulière, même si mon rythme s’est amenuisé. À l’échelle d’une vie, cinq années, c’est infime. Pourtant, ce blog a été la source et surtout le réceptacle de mes métamorphoses. Je suis né à nouveau tant de fois. Et mort autant de fois. J’ai rencontré tant de fois, partagé tant de fois, aimé tout autant de fois. Aiguisé mon esprit tant de fois, creusé mon âme tant de fois, me façonnant moi-même à chaque expérience, à chaque réflexion, comme un tailleur de pierre. Tout n’est-il qu’une question de foi(s) tout compte fait ? C’est l’expérience, dit-on.
Cette année 2015/2016, pour l’être ultra-sensible que je pense être, fut la plus difficile de ma maigre petite vie. Dans quelques temps, semaines, mois, années, je m’en taperai le cul par terre de rire. D’ailleurs, à l’heure actuelle, je pense déjà au sentiment opposé, j’ai dans le cœur la puissance du sentiment opposé : cette année fut la plus flamboyante de ma maigre petite vie ! 26 ans fut un âge décisif pour un cœur lunatique comme le mien. De là, le soir où j’écrivais ces lignes toujours valables, il me semblait qu’un temps de convalescence m’était nécessaire. Et je voulais partir dans un éclat qui m’est propre, qui symbolise ce blog, un éclat dans lequel chaque fragment atteignant votre cœur, affiche sa dualité devant vos yeux : blanc/noir, Vie/Mort, Chute/Renaissance, Amour (en lui seul, s’exprime une dualité), une dualité éclatante que j’unifie en un terme : le feu. Toujours le feu. Symbole de l’extrême vitalité, tout comme celui du danger et de la mort, douloureuse et purificatrice. Il appartient aussi bien au Paradis du Cœur qu’à l’Enfer des conséquences. Il éclaire et il brûle. Il réchauffe mais il tue.  Il est l’extrémiste de la vie, il vit et meurt par et pour lui-même. Il se consume autant qu’il se consomme. C’est alors qu’il se partage. Solitaire et solidaire, toujours. Veuillez pardonner ma prétention, mais voilà ce que j’essaie de faire vivre en moi : Ce feu. Il m’a d’ailleurs été troublant, tout autant que flatteur, de lire sur un de mes textes la réaction suivante d’une fidèle lectrice : « Extrémiste de la vie Minosze, ton texte me donne en même temps envie  et admiration et crainte et compassion! Tu interpelles l’alpha et l’oméga et tu l’écris très bien. Merci à toi! » Non, merci à toi. J’écris pour ça, pour brûler.
Il y a trois jours, au comptoir d’une pizzeria de la rive gauche, là, dans l’attente de notre pizza inventée par nos soins, discutaillant, faisant brièvement le bilan, la voilà qu’elle m’avoue « c’est vrai toi cette année t’as fait le phénix »… Le phénix. Si criant d’évidence que je ne crois pas l’avoir déjà mentionné cette année… animal mythique caractérisé par son pouvoir de renaître après avoir épousé, jusqu’à la mort, les flammes, symbolisant ainsi le cercle des résurrections. Cette petite phrase de cette amie si chère, sonnant si sincèrement, balancée comme ça entre un billet de 10 et de 5 et une boîte en carton carré, a eu pour effet de me marquer au fer rouge.  Alors non, ce billet ne sera pas le dernier ! Il ne peut l’être. Parce que je brûle encore, tellement.
Le feu. Toujours le feu. À ce propos, je vous conseille la lecture savoureuse de La psychanalyse du feu de Gaston Bachelard. « Le feu est l’ultra-vivant. Le feu est intime et il est universel. Il vit dans notre cœur. Il vit dans le ciel. Il montre des profondeurs de la substance et s’offre comme un amour. Il redescend dans la matière et se cache, latent, contenu comme la haine et la vengeance. Parmi tous les phénomènes, il est vraiment le seul qui puisse recevoir aussi nettement les deux valorisations contraires : le bien et le mal. Il brille au Paradis. Il brule à l’Enfer. Il est douceur et torture. Il est cuisine et apocalypse. […] Il peut se contredire : il est donc un des principes d’explication universelle. ».
Le feu toujours à la bouche, un vocable s’exprimant toujours au travers de mon être, vocable qui en vient à façonner ma vue. Je crois vous avoir déjà parlé du linguiste George Lakoff qui a développé une thèse fort intéressante : les métaphores dans la vie quotidienne. Des métaphores qui ne sont pas de simples images de l’esprit, mais de véritables concepts qui, à force d’emploi,  donnent naissance à une vision du monde. Le feu, fait partie des démiurges de la mienne.

Orgueil de vivre, dans et entre ces lignes : tout y est ! Puis-je mieux faire, donner plus ? À l’époque où j’ai couché ce texte sur papier, et pendant un certain temps, je pensais intimement que non. Ne pouvoir faire mieux en tant qu’auteur, ne pouvoir offrir plus de moi en tant que blogueur. Qu’en est-il aujourd’hui ? La réponse n’est pas aussi catégorique… Tant de choses en cours, tant de lignes sur le feu (voyez, toujours le feu), des lubies de publication, des recueils de poésie quasiment terminés, un roman en cours, des chansons qui s’exprimeront bientôt sur une scène prestigieuse de Rouen… J’ai récemment lu certains de mes textes face à un public. Bref, l’abondance. Mais, assurément, dans et entre ces vieilles lignes, vous me trouverez. Et si je dois vous laisser quelque chose de moi, c’est bien ce long poème. Il s’agit d’une sorte de testament. Non de mort, mais de vie. Que me reste-t-il à vous offrir ici ? Si peu, tellement. Je le sais, c’est un non-sens, au même titre que la vie. Et dieu sait à quel point je me suis confronté à son absurde et à ses coups du sort. Il me reste pourtant tant à dire et à crier, mais mes doigts sont muets.  Lorsque j’écrivais ces lignes, ce mutisme naissait d’un mal-être, égocentré, aujourd’hui, il s’agit moins d’une incapacité à dire causée par la malaise mais davantage d’un bâillonnement.  Celui du temps, celui du changement, celui des  conséquences de mes choix. Étape nécessaire à ma survie : la vie d’adulte, celle de notre siècle (travail, responsabilités, factures, aléas de l’existence, entretenir les liens, en créer de nouveaux…).
Tellement de pages à noircir, et si peu de temps vide; voilà que je profite de mes premières vacances d’ouvrier de l’enseignement pour attiser l’encre avec des pages blanches avides. Je rêve de vide comme d’un désert au milieu de l’oasis étouffante. Mais cette oasis me condamne et me gracie, elle m’est vitale en tant qu’être faisant sa part tout autant que désastreuse pour ma créativité. En effet, comme je l’ai déjà mentionné dans des billets précédents, j’exerce dans l’enseignement, et en particulier dans la formation pour adulte, en français, en culture générale et en culture numérique. Et comme toute vocation, ce job m’est tombé dessus, et il m’est fabuleux en tant que citoyen désireux de faire sa part, mais comme toute vocation, il se fond entièrement à mon être.  Une union vivifiante, un mariage prenant. Le vide me manque donc.
Troublant de constater, encore et toujours, les échos à ma propre existence dans mes curiosités culturelles qu’elles soient livresques ou cinématographiques :
Avec cette jolie brune, je sortais de mon petit cinéma d’art et d’essai, troublé d’avoir vu le dernier film de Jim Jarmusch : Paterson. Film qui nous raconte l’existence de Paterson, chauffeur de bus à la routine profondément banale, et poète, sans prétention. Film qui, justement, vient exalter la banalité du quotidien pour y insuffler sa poésie, celle du simple, du beau. Paterson ou la poésie de la routine nomade, ce fut mon sentiment. Cette œuvre m’a renvoyé à la figure à quel point écrire pouvait me manquer. Mais elle m’a fait comprendre à quel point la poésie a été dévorée par notre époque. Et, à mon humble échelle, c’est dans mes cours que j’essaie de la faire vivre et/ou (re)découvrir.
Ce  qui m’amène à la deuxième œuvre faisant écho à ma vie : le classique Chatterton d’Alfred de Vigny (XIXème siècle). Chatterton, jeune poète désargenté, connait des conditions de vie précaires qui viennent entraver sa créativité. Figure du romantisme et emblème du poète maudit, Chatterton, en ces circonstances, ne voit pas d’autre choix que de se suicider. Que faire d’autre si on ne vit que pour la poésie mais qu’elle-même ne nous permet pas de vivre, parce que l’époque ne lui accorde que peu de place, et peu de crédit : mourir. Même l’amour ne sauve pas un être dépossédé de sa propre nature.
« Les hommes d’imagination sont éternellement  crucifiés, le sarcasme et la misère sont les clous de leur croix. ». Est-ce toujours d’actualité ? Les choses se sont améliorées évidemment, mais la poésie souffre toujours du regard matérialiste de cet être qui se voudrait « réaliste » et qui raille ne serait-ce que les velléités de faire de la poésie un art de vivre. La poésie n’est qu’une fantaisie d’adolescent romantique nous assène M. Beckford, figure du matérialiste réaliste de notre époque, justement. Et pourtant, c’est bien cette vision, normalisée par ce style de vie, fils de la mondialisation, partagé par une majorité, qui tue, qui tue le poète, qui tue ce monde.

15747438_10154859304189347_8270437542259641635_n

Henry Wallis – 1856

En ces circonstances, comme à mon habitude depuis que je tiens ce blog, je n’aurai aucune résolution, ni vœux, ni aucun conseil à vous offrir pour cette année 2017. Sachant que 2016 fut très difficile pour chacun et chacune et que 2017 s’annonce quelque peu sombre compte tenu des récents évènements qu’ils soient meurtriers ou politiques. Alors comme chacun et chacune, il y a une sorte d’impatience à tourner cette page 2016.
Je n’ai nul besoin d’une année nouvelle pour rédiger une feuille de route et n’ai pas la prétention de vous conseiller. Ma lutte est quotidienne, le changement m’est intérieur et ma plume m’est spirituelle; j’essaie de m’ériger en exemple, pour moi-même d’abord, pour les autres ensuite, si je deviens, par la force de mes choix et de mes expériences, la personne que je suis fier d’être.  Et ma feuille de route s’exprime au travers de toutes mes publications ici et vient esquisser mon être au delà de ces plateformes digitales. Je vous invite donc à (re)lire mes deux dernières nouvelles : Histoire folle, comme la vie et Ce soir là. Et d’un point de vue plus pragmatique, je vous renvoie d’ailleurs à cette publication qui vient résumer mon ascèse : Faire sa part.
Quand l’heure est à l’urgence, que le temps est au présent ainsi qu’aux arts, gens, je n’aurai ni vœux, ni résolutions, ni conseils à vous soumettre, si ce n’est ce poncif, celui de profiter de chaque instant, véritablement, non pas seulement dans l’amour, mais dans l’ensemble des sentiments. Évitons de faire de « carpe diem » un énième slogan publicitaire que l’époque vide de ses sens. Et s’habillant avec soin de sagesse, faire notre part, chaque jour, pour faire de chacun de nous un exemple, avant tout pour nous-mêmes, puis pour les autres ensuite.
Cela dit, suite à ce que je viens d’évoquer précédemment au sujet de la poésie, moi m’estimant homme de l’être en éternel devenir, prônant l’ivresse de l’existence et l’orgueil de vivre, j’ai pour aspiration de remettre la poésie au centre de ma vie pour 2017 et de la défendre face à une époque aux exigences, non pas réelles, mais toujours profondément consuméristes. Mais je ne peux terminer sur ce cliché manichéen d’adolescent qui se rêve rebelle, alors je préciserai que le monde a compris qu’il était à son tournant et que la nécessité de changement n’a jamais été aussi forte et présente dans les consciences. Je vous conseille ainsi de vous procurer le magazine Sciences Humaines Hors Série intitulé « Et si on changeait tout ? 20 scénarios pour un autre monde »
Et vous laissant en compagnie de mon « Orgueil de vivre », je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année. Merci à ceux et celles qui me découvrent, merci encore et toujours à ceux et celles qui continuent de me lire.

Je vis ! Je m’en vais : vivre, voici mon orgueil. Mais je ne pars pas.
Perdez-vous pour faire de même ! Ainsi nous nous tiendrons la main.

Post-Scriptum
Il y a peu, on me posa, pour la énième fois, cette question qui me fige : quel serait ton ouvrage préféré. Moi littérateur infidèle, j’ai toujours trouvé cette question déplacée ! Je vois en la littérature mes amours, mon cœur est bien assez grand pour aimer d’infinie. Même s’il fut temporairement trop frêle pour l’aimer elle… mais il est une fleur !! il lui faut s’ouvrir, souffrir. Passons.
Cette question me hante, je le concède. Il m’a fallu chercher dans un amas de signes finalement tout bête : lequel de mes ouvrages ai-je lu, feuilleté et tenu le plus entre mes mains ? La réponse : Noces, suivi de l’Été de d’Albert Camus. Je n’épilogue pas plus.

ORGUEIL DE VIVRE

I

À force de vivre
Mon bulbe s’embourbe
Non dans les vignes et mes livres
Mais dans mes lignes et dérives

C’est ainsi, camarade, que je me délivre !
Non du mal, mais du poids des rides, du plomb des maux, du bad.
De villes en villes, d’escapades, de pléiades,
De déserts en mirage, de rives en rives
Je n’arrive jamais, moi serf de ce labyrinthe volontaire !

Je déambule avec l’ampoule scintillante de la maturité d’art
Celle d’avoir retrouvé le sérieux, qu’enfant, on mettait dans ses jeux
Martelait ce vieux Nietzsche fiévreux.
Mais voilà que je pleure d’avoir le hertz et le feu comme une tare…

Prisonnier de mes jeux littéraires
Tenez, je fais l’aveu que mes rimes sont involontaires
En exubérance elles s’évertuent…
Ô poésie malotrue qui ne connaît point l’usure
ni l’intime; azur malvenu et indiscret, tu m’épidermes vois-tu.
En éternels insatisfaits c’est ainsi que toi et moi, l’on mue.
Et sous mes oripeaux s’inscrit alors sur le pas du logis « bienvenue ».
Tu as la fidélité d’une amie, la complète ferveur d’une âme-sœur
Sans pour autant être l’une d’elle; naître du vivant sans l’être.
Je fais le serment d’épouser à vie existence et poésie !
Auxquelles j’afficherais avec fierté mon infidélité.

Pour ce faire
Voilà que

Je me retranche dans des digues
Gorgées d’eau pour me laver de l’indigne
Couler de l’humble, s’agit-il de l’Olympe et de sa cime
Comme des objectifs indomptables que je m’assigne ?

Cela me reste préférable aux sangs et aux crimes.

Mais ôtez-moi ce rectiligne, la preuve est dans mes rimes
L’ordre s’indigne, je m’abreuve de sables et de figues
De pays d’or, d’horizons oriflammes, d’un feu que je souligne
D’une métaphore que je file en pans sinueux et antonymes !

C’est que, pensé-je, la vie n’a pas de sens seulement des abîmes.

II

J’ai vu Dieu dans les yeux d’un héraut national
Qui planta son drapeau professoral
Du libre esprit, là, sur ma table
Taguée et fixée au milieu d’un parloir parmi mille
Dans lesquels s’amoncellent soldats et réformés P4
Aux battements de cils lents et de bouches entonnoirs

On est tous passés par là…
sans connaître la même voie ni un semblable résultat ;
doux fragments de résilience.

Puis je méditais
« Ni dieu ni maître »
Ce n’était pas être sans modèle
D’une existence fouettée
Par les dieux et les êtres,
Mais voir de ces yeux maîtres celle
Qu’il fallait sublimer
De contradictions et de pluralité.

Était-ce ma vision de la beauté ?
La beauté rend infidèle.

Dieu ne naquit pas
Ni maintenant, ni naguère,
Ce sont les yeux qui révoltèrent !
D’yeux, d’yeux je n’ai dieu
Que pour eux, s’écrie ce vagabond céleste.
Iconographie sanctifiée poussiéreuse;
Qui sacrifie tous les lieux et les restes.
Mais regardez ! Scande-t-il désespéré,
Ce tableau orbite aux coups de pinceaux célestes,
Reliant le mythe aux hommes.
Certains continuaient de jacter,
Ils en oubliaient la voie lactée.
D’yeux, je n’ai d’yeux que pour eux
Centre d’une toile biologique qui met les nerfs à vifs :
Ressentir le poids d’un passé
À l’effleurement d’un photo vieillie et mal cadrée ;
Flageoler d’un baiser volé en des temps impromptus ;
Saisir son enfance, à la chevauchée des caniveaux,
En laissant s’infiltrer les eaux dans des baskets néo-libérales
Copiner avec ce gèle qui entre par le bas jusqu’au plus près des os ;
Crier au milieu d’un terrain bucolique et n’avoir que son écho
Pour compagnie, étreindre un silence égoïste
Et bouleversant, savourer ainsi l’anémie ;
Embrasser la brise glaciale d’un printemps schizophrène
Et n’y rien comprendre à la vue d’un splendide soleil ;
Se tromper entre rouge et vermeil puis s’en foutre royalement
En y préférant la locution « à la merveille ! » :
Gorger ses poumons de ces poussières de ces déserts
désertés de vie et de plaines
Et se rendre compte que cet absurde c’est chez soi tout de même ;
Contempler le cyan des océans comme des universaux communs
Et en être fier, fier et l’intégrer en sa moelle épinière ;
Et ce vert émeraude de ce lac du massif central
Parcouru d’un œil oscillant ?
je m’y penche curieusement, et qu’y vois-je ?
Non je ne m’y noierai pas !
Puisqu’au premier abord, je vois l’antonyme, son frère;
Ce ciel contemplatif et rassurant, son air.
Et, en arrière plan, dans mon dos, mon passé, mon présent :
À ma droite se présentent,
Des bras enthousiastes qui étreignent naïvement l’humanité
Nulle condescendance de ce constat éloquent,
S’y révèle une noblesse sans nul ascendant
Qui regorge une puissance dont le privilège est de jouir de son amitié.
Sur mes racines écorchées,
Fait ses griffes ce chat noir ;
Il miaule et fulmine de ces pâles histoires
Comme du blue jazz dans mes tympans,
Sans ces sérénades, tout, indéniablement serait effrayant
Animal fraternel, en figure tutélaire, tu es remède au désespoir.
À ma gauche,
J’ai baisé une main de cette Shiva métissée
Qui, vacillant entre émoi et noirceur
Ne sait sur quel pied danser.
En quête d’identité au gré du temps, au gré des vents
Est dévouée aux faibles et amputés, comme une conquistador
Du nouveau monde.
Nosostros, companeros ! Là gravissant cette Sierra
N’y voit-on pas poindre des astres ravissants et des bras
En l’air foulant des champs de cotons sulfureux ?
Ils dévoilent le un et l’humble collectif,
C’est l’époque qui gronde, à laquelle je souhaite tendre la main !
J’ai baisé Némésis, enfin, comme n’importe quelle autre femme
Dans un moment de flottement intemporel et ineffable
comme un amour unique.
Infidèle, répété-je, pour des amours plurielles.
Dionysos se tient, nu, dans ce gigantesque lit aussi !
Du vin s’écoulait de nos lèvres rosées, millésimé 90.
Il n’y a rien de contre-nature à épouser la nature
si nous faisons de notre centre de gravité l’amour, le partage et la justice !

III

J’étais là au milieu d’un salon moquetté
Entre une horloge cheap « who care’s » et un service à thé
Je buvais l’anglais de notre hôte, savourais cette hospitalité
Ce n’est pas un nouveau paradis à NewHaven, non,
Mais je me souviens de ces arc-en-ciels peints au sol
Et de ces pubs typiques qui portaient la fête en fanon.
La Smirnoff affluait dans mes veines et artères
L’odeur du bois local et du reste de mer me faisaient enfin taire

Année 2001 en Mai j’aurais onze ans
La nuit tombée les étoiles me scrutent sur un lit superposé
Entreposé dans un chalet chaleureux face à un pan
D’une existence innocente indécise qui promettait.

Au chaud autour d’une table en bois
Il y a toute la richesse de mon cœur, je crois
Exténué, je persiste dans ma jeunesse d’hyperactivité
Comme chaque année je suis une ligne horizontale
De mon logis d’ici à là-bas, de ce tiers hexagonal

Soulevant mes pieds d’argile à travers ce nuage de glace
J’attends mon tour au pied des pistes du Markstein – Alscace.
Capricieux, à l’incontrôle je chasse-neige et vocifère « connasse »
Je dévale en sueur, mon enveloppe gèle
Suis-je aux confins de l’humanité
où règnent la quintessence d’un ciel dégagé
Couplé à l’atmosphère glaciale et frêle
Elle-même enlacée d’un soleil à la beauté Cassius Clay ?

Je décolle du sol, je n’ai pas d’ailes
Rubicond je garde mon visage d’ange, je n’ai pas d’ailes
Mais des pieds de plombs et du tissu en ribambelle
Et de belles phalanges qui m’aident à frôler l’éternel

Je n’ai pas d’ailes, je n’ai que lui et vous.
À l’heure actuelle j’ai conservé l’ange
Dans une chevelure dorée qui me parachève
Je n’ai toujours pas d’ailes, mais ces phalanges
Délicates et fissurées qui m’élèvent et créent ce nous.

J’enlève mes gants afin de savourer la chaleur d’un chocolat
Sa vapeur étreint mon visage chaud-froid
Mes sens sont plus que de mémoire mais souvenirs
C’est l’essence que je peux boire pour devenir.

De la danse au bout des sens
De l’immanence au bout des doigts
Des chances que l’on me doit
Sans rancune et cent absences,
Je gravis les parois de la transcendance.

De retour à mon Tipasa, il est tard ou tôt.
Rouen est habillé de ses volutes et baigne dans un hiver prolongé.
Ma mine esquive les gouttes de pluie versées par mes yeux
Mais j’esquisse un sourire fiévreux : me rappeler est merveilleux.

Le temps a passé, mon souffle annuel approche
La maturité ne m’a pas changé !
Je coïte avec l’existence, mes propres diamants en poche
Depuis, j’ai perdu du sang et j’ai vu la mort
À maintes reprises; m’apitoyer sur mon sort
Ne ramènera personne, c’est en demain que je m’enlise !

Je danse avec la gravité
De part et d’autre du monde, moi, cavalier,
Autre que la lointaine lune
Viser les perpendicularités
D’où l’hautaine brume
N’est autre que l’adversité !

Je n’ai pas l’existence facile
Constat taquin qui horripile
Mais, mon cœur est une batterie
Ne jugez pas faquin et débile
Un Chien cynique atteint de mélomanie

Je vous en supplie;

Car l’état de mes lieux
Ne font pas état de mon âme
Je chéris la haine de tous mes petits états d’âme
Voyez plutôt ce que j’ai sous les yeux
À part des cernes, j’ai des vers de Blaise
Qui brûle en moi comme des braises :
« Nous ne voulons pas être tristes
C’est trop facile, c’est trop bête »
Tout le monde est triste
Non, je ne veux plus être triste

Je fais ce vœu optimiste
De faire de ma vie, peuplée comme Paris
Une interminable fête !

IV

Les gens s’égarent et noircissent la case « triste »
Car ils s’enferment, Narcisse, dans le miroir de mon âme noire scripturale.
En effet je croque une rose fanée entre mes dents terreuses et sales
Et possède des maux en sac-à-dos comme un décédé parachutiste.

Mais l’habit fait bien le moine, et moi je porte une robe
Aux couleurs passées et tenaces d’où se dérobent
Des chaussettes dépareillées entrelacées
À des bas-résilles de mes jambes déguisées :

Hante mon mur un poster géant d’un Joker
Peignant l’idée du chaos comme les soixante de Mickey Walker.
Je relis l’éloge de la folie d’Érasme
Et mes spasmes prennent place en mon cœur solaire
Le rire de Démocrite en leitmotiv, je me plie même pour un bide

J’expire l’esprit de sérieux comme une bulle d’air vide
Et respire anxieux le rire futile et exalte une beauté inutile
Renifle la poussière des dalles des villes
Et la passion de belles amies fébriles
Je peux vous tuer de mes velléités clownesques !
Et de mes fou-rires, des mes éclats buccaux-festifs j’esquisse une fresque !

Un ami sans visage m’a dit « le monde vient de l’esprit »
Une amitié vagabonde de haute estime comme le trompette de Dizzy Gilespie.
Le mien à jamais sera vif même au contact de nombreuses inepties
Même vide de mots, à jamais je resterai speed
Possédé par des vers et des luttes abrasifs

Au gré des ifs et des hêtres et de feuilles de coca
Je cultive une forêt entière Zarathoustra
Où jaillissent des lendemains et des lendemains Énéide
À la croisée du grave meurtrier et du chétif corrosif
Mes larmes souvent de rire et de mise sont bien des pierres contre Goliath

Saltimbanques, rires et enthousiasme, je vous le dis, seront des armes !

V

Oui, je rêve aussi d’un parricide freudien
Sans quoi, je le confesse, mon devenir est vain.
J’ai l’âme en tout point féministe, ce n’est rien
De vouloir commettre un patricide ! Suis-je vaurien ?
Je suis d’ici mais pourquoi pas d’ailleurs ?
Je suis fier mais ne porte aucune patrie en mon cœur
La hiérarchie me fait bien trop peur
De part sa vanité égocentriste.
Chez moi subsiste l’anarchie d’un bien-être darwiniste :
Que l’évolution envoie au diable le supérieur !

Puisque

Ma condition est dans la plèbe
Mon cœur dans le rêve
Mon stylo n’est qu’un chétif glaive
Mes bagages me mettent un pied dans l’élite,
C’est de ce chaos chronophage que s’écoule une sève
D’un arbre OGM où l’écorce s’effrite
L’idéal n’est point une chimère
Il est serpent s’élevant du complexe !

La simplicité est une conquête convexe.
J’ai le soleil au cœur des yeux
Et une lune à la pointe de ma plume
Osez m’offrir sept journées, en bourreau curieux,
pour que le premier homme j’exhume
Sublimant les petites angoisses d’un art déclamatoire
Dépoussiérant des pentes lithiques échappatoires ;
Et vous verrez, je vous l’assure,
un cheminement en face-à-face avec l’absurde,
Des horizons inconnus libératoires
Et des aurores maternées par l’azur !

De là,

Imbibé de luxurieuses et modèles pensées
J’ai crié « NON » en orgueilleux enfin éveillé !
Loin de la négation, J’ai vu une vie échouée et cétacé
Scandant « c’est assez », j’affirmais mon apostasie.
Mes « non » loin de simples lubies
Ne sont que des envies, des envies d’autrement
Alors entre-nous, je le sais à présent
Tout ces « non » ne sont, en fait, que des « oui » vivifiants !

Voilà une chose essentielle à marquer du sceau « compris ».
La vie est un présent au présent que je réfute, certes
Mais que je ne refuse pas, ce serait courir à ma perte.
Ainsi je suis ivre, et cela m’use de voir qu’il manque une lettre :
Vivre est une conquête, je me rends libre et levé, oui je vis
Avec l’étendard Rouge et blanc affichant « Hommes de l’être »…

Exister se tient loin d’une sinécure
Dont le feu n’est autre qu’une synecdoque
Sage-femme d’une passion reine de la démesure.
Les silences et pertes de temps favorisent les soliloques
Aux gains inestimables d’où naissent les plurivocités.
Féroce tauromachie, on y perd, on y gagne, c’est sans équivoque.
Mais la ferveur permet de goûter des saveurs et textures
Plus agréables aux mets des difficultés.

Sentez-vous cette folie insensée ?
La raison de mes incohérences, n’omet
Pas l’incohérence de ma raison
De l’entièreté je fais mon oraison
Pour ainsi esquisser de tumultueux horizons.
Même si l’apathie des mieux lotis
Et la perdition des âmes tristes
Emplissent mon désespoir qui ne désemplit
Je le vide par goutte de pluie d’espoir et de beauté optimiste !
Je ne laisserai jamais tomber ! Quel orgueil ! Orgueil altruiste !

Minosze,
votre humble serviteur à la plume et homme de l’être.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s