Irruption : faire sa part (bis)

PARTIE I: DÉSOLIDARISATION

Paroles  Irruption

Artiste citoyen

Ce billet peut être considéré comme un second volet à un précédent, reprenant, à quelques détails près, le même titre, plus qu’un titre d’ailleurs, un véritable art de vivre citoyen : Faire sa part.
Leur différence, outre l’approfondissement du sujet, est que celui-ci est davantage ancré dans cette actualité politique brûlante qu’est la présidentielle française. Touché ! ma transition appropriée est involontaire : je ne ferai pas de fausses promesses dans le genre « j’essaierai d’être concis » : ce billet, ayant pour but de faire converger nombre d’informations, sera dense et proposera un contenu diversifié. Telle est la ligne éditoriale de ce blog depuis le début finalement. Voilà pourquoi j’ai décidé de le scinder en deux parties. Alors ouvrez la première tranquillement, parcourez-la d’un coup de mollette de votre souris pour voir ce qui vous attend, ne soupirez pas trop mais prenez le temps qu’il faut. Prenez-vous un thé ou un café, puis commencez par écouter ce morceau de Gaël Faye pour vous mettre dans l’ambiance. Irruption vous donnera le ton.  Ou, ne la lisez pas, vous êtes libres ! Suis-je si important ?
Je ne suis qu’un citoyen, mais il est essentiel d’affirmer que ma voix/voie compte. Égoïstement, je me dois de la faire entendre, ne pouvant faire autrement je « suicide un silence en accouchant d’un cri » et je laisse la liberté, à quiconque, de l’entendre ou non. Ni spécialiste, dans aucun des domaines qui régissent notre société (droit, économie, politique), ni philosophe, ni membre actif d’un parti politique, je suis une somme de tout un tas de qualités et défauts, d’habitus, de culture, d’éducation, de rencontres, de chemin de vie individuel et d’expériences multiples qui me créent citoyen, juste citoyen, ça chaque jour.  Et il est important de ne pas confondre son analyse du monde avec un quelconque individualisme. Même si nous sommes, chacun, dominé, parfois, par nos propres besoins, envies et caprices, subjectivité n’est pas nombrilisme. Ne pas faire l’erreur également de dénigrer la subjectivité au profit d’une objectivité chimérique qui offrirait une description du monde cachetée du sceau « vérité », c’est que vous avez commis l’amalgame entre les petites passions qui nous animent tous et un véritable point de vue construit. De plus, les vérités aussi courtes soient-elles ou scientifiquement démontrées ne font que s’affronter, elles s’imposent par jeu de pouvoir. La question n’est pas de savoir où est la vérité, existe-t-elle ? Parlons de vérités; mais de savoir que voulons-nous pour le vivre-ensemble, quel projet de civilisation il est important de construire pour le bien collectif. Notre société n’est qu’une vision des hommes, de certains hommes, elle n’a été construite que sur certaines décisions, autres tentatives et travaux de recherches imposées : donc subjective. Voilà ce que mes expériences, mes curiosités (universitaires, existentielles et livresques) m’ont appris. Chose que je ne cesserai de le répéter tout au long de ce billet diptyque, et c’est ce constat que je souhaite partager dans un égoïsme altruiste du genre « mais pourquoi ? comment ? certain.e.s ne le savent pas ? ». La priorité est au dialogue.
Alors politique (au sens étymologique), actualité, presse, culture, art, citoyenneté, société, valeur travail, économie, philosophie, sociologie, présidentielles, voici les sujets qui apparaitront dans ce billet, thématiques que j’aborderai avec modestie et recul. Et, au delà de me lire, je vous incite évidement à faire vivre cet écrit, à l’alimenter.

J’écris dans l’urgence (toujours, souvent), j’écris possédé par un « pas l’choix », vivant  dans cette société où convergent Absurde et Complexité, comme des déesses bâillonnant leurs créations : nous. Mais à l’instar des dieux et déesses, la société est une création des hommes : alors il reste de l’espoir, si nous nous exilons de l’inertie. J’écris pour moi, parce que moi est toujours un autre. J’écris parce que l’absurde m’inflige l’apoplexie. J’écris parce que l’injustice abominable me fustige si violemment qu’il m’arrive d’en pleurer. J’écris parce que cet absurde empoisonnant les contradictions de notre époque me fait serrer les dents au point d’avoir la migraine. J’écris par angoisse des lendemains. J’écris parce que je ne suis qu’un mais loin de n’être rien. J’écris ce billet parce que les résultats de ce premier tour m’affligent profondément, sans pour autant rejeter l’expression démocratique de mes concitoyens. Simplement les effluves de paralysie « totalitaire » d’un côté et la banalisation du mal xénophobique de l’autre me posent question. Pourquoi le peuple vote toujours contre lui-même ? La sociologie a, en partie, répondu à cette question, je le sais, mais mon manque de temps m’empêche de m’y pencher assidument. Je sais que la peur y est pour quelque chose, la peur complexe : celle de connaitre pire, celle du changement, celle de ne pouvoir connaitre le meilleur. Cela dit, ces résultats sont loin d’être aussi simples à interpréter, et ce sentiment de révolte, cette volonté de changement, cet élan vers autre chose, je les ai bien sentis. Et ils résistent. Pourtant je tombe des nues, et je ne peux m’empêcher d’être partagé entre la colère et la honte. Je constate un divorce. Un divorce entre le réel citoyen et nos structures d’où s’expriment officiellement et étatiquement nos valeurs « liberté », « démocratie », « égalité ». Autre point à aborder mais reprenons :
J’écris par chance, et par révolte, une révolte qui ne s’amenuise pas les années s’écoulant, au contraire, elle s’affirme. Je n’ai aucune prétention à vous imposer, mais je fais ma part en écrivant. Je fais ma part en faisant étalage de mon art de vivre, sur ce blog, qui s’exprime au sein de ces deux mots si simples : vivre et penser. Je fais ma part en imposant mon concept, au travers de ce  billet, des précédents, au travers de mes actes et choix, de mes rencontres et réflexions, ce concept d’artiste citoyen : comment se créer citoyen ? Non pas être, mais se créer. Être est terminé; se créer ne prend fin qu’une fois en terre. Il ne s’agit pas d’une recette, ni d’un remède, il est création, à la croisée de ce qui nous sépare et nous rassemble. Alors il est dialogue. La tâche est herculéenne. Et ce monde-ci nous contraint à être petit.
En faisant état de mon point de vue sur la société dans laquelle je suis née (française) ainsi que sur la civilisation dans laquelle j’évolue (occidentale et impérialiste), j’affirmerai une position : se désolidariser, tout en proposant une démarche citoyenne, en parallèle d’avec le fonctionnement structurel duquel je me désolidarise (celui d’une oligarchie), puis proposant ce que j’estime être des armes (parfois simples) pour comprendre cette mélasse qui fait notre époque, et pour aider à prendre du recul dans le but d’essayer de faire irruption au sein d’un ailleurs.

« Mon erreur a été de croire aux victoires individuelles. Aujourd’hui que je n’existe plus, tout m’a été rendu. Les hommes, les peuples, toutes nos légions me sont devenus alliés, je ne parviens pas à épouser leurs querelles intestines et demeure tourné vers l’extérieur, au pied du ciel, comme une sentinelle oubliée. Je continue à me voir dans toutes les créatures vivantes et maltraitées et je suis devenu entièrement inapte aux combats fratricides. »
Romain Gary – La promesse de l’aube

Se séparer sans disparaître l’un à l’autre

Elle ne marche plus.
Pourtant sa démarche fait trembler le sol comme un volcan, ses jambes sublimes et oblongues arrivent à nous faire rêver des horizons bleu-ciel où les fruits sont délicieux, où la végétation et le climat tempéré, chaud et humide à la fois nous font reprendre vie. Mais, entre nous, c’est un amour / haine qui nous unit. Elle brûle de mille feux, néanmoins. Mais son cœur est bipolaire et son âme schizophrène, et il faut s’y plonger amoureusement pour dévoiler ses tares qui ne peuvent que nuire. Alors il faut se consumer pour se rendre compte qu’elle brûle. Séductrice, elle sait y faire, mais elle est piège sans fin. Entre syndrome de Stockholm et celui de la femme/homme battu.e, l’ambivalence et l’apathie qui en résultent font qu’on y revient toujours.

Malaise dans la civilisation

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Pourtant arrêtons les simagrées et autres détours de vocabulaire bienséants pour ne froisser ni l’Histoire, ni les Hommes susceptibles, cette femme tue. C’est un fait. Volontairement, et, non pas involontairement, mais par non assistance. Quand bien même, par comparaison (entre époque et proportion de la population), en effet, notre modernité a bien progressé vers de moins en moins de conflits mondiaux (même si le climat et la sphère médiatique nous donne l’impression du contraire) et de violence.
Gardons alors le sens de la mesure, cette société a tout un tas de positif à nous offrir, en revanche, je refuse ces valeurs ancrées insidieusement au cœur de son fonctionnement qui se retrouvent partout : l’économie, le travail, l’éducation. Et refusant tout dialogue, elle n’accepte que la polémique : voilà comment s’instaure le sur-place, pour une partie de la population. Tout le monde a raison, tout le monde a tort. Pendant ce temps-là, l’écart entre riches et pauvres dans notre civilisation où nous avons tout, où le gaspillage est légion, où le respect de la planète est plus que bafoué, cet écart n’a jamais été aussi grand. La rage m’anime : société d’abondance réalisée où des gens arrivent à crever de faim et de froid dans des territoires dits développés (et bien entendu ailleurs) : c’est impensable ! Société où l’argent coule à flot, a réussi à nous faire croire que de crever de faim et se serrer la ceinture étaient des actes légitimes, leur chute douloureuse sur l’individu due à un manque d’effort ou de volonté … Darwinisme social, cette immondice créée non par les plus forts mais les plus riches. Vous faut-il une autre preuve ?
J’en ai des tas d’autres :

Évasion fiscale (perte de 60 à 80 milliards d’Euros pour la France),
– Fraudes des entreprises (et de la plupart de nos banques françaises : Crédit Agricole en tête, Société Générale, BNP Paribas…), tandis que la faute est mise depuis des décennies sur les pauvres, cliché oblige, la fraude vient davantage des entreprises et des plus riches : Qui sont les vrais fraudeurs,
– Les gestions des flux migratoires inhumaines.
Concernant ces deux thématiques : la pauvreté et l’immigration, je propose le site de l’association ATD Quart qui, dans sa lutte contre la pauvreté, l’exclusion et l’indignité, met à mal, contenus à l’appui, toutes les idées reçues. Je vous laisse le soin de parcourir ces pages à votre guise : Idées reçues sur la pauvreté et l’immigration,
– Burn-out, quelques uns de mes proches et proches de proches en ont été victimes; Bore-out, dépressions, malaise au travail, et également Brown-out, pathologie liée au monde professionnel  dont la cause principale est l’absurdité de certaines tâches, l’absence de sens, sans parler des suicides sur les lieux de travail de plus en plus fréquents. Le travail épanouissant ? Sujet sur lequel je reviendrai un peu plus bas et dans la seconde partie.
– Détournement d’argent des puissants, corruption, argent sale et conflits d’intérêt : souvenez-vous, il y a un peu plus d’un an, en Avril 2016, éclatait le scandale des Panama Papers, qu’est-ce qui a changé depuis ? pas grand chose.
– Virus des mafias qui infestent l’économie : Je tombai par hasard, en ce dimanche 30 Avril, sur un documentaire diffusé sur la chaîne LCP, Intitulé « Argent sale, le poison de la finance » : si vous voulez le visionner ou juste avoir un résumé.
– Sans parler de l’état de la planète dû, en grande partie, à notre activité humaine totalement démesurée. Et pourtant, une majorité voudrait qu’on en fasse davantage. Péché d’orgueil dont la finalité sera la mort de tous.
Libéralisme appauvrissant et mortifère, schizophrénie des états entre lutte contre le terrorisme et les régimes totalitaires, serrages de main suspect sous-couvert de la diplomatie et ventes d’armes internationales…. et me parler pas de cas à part : le vice devenu valeur est bien l’enculage général, tout nous incite à se marcher sur la gueule. Les cols blancs ont donné la marche à suivre : s’entredévorer, sauf qu’eux sont rarement inquiétés pour tout un tas de raison. Ai-je besoin de vous en convaincre, si tel est le cas, lisez cet article génial du site « La Vie Des Idées » : Cols blancs, mains sales et casier vierge. Même leur théorie biaisée du « darwinisme social » ne peut plus excuser cet état de fait.
Alors, je prends les devants, et j’y reviendrai plus bas, mais non, comme on a pu l’entendre dans la critique de ces dénonciations multiples, moi, comme tant d’autres, n’avons pas honte ni de l’argent ni du fait d’en gagner. En revanche, j’ai honte et je développe une aversion à l’égard de l’abondance absurde de richesses, en contraste avec la pauvreté qui se creuse de plus en plus. Sans parler des discours et autres regards de mépris ultime de la part de ces gens aisés : ils ont réussi à me foutre la nausée. Réaction exagérée ? Est-ce si fou de ma part ? On constate que la raison est en échec, et face à ces constats allant de soi, on se prend en pleine face cet argument ridicule, mais pourtant gagnant, que le pays des Bisounours n’existe pas… à ça je réponds avec virulence mais lucidité : allez-vous faire foutre ! et dévoile, en une formule, mes crocs, phénomène qui vient montrer que non, je ne vis pas dans cet imaginaire, bien au contraire. Je suis pleinement lucide de la réalité, et elle n’est point celle des plus riches. Et cette inversion des valeurs qui nous pousse à accepter les pires injustices me dégoute : pouvez-vous l’entendre ?

Bref, le seul fait de l’écart immense entre riches / pauvres me suffit amplement pour pointer ce malaise dans cette civilisation. Alors j’arrête de douter sans cesse, j’arrête d’avoir peur de mon tromper de combat, et affirme mon point de vue, enfin : cette société ne fonctionne plus. Point. Certains crieront sûrement au poncif en m’envoyant en pleine face cet arrogant « sans blague ! », quand d’autres s’empresseront de scander à la bêtise, sous toutes formes même les plus ridicules. Et j’envoie un message à l’attention des détracteurs de ce constat, qu’ils jugeront trop simpliste et qui penseront ou oseront me dire que je n’ai pas les compétences pour comprendre ce monde, et après quelques faux arguments ad hominem entre bobo ou gaucho, ou les deux, se délecteront  de s’écouter parler en partageant des preuves pour me contredire : ce travail est déjà fait, je l’ai effectué seul. Je n’ai cessé de m’informer et de me contre-informer, diversifiant mes sources de savoirs (merci cursus en Sciences humaines et sociales), et malgré le positif que j’ai pu trouver en cette mondialisation, j’affirme que ce monde est à refaire puisqu’il est homicide, il ne tient pas la route. Il suffit de regarder autour de nous, cette époque porte en elle quelque chose de malsain. Comment le nier ?

Entrer en résistance et tendre la main

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Tendre la main, c’est faire fleurir tout un peuple (photo prise ruelle Lallemant, à Rouen)

Comment en sommes-nous arrivés là ? L’Ouroboros idéologique : c’est un succès ! les valeurs soit disant progressistes : économie de marché, mondialisation, échange, centralité du travail nous poussent à tout déléguer, à tout céder chaque jour : liberté, fraternité, égalité, élévation de l’esprit, citoyenneté, éducation, temps libre : notre manière d’être citoyen, simplement, n’est plus,  citoyen dans sa conception antique, dans laquelle l’otium, c’est à dire l’idéal de tout citoyen dans lequel la relation humaine, la conversation, le temps libre, la discussion sur les problèmes politiques, la participation aux assemblées nombreuses, aux associations et confréries sont les principales activités : une vie vouée à la relation sociale et à la politique et non pas absorbée par le travail, la consommation et le loisir sporadique. Alors ce sont des « professionnels » de la politique (politicienne) qui gèrent notre histoire. Faire fonctionner cette société [problématique] implique, à mes yeux, de s’abandonner progressivement, insidieusement. Finir par renoncer. N’être que ressource à défaut d’être ressource d’être… Alors en ça, je n’y vois aucun avantage à m’adapter à cette société, ni avantage, ni un signe de bonne santé.
Mon angoisse du moment, et mes proches le savent, se reflètent dans le miroir de chaque jour : l’absence de temps [libre]. Pour en avoir discuter avec des personnes informées et aux opinions construites, en effet, oui nous avons fait des progrès : nous travaillons moins, nous avons plus de temps libre, ce à quoi j’ai répondu que ces avancées n’étaient qu’illusion. Pour ceux et celles qui me lisent, la thématique du travail joue un rôle majeur dans ma réflexion citoyenne, elle s’est distillée au travers de nombre de mes écrits. Pour moi, quasiment tout se joue ici : la centralité du travail est problématique. Et non, ça n’a pas toujours été comme ça. J’y reviendrai dans la seconde partie de ce billet que je titrai « Espoir » lorsque j’aborderai mes conseils lectures : je constate que la majorité de la population que je rencontre n’a pas connaissance du comment les choses composant notre société se sont imposées au travers de l’histoire. Et je ne leur jette pas la pierre, quand bien même nombreux sont ceux qui refusent de faire des efforts, pour la majorité il s’agit surtout d’une quasi impossibilité existentielle de s’intéresser aux affaires de la cité. Et j’attends, à chaque fois que je défends cette vision, les défendeurs acharnés du libre-arbitre et de la volonté, qui ne sont, par expérience, que des privilégiés (bagage culturel, intellectuel, économique… sans être des gens aisés pour autant). Apprend-t-on l’histoire du travail ? et celle de l’économie ?  L’économie, je répondrais par l’affirmative, j’ai les souvenirs de théories mais non pas de la manière dont elles ont pris place. Quant au travail, je n’ai pas le souvenir d’avoir été informé que sa valeur et sa place n’ont eu de cesse d’évoluer depuis la Grèce Antique et que sa conception défendue actuellement corps et âme et l’amour qu’on lui porte ne sont que très modernes (Prémisses théoriques au Moyen-Âge, et véritable bouleversement qu’au XVIII / XIX ème siècle). Les structures (étatiques et médiatiques), dès le plus jeune âge, bien entendu, participe à l’imposition d’une certaine vision du monde, évidemment. Notre présentateur du JT star David Pujadas l’a d’ailleurs avoué : « Oui, il y a une idéologie cachée » : le mea culpa de David Pujadas sur son 20h.
Soit, voilà le pourquoi de mon obsession critique envers la centralité du travail ! car si le temps, en grandissant, n’est orienté que par le fait que nous soyons ressources au service du bon fonctionnement économique, un « bon » fonctionnement théorisé par des économistes qui pensaient l’homme comme Homo Oeconomicus, soit purement rationnel (donc pas réel), d’où toutes les théories économiques qui en sont venues à nier la réalité mais qui historiquement se sont imposées, souvent grâce aux puissants et pour les puissants, comment, en ces circonstances, être véritablement citoyen alors ?
Notre temps libre, pour caricaturer, nous le passons le weekend dans les bouchons pour aller faire nos emplettes. Prenons 35h/semaine, 9h/17h, vie de famille ou pas, je le vois autour de moi, une fois rentré du travail, la seule chose qui nous importe c’est le repos sans parler du fait qu’aujourd’hui la valeur travail ne permet plus de subsister convenablement pour une majorité d’individus (8,5 millions de personnes en dessus du seuil de pauvreté, est-ce tolérable ?!). Autant vous dire, et vous le savez, que l’intérêt pour les sciences, la philosophie, l’art et la politique, est bien moindre. Pire, certains se délectent de faire le plus d’heures de travail possible, une sorte de concours de pénis d’esclaves modernes. Un cercle vicieux s’instaure : comment se créer citoyen si tout ce qui compose ce statut est occulté ? Il n’y a que les privilégiés (la sociologie depuis Bourdieu ne peut que confirmer ce fait) et les cas d’exception transcendant leur condition qui viendront me contredire. Voilà pourquoi il m’arrive très souvent de monter au créneau lorsqu’on me dit « mais on a toujours le choix, ce sont les gens qui ne le veulent pas ». Justification de plus, dégueulasse, de cette époque mortifère. La réalité est bien plus complexe, mais de cette complexité saine propre à l’esprit humain évoluant en société. Être citoyen demande plus que simplement du temps, ça demande le temps d’avoir le temps et l’esprit disposé : allez lire des articles d’actualité, sans que cette activité fasse partie de votre quotidien ou de votre profession, après une journée de boulot. Se construire des opinions demande temps et attention.
Et je me prends comme exemple quand bien même m’informer, me cultiver, apprendre sont des tâches faisant partie intégrante de mon quotidien personnel et professionnel : je suis enseignant en français, en numérique et en culture générale, pour un public adulte au sein d’une structure associative d’insertion professionnelle, depuis peu et écrivain (s’affirmant depuis peu). Mon métier, que je considère dorénavant comme une vocation, me permet, certes, de concilier tout ce qui me constitue et de vivre convenablement (selon mon style de vie plutôt simple) : le savoir et sa transmission, la recherche (en sciences humaines et sociales), l’élévation de l’esprit, l’entraide, la solidarité (en terme professionnel : le social) et la créativité. Pourtant, malgré mon plaisir de me lever le matin, je constate que la fatigue me gagne, que le burn-out n’est pas loin et que mon écriture en pâtit et ça me mine. J’en arrive à prendre du plaisir de mettre mon cerveau en mode « off » devant une connerie télévisuel que de me motiver à finir mon Bouvard et Pécuchet. Manquerais-je de volonté ?! Pourtant, je réussis, mais avec une dose d’efforts qui impacte ma vie personnelle (amoureuse et amicale par exemple) à garder le cap : s’informer, se cultiver, voyager, trouver le bonheur en toute chose, partager, essayer de garder mon statut de bénévole dans une association venant en aide aux plus démunis, développer mes passions et écrire, tant bien que mal. D’ailleurs, je profite de ce jour férié célébrant la fête du travail, enfin d’une certaine représentation du travail, pour peaufiner et publier ce long cri. Mais je ne connais plus l’ennui, le plaisir de ne rien faire, tout est planifié, tout devient effort, la moindre activité me fatigue. Est-ce une vie ? Pour le moment, jeune que je suis encore, la question ne se pose pas, mais dans 10, 20 ans ? Comment m’investir pleinement dans ma citoyenneté et la société que je souhaite construire pour demain ? J’approfondirai ce sujet en Partie II, mais sachez que sans renier l’activité professionnelle, en effet, je la respecte et la pratique, je suis davantage pour une société de l’oisiveté où les activités sont multiples et partagées, ce qui n’est pas du tout le cas.

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Pourquoi écrire tout ça ? je reviens sur l’actualité française : voilà le résultat des votes du premier tour : Emmanuel Macron, 24,01% contre Marine LePen à 21,03%. Qui proposait, à mes yeux, un véritable projet ? Aucun des deux. Et nous voilà dans le racolage de la dernière ligne droite : publicité et communication font leur travail à merveille. Même les prostituées qui trônent en bas de chez moi prennent des leçons. Et pourtant, mêmes les prostituées en bas de chez moi ont plus de valeurs et de dignité, que je partage, que ces deux candidats. Racolage des politiciens et chantage affectif de tous les autres :  Voter contre ou faire le jeu de l’adversaire à contrer. Culpabilisation du non-vote (et ce dès le premier tour). Qu’on se le dise, si de plus en plus de gens s’en foutent et ne votent pas c’est peut-être qu’il y a une raison ! La première peut provenir du constat que je faisais plus haut : le temps. Nous ne sommes pas égaux devant l’accès à l’information et sa compréhension. Qui a lu tous les programmes ? Qui peut m’expliquer la politique menée actuellement par le PS ? Personne. La deuxième (non seconde car il y en a d’autres) est simplement politique : il y a, dans mes rencontres, plus d’intérêt politique chez les citoyens qui prônent l’abstention à titre personnel, et qui turbinent socialement et humainement ailleurs, que de moutons qui, sous prétexte historique et de batailles, font culpabiliser les citoyens de ne pas voter. En France, à ce que je sache, le vote n’est pas obligatoire et le vote blanc a un impact totalement risible. La solution réelle serait l’abstention de masse. Alors quoi ? Quelle est cette prise d’otage pathétique ? Je suis à mon deuxième mandat et je suis déjà désabusé de voter sans cesse contre : ça ne fonctionne pas ! Il faut que le peuple reprenne les choses en main.
Alors j’affirme ma position que je développe en filigrane depuis le début : je me désolidarise de ce système qui ne m’écoute pas, ne me comprend pas et ne me représente pas. Mais je ne fais aucun prosélytisme. Il faut que je sois cohérent dans ma démarche. Il m’est dorénavant impossible de cautionner cette mascarade démocratique. Je prône un parallélisme, voici mon alternative, profiter de ce que les structures peuvent apporter comme avancées (sans les structures, y aurait-il eu la mise en plage du « mariage pour tous » ?), du reste : le dédain. En suis-je pour autant un mauvais citoyen ? toi qui me lis depuis le début peut-être ? Mais sachez que de mon point de vue, l’intransigeance fait irruption en moi. Je ne tolère plus cette comédie.
Je ne ferai pas l’historique déplorable ni du parti de Marine LePen, ni ne parlementerai sur le programme flou d’Emmanuel Macron, cependant je vous renvoie vers deux sociologues, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, que je suis depuis quelques temps maintenant et qui traitent, au sein de leurs recherches, des classes supérieures ainsi que de leurs manières d’être et de faire. Et sur un site d’informations, on pouvait lire un très bon article sur les responsables politiques de cette présidentielle 2017. Le titre portant essentiellement sur Macron, n’est pas un bon résumé, l’article met en exergue cette oligarchie générale et le pourquoi de sa victoire incessante : Pinçon-Charlot : « Emmanuel Macron est un extraordinaire porte-parole de l’oligarchie et de la pensée unique ».
Après lecture de cet article et après réflexion, j’ai décidé que je ne céderai à aucun racolage ni aucun chantage démocratique. Macron est une publicité qui a marché, tandis que Marine LePen est à la tête d’un parti totalement hideux, qui a simplement changé d’emballage mais pas d’idées ni de membres actifs, racistes et indéfendables dont les ignominies sont légion.  Je vote pour un véritable projet de société, non pour des obsessions idéologiques ou des lubies xénophobiques et racistes. L’heure est au bouleversement. Et le cri se fait entendre.
Je ne parle même pas du cas où Madame Lepen serait élue (je dois avouer que j’attends les Législatives pour lui barrer la route), cela dit, si M. Macron devient président de la république française grâce au vote (dont le mien, dans l’hypothèse où je céderais) et que des manifestations désireuses de changement se mettent en place, protestant contre une politique identique et à majorité de droite depuis plus de 30 ans, comment y participer sans honte ? « On peut faire les deux » me réplique-t-on, mais respectez mes choix, mes émotions ! Si la démocratie venait à s’exprimer véritablement en dehors des urnes, c’est à dire dans les rues, par dialogues et initiatives parallèles, Nuit Debout en parangon, comment y participer sans honte ? puisque j’aurais donné ma voix pour élire un président par défaut ? Non, et non ! Le vocable du droit de vote est intéressant « donner sa voix », la mienne s’égosille pour de véritables changements. La citoyenneté, tout comme sa mère Démocratie, ne se résument pas au droit de voter ou de ne pas voter. Ce sont des choses qui s’expriment au quotidien. Je ne laisserai plus personne, surtout pas ces individus, parler au nom des mes espoirs !

Je possède des valeurs, de solidarité, de partage, de créativité, d’écologie, de simplicité, d’humanité, de paix, qui ne s’expriment pas au sein de ces résultats. Et chacun voyant midi à sa porte, le peuple, je le sens, n’est pas prêt, pour une grande partie, à faire des sacrifices dans le but de construire, ensemble, un véritable projet de société. Les entrepreneurs, les ouvriers, les salariés, les fonctionnaires, chacun prêchant pour sa paroisse… Tandis que mes valeurs sonnent creux au sein de ces structures politiques dominées par des castes ayant suivi les mêmes cursus, les mêmes stages, les mêmes expériences, possédant le même CV, ayant le même réseau,  arrêtons de nous mentir : il s’agit bel et bien de la définition d’une oligarchie. Et je laisserai plus personne tempérer ce propos sous prétexte d’exagération et de « bien-pensance ». Cette société a la rhétorique de l’Enfer : nous faisant confondre vérités essentielles (comme le respect de la dignité humaine) et poncifs à brûler, elle affiche l’inversion des valeurs en son rictus de dédain. Celui qui signifie : allez-y, entretuez-vous, nous, nous sommes tranquilles. Le feu. Le vide. Puis la résistance !

Alors c’est un non, c’est un exil ! Et au même titre que je respecterai le résultat des votes, c’est un devoir d’en venir à respecter mes choix de citoyen lucide et rêveur. Ce « non », à l’inverse de ce « voter contre ou faire le jeu de », est bien moins négatif, bien moins cynique au fond. Au contraire, il s’agit d’une apostasie saine et optimiste !

Imbibé de luxurieuses et modèles pensées
J’ai crié « NON » en orgueilleux enfin éveillé !
Loin de la négation, J’ai vu une vie échouée et cétacé
Scandant « c’est assez ! », j’affirmais mon apostasie.
Mes « non » loin de simples lubies
Ne sont que des envies, des envies d’autrement
Alors entre-nous, je le sais à présent
Tout ces « non » ne sont, en fait, que des « oui » vivifiants !

Orgueil de vivre

 Une analyse lucide que je rejoins

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

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4 réflexions sur “Irruption : faire sa part (bis)

    • Merci beaucoup pour votre retour, hésitez pas à partager des réflexions, des ressources ici même, je suis preneur et pour le débat.
      Je suis en train d’écrire la deuxième partie, par manque de temps, elle peine à avancer malheureusement mais elle viendra. Cela dit, des écrits en tout genre subsistent ici, depuis quelques années maintenant, il y a de la lecture oui 🙂
      Merci encore pour votre curiosité

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