Chemin d’coeur

Après  mon long billet, scindé en deux parties, qui m’a permis de tendre et d’étendre une plume davantage citoyenne, pour ne pas dire politique car ce terme est bien trop galvaudé, je décide d’une double offrande : une respiration, brève, d’un recueil de poésie de mon propre cru pour changer l’air.  Pure offrande avant la naissance d’une nouvelle aventure, décisive pour moi, dont je vous ferai part très bientôt… Il sera question de noir sur du blanc, et de la possibilité de toucher de vos doigts un ébat mental, partageant ainsi une expérience plus intense que ces billets réguliers publiés sur ce blog.
Creusant le sillon du cœur, l’amour est un souffle brûlant d’où naissent, meurent, émanent toutes contradictions. Alors, certes , il est soupir mais est-il léger pour autant ? Il est comme la brume du matin… Il est feu, il est larme; que j’aime ces deux mots qui évoquent autant l’envers que l’endroit d’un sentiment, puissant; feu de joie, larme amère, détresse et liesse. Ne t’éteins pas ! n’en faites pas la supplique, c’est impossible. Ça brûle ! Arpentez ce chemin du cœur, puisque c’est de ça dont il est question. Sujet, croyance, chimère, folie, sentiment; thème universel, qui ne peut s’aborder que par le poncif mais qui trouve sa place sous la chair vive de chaque lecteur et lectrice dont l’expérience est inépuisable et singulière. Alors mon objectif de scribouillard est de faire naître un sentiment sur un sentiment afin que la chair vibre.
Voilà que je vous laisse avec ce « chemin d’cœur », qui peut être le mien comme le vôtre, qu’il soit vrai ou fictif. 15 pages, ce recueil se compose de sept textes, dont cinq textes et demi sont inédits. Pourquoi « demi » ? car l’un des poèmes a été publié sur une autre plateforme numérique que celle-ci. Mon objectif a été de construire des textes courts et respectant une certaine structure, notamment pour les cinq premiers poèmes. J’ai réussi, à ma grande surprise et à ma grande satisfaction, à écrire sous la contrainte, relative évidemment puisque s’agissant de la mienne.
En guise de préambule je vous laisse avec les mots de Charles Bukowski :

 

« La passion c’est l’averse
Qui traverse !
Mais la femme n’est qu’un grain :
Grain de beauté, de folie
Ou de pluie…
Grain d’orage – ou de serein. –
[…]
Veux-tu, d’une amour fidelle,
Éternelle !
Nous adorer pour ce soir ?  …
Pour tes deux petites bottes
Que tu crottes
Prends mon cœur et le trottoir ! »

Tristan Corbière – Les Amours Jaunes

Ledit Recueil :

Chemin d’coeur recueil

 

 

Irruption : Faire sa part (Partie II)

« Le malheur est que nous sommes au temps des idéologies et des idéologies totalitaires, c’est-à-dire assez sûres d’elles-mêmes, de leur raison imbécile ou de leur courte vérité, pour ne voir le salut du monde que dans leur propre domination. Et vouloir dominer quelqu’un ou quelque chose, c’est souhaiter la stérilité, le silence ou la mort de ce quelqu’un. Il suffit, pour le constater, de regarder autour de nous. »

Albert Camus – in Actuelles. Écrits politiques (chroniques 1944-1948) p 208

PARTIE II : ESPOIR

Préambule

Climat délétère, observant une doxa se radicaliser de toute part, faisant triompher le rejet et croyant connaitre son histoire, plongée dans la confusion entre émotion et opinion, j’ai peur que la raison devienne sans rempart. Alors, lorsque la lutte est vaine, se retrouvant devant un public à l’esprit inerte, alourdi et ankylosé par l’Absurde de cette époque, l’exil dérisoire, qu’il soit d’esprit ou de corps, s’avère salvateur et opportun : l’art devient alors rempart et refuge.
Contre toutes ces missives numériques et propos à caractère xénophobique, je trouvai, par sérendipité (quel concept enivrant !) une réponse me convenant à ravir non sans une once de jubilation : il s’agit d’une chanson de l’artiste Tété. Touché par un commentaire raciste, parmi d’autres, l’artiste français décida, avec calme, volupté, dérision et tellement d’intelligence de répondre à cette missive digitronique en musique. C’est dans ce même état d’esprit que je souhaitais en faire le partage afin de vous faire découvrir, dans ce préambule, ce morceau terriblement bien écrit. Quelle belle réponse à l’ignominie !

Conseil de lecture :
Parcours ce billet à ta guise, prends ton temps, toi lecture.trice curieux.se.

Résultats

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Il paraît que Mr Emmanuel Macron est devenu le nouveau président de la république française… Et alors ? Devons-nous faire sauter le liège, se mêler à la liesse ? Et la suite ?
Trêve de posture, quand bien même j’ai tenu mon engagement, explicité en première partie, qui consistait à me désolidariser avec comme conséquence actée celle de l’abstention aux présidentielles 2017, ma première phrase traduisait une indifférence factice, et ceux et celles qui me connaissent le savent.
Cela dit, je n’ai pas été bouleversé par ce résultat, et encore moins réjoui : alors j’entends déjà les voix indignées me sommant de savourer cette victoire de ne pas voir le Front National, portée par Marine Lepen, chef du gouvernement. Encore une fois, les palabres moralisatrices aiment faire perdurer les polémiques et les confusions : Concernant ma seule position, ma seule décision de citoyen, suis-je heureux de ne pas avoir comme leader politique le FN ? Oui, c’est une évidence, nul besoin d’épiloguer. Pour autant, dois-je fermer les yeux sur le haut score du Front National ?  Dois-je forcément me réjouir de l’accès de Mr Macron à la présidence française ? Non. Et dans l’ambiance générale, voilà ce que j’ai pu ressentir : un manichéisme ridicule et contre-productif : comment peut-on, tous, trouver cette époque hyper-complexe et se ramener, citoyen, avec des raisonnements aussi dualistes et sans nuance. « Mais pourquoi ? » / « Il est pas si mal » / « son programme est intéressant »… Syndrome de Stockholm dont je ne souhaite pas être la victime. Libre à vous, libre à moi. Diviser pour mieux régner, Macron  s’en frotte les mains, la sphère médiatique dominante lui ouvre un canal. J’entendais un matin, sur France Inter, l’éditorialiste Dominique Seux expliquer aux auditeurs que Mr Macron ne pouvait être que critiqué sur la forme (parlant de sa gouvernance par ordonnance) mais non sur le fond puisque 66,1% de la population avait voté pour lui et par raisonnement fallacieux, et démocratiquement dangereux, lorsque les détenteurs officiels de l’information s’expriment, que ce même pourcentage adhérait donc à son programme. J’ai bondi ! Comment,  dans ce climat instable, peut-on laisser dire une bêtise pareille. Ai-je besoin de rappeler ce fait : l’abstention a battu des records ! Abstention et votes blancs/nuls records depuis 1969, dépassant le résultat de Marine Lepen : 25,3% d’inscrits qui ne sont pas allés voter, 4,2 millions d’électeurs (soit 8,9% des électeurs inscrits) ont glissé un bulletin blanc ou nul.
Mr Macron a été élu par seulement 43% de français et dans ces 43%, combien ont voté par barrage, défaut, culpabilité, peur ? Victoire ni écrasante, ni légitime, mais dans ce pays, seuls ceux qui glissent un bulletin avec le patronyme d’un candidat peuvent être entendu. Première problématique démocratique. Et pas des moindres !

Il est 17h passée, nous sommes le dimanche 07 mai, des papiers, affichant faces et dires des candidats, trônent anarchiquement sur un secrétaire dépassé. Par curiosité malsaine, je relis en diagonale celui d’Emmanuel Macron. Mon regard tombe sur « 60 milliards d’économie sur les dépenses publiques », nous savons tous ce que cela veut dire. Cette fausse bonne idée, qui répond à l’ère du temps néo-libérale me donne la nausée, elle m’a suffi à appuyer ma décision en mon crâne douteux.
« C’est ton seul argument contre lui ? », bien sûr que non, premièrement parce que « lui » n’est qu’une entité inutile dont je me fiche, en revanche, « il » représente et défend une idéologie mortifère et paralytique quand l’air du changement se faisait sentir et aurait du s’imposer.
Mais il paraît que le temps n’est pas au changement radical mais à la réformette d’un système français qu’on doit faire repartir, parce que seule la France rame, les autres pays démontrent que la mondialisation et l’idéologie libérale fonctionnent… #LOL. Qu’est-ce qui ne faut pas entendre comme connerie et comme désinformation… L’Espagne ? La Grèce ? en parfaite santé… Les États-Unis ? Cet American Dream, qui au quotidien s’apparente davantage à un nightmare où un citoyen moyen cumule plusieurs emplois pour (sur)vivre et dormir dans un logement à peine acceptable dans un pays dit développé. Je ne vais pas vous conseiller à nouveau de lire la partie I de ce billet, mais les exemples du dysfonctionnement général sont légions.
Le malheur, nous dit Camus dans son Actuelles I, est que nous sommes au temps des idéologies et des idéologies totalitaires, c’est-à-dire assez sûres d’elles-mêmes, de leur raison imbécile ou de leur courte vérité, pour ne voir le salut du monde que dans leur propre domination. Et vouloir dominer quelqu’un ou quelque chose, c’est souhaiter la stérilité, le silence ou la mort de ce quelqu’un. Je trouve que la définition camusienne des idéologies totalitaires correspond, dans une moindre mesure (historique) à l’idéologie libérale, qui sous couvert de théories forçant le réel et les représentations, impose une domination de l’économie dysfonctionnelle et engendrant consciemment aujourd’hui (nous ne pouvons le nier),  injustice et inégalité.

Non pas vivre mieux mais vivre plus, dans la simplicité

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Désir de paix – Sculpture de Jean Marc de Pas (exposition à l’Abbatiale Saint-Ouen, Rouen 2017)

Putain, je suis heureux.
À chaque jour ses peines, mais cette exclamation est une certitude, je le sais, car elle ne sort pas que de ma bouche, souvent béate, mais s’immisce, sensation, en chaque expérience.
Surprenante déclaration, face à ce que je vous ai écrit jusque là, qui pourtant est la devise de ma véritable patrie, celle de l’état dans mon état d’esprit. (Merci Mr Souchon pour cette phrase sublime.). Le bonheur n’empêche pas l’indignation.
Putain, je suis ivre. L’ivresse est une graine fertile à la liberté.
Je les écoute, eux et elles sur ma route, me parler de leurs problèmes d’argent, leur détresse; ils en viennent à m’avouer leur dépression, leurs craintes professionnelles, leur peur du lendemain. Leurs angoisses : il est 3h du mat, après quelques bières et alcool de prune, deux amis témoignent de leur angoisse véritable de la mort, ils se renvoient la balle, quant à moi, serein, je compatis tout en réfléchissant à ma condition et émotion différentes face à cette angoisse universelle. Le seul problème, qui n’en est un seulement pendant 5 minutes chrono, c’est de trouver une place gratuite en centre-ville après avoir pris ma voiture. J’exagère évidemment, j’ai des angoisses comme tout être humain sain d’esprit, mais là où je veux en venir c’est que, à  la plus petite échelle (celle qui ne tue pas), les gens souffrent. Ils souffrent d’être finalement intégrés, ayant assimilés un système dont ils ne se jugeront peut-être pas victimes alors qu’ils le sont.
Quant à moi, peut-être que d’avoir côtoyé la mort depuis mes treize berges m’a permis d’avoir un rapport plus sain avec elle, aux angoisses et autres problèmes douloureux du quotidien et des ratés du système. Je n’ai pas un rapport morbide avec la mort, donc occidental, je m’en rends compte lorsque j’en parle naturellement et que je peux en venir à choquer les gens. Je souffre de tout un tas d’autres choses, qui me sont en rien singulières.
N’ai-je pas réussi, également, par je ne sais quelles forces, à construire une existence au diapason de mes valeurs et des mes véritables envies et besoins : une existence à ma mesure en somme, une existence à l’écoute, que j’écoute. Je vis simple et simplement et me sortez pas l’argument de ma jeunesse. Je ne subis que ce que je ne maîtrise pas, du reste, je ne me crée pas de situations problématiques : achat d’une maison lorsqu’on n’a pas les moyens pour citer un exemple bien concret et matérialiste. Je pars du principe que nous sommes une époque d’éveil et de sacrifices, je mets ainsi tout rêve et toute valeur foncièrement moderne de côté. Ma réussite n’a rien d’économique, je gravis la vie à l’horizontal, peu m’importe l’échelle sociale, même si parfois je suis rattrapé par le miroir de mon époque, je partage une certaine noblesse de l’échec. Non que mon existence en soit un, puisque l’échec n’en est un que par rapport à un point de référence opposé. Le monde d’aujourd’hui nous vend une réussite dont je me contrefous, voilà pourquoi richesses et ambitions ne font pas partie de mon vocabulaire et voilà pourquoi je ne ressens ni sentiment de supériorité ni mépris à l’égard des gens, sauf ceux qui ont un pied, une main dans l’engrenage de notre dégueulasserie mondialisée. Alors, je me sens sain. D’où ma douleur de vivre dans ce monde.
Ma révolution est intérieure, mes besoins sont simples et mes rêves sont naturels. Je vise l’harmonie. Il ne s’agit nullement d’un caprice d’adulescent, je suis profondément lucide sur mon temps et moi-même, quand bien même, à chaque pas de vie je fais des concessions. Mais ô combien je ne veux pas faire partie de ces soixante-huitards pervertis, de ses parents bien rangés et « ah, j’étais comme toi à ton âge », de ses jeunes adultes  ayant abdiqué . Ça n’arrivera pas !
Je vis, parfois j’envie, d’autres fois je suis, mais bien souvent je saisis, je pioche, je tente, j’approfondis, cheminement de l’artiste citoyen; bien trop souvent, malheureusement, heureusement, j’évite de choisir. Je suis un globetrotteur du quotidien, un aventurier d’une routine nomade; ne voyageant pas autant que certains amis (mais qu’est-ce que le voyage ? y a-t-il qu’une définition ?) mais ne stagnant pas autant que d’autres, nous nous mouvons, mon corps, mon âme et moi, à un rythme qui nous convient et qui, véritablement nous transforme.
Mais aujourd’hui, voilà que le plus grand drame de mon existence est de manquer d’ennui, donc de temps, vide. « Pauvre chou » me direz-vous avec sarcasme. En effet, suis-je à plaindre ? non, quand de plus en plus souffrent de la solitude, subissent un quotidien d’usine, se battent avec l’absurde, et meurent de vivre. Pourtant, il s’agit bien d’un drame, pour moi, pour vous : moi, grand chantre de l’oisiveté profondément naturelle parce que créative et humaine, je trahis, qu’à moitié, une de mes valeurs : celle de jouir du temps. Elle est, d’après moi, l’enjeu majeur de notre époque parce que nous empêcher d’en jouir, c’est nous enlever notre humanité. Toujours cette obsession qui va de pair avec la centralité du travail et l’omnipotence de l’économie. Alors je me questionne : comment prôner l’alternative existentielle face au monde consumériste (sur tous les plans) si moi-même je me consume dans un amas d’activités qui font de moi ce que je critique : un citoyen à temps-partiel. Comment valoriser et acter l’entraide, si je peine à gérer ma vie ? Cela dit, Paul Morand, grand actif, n’en a pas moins vanté les mérites de l’oisiveté… Autocritique et introspection sévères de rigueur : faire sa part est un combat de gladiateur, vain à son échelle individuelle, mais qui ne peut être que victoire si deux éléments se mêlent à l’être comme de la chair : solitaire et solidaire. Toujours.

17h10, sortant du boulot, je prends le soleil à la robe étincelante magnifiquement inespérée de plein fouet. Son pouvoir lunatique tient dans un seul rayon qui, se posant sur mon être, arrive à me faire transpirer. Nous sommes début mai, il fait 27 degrés. Je fais partie de ces gens sensibles au temps (le temps toujours), cette affirmation s’observe aisément au travers de mon visage : plissant les yeux, offrant ma face à l’astre solaire, je me régénère et depuis qu’il trône fièrement au dessus de nous, je n’ai pas arrêté de sourire. Je sais pourtant que ces plaisirs sont temporaires.
On m’apprend que dès le lendemain, le froid fera son retour : 5 degrés le matin, 19 l’après-midi. D’un jour sur l’autre, quasiment 10 degrés d’écart, je me demande si c’est normal ? si ce phénomène est naturel ? si c’est déjà arrivé ? … Si c’est grave ? … Et vous ?

Mon métier dans l’enseignement pour adultes fait tomber chaque jour des a priori, fait trembler chaque jour cette époque dont Mr Macron vente les mérites et qu’il travaille à relancer. La formation pour adultes :  depuis Hollande, voilà où le gouvernement met une partie de ses efforts. Macron continue sur cette lancée. Pourquoi faire ? à savoir que dans ma structure nous travaillons la remise à niveau (français, math, informatique, biologie, anglais..), nous préparons aux concours, nous accompagnons nos apprenants dans leur projet professionnel de manière personnalisée. Notre structure est un tremplin vers l’emploi et l’insertion / réinsertion. Génial ! Notre fonds de commerce est les combattants, les résignés et les rebuts de l’humanité. La total !
Au delà de nos objectifs, auxquels il m’arrive de ne plus penser pendant mes ateliers de français, de numérique et de « développer ses compétences de bases », la diversité de mon public m’apprend chaque jour des leçons, bouscule nos représentations et nos acquis. À savoir que l’intelligence est multiple, que le diplôme ne fait ni la réussite ni l’intelligence, que l’humain n’est pas nécessairement là où on nous le vend, que la bêtise est la chose la mieux partagée au monde et que la misère économique et intellectuelle est un volcan en éruption. J’aime et déteste mon travail puisque s’il existe, et si ma structure fonctionne à plein régime c’est bien qu’il y a un problème général et que ce système est un échec. Mais qui se pose la question au point que ça l’empêche de dormir ? Il me permet de faire ma part, de m’épanouir, de trouver ma place sur l’échiquier.  Il me rend optimiste en mon âme mais si pessimiste de constat : combien s’en sortiront ? suivant les sentiers totalitaires et imposés de cette existence occidentale tournant autour du travail. Car c’est bien de ça dont il s’agit : trouver un job. Mais cette société, telle qu’elle est, n’est pas un foyer au vivre ensemble.

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Bref, je cesse de me torturer l’esprit, ce job me fait transpirer même l’hiver, car j’y mets toute mon âme. Une envie soudaine et rare me domine : aller me boire une bière en terrasse, puis terminer, par la même occasion, Le soleil et l’acier de Yukio Mishima. J’enfourche mon vélo datant de la seconde guerre mondiale, en route vers ma première escale : chez moi. Ensuite, c’est à pied que je continue mon périple. À pied la lenteur prime, l’attention multiple est décuplée.  À chaque marche une aventure, des découvertes. Vous le savez, la marche, disons plutôt la déambulation est une passion chez moi. Autre rayon à ma lutte solaire contre ce TGV.
Je zigzague pour éviter merdes de chiens et autres tessons de bouteille. L’incivilité française dans toute sa splendeur. Remontant Rue Fontenelle, je couvre ma bouche et mes narines de mon bras : les émanations de gaz d’échappement, le bitume pollué, mêlés aux odeurs multiples – bouffe, déchets, poubelles salles, cigarettes, parfums outranciers d’individus pomponnés- me dérangent. Sensible aux sens. Je crois avoir développé des allergies depuis que j’habite en centre-ville… Cet hiver, suite aux multiples pics de pollution, j’ai même arrêté de faire mon jogging tant je ressentais l’effet sur mes poumons. Et la peur. Il faut l’avouer. Où trouver un endroit sain sur cette terre ? cette question me tourmente de plus en plus…
Mon mal de bide chronique vient me rappeler que même la nourriture est un sujet sensible et foutrement symptomatique. Allergies, maladies chroniques, stress, obésité, notre occident est foyer de ces malaises de santé. Un bel exemple de réussite ! Riches à outrance, jusqu’aux maladies. Être sain est un luxe qui n’a rien avoir avec la richesse, mais encore et toujours avec le temps. Il suffit de regarder autour de soi. Côtoyant des gens « bio », pour faire un raccourci, je m’imprègne, je m’informe, je prends exemple et ces nouvelles relations m’incitent à faire évoluer mon alimentation, à me remettre en question, lucide jusque dans mon corps au point de reprendre sérieusement le sport et de m’alimenter plus intelligemment. Mais toujours cette obsession du temps qui revient comme une rengaine : 1h de pause déjeuner pour une majorité de structures et d’entreprises, en y réfléchissant c’est ridicule. Quant à nos activités extra-boulot, le temps qui nous est imparti lorsque le temps de travail est de 35h/semaine minimum… ? Mais tss, de penser au bien-être c’est so siècle dernier ! Bien se nourrir, mieux consommer, arriver à ces ambitions en 2017 est profondément inquiétant. Bien se nourrir demande une éducation que les Carrefour et autre Lidl ont donné depuis des dizaines d’années. Les ravages se font sentir sur la pauvreté des palais (joli oxymore). En dehors des produits transformés trop tout, salé, sucré etc, il nous est dorénavant difficile de consommer des produits vrais et sains qui n’aient pas été empoisonnés… L’homme n’est pas un loup pour l’homme, il en est son lupus, se retournant contre lui-même, il se fait mourir.
La société nous demande d’être sain tout en étant débordé. Elle pousse les contradictions jusqu’à l’absurde pour que le lambda soit bien paumé. Victoire ! « Bouge toi le cul, mais pas trop, attention au burn-out ! Sois sain mais dépêche toi, sois un bon parent mais sois productif, mange mieux mais ton salaire restera le même« . Risible. Certains me rétorquent vivement qu’il est question seulement de choix de « bien manger », comme de se cultiver, de s’améliorer, et que ce sont les gens qui ne « veulent pas », ne « font pas d’efforts ». Avis tranchés bien naïfs venant souvent d’individus privilégiés sur tous les plans. Ce à quoi je réponds qu’ils ignorent tout de la complexité de l’être humain en société, objet de la sociologie. Et que le temps, n’est pas seulement un découpage objectif donné de manière identique à tous, des choix à faire, mais une représentation symbolique, un temps ressenti, qui n’est pas vécu de la même manière selon l’individu, sa classe sociale, son vécu, ses relations etc… La culture du corps et de l’esprit ne vont pas du tout de soi. Loin de là. Voilà la conclusion que je fais, allongé dans l’herbe sur un microcosme, en compagnie de ma sœur, partageant avec moi, au delà du sang précieux, valeurs et idées.

Je déambule, comme à mon habitude,  j’aperçois la devanture Le bar de Rouen, place du vieux marché, juste en face de ma librairie favorite « Le rêve de l’escalier », un énième lieu de résistance. Interlude musical, ce que j’écoute sur ma route me donne du baume au cœur. Je ne peux partager avec vous que les paroles. Il s’agit d’un morceau du dernier projet de Gaël Faye intitulé « rythmes et botanique » que je ne peux que vous conseiller de vous procurer. « Tôt le matin », puisque c’est son nom, se lit comme un poème et se vit comme une révolte :

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« Respire les effluves, les parfums d’Orient
Sous l’étuve les fumées d’encens
Brûle tes poumons dans les torpeurs enivrantes
Hume les fleurs, leurs senteurs navrantes
Laisse loin la rumeur des villes
Si ta vie est tracée : dévie!
Prends des routes incertaines, trouve des soleils nouveaux
Enfile des semelles de vent, deviens voleur de feu
Défie Dieu comme un fou, refais surface loin des foules
Affine forces et faiblesses, fais de ta vie un poème
Sois ouragan entre rebelles, houngan!
Empereur de brigands, Mackandal, Bois-Caïman
Écris des récits ou te cogner à des récifs
Une feuille blanche est encore vierge pour accueillir tes hérésies
Lis entre les vies, écris la vie entre les lignes
Fuis l’ennui des villes livides si ton cœur lui aussi s’abîme

Un jour, un jour, un jour j’me barre, hasta la vista
Je reste pas sur place, j’attends pas le visa
J’vais parcourir l’espace, pas resté planté là
Attendant que j’trépasse et parte vers l’au-delà
Mourir sous les étoiles, pas dans de petits draps
J’vais soulever des montagnes avec mes petits bras
Traverser des campagnes, des patelins, des trous à rats
M’échapper de ce bagne, trouver un sens à tout ça
J’vais rallumer la flamme, recommencer l’combat
Affûter ma lame pour replonger en moi
Un fantôme se pavane dans son anonymat
Rêve d’un pays d’Cocagne où l’on m’attendrait là-bas
Car dans la ville je meurs à nager dans des yeux
Des regards transparents qui me noient à petit feu
La zone est de mépris, la vague est d’indifférence
La foule est un zombie et je vogue à contresens…

Entendre le son des vagues lorsqu’elles s’agrippent à la terre ferme
Cultiver le silence, tout est calme, plus rien n’interfère
Rechercher la lumière, un jour peut-être trouver la clarté
En nous le bout du monde, faire de son cœur une île à peupler
Ouvrir de grands yeux clairs au bord d’immenses lacs émeraudes
Se laisser émouvoir tôt le matin quand pousse l’aube
Aux premières heures du jour tout est possible
Si l’on veut reprendre dès le début, redéfinir la règle du jeu
Briser les chaines, fissurer la dalle
Inventer la lune, que tous la voient
Devenir vent de nuit, pousser la voile
Et s’enfuir vers des rives là-bas… »

Gaël Faye – Tôt le matin (tiré de L’EP Rythmes et botanique).

En tête à tête avec ma Chimay Bleue, je suis tantôt captivé par ma lecture, tantôt par tout ce qui m’entoure : j’écoute certaines conversations, j’observe une famille, puis m’attarde sur le vent taquin chatouillant les arbres, je regarde passer le BCBG, puis le marginal au jean serpillère.
Soudain, je reconnais un de mes collègues de boulot, que j’aime et respecte énormément malgré nos divergences d’opinions. Il se dirige d’un pas décidé vers la rue Cauchoise, je ne le quitte pas du regard, lui ne me voit pas. Je vois qu’il dévie et se dirige vers la boulangerie… en fait non, il s’arrête devant un mendiant et, saisissant son porte-feuille dans la poche arrière droite de son jean, le voilà qu’il tend de la monnaie et s’en va. Ce geste paraît futile, pourtant il est pour moi si révélateur de mes sentiments irrationnels à son égard. Suis-moi discrètement une journée, et tu verras qui je suis, semble me susurrer ce geste de bonté naturelle. Je m’illumine. Je crée mes relations à l’instinct, et me trompe rarement. Bien s’entourer est également un luxe.
Observant ce démuni, qui prend racine, et à qui il m’arrive d’acheter du pain ou de donner quelques pièces, je me dis que des sdf, attention ceux qui ne se mêlent point facilement à la foule, qui font la manche, sont de plus en plus nombreux… Avec un ami, même si le sujet est ancré en moi, nous nous questionnons sur « comment peut-on devenir pauvre à ce point dans un pays occidental ? », lui qui a parcouru l’Inde plusieurs années, Honduras et la Chine… ça me fait penser d’ailleurs qu’il faut que je me remette aux maraudes avec l’association L’Autobus Samu Social de Rouen… et que je me mette à lire Patrick Declerck et son Les Naufragés
Je décolle, il est près de 18h30 et j’ai rendez-vous 55 Rue d’Amiens. Nous sommes le premier mercredi du mois, depuis 5 mois je me rends au Lavomatic Tour. Késako ? Un lavomatic pardi ! Bon ok, il s’agit d’une scène ouverte qui a lieu dans plusieurs villes de France, dont Rouen et qui se déroule dans… un lavomatic.
Une fois par mois à la date et adresse mentionnées plus haut, le temps d’une machine et d’un séchage, des participants de tous horizons viennent partager leurs créations. Et donc, une fois par mois, depuis 5 mois maintenant, ce sont mes textes que je déclame, rappe, chantonne, en compagnie d’autres saltimbanques ! À l’évènement de Mai, j’ai même amené Chat Noir, pour deux morceaux guitare / voix et c’était cool ! Chat Noir ? Ah oui, c’est mon groupe de musique familial, moi en tant que co-auteur de chansons, ma sœur en interprète de talent et évidemment auteur, ainsi que mon père à la basse et un ami à la guitare, un autre aux machines, nous formons un groupe de greffiers un peu farouche qui aime jouer de la musique sous la lune, tapi dans l’ombre, prêt à partager son territoire : voici notre Instagram, pour le moment : chat.noir.music. Nous avons même eu la chance de faire la prestigieuse scène du 106 il y a quelques mois !  Autopromo terminée !
Bref, à défaut décrire, je déclame et ça me donne l’illusion de continuer de créer (même si un premier livre est en cours, en auto-édition, mais je bataille). Mais au delà de ma petite personne et de mes caprices de création, cet évènement est un lieu de résistance, où le partage et la rencontre sont maitres.

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Au Lavomatic 55 rue d’Amiens, Rouen

Lessivé, j’apprends en me couchant qu’un énième attentat a eu lieu, cette fois-ci à Manchester (Récit véridique, chronologie fictive). Une bombe explose, lors d’un concert populaire. Des enfants sont morts putain d’merde, des gosses. Je ferme les yeux pour garder emprisonnée une larme, mais comme toute mon existence n’est qu’une évasion, comment la retenir… Banalisation du mal, le sujet des attentats ne vient plus qu’au dernier plan dans nos conversations…
Un livre entre les mains, je jette un coup d’œil à ma droite, elle est là, « elle est belle elle est brune, elle dort collée à mon flanc. ». Je souris. Là elle dort, mais lorsque je lui parle, c’est le monde qui m’écoute.
Demain malgré la fatigue, je décompresserai avec cet ami qui m’est si cher. Revenu de Chine, je profite de son désir de se poser temporairement pour vivre comme des fous de vivre, il est mon Dean Moriarty. Grâce à lui, en partie, je me suis remis au sport, j’apprends la guitare, et me détend en jouant aux échecs. Je vis pleinement.
J’essaie de fermer l’œil, mais voilà que je cogite à mes journées de taf. J’entends à nouveau Alain me dire que malgré sa motivation et ses compétences, on lui a gentiment demandé de quitter la file d’attente d’un entretien de boulot car il n’entre pas dans la tranche d’âge : trop vieux. Dans ma structure on incite les gens à fortement se bouger, mais lorsqu’ils le font, pour beaucoup il s’agit d’échec ou de réussite qui sont à mille lieues de la hauteur de leurs ambitions, qui pourtant ne volent pas haut. Pas assez d’expériences; trop vieux, arf ça arrive, c’est récurrent, c’est la vie, oui, mais vous en faites quoi de cet individu si la principale source de revenu que représente le travail, lui est fermée ? Vous en faites quoi de ces individus ?
Et Chantal, licenciée pour raison économique, et Natacha qui me raconte, dans une confession collective, son expérience de harcèlement au travail la poussant jusqu’au licenciement, c’était ça où le suicide. Les gens sont tous pétés, le travail n’arrange rien.
Et Issa qui me témoigne inconsciemment son expérience de racisme ordinaire, là sur un parking de Bricorama. Et Valérie qui m’explique que son entreprise lui « offre » une formation avant de la licencier pour raison économique. Taïssa, d’origine tchétchène qui rêve d’être en France ce qu’elle était en Russie : infirmière. Impossible. Je ne pense qu’à leur présence dans mon association, je n’ose penser en plus à leur récit de vie. Dans mon récit, j’en cite seulement trois, ils sont une majorité. Et ces immigrés si humains, à qui on demande l’intégration (plutôt l’assimilation) et qui n’ont aucunement le même rythme de vie, un rythme ancré en leur psyché. « Qu’ils retournent chez eux ! », j’entends ces échos dégueulasses, quand l’occident a tout saccagé, partout.
Et j’entends résonner en moi le discours bien rôdé de l’insertion et de la recherche d’emploi… plus de 3 millions de chômeurs, des entreprises qui licencient quand bien même leurs bénéfices sont dingues. Et mes collègues y croient. Je rigole nerveusement : moi qu’on pensait naïf et utopiste… Je fais ma part, davantage en tant qu’agitateur et partageur de connaissances plutôt que comme tremplin vers l’emploi. L’utopie la voilà. Quand bien même, imaginons le rêve, il y aurait un million de chômeurs en moins… que faire des plus de 2 millions restants ? Et je parle que de chômage, mais combien peinent à vivre ? Combien de sans-abris, de démunis que le système détruit ? Comme si avoir un job sauvait des vies… ça ne suffit plus. Comme si avoir un toit mettait à l’abri… combien j’en rencontre dans l’association dans laquelle je suis bénévole venant se nourrir et trouver du lien, qui m’apprennent qu’ils ont soit l’un soit l’autre.
Mr Macron, comme tous ses collègues, pensent régler le problème par la croissance et le marché… Bien sûr. Je le répète, nous n’avons jamais été aussi productif et la croissance française est à zéro. L’économie se heurte au réel : population croissante, rêve de mondialisation impossible à offrir à tout le monde, et une planète qui a ses limites. Où est allé le bon-sens et la mesure ? Comment est-on arrivé à ce point d’absurde ? Et les voilà qu’ils viennent m’expliquer, avec cette pointe de dédain signifiant que je ne vais pas comprendre, l’économie et la politique. Et mec, si on regarde de plus près, depuis l’ère industrielle et l’émergence de toutes ses théories économiques, les solutions, imposées par les puissants, ont-elles déjà marché un jour ? Vraie question.

La société n’est qu’une vision des hommes, de certains hommes pour être précis, et soyons honnêtes, il s’agit de puissants (intellectuels, bourgeoisie, religieux…). Voilà où, étrangement, se trouve mon espoir. L’économie dominante, la volonté de croissance, le plein-emploi, la consommation, ne sont en rien des valeurs immuables, si vous le pensez, c’est que vous êtes simplement dans l’erreur. Le challenge de notre temps, et c’est là que surgit la limite de mon métier à l’objectif d’insertion, est de ne pas être adapté, de ne pas se ranger. Car s’ancrer dans cette civilisation problématique c’est faire mourir la capacité de s’adapter à autre chose : l’avenir, le changement. Le point essentiel de l’évolution n’est pas d’être le plus fort, pas du tout, mais tient dans sa capacité à s’adapter. Les assistés du billet crèveront les premiers. Et ils le savent, voilà pourquoi ils en profitent grassement. Je demande rien à personne, si ce n’est d’être libre, et c’est une lutte sans fin qui mérite d’être convenablement armé.
Pour ça, il faut oser savoir et remettre sa représentation de la société en question. Certains, de plus en plus même, de l’activiste en passant par le simple citoyen, ont dépassé ce stade et sont dans l’acte. Mais je constate au travers de mon prisme que la connaissance est loin d’être partagée sur ce que sont nos valeurs d’aujourd’hui et en quoi elles posent problème.
Alors un conseil : Osez savoir, injonction kantienne oblige en tant qu’être humain et citoyen. À ce propos voilà ce que nous dit la sociologue Dominique Méda, dont l’objet d’étude principal est le travail, dans l’ouvrage que je souhaite aborder Le travail. Une valeur en voie de disparition ? :

 » « Sapere aude [ose savoir], ce défi que Kant lançait à l’individu en inaugurant l’ère des lumières, ne faut-il pas le destiner aujourd’hui à la société tout entière ?
Plus simplement, il s’agit de savoir si la marche de nos sociétés est entièrement déterminée de l’extérieur, comme on tente de nous le faire croire, c’est à dire par la mondialisation des échanges, l’internationalisation des relations et communications, l’évolution économique, et si nous devons dès lors adopter sans même les choisir les critères économiques et technocratiques standards, partagés par tous les pays et censés nous permettre de nous « maintenir à niveau », ou bien si nous ne disposons pas plutôt d’une capacité de décider en partie des évolutions de nos sociétés et en particulier de la nôtre. Reste-t-il une place pour le choix des fins ? Reste-t-il un espace, à inventer ou à redécouvrir, spécifiquement politique, pour discuter et décider collectivement de ces fins ?
La place du travail dans nos sociétés est un élément d’explication de la situation qui est la nôtre aujourd’hui […] « 

Société : simple vision des hommes

Saper Auder

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Dans le but de répondre à mes interrogations, j’ai construit ma réflexion autour de trois éléments qui s’entremêlent : l’économie actuelle, la valeur travail et le temps. Le dernier élément étant pour moi la solution, celle de libérer le temps afin de permettre à l’individu d’être pleinement citoyen et acteur de sa société au lieu d’être consommateur et victime/bourreau à la fois.
Il convient d’apporter une précision terminologique : je parle de travail. Il s’agira de bien faire la distinction entre le travail que je dirais structuré, on pourrait d’ailleurs parler davantage d’emploi comme le fait Dominique Méda, et toutes activités humaines. L’activité est l’essence de l’être humain, mais non l’emploi.

Pourquoi apporter cette précision ? Pour moins choquer lorsque je vais avancer ceci : aujourd’hui, l’être humain a moins besoin de travail, donc d’emploi, que d’avoir ce qu’il lui faut pour vivre décemment, en soit, un revenu. Trouver un travail, l’impératif social pour faire fonctionner la machine ? Illusion, il ne s’agit que de symbole social. Pourquoi ? Parce que notre société est fondée sur le travail quand bien même, le progrès fait qu’il y en a et aura de moins en moins. Société fondée sur le travail, mais un seul, le « vrai », structuré par un contrat de travail, un lien de subordination, un salaire, des cotisations, occultant et dévalorisant ainsi toutes autres formes d’activités. Tout comme on parle d’activités extra-scolaires pour les enfants, nous ne nous définissons que par notre « emploi » quand le reste de nos activités ne sont que des à-côtés.
Si le plein-emploi était essentiel au fonctionnement de notre société, pourquoi tant de millions de chômeurs galèrent autant à en trouver ? Qui s’affaire vraiment ? Les entreprises se plaignent du coût… et les gouvernements vont toujours dans le sens des puissants. Pourquoi licencie-t-on quand bien même la structure est en bonne santé ? Tout est une question d’argent point de travail. Le travailleur fait preuve de servitude volontaire lorsqu’il m’avoue « mais sans travail on est rien ». Non, l’Homme est une espèce active soit, mais ne vous inquiétez, il y a bien assez de choses à faire en cette vie, bien assez d’activités en dehors de votre emploi ! Si si, et réfléchissez-y maintenant pour ne pas faire de votre retraite un vide intersidéral : la vie c’est maintenant. Je ne parle pas de loisirs, mais bien d’activités, de travail non-structuré si vous voulez : les passions, l’entraide du quotidien, le bénévolat, la gestion de son foyer et de son voisinage, la participation active et citoyenne dans les conseils de quartier par exemple. Le travail, la tâche, l’activité, est omniprésente pour l’homme et a toujours été. Dans les sociétés dites primitives le travail productif existait, il n’avait simplement pas du tout ni la même valeur ni la même place qu’aujourd’hui. De nos jours, au delà d’avoir structuré nos sociétés autour du travail d’un point de vue productif et économique, il a supplanté toutes autres formes d’activités au point de devenir le premier, voire l’unique lien social. Et c’est tout autant inquiétant, d’où la douleur grandissante et l’insécurité aujourd’hui face à l’instabilité de du marché du travail.
Ce qui sera de moins en moins utile à l’avenir sera l’emploi. Voilà la vérité, il faut se l’avouer. Machines et technologies sont une aubaines, qui ne supprimeront pas les hommes bien sûr, mais arrêteront cette illusion : le plein-emploi. Et pourtant, les sociétés industrialisées subissent et perpétuent ce paradoxe : grâce au progrès nous n’avons jamais autant produit avec de moins en moins de travail humain. C’est un fait, mais notre politique consiste à foncer dans le mur en perpétuant une simple idéologie non un projet adapté au réel et s’échine en vain, dans une sorte de branlette politique et économique, à sauver l’emploi, exclusive source de revenu existentiel. En ces conditions, il devient urgent de repenser la valeur travail, c’est un impératif et trouver comment occuper intelligemment les gens, les faire vivre décemment, et leur rendre leur liberté de se créer citoyen.

Voilà ce que nous explique Dominique Méda dans son ouvrage Le travail, une valeur en voie de disparition ? (le « ? » fut ajouté en seconde édition car l’affirmation avait choqué le public…).
Avant de faire la critique de l’économie et de la centralité du travail, D. Méda nous explique avant tout l’histoire du travail, de l’évolution de sa valeur et du terme lui même. Des évolutions qui ont suivi des changements progressifs intellectuels, culturels mais également économiques. Et recoupant mes informations, je suis heureux de m’apercevoir que ses analyses corrèlent avec celles de Jacques Ellul qui nous expliquait également l’histoire du travail dans son ouvrage Pourquoi ? Pour qui travaillons-nous ? que j’avais déjà abordé dans des billets précédents.
Le travail comme nous le percevons et vivons aujourd’hui n’a trouvé sa place que vers le XVIII ème siècle. L’évolution de sa valeur au point de devenir centrale n’a rien eu de naturel, mais a été justement un questionnement d’intellectuels, une imposition d’une classe puissante, celle des lettrées, des bourgeois, des hommes de foi. Le Moyen-Age, par exemple, sera le théâtre d’une lente conversion des esprits et des pratiques où les pères de l’église (comme Saint-Augustin) et les théoriciens vont promouvoir une nouvelle idée du travail, un travail valorisé. Changement insidieux qui se fait par la langue. Mais le vrai bouleversement n’a lieu qu’au XVIII ème, siècle d’Adam Smith, où les valeurs s’inversent pour faire de l’enrichissement une expérience à réaliser, alors qu’elle était condamnée jusque là. On recherche désormais les lois déterminant l’accroissement des richesses : ainsi s’imposent les théories économiques. Voilà ce qu’on nous apprend même si je résume bien trop grossièrement.

Le travail n’a été qu’une vision des hommes. Dans l’antiquité, il n’est pas du tout valorisé, seules l’activité philosophique et celle de citoyen primaient. Quelle blague, à l’antiquité les citoyens mettaient la priorité sur la réflexion et le lien social… Et un amas d’activités hierarchisées co-existaient selon la place de l’individu dans la société : citoyen, esclave (l’esclavagisme n’était en rien comparable avec l’esclavagisme moderne), mendiants, artisans… Pour le grec la vraie liberté se faisant dans le logos, « parole, discours, raison, relation » alors qu’aujourd’hui elle s’exprime par le travail au point de faire des individus non des citoyens mais des ressources humaines et des consommateurs. Observez le vocabulaire imposé par l’économie et le management. Le développement des sciences n’est pas innocent dans cette histoire, et si le travail a changé de valeur c’est également parce que la place de l’homme dans le monde s’est totalement transformée au point de se hisser au rang de démiurge, au sommet, créateur du monde. Pêché d’orgueil : regardez le résultat, il nous faudrait trois planètes pour héberger un lambda qui vivrait comme un américain moyen.
Voyez comme la valeur s’est inversée. Et ne me répondez pas que la valeur du travail s’est adaptée au temps et que ce qu’on dit de l’antiquité est révolue, car d’une part, historiquement c’est faux, voilà pourquoi je vous incite à lire ce livre et le second dont je vais vous parler, et d’autre part parce que cet argument ne tient la route que si vous acceptez d’abandonner tout ce qui vient des époques qui nous a précédés et qui a constitué notre héritage : la démocratie, les mathématiques, les sciences, la philosophie, choses des temps révolus ?  et pourtant … « notre histoire n’est, d’une certaine manière, qu’un long dialogue, parfois interrompu, avec l’héritage grec. ». Alors pourquoi pas le travail ? Seule la vision de certains hommes a imposé le travail et l’économie comme éléments centrales de notre modernité pour assouvir un besoin aujourd’hui dépassé : l’abondance. À ce sujet, le paradoxe mettant l’accent sur notre civilisation moderne est que, contrairement aux idées reçues, nos époques lointaines ne manquaient en fait de rien et ne recherchaient pas du tout l’abondance.
On aurait pu faire autrement, et il n’est pas trop tard. Voici l’espoir.
Il devient urgent de faire un retour sur l’histoire du travail et de l’économie pour remettre en question leur représentation, leur valeur et leur poids.
Au travers de dix chapitres, Dominique Méda nous expose sa critique, de manière très documentée (évoquant Marx, Hegel, Habermas, Adorno, Horkheimer… les trois derniers étant de grands grands penseurs critiques de la modernité et du travail mais qui n’ont pas joui de la renommée qu’ils devraient avoir… à se demander pourquoi.). Faisant l’historiographie du travail, elle nous explique quand et comment le « travail » est devenu l’emploi, le « travail » donc dont on parle aujourd’hui, alors qu’auparavant le « travail » moderne ne revêtait pas la même réalité. Elle revient sur des idées reçues alimentant « l’utopie du travail », le travail soit-disant libre et sain, qu’on sait bien sûr aliénant mais qu’on pense rendre conforme à l’esprit libre et citoyen par la grâce de quelques réformes…
Son ouvrage est une bible et met à mal beaucoup de nos représentations et nous aide à penser l’avenir et à remettre en question notre société pour construire autre chose de plus sain.

La valeur travail est évidemment à mettre en lien avec le développement de l’économie comme domaine qui réfléchit et agit consciemment sur notre manière de vivre et de construire nos sociétés. L’économie est omniprésente, chacun a déjà entendu Ricardo, Smith, Malthus, mais combien trouvent l’économie totalement nébuleuse alors qu’elle régit totalement nos modes de vie ?
À ça j’ai un conseil citoyen :

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ECONOMIX ! La première histoire de l’économie en BD de Michael Goodwinn et Dan E. Burr ! Une bible à mettre en toutes les mains. Complet, parfois dense, ludique, parfois drôle, cette BD est un véritable ouvrage citoyen à l’heure d’aujourd’hui. Affirmation défendue par l’auteur lui-même dans la préface, « Les gens doivent savoir ça ! ». Un genre d’économie pour les nuls mais plus accessible, plus imagé, plus ludique.
Je n’en ferai pas un résumé détaillé, surtout que je ne l’ai pas terminée. En revanche, chose essentielle que j’ai retenue et qui alimente l’ensemble de ce billet à deux volets et qui peut être résumé par ce poncif : la société est (mal)faite par les Hommes et leurs (mauvaises) décisions. Pour caricaturer, nous avons imposé des théories économiques qui avaient pour étendard l’homo œconomicus (soit un être pleinement rationnel) qui n’existe en fait pas. Nous avons, enfin ceux et celles qui ont eu et ont le pouvoir de décision et d’exécution, voulu modeler la réalité à la théorie : la main invisible, le marché, l’offre et la demande, la croissance… concepts qu’on ne peut étendre comme modèles immuables à l’ensemble d’un monde, à la réalité complexe tout simplement. Voilà pourquoi, en fait, on s’aperçoit, au fil de cette BD, que notre modernité n’a rien de prospère et ne cesse de s’organiser autour de cycle positif puis négatif avec des conséquences néfastes, voire meurtrières (grande dépression, famine, suicides…) pour la population et qui s’accentuent d’années en années : pauvreté, contradiction entre manque et abondance, chômage et libération du travail… En gros, l’économie libérale n’a jamais fonctionné, sauf pour ceux et celles qui étaient déjà bien lotis : le self made man est un leurre.
Là encore, cet ouvrage confirme mes opinions et mes valeurs, pour autant, il m’est apparu comme un véritable espoir : ça peut changer. Mais notre siècle comporte des enjeux majeurs qu’il ne faut pas prendre à la légère et réfléchir avec l’idéologie actuelle, il faut des armes nouvelles pour travailler les enjeux environnementaux, économiques et sociaux.
Osons savoir et faire notre part.
En abordant le développement durable au sein de mes ateliers, je fais regarder le documentaire « Demain« , sorti en 2015, pour ensuite créer un débat avec mes apprenants (dans mon métier on dit « apprenants » non « élèves »). Au delà du constat global alarmiste et de l’état d’un monde en crise où nous sommes plongés qui sont exposés, ce documentaire de Mélanie Laurent et Cyril Dion a pour principale initiative de raconter le changement existant, de montrer les solutions déjà mises en œuvre dans le monde entier au travers de 5 chapitres / axes servant à une refonte mondiale saine, juste, humaine : L’alimentation, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation. Ce documentaire permet de constater rapidement, qu’à travers le monde, des milliers de gens sont dans cette dynamique d’action et sont acteurs de nombreuses initiatives. Pourquoi pas nous ?

« Aux premières heures du jour tout est possible
Si l’on veut reprendre dès le début, redéfinir la règle du jeu
Briser les chaines, fissurer la dalle
Inventer la lune, que tous la voient
Devenir vent de nuit, pousser la voile »

Paroles : Le chien, l’homme et le roi – extrait de l’album #Simorgh de Lucio Bukowski X Lionel Soulchildren

Irruption : faire sa part (bis)

PARTIE I: DÉSOLIDARISATION

Paroles  Irruption

Artiste citoyen

Ce billet peut être considéré comme un second volet à un précédent, reprenant, à quelques détails près, le même titre, plus qu’un titre d’ailleurs, un véritable art de vivre citoyen : Faire sa part.
Leur différence, outre l’approfondissement du sujet, est que celui-ci est davantage ancré dans cette actualité politique brûlante qu’est la présidentielle française. Touché ! ma transition appropriée est involontaire : je ne ferai pas de fausses promesses dans le genre « j’essaierai d’être concis » : ce billet, ayant pour but de faire converger nombre d’informations, sera dense et proposera un contenu diversifié. Telle est la ligne éditoriale de ce blog depuis le début finalement. Voilà pourquoi j’ai décidé de le scinder en deux parties. Alors ouvrez la première tranquillement, parcourez-la d’un coup de mollette de votre souris pour voir ce qui vous attend, ne soupirez pas trop mais prenez le temps qu’il faut. Prenez-vous un thé ou un café, puis commencez par écouter ce morceau de Gaël Faye pour vous mettre dans l’ambiance. Irruption vous donnera le ton.  Ou, ne la lisez pas, vous êtes libres ! Suis-je si important ?
Je ne suis qu’un citoyen, mais il est essentiel d’affirmer que ma voix/voie compte. Égoïstement, je me dois de la faire entendre, ne pouvant faire autrement je « suicide un silence en accouchant d’un cri » et je laisse la liberté, à quiconque, de l’entendre ou non. Ni spécialiste, dans aucun des domaines qui régissent notre société (droit, économie, politique), ni philosophe, ni membre actif d’un parti politique, je suis une somme de tout un tas de qualités et défauts, d’habitus, de culture, d’éducation, de rencontres, de chemin de vie individuel et d’expériences multiples qui me créent citoyen, juste citoyen, ça chaque jour.  Et il est important de ne pas confondre son analyse du monde avec un quelconque individualisme. Même si nous sommes, chacun, dominé, parfois, par nos propres besoins, envies et caprices, subjectivité n’est pas nombrilisme. Ne pas faire l’erreur également de dénigrer la subjectivité au profit d’une objectivité chimérique qui offrirait une description du monde cachetée du sceau « vérité », c’est que vous avez commis l’amalgame entre les petites passions qui nous animent tous et un véritable point de vue construit. De plus, les vérités aussi courtes soient-elles ou scientifiquement démontrées ne font que s’affronter, elles s’imposent par jeu de pouvoir. La question n’est pas de savoir où est la vérité, existe-t-elle ? Parlons de vérités; mais de savoir que voulons-nous pour le vivre-ensemble, quel projet de civilisation il est important de construire pour le bien collectif. Notre société n’est qu’une vision des hommes, de certains hommes, elle n’a été construite que sur certaines décisions, autres tentatives et travaux de recherches imposées : donc subjective. Voilà ce que mes expériences, mes curiosités (universitaires, existentielles et livresques) m’ont appris. Chose que je ne cesserai de le répéter tout au long de ce billet diptyque, et c’est ce constat que je souhaite partager dans un égoïsme altruiste du genre « mais pourquoi ? comment ? certain.e.s ne le savent pas ? ». La priorité est au dialogue.
Alors politique (au sens étymologique), actualité, presse, culture, art, citoyenneté, société, valeur travail, économie, philosophie, sociologie, présidentielles, voici les sujets qui apparaitront dans ce billet, thématiques que j’aborderai avec modestie et recul. Et, au delà de me lire, je vous incite évidement à faire vivre cet écrit, à l’alimenter.

J’écris dans l’urgence (toujours, souvent), j’écris possédé par un « pas l’choix », vivant  dans cette société où convergent Absurde et Complexité, comme des déesses bâillonnant leurs créations : nous. Mais à l’instar des dieux et déesses, la société est une création des hommes : alors il reste de l’espoir, si nous nous exilons de l’inertie. J’écris pour moi, parce que moi est toujours un autre. J’écris parce que l’absurde m’inflige l’apoplexie. J’écris parce que l’injustice abominable me fustige si violemment qu’il m’arrive d’en pleurer. J’écris parce que cet absurde empoisonnant les contradictions de notre époque me fait serrer les dents au point d’avoir la migraine. J’écris par angoisse des lendemains. J’écris parce que je ne suis qu’un mais loin de n’être rien. J’écris ce billet parce que les résultats de ce premier tour m’affligent profondément, sans pour autant rejeter l’expression démocratique de mes concitoyens. Simplement les effluves de paralysie « totalitaire » d’un côté et la banalisation du mal xénophobique de l’autre me posent question. Pourquoi le peuple vote toujours contre lui-même ? La sociologie a, en partie, répondu à cette question, je le sais, mais mon manque de temps m’empêche de m’y pencher assidument. Je sais que la peur y est pour quelque chose, la peur complexe : celle de connaitre pire, celle du changement, celle de ne pouvoir connaitre le meilleur. Cela dit, ces résultats sont loin d’être aussi simples à interpréter, et ce sentiment de révolte, cette volonté de changement, cet élan vers autre chose, je les ai bien sentis. Et ils résistent. Pourtant je tombe des nues, et je ne peux m’empêcher d’être partagé entre la colère et la honte. Je constate un divorce. Un divorce entre le réel citoyen et nos structures d’où s’expriment officiellement et étatiquement nos valeurs « liberté », « démocratie », « égalité ». Autre point à aborder mais reprenons :
J’écris par chance, et par révolte, une révolte qui ne s’amenuise pas les années s’écoulant, au contraire, elle s’affirme. Je n’ai aucune prétention à vous imposer, mais je fais ma part en écrivant. Je fais ma part en faisant étalage de mon art de vivre, sur ce blog, qui s’exprime au sein de ces deux mots si simples : vivre et penser. Je fais ma part en imposant mon concept, au travers de ce  billet, des précédents, au travers de mes actes et choix, de mes rencontres et réflexions, ce concept d’artiste citoyen : comment se créer citoyen ? Non pas être, mais se créer. Être est terminé; se créer ne prend fin qu’une fois en terre. Il ne s’agit pas d’une recette, ni d’un remède, il est création, à la croisée de ce qui nous sépare et nous rassemble. Alors il est dialogue. La tâche est herculéenne. Et ce monde-ci nous contraint à être petit.
En faisant état de mon point de vue sur la société dans laquelle je suis née (française) ainsi que sur la civilisation dans laquelle j’évolue (occidentale et impérialiste), j’affirmerai une position : se désolidariser, tout en proposant une démarche citoyenne, en parallèle d’avec le fonctionnement structurel duquel je me désolidarise (celui d’une oligarchie), puis proposant ce que j’estime être des armes (parfois simples) pour comprendre cette mélasse qui fait notre époque, et pour aider à prendre du recul dans le but d’essayer de faire irruption au sein d’un ailleurs.

« Mon erreur a été de croire aux victoires individuelles. Aujourd’hui que je n’existe plus, tout m’a été rendu. Les hommes, les peuples, toutes nos légions me sont devenus alliés, je ne parviens pas à épouser leurs querelles intestines et demeure tourné vers l’extérieur, au pied du ciel, comme une sentinelle oubliée. Je continue à me voir dans toutes les créatures vivantes et maltraitées et je suis devenu entièrement inapte aux combats fratricides. »
Romain Gary – La promesse de l’aube

Se séparer sans disparaître l’un à l’autre

Elle ne marche plus.
Pourtant sa démarche fait trembler le sol comme un volcan, ses jambes sublimes et oblongues arrivent à nous faire rêver des horizons bleu-ciel où les fruits sont délicieux, où la végétation et le climat tempéré, chaud et humide à la fois nous font reprendre vie. Mais, entre nous, c’est un amour / haine qui nous unit. Elle brûle de mille feux, néanmoins. Mais son cœur est bipolaire et son âme schizophrène, et il faut s’y plonger amoureusement pour dévoiler ses tares qui ne peuvent que nuire. Alors il faut se consumer pour se rendre compte qu’elle brûle. Séductrice, elle sait y faire, mais elle est piège sans fin. Entre syndrome de Stockholm et celui de la femme/homme battu.e, l’ambivalence et l’apathie qui en résultent font qu’on y revient toujours.

Malaise dans la civilisation

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Pourtant arrêtons les simagrées et autres détours de vocabulaire bienséants pour ne froisser ni l’Histoire, ni les Hommes susceptibles, cette femme tue. C’est un fait. Volontairement, et, non pas involontairement, mais par non assistance. Quand bien même, par comparaison (entre époque et proportion de la population), en effet, notre modernité a bien progressé vers de moins en moins de conflits mondiaux (même si le climat et la sphère médiatique nous donne l’impression du contraire) et de violence.
Gardons alors le sens de la mesure, cette société a tout un tas de positif à nous offrir, en revanche, je refuse ces valeurs ancrées insidieusement au cœur de son fonctionnement qui se retrouvent partout : l’économie, le travail, l’éducation. Et refusant tout dialogue, elle n’accepte que la polémique : voilà comment s’instaure le sur-place, pour une partie de la population. Tout le monde a raison, tout le monde a tort. Pendant ce temps-là, l’écart entre riches et pauvres dans notre civilisation où nous avons tout, où le gaspillage est légion, où le respect de la planète est plus que bafoué, cet écart n’a jamais été aussi grand. La rage m’anime : société d’abondance réalisée où des gens arrivent à crever de faim et de froid dans des territoires dits développés (et bien entendu ailleurs) : c’est impensable ! Société où l’argent coule à flot, a réussi à nous faire croire que de crever de faim et se serrer la ceinture étaient des actes légitimes, leur chute douloureuse sur l’individu due à un manque d’effort ou de volonté … Darwinisme social, cette immondice créée non par les plus forts mais les plus riches. Vous faut-il une autre preuve ?
J’en ai des tas d’autres :

Évasion fiscale (perte de 60 à 80 milliards d’Euros pour la France),
– Fraudes des entreprises (et de la plupart de nos banques françaises : Crédit Agricole en tête, Société Générale, BNP Paribas…), tandis que la faute est mise depuis des décennies sur les pauvres, cliché oblige, la fraude vient davantage des entreprises et des plus riches : Qui sont les vrais fraudeurs,
– Les gestions des flux migratoires inhumaines.
Concernant ces deux thématiques : la pauvreté et l’immigration, je propose le site de l’association ATD Quart qui, dans sa lutte contre la pauvreté, l’exclusion et l’indignité, met à mal, contenus à l’appui, toutes les idées reçues. Je vous laisse le soin de parcourir ces pages à votre guise : Idées reçues sur la pauvreté et l’immigration,
– Burn-out, quelques uns de mes proches et proches de proches en ont été victimes; Bore-out, dépressions, malaise au travail, et également Brown-out, pathologie liée au monde professionnel  dont la cause principale est l’absurdité de certaines tâches, l’absence de sens, sans parler des suicides sur les lieux de travail de plus en plus fréquents. Le travail épanouissant ? Sujet sur lequel je reviendrai un peu plus bas et dans la seconde partie.
– Détournement d’argent des puissants, corruption, argent sale et conflits d’intérêt : souvenez-vous, il y a un peu plus d’un an, en Avril 2016, éclatait le scandale des Panama Papers, qu’est-ce qui a changé depuis ? pas grand chose.
– Virus des mafias qui infestent l’économie : Je tombai par hasard, en ce dimanche 30 Avril, sur un documentaire diffusé sur la chaîne LCP, Intitulé « Argent sale, le poison de la finance » : si vous voulez le visionner ou juste avoir un résumé.
– Sans parler de l’état de la planète dû, en grande partie, à notre activité humaine totalement démesurée. Et pourtant, une majorité voudrait qu’on en fasse davantage. Péché d’orgueil dont la finalité sera la mort de tous.
Libéralisme appauvrissant et mortifère, schizophrénie des états entre lutte contre le terrorisme et les régimes totalitaires, serrages de main suspect sous-couvert de la diplomatie et ventes d’armes internationales…. et me parler pas de cas à part : le vice devenu valeur est bien l’enculage général, tout nous incite à se marcher sur la gueule. Les cols blancs ont donné la marche à suivre : s’entredévorer, sauf qu’eux sont rarement inquiétés pour tout un tas de raison. Ai-je besoin de vous en convaincre, si tel est le cas, lisez cet article génial du site « La Vie Des Idées » : Cols blancs, mains sales et casier vierge. Même leur théorie biaisée du « darwinisme social » ne peut plus excuser cet état de fait.
Alors, je prends les devants, et j’y reviendrai plus bas, mais non, comme on a pu l’entendre dans la critique de ces dénonciations multiples, moi, comme tant d’autres, n’avons pas honte ni de l’argent ni du fait d’en gagner. En revanche, j’ai honte et je développe une aversion à l’égard de l’abondance absurde de richesses, en contraste avec la pauvreté qui se creuse de plus en plus. Sans parler des discours et autres regards de mépris ultime de la part de ces gens aisés : ils ont réussi à me foutre la nausée. Réaction exagérée ? Est-ce si fou de ma part ? On constate que la raison est en échec, et face à ces constats allant de soi, on se prend en pleine face cet argument ridicule, mais pourtant gagnant, que le pays des Bisounours n’existe pas… à ça je réponds avec virulence mais lucidité : allez-vous faire foutre ! et dévoile, en une formule, mes crocs, phénomène qui vient montrer que non, je ne vis pas dans cet imaginaire, bien au contraire. Je suis pleinement lucide de la réalité, et elle n’est point celle des plus riches. Et cette inversion des valeurs qui nous pousse à accepter les pires injustices me dégoute : pouvez-vous l’entendre ?

Bref, le seul fait de l’écart immense entre riches / pauvres me suffit amplement pour pointer ce malaise dans cette civilisation. Alors j’arrête de douter sans cesse, j’arrête d’avoir peur de mon tromper de combat, et affirme mon point de vue, enfin : cette société ne fonctionne plus. Point. Certains crieront sûrement au poncif en m’envoyant en pleine face cet arrogant « sans blague ! », quand d’autres s’empresseront de scander à la bêtise, sous toutes formes même les plus ridicules. Et j’envoie un message à l’attention des détracteurs de ce constat, qu’ils jugeront trop simpliste et qui penseront ou oseront me dire que je n’ai pas les compétences pour comprendre ce monde, et après quelques faux arguments ad hominem entre bobo ou gaucho, ou les deux, se délecteront  de s’écouter parler en partageant des preuves pour me contredire : ce travail est déjà fait, je l’ai effectué seul. Je n’ai cessé de m’informer et de me contre-informer, diversifiant mes sources de savoirs (merci cursus en Sciences humaines et sociales), et malgré le positif que j’ai pu trouver en cette mondialisation, j’affirme que ce monde est à refaire puisqu’il est homicide, il ne tient pas la route. Il suffit de regarder autour de nous, cette époque porte en elle quelque chose de malsain. Comment le nier ?

Entrer en résistance et tendre la main

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Tendre la main, c’est faire fleurir tout un peuple (photo prise ruelle Lallemant, à Rouen)

Comment en sommes-nous arrivés là ? L’Ouroboros idéologique : c’est un succès ! les valeurs soit disant progressistes : économie de marché, mondialisation, échange, centralité du travail nous poussent à tout déléguer, à tout céder chaque jour : liberté, fraternité, égalité, élévation de l’esprit, citoyenneté, éducation, temps libre : notre manière d’être citoyen, simplement, n’est plus,  citoyen dans sa conception antique, dans laquelle l’otium, c’est à dire l’idéal de tout citoyen dans lequel la relation humaine, la conversation, le temps libre, la discussion sur les problèmes politiques, la participation aux assemblées nombreuses, aux associations et confréries sont les principales activités : une vie vouée à la relation sociale et à la politique et non pas absorbée par le travail, la consommation et le loisir sporadique. Alors ce sont des « professionnels » de la politique (politicienne) qui gèrent notre histoire. Faire fonctionner cette société [problématique] implique, à mes yeux, de s’abandonner progressivement, insidieusement. Finir par renoncer. N’être que ressource à défaut d’être ressource d’être… Alors en ça, je n’y vois aucun avantage à m’adapter à cette société, ni avantage, ni un signe de bonne santé.
Mon angoisse du moment, et mes proches le savent, se reflètent dans le miroir de chaque jour : l’absence de temps [libre]. Pour en avoir discuter avec des personnes informées et aux opinions construites, en effet, oui nous avons fait des progrès : nous travaillons moins, nous avons plus de temps libre, ce à quoi j’ai répondu que ces avancées n’étaient qu’illusion. Pour ceux et celles qui me lisent, la thématique du travail joue un rôle majeur dans ma réflexion citoyenne, elle s’est distillée au travers de nombre de mes écrits. Pour moi, quasiment tout se joue ici : la centralité du travail est problématique. Et non, ça n’a pas toujours été comme ça. J’y reviendrai dans la seconde partie de ce billet que je titrai « Espoir » lorsque j’aborderai mes conseils lectures : je constate que la majorité de la population que je rencontre n’a pas connaissance du comment les choses composant notre société se sont imposées au travers de l’histoire. Et je ne leur jette pas la pierre, quand bien même nombreux sont ceux qui refusent de faire des efforts, pour la majorité il s’agit surtout d’une quasi impossibilité existentielle de s’intéresser aux affaires de la cité. Et j’attends, à chaque fois que je défends cette vision, les défendeurs acharnés du libre-arbitre et de la volonté, qui ne sont, par expérience, que des privilégiés (bagage culturel, intellectuel, économique… sans être des gens aisés pour autant). Apprend-t-on l’histoire du travail ? et celle de l’économie ?  L’économie, je répondrais par l’affirmative, j’ai les souvenirs de théories mais non pas de la manière dont elles ont pris place. Quant au travail, je n’ai pas le souvenir d’avoir été informé que sa valeur et sa place n’ont eu de cesse d’évoluer depuis la Grèce Antique et que sa conception défendue actuellement corps et âme et l’amour qu’on lui porte ne sont que très modernes (Prémisses théoriques au Moyen-Âge, et véritable bouleversement qu’au XVIII / XIX ème siècle). Les structures (étatiques et médiatiques), dès le plus jeune âge, bien entendu, participe à l’imposition d’une certaine vision du monde, évidemment. Notre présentateur du JT star David Pujadas l’a d’ailleurs avoué : « Oui, il y a une idéologie cachée » : le mea culpa de David Pujadas sur son 20h.
Soit, voilà le pourquoi de mon obsession critique envers la centralité du travail ! car si le temps, en grandissant, n’est orienté que par le fait que nous soyons ressources au service du bon fonctionnement économique, un « bon » fonctionnement théorisé par des économistes qui pensaient l’homme comme Homo Oeconomicus, soit purement rationnel (donc pas réel), d’où toutes les théories économiques qui en sont venues à nier la réalité mais qui historiquement se sont imposées, souvent grâce aux puissants et pour les puissants, comment, en ces circonstances, être véritablement citoyen alors ?
Notre temps libre, pour caricaturer, nous le passons le weekend dans les bouchons pour aller faire nos emplettes. Prenons 35h/semaine, 9h/17h, vie de famille ou pas, je le vois autour de moi, une fois rentré du travail, la seule chose qui nous importe c’est le repos sans parler du fait qu’aujourd’hui la valeur travail ne permet plus de subsister convenablement pour une majorité d’individus (8,5 millions de personnes en dessus du seuil de pauvreté, est-ce tolérable ?!). Autant vous dire, et vous le savez, que l’intérêt pour les sciences, la philosophie, l’art et la politique, est bien moindre. Pire, certains se délectent de faire le plus d’heures de travail possible, une sorte de concours de pénis d’esclaves modernes. Un cercle vicieux s’instaure : comment se créer citoyen si tout ce qui compose ce statut est occulté ? Il n’y a que les privilégiés (la sociologie depuis Bourdieu ne peut que confirmer ce fait) et les cas d’exception transcendant leur condition qui viendront me contredire. Voilà pourquoi il m’arrive très souvent de monter au créneau lorsqu’on me dit « mais on a toujours le choix, ce sont les gens qui ne le veulent pas ». Justification de plus, dégueulasse, de cette époque mortifère. La réalité est bien plus complexe, mais de cette complexité saine propre à l’esprit humain évoluant en société. Être citoyen demande plus que simplement du temps, ça demande le temps d’avoir le temps et l’esprit disposé : allez lire des articles d’actualité, sans que cette activité fasse partie de votre quotidien ou de votre profession, après une journée de boulot. Se construire des opinions demande temps et attention.
Et je me prends comme exemple quand bien même m’informer, me cultiver, apprendre sont des tâches faisant partie intégrante de mon quotidien personnel et professionnel : je suis enseignant en français, en numérique et en culture générale, pour un public adulte au sein d’une structure associative d’insertion professionnelle, depuis peu et écrivain (s’affirmant depuis peu). Mon métier, que je considère dorénavant comme une vocation, me permet, certes, de concilier tout ce qui me constitue et de vivre convenablement (selon mon style de vie plutôt simple) : le savoir et sa transmission, la recherche (en sciences humaines et sociales), l’élévation de l’esprit, l’entraide, la solidarité (en terme professionnel : le social) et la créativité. Pourtant, malgré mon plaisir de me lever le matin, je constate que la fatigue me gagne, que le burn-out n’est pas loin et que mon écriture en pâtit et ça me mine. J’en arrive à prendre du plaisir de mettre mon cerveau en mode « off » devant une connerie télévisuel que de me motiver à finir mon Bouvard et Pécuchet. Manquerais-je de volonté ?! Pourtant, je réussis, mais avec une dose d’efforts qui impacte ma vie personnelle (amoureuse et amicale par exemple) à garder le cap : s’informer, se cultiver, voyager, trouver le bonheur en toute chose, partager, essayer de garder mon statut de bénévole dans une association venant en aide aux plus démunis, développer mes passions et écrire, tant bien que mal. D’ailleurs, je profite de ce jour férié célébrant la fête du travail, enfin d’une certaine représentation du travail, pour peaufiner et publier ce long cri. Mais je ne connais plus l’ennui, le plaisir de ne rien faire, tout est planifié, tout devient effort, la moindre activité me fatigue. Est-ce une vie ? Pour le moment, jeune que je suis encore, la question ne se pose pas, mais dans 10, 20 ans ? Comment m’investir pleinement dans ma citoyenneté et la société que je souhaite construire pour demain ? J’approfondirai ce sujet en Partie II, mais sachez que sans renier l’activité professionnelle, en effet, je la respecte et la pratique, je suis davantage pour une société de l’oisiveté où les activités sont multiples et partagées, ce qui n’est pas du tout le cas.

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Pourquoi écrire tout ça ? je reviens sur l’actualité française : voilà le résultat des votes du premier tour : Emmanuel Macron, 24,01% contre Marine LePen à 21,03%. Qui proposait, à mes yeux, un véritable projet ? Aucun des deux. Et nous voilà dans le racolage de la dernière ligne droite : publicité et communication font leur travail à merveille. Même les prostituées qui trônent en bas de chez moi prennent des leçons. Et pourtant, mêmes les prostituées en bas de chez moi ont plus de valeurs et de dignité, que je partage, que ces deux candidats. Racolage des politiciens et chantage affectif de tous les autres :  Voter contre ou faire le jeu de l’adversaire à contrer. Culpabilisation du non-vote (et ce dès le premier tour). Qu’on se le dise, si de plus en plus de gens s’en foutent et ne votent pas c’est peut-être qu’il y a une raison ! La première peut provenir du constat que je faisais plus haut : le temps. Nous ne sommes pas égaux devant l’accès à l’information et sa compréhension. Qui a lu tous les programmes ? Qui peut m’expliquer la politique menée actuellement par le PS ? Personne. La deuxième (non seconde car il y en a d’autres) est simplement politique : il y a, dans mes rencontres, plus d’intérêt politique chez les citoyens qui prônent l’abstention à titre personnel, et qui turbinent socialement et humainement ailleurs, que de moutons qui, sous prétexte historique et de batailles, font culpabiliser les citoyens de ne pas voter. En France, à ce que je sache, le vote n’est pas obligatoire et le vote blanc a un impact totalement risible. La solution réelle serait l’abstention de masse. Alors quoi ? Quelle est cette prise d’otage pathétique ? Je suis à mon deuxième mandat et je suis déjà désabusé de voter sans cesse contre : ça ne fonctionne pas ! Il faut que le peuple reprenne les choses en main.
Alors j’affirme ma position que je développe en filigrane depuis le début : je me désolidarise de ce système qui ne m’écoute pas, ne me comprend pas et ne me représente pas. Mais je ne fais aucun prosélytisme. Il faut que je sois cohérent dans ma démarche. Il m’est dorénavant impossible de cautionner cette mascarade démocratique. Je prône un parallélisme, voici mon alternative, profiter de ce que les structures peuvent apporter comme avancées (sans les structures, y aurait-il eu la mise en plage du « mariage pour tous » ?), du reste : le dédain. En suis-je pour autant un mauvais citoyen ? toi qui me lis depuis le début peut-être ? Mais sachez que de mon point de vue, l’intransigeance fait irruption en moi. Je ne tolère plus cette comédie.
Je ne ferai pas l’historique déplorable ni du parti de Marine LePen, ni ne parlementerai sur le programme flou d’Emmanuel Macron, cependant je vous renvoie vers deux sociologues, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, que je suis depuis quelques temps maintenant et qui traitent, au sein de leurs recherches, des classes supérieures ainsi que de leurs manières d’être et de faire. Et sur un site d’informations, on pouvait lire un très bon article sur les responsables politiques de cette présidentielle 2017. Le titre portant essentiellement sur Macron, n’est pas un bon résumé, l’article met en exergue cette oligarchie générale et le pourquoi de sa victoire incessante : Pinçon-Charlot : « Emmanuel Macron est un extraordinaire porte-parole de l’oligarchie et de la pensée unique ».
Après lecture de cet article et après réflexion, j’ai décidé que je ne céderai à aucun racolage ni aucun chantage démocratique. Macron est une publicité qui a marché, tandis que Marine LePen est à la tête d’un parti totalement hideux, qui a simplement changé d’emballage mais pas d’idées ni de membres actifs, racistes et indéfendables dont les ignominies sont légion.  Je vote pour un véritable projet de société, non pour des obsessions idéologiques ou des lubies xénophobiques et racistes. L’heure est au bouleversement. Et le cri se fait entendre.
Je ne parle même pas du cas où Madame Lepen serait élue (je dois avouer que j’attends les Législatives pour lui barrer la route), cela dit, si M. Macron devient président de la république française grâce au vote (dont le mien, dans l’hypothèse où je céderais) et que des manifestations désireuses de changement se mettent en place, protestant contre une politique identique et à majorité de droite depuis plus de 30 ans, comment y participer sans honte ? « On peut faire les deux » me réplique-t-on, mais respectez mes choix, mes émotions ! Si la démocratie venait à s’exprimer véritablement en dehors des urnes, c’est à dire dans les rues, par dialogues et initiatives parallèles, Nuit Debout en parangon, comment y participer sans honte ? puisque j’aurais donné ma voix pour élire un président par défaut ? Non, et non ! Le vocable du droit de vote est intéressant « donner sa voix », la mienne s’égosille pour de véritables changements. La citoyenneté, tout comme sa mère Démocratie, ne se résument pas au droit de voter ou de ne pas voter. Ce sont des choses qui s’expriment au quotidien. Je ne laisserai plus personne, surtout pas ces individus, parler au nom des mes espoirs !

Je possède des valeurs, de solidarité, de partage, de créativité, d’écologie, de simplicité, d’humanité, de paix, qui ne s’expriment pas au sein de ces résultats. Et chacun voyant midi à sa porte, le peuple, je le sens, n’est pas prêt, pour une grande partie, à faire des sacrifices dans le but de construire, ensemble, un véritable projet de société. Les entrepreneurs, les ouvriers, les salariés, les fonctionnaires, chacun prêchant pour sa paroisse… Tandis que mes valeurs sonnent creux au sein de ces structures politiques dominées par des castes ayant suivi les mêmes cursus, les mêmes stages, les mêmes expériences, possédant le même CV, ayant le même réseau,  arrêtons de nous mentir : il s’agit bel et bien de la définition d’une oligarchie. Et je laisserai plus personne tempérer ce propos sous prétexte d’exagération et de « bien-pensance ». Cette société a la rhétorique de l’Enfer : nous faisant confondre vérités essentielles (comme le respect de la dignité humaine) et poncifs à brûler, elle affiche l’inversion des valeurs en son rictus de dédain. Celui qui signifie : allez-y, entretuez-vous, nous, nous sommes tranquilles. Le feu. Le vide. Puis la résistance !

Alors c’est un non, c’est un exil ! Et au même titre que je respecterai le résultat des votes, c’est un devoir d’en venir à respecter mes choix de citoyen lucide et rêveur. Ce « non », à l’inverse de ce « voter contre ou faire le jeu de », est bien moins négatif, bien moins cynique au fond. Au contraire, il s’agit d’une apostasie saine et optimiste !

Imbibé de luxurieuses et modèles pensées
J’ai crié « NON » en orgueilleux enfin éveillé !
Loin de la négation, J’ai vu une vie échouée et cétacé
Scandant « c’est assez ! », j’affirmais mon apostasie.
Mes « non » loin de simples lubies
Ne sont que des envies, des envies d’autrement
Alors entre-nous, je le sais à présent
Tout ces « non » ne sont, en fait, que des « oui » vivifiants !

Orgueil de vivre

 Une analyse lucide que je rejoins

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

Rrose Sélavy; vie poétique

Diverses lectures, diverses voies,
à chacun de trouver sa nourriture, son émoi.
À vos risques et périls, c’est sûr la poésie n’est point un trépas.
(Montez ces marches, ce modeste calligramme ne vous tuera surement pas)

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« Suivrez-vous Rrose Sélavy au pays des nombres décimaux où il n’y a décombres ni maux. » Robert Desnos – In Corps et Biens (Rrose Sélavy)

« Au pays de Rrose Sélavy on aime les fous et les loups sans foi ni loi »
Robert Desnos

Rrose Sélavy, vie poétique.

Je parle, on s’écoute.
nos râles s’égouttent,
nos joutes s’étalent : en garde !
On se doute, se parle, s’égare…
J’ajoute : Tout un art !

Je peins, ma plainte :

Tu es d’humeur poétique
Ce bonheur là n’a rien d’inique
J’admets mon humeur statique
De tuer la poésie, j’ai peur de ce tragique.

Chronique d’une plume rachitique
trempée dans une encre noire et d’espoir
plantée dans un être égocentrique :
Oh, je supplie, lisez même mes tristes histoires !

Que la poésie pardonne ma vanité !
Allégorie de mes hormones.
Car m’assènent des rêveries d’une plume hors-norme,
d’un être efféminé, mes lettres me font Homme
J’écris en phallocrate, démon d’une virilité.

Je me raisonne, comme toujours
et fait résonner un sacrifice, cet amour,
où je trouve l’humilité dans la féminité :

Ah, ne m’attends pas,
je retourne dans les bas-fonds
aussi certain qu’un et un font
1, 2 ou 3 de mes vers sont
Une façon de toucher le plafond :
-Soit, ô je goûte ce doux poison-
Ah, toi(t) ne m’atteins pas
Peins-moi en vers, de ton bon fond
de fond de teint, de vers et prose !
Et dépose cette rose pour laquelle je m’éprends
Ose ! Toi fleuriste artiste sinon je me pends.

Je peins une ode, et bois l’absinthe :

Tu es une rose
En tête de lard, rose
couleur de ton cœur
Effet que te font tes peurs
sur ton tablier vers et prose,
qui te fondent et t’écœurent.

Fauve est ta faim de l’existence
Elle te rend saine et sauve
Du manque de sens,
que tu piques, ô rose,
et te snobe d’une fin d’une prose,
et t’abreuve d’une essence.

Rrose Sélavy, vie poétique, l’existence
pique, l’essence brûle et donne, les sens
hurlent, l’amour et l’homme saignent…
La rose même triste, attise l’artiste
La rose pique et daigne
peindre en rouge « ose » « vivre » et « saigne »
« s’étreindre » « bouge » et « artiste.
À nos pinceaux, que nos doigts peignent !
-Rrose Sélavy-
De la rose à l’artiste,
Les genres et les pRoses coexistent…

Minosze

« L’artiste ne se contentera plus de signer des objets existants; il les assemblera. Ainsi, Why not sneeze (Pourquoi ne pas éternuer, 1920), constitué de cubes de marbre, d’un thermomètre et d’un os de seiche contenus dans une cage à oiseaux; Fresh Widow (veuve joyeuse, 1920), réduction d’une fenêtre à double battant, signés d’un pseudonyme féminin que Duchamp utilisera beaucoup et qu’on retrouvera dans la poésie de Robert Desnos : Rrose Sélavy.
Duchamp s’est expliqué sur la choix de ce nom. Il voulait changer d’identité et avait d’abord songé prendre un nom juif. Finalement, il préféra jouer sur l’inversion des sexes. L’idée de Rrose Sélavy lui vint lorsque Picabia lui demanda d’ajouter sa signature à celle de ses amis (Metzinger, Segonzac, Jean Hugo, Milhaud, Auric, Péret, Tzara, Dorgelès…), dont les paraphes entouraient l’œil Cacodylate (1921) :

Je crois que j’avais mis Pi Qu’habilla Rrose – arrose demande deux R, alors j’ai été attiré par le second R que j’ai ajouté – , Pi Qu’habilla Rrose Sélavy. »

Dan Franck – Bohèmes. Les aventuriers de l’art moderne

Georgio – Héra Lyrics

Orgueil de vivre

« Je ne peux m’empêcher de revendiquer l’orgueil de vivre que le monde tout entier conspire à me donner »
Albert Camus – Noces à Tipasa

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Préambule d’une [non]-conclusion :

J’ai écrit un long souffle, il y a longtemps déjà, clôturant un recueil que seule la poussière de mes tiroirs lira. Un long souffle embrasé, enflammant chaque mot, chaque vers suivant pour terminer en feu de joie. Et, après avoir mis ces signes de ponctuation mystérieux en guise de point final, dont le sens, encense ici la continuité, j’eus une pensée d’ivresse tragique. En transe, en sueur, fier et frêle, tremblotant de tous mes membres, je me dis : Si je donne ce texte à lire, un jour, que ce soit sur ce blog, ou sur une de mes autres plateformes, c’est que le temps et moi-même avons fait le choix de marquer mon avatar numérique et scribouillard du sceau « fin ». Je vous invite à lire la suite, et ne pas vous arrêter ici : j’écrivais les lignes précédentes il y a plusieurs mois, de cette même année. Je suis un fou, lunatique. Ne cessant de partir et de revenir.
Cinq ans que je tiens ce blog, de manière régulière, même si mon rythme s’est amenuisé. À l’échelle d’une vie, cinq années, c’est infime. Pourtant, ce blog a été la source et surtout le réceptacle de mes métamorphoses. Je suis né à nouveau tant de fois. Et mort autant de fois. J’ai rencontré tant de fois, partagé tant de fois, aimé tout autant de fois. Aiguisé mon esprit tant de fois, creusé mon âme tant de fois, me façonnant moi-même à chaque expérience, à chaque réflexion, comme un tailleur de pierre. Tout n’est-il qu’une question de foi(s) tout compte fait ? C’est l’expérience, dit-on.
Cette année 2015/2016, pour l’être ultra-sensible que je pense être, fut la plus difficile de ma maigre petite vie. Dans quelques temps, semaines, mois, années, je m’en taperai le cul par terre de rire. D’ailleurs, à l’heure actuelle, je pense déjà au sentiment opposé, j’ai dans le cœur la puissance du sentiment opposé : cette année fut la plus flamboyante de ma maigre petite vie ! 26 ans fut un âge décisif pour un cœur lunatique comme le mien. De là, le soir où j’écrivais ces lignes toujours valables, il me semblait qu’un temps de convalescence m’était nécessaire. Et je voulais partir dans un éclat qui m’est propre, qui symbolise ce blog, un éclat dans lequel chaque fragment atteignant votre cœur, affiche sa dualité devant vos yeux : blanc/noir, Vie/Mort, Chute/Renaissance, Amour (en lui seul, s’exprime une dualité), une dualité éclatante que j’unifie en un terme : le feu. Toujours le feu. Symbole de l’extrême vitalité, tout comme celui du danger et de la mort, douloureuse et purificatrice. Il appartient aussi bien au Paradis du Cœur qu’à l’Enfer des conséquences. Il éclaire et il brûle. Il réchauffe mais il tue.  Il est l’extrémiste de la vie, il vit et meurt par et pour lui-même. Il se consume autant qu’il se consomme. C’est alors qu’il se partage. Solitaire et solidaire, toujours. Veuillez pardonner ma prétention, mais voilà ce que j’essaie de faire vivre en moi : Ce feu. Il m’a d’ailleurs été troublant, tout autant que flatteur, de lire sur un de mes textes la réaction suivante d’une fidèle lectrice : « Extrémiste de la vie Minosze, ton texte me donne en même temps envie  et admiration et crainte et compassion! Tu interpelles l’alpha et l’oméga et tu l’écris très bien. Merci à toi! » Non, merci à toi. J’écris pour ça, pour brûler.
Il y a trois jours, au comptoir d’une pizzeria de la rive gauche, là, dans l’attente de notre pizza inventée par nos soins, discutaillant, faisant brièvement le bilan, la voilà qu’elle m’avoue « c’est vrai toi cette année t’as fait le phénix »… Le phénix. Si criant d’évidence que je ne crois pas l’avoir déjà mentionné cette année… animal mythique caractérisé par son pouvoir de renaître après avoir épousé, jusqu’à la mort, les flammes, symbolisant ainsi le cercle des résurrections. Cette petite phrase de cette amie si chère, sonnant si sincèrement, balancée comme ça entre un billet de 10 et de 5 et une boîte en carton carré, a eu pour effet de me marquer au fer rouge.  Alors non, ce billet ne sera pas le dernier ! Il ne peut l’être. Parce que je brûle encore, tellement.
Le feu. Toujours le feu. À ce propos, je vous conseille la lecture savoureuse de La psychanalyse du feu de Gaston Bachelard. « Le feu est l’ultra-vivant. Le feu est intime et il est universel. Il vit dans notre cœur. Il vit dans le ciel. Il montre des profondeurs de la substance et s’offre comme un amour. Il redescend dans la matière et se cache, latent, contenu comme la haine et la vengeance. Parmi tous les phénomènes, il est vraiment le seul qui puisse recevoir aussi nettement les deux valorisations contraires : le bien et le mal. Il brille au Paradis. Il brule à l’Enfer. Il est douceur et torture. Il est cuisine et apocalypse. […] Il peut se contredire : il est donc un des principes d’explication universelle. ».
Le feu toujours à la bouche, un vocable s’exprimant toujours au travers de mon être, vocable qui en vient à façonner ma vue. Je crois vous avoir déjà parlé du linguiste George Lakoff qui a développé une thèse fort intéressante : les métaphores dans la vie quotidienne. Des métaphores qui ne sont pas de simples images de l’esprit, mais de véritables concepts qui, à force d’emploi,  donnent naissance à une vision du monde. Le feu, fait partie des démiurges de la mienne.

Orgueil de vivre, dans et entre ces lignes : tout y est ! Puis-je mieux faire, donner plus ? À l’époque où j’ai couché ce texte sur papier, et pendant un certain temps, je pensais intimement que non. Ne pouvoir faire mieux en tant qu’auteur, ne pouvoir offrir plus de moi en tant que blogueur. Qu’en est-il aujourd’hui ? La réponse n’est pas aussi catégorique… Tant de choses en cours, tant de lignes sur le feu (voyez, toujours le feu), des lubies de publication, des recueils de poésie quasiment terminés, un roman en cours, des chansons qui s’exprimeront bientôt sur une scène prestigieuse de Rouen… J’ai récemment lu certains de mes textes face à un public. Bref, l’abondance. Mais, assurément, dans et entre ces vieilles lignes, vous me trouverez. Et si je dois vous laisser quelque chose de moi, c’est bien ce long poème. Il s’agit d’une sorte de testament. Non de mort, mais de vie. Que me reste-t-il à vous offrir ici ? Si peu, tellement. Je le sais, c’est un non-sens, au même titre que la vie. Et dieu sait à quel point je me suis confronté à son absurde et à ses coups du sort. Il me reste pourtant tant à dire et à crier, mais mes doigts sont muets.  Lorsque j’écrivais ces lignes, ce mutisme naissait d’un mal-être, égocentré, aujourd’hui, il s’agit moins d’une incapacité à dire causée par la malaise mais davantage d’un bâillonnement.  Celui du temps, celui du changement, celui des  conséquences de mes choix. Étape nécessaire à ma survie : la vie d’adulte, celle de notre siècle (travail, responsabilités, factures, aléas de l’existence, entretenir les liens, en créer de nouveaux…).
Tellement de pages à noircir, et si peu de temps vide; voilà que je profite de mes premières vacances d’ouvrier de l’enseignement pour attiser l’encre avec des pages blanches avides. Je rêve de vide comme d’un désert au milieu de l’oasis étouffante. Mais cette oasis me condamne et me gracie, elle m’est vitale en tant qu’être faisant sa part tout autant que désastreuse pour ma créativité. En effet, comme je l’ai déjà mentionné dans des billets précédents, j’exerce dans l’enseignement, et en particulier dans la formation pour adulte, en français, en culture générale et en culture numérique. Et comme toute vocation, ce job m’est tombé dessus, et il m’est fabuleux en tant que citoyen désireux de faire sa part, mais comme toute vocation, il se fond entièrement à mon être.  Une union vivifiante, un mariage prenant. Le vide me manque donc.
Troublant de constater, encore et toujours, les échos à ma propre existence dans mes curiosités culturelles qu’elles soient livresques ou cinématographiques :
Avec cette jolie brune, je sortais de mon petit cinéma d’art et d’essai, troublé d’avoir vu le dernier film de Jim Jarmusch : Paterson. Film qui nous raconte l’existence de Paterson, chauffeur de bus à la routine profondément banale, et poète, sans prétention. Film qui, justement, vient exalter la banalité du quotidien pour y insuffler sa poésie, celle du simple, du beau. Paterson ou la poésie de la routine nomade, ce fut mon sentiment. Cette œuvre m’a renvoyé à la figure à quel point écrire pouvait me manquer. Mais elle m’a fait comprendre à quel point la poésie a été dévorée par notre époque. Et, à mon humble échelle, c’est dans mes cours que j’essaie de la faire vivre et/ou (re)découvrir.
Ce  qui m’amène à la deuxième œuvre faisant écho à ma vie : le classique Chatterton d’Alfred de Vigny (XIXème siècle). Chatterton, jeune poète désargenté, connait des conditions de vie précaires qui viennent entraver sa créativité. Figure du romantisme et emblème du poète maudit, Chatterton, en ces circonstances, ne voit pas d’autre choix que de se suicider. Que faire d’autre si on ne vit que pour la poésie mais qu’elle-même ne nous permet pas de vivre, parce que l’époque ne lui accorde que peu de place, et peu de crédit : mourir. Même l’amour ne sauve pas un être dépossédé de sa propre nature.
« Les hommes d’imagination sont éternellement  crucifiés, le sarcasme et la misère sont les clous de leur croix. ». Est-ce toujours d’actualité ? Les choses se sont améliorées évidemment, mais la poésie souffre toujours du regard matérialiste de cet être qui se voudrait « réaliste » et qui raille ne serait-ce que les velléités de faire de la poésie un art de vivre. La poésie n’est qu’une fantaisie d’adolescent romantique nous assène M. Beckford, figure du matérialiste réaliste de notre époque, justement. Et pourtant, c’est bien cette vision, normalisée par ce style de vie, fils de la mondialisation, partagé par une majorité, qui tue, qui tue le poète, qui tue ce monde.

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Henry Wallis – 1856

En ces circonstances, comme à mon habitude depuis que je tiens ce blog, je n’aurai aucune résolution, ni vœux, ni aucun conseil à vous offrir pour cette année 2017. Sachant que 2016 fut très difficile pour chacun et chacune et que 2017 s’annonce quelque peu sombre compte tenu des récents évènements qu’ils soient meurtriers ou politiques. Alors comme chacun et chacune, il y a une sorte d’impatience à tourner cette page 2016.
Je n’ai nul besoin d’une année nouvelle pour rédiger une feuille de route et n’ai pas la prétention de vous conseiller. Ma lutte est quotidienne, le changement m’est intérieur et ma plume m’est spirituelle; j’essaie de m’ériger en exemple, pour moi-même d’abord, pour les autres ensuite, si je deviens, par la force de mes choix et de mes expériences, la personne que je suis fier d’être.  Et ma feuille de route s’exprime au travers de toutes mes publications ici et vient esquisser mon être au delà de ces plateformes digitales. Je vous invite donc à (re)lire mes deux dernières nouvelles : Histoire folle, comme la vie et Ce soir là. Et d’un point de vue plus pragmatique, je vous renvoie d’ailleurs à cette publication qui vient résumer mon ascèse : Faire sa part.
Quand l’heure est à l’urgence, que le temps est au présent ainsi qu’aux arts, gens, je n’aurai ni vœux, ni résolutions, ni conseils à vous soumettre, si ce n’est ce poncif, celui de profiter de chaque instant, véritablement, non pas seulement dans l’amour, mais dans l’ensemble des sentiments. Évitons de faire de « carpe diem » un énième slogan publicitaire que l’époque vide de ses sens. Et s’habillant avec soin de sagesse, faire notre part, chaque jour, pour faire de chacun de nous un exemple, avant tout pour nous-mêmes, puis pour les autres ensuite.
Cela dit, suite à ce que je viens d’évoquer précédemment au sujet de la poésie, moi m’estimant homme de l’être en éternel devenir, prônant l’ivresse de l’existence et l’orgueil de vivre, j’ai pour aspiration de remettre la poésie au centre de ma vie pour 2017 et de la défendre face à une époque aux exigences, non pas réelles, mais toujours profondément consuméristes. Mais je ne peux terminer sur ce cliché manichéen d’adolescent qui se rêve rebelle, alors je préciserai que le monde a compris qu’il était à son tournant et que la nécessité de changement n’a jamais été aussi forte et présente dans les consciences. Je vous conseille ainsi de vous procurer le magazine Sciences Humaines Hors Série intitulé « Et si on changeait tout ? 20 scénarios pour un autre monde »
Et vous laissant en compagnie de mon « Orgueil de vivre », je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année. Merci à ceux et celles qui me découvrent, merci encore et toujours à ceux et celles qui continuent de me lire.

Je vis ! Je m’en vais : vivre, voici mon orgueil. Mais je ne pars pas.
Perdez-vous pour faire de même ! Ainsi nous nous tiendrons la main.

Post-Scriptum
Il y a peu, on me posa, pour la énième fois, cette question qui me fige : quel serait ton ouvrage préféré. Moi littérateur infidèle, j’ai toujours trouvé cette question déplacée ! Je vois en la littérature mes amours, mon cœur est bien assez grand pour aimer d’infinie. Même s’il fut temporairement trop frêle pour l’aimer elle… mais il est une fleur !! il lui faut s’ouvrir, souffrir. Passons.
Cette question me hante, je le concède. Il m’a fallu chercher dans un amas de signes finalement tout bête : lequel de mes ouvrages ai-je lu, feuilleté et tenu le plus entre mes mains ? La réponse : Noces, suivi de l’Été de d’Albert Camus. Je n’épilogue pas plus.

ORGUEIL DE VIVRE

I

À force de vivre
Mon bulbe s’embourbe
Non dans les vignes et mes livres
Mais dans mes lignes et dérives

C’est ainsi, camarade, que je me délivre !
Non du mal, mais du poids des rides, du plomb des maux, du bad.
De villes en villes, d’escapades, de pléiades,
De déserts en mirage, de rives en rives
Je n’arrive jamais, moi serf de ce labyrinthe volontaire !

Je déambule avec l’ampoule scintillante de la maturité d’art
Celle d’avoir retrouvé le sérieux, qu’enfant, on mettait dans ses jeux
Martelait ce vieux Nietzsche fiévreux.
Mais voilà que je pleure d’avoir le hertz et le feu comme une tare…

Prisonnier de mes jeux littéraires
Tenez, je fais l’aveu que mes rimes sont involontaires
En exubérance elles s’évertuent…
Ô poésie malotrue qui ne connaît point l’usure
ni l’intime; azur malvenu et indiscret, tu m’épidermes vois-tu.
En éternels insatisfaits c’est ainsi que toi et moi, l’on mue.
Et sous mes oripeaux s’inscrit alors sur le pas du logis « bienvenue ».
Tu as la fidélité d’une amie, la complète ferveur d’une âme-sœur
Sans pour autant être l’une d’elle; naître du vivant sans l’être.
Je fais le serment d’épouser à vie existence et poésie !
Auxquelles j’afficherais avec fierté mon infidélité.

Pour ce faire
Voilà que

Je me retranche dans des digues
Gorgées d’eau pour me laver de l’indigne
Couler de l’humble, s’agit-il de l’Olympe et de sa cime
Comme des objectifs indomptables que je m’assigne ?

Cela me reste préférable aux sangs et aux crimes.

Mais ôtez-moi ce rectiligne, la preuve est dans mes rimes
L’ordre s’indigne, je m’abreuve de sables et de figues
De pays d’or, d’horizons oriflammes, d’un feu que je souligne
D’une métaphore que je file en pans sinueux et antonymes !

C’est que, pensé-je, la vie n’a pas de sens seulement des abîmes.

II

J’ai vu Dieu dans les yeux d’un héraut national
Qui planta son drapeau professoral
Du libre esprit, là, sur ma table
Taguée et fixée au milieu d’un parloir parmi mille
Dans lesquels s’amoncellent soldats et réformés P4
Aux battements de cils lents et de bouches entonnoirs

On est tous passés par là…
sans connaître la même voie ni un semblable résultat ;
doux fragments de résilience.

Puis je méditais
« Ni dieu ni maître »
Ce n’était pas être sans modèle
D’une existence fouettée
Par les dieux et les êtres,
Mais voir de ces yeux maîtres celle
Qu’il fallait sublimer
De contradictions et de pluralité.

Était-ce ma vision de la beauté ?
La beauté rend infidèle.

Dieu ne naquit pas
Ni maintenant, ni naguère,
Ce sont les yeux qui révoltèrent !
D’yeux, d’yeux je n’ai dieu
Que pour eux, s’écrie ce vagabond céleste.
Iconographie sanctifiée poussiéreuse;
Qui sacrifie tous les lieux et les restes.
Mais regardez ! Scande-t-il désespéré,
Ce tableau orbite aux coups de pinceaux célestes,
Reliant le mythe aux hommes.
Certains continuaient de jacter,
Ils en oubliaient la voie lactée.
D’yeux, je n’ai d’yeux que pour eux
Centre d’une toile biologique qui met les nerfs à vifs :
Ressentir le poids d’un passé
À l’effleurement d’un photo vieillie et mal cadrée ;
Flageoler d’un baiser volé en des temps impromptus ;
Saisir son enfance, à la chevauchée des caniveaux,
En laissant s’infiltrer les eaux dans des baskets néo-libérales
Copiner avec ce gèle qui entre par le bas jusqu’au plus près des os ;
Crier au milieu d’un terrain bucolique et n’avoir que son écho
Pour compagnie, étreindre un silence égoïste
Et bouleversant, savourer ainsi l’anémie ;
Embrasser la brise glaciale d’un printemps schizophrène
Et n’y rien comprendre à la vue d’un splendide soleil ;
Se tromper entre rouge et vermeil puis s’en foutre royalement
En y préférant la locution « à la merveille ! » :
Gorger ses poumons de ces poussières de ces déserts
désertés de vie et de plaines
Et se rendre compte que cet absurde c’est chez soi tout de même ;
Contempler le cyan des océans comme des universaux communs
Et en être fier, fier et l’intégrer en sa moelle épinière ;
Et ce vert émeraude de ce lac du massif central
Parcouru d’un œil oscillant ?
je m’y penche curieusement, et qu’y vois-je ?
Non je ne m’y noierai pas !
Puisqu’au premier abord, je vois l’antonyme, son frère;
Ce ciel contemplatif et rassurant, son air.
Et, en arrière plan, dans mon dos, mon passé, mon présent :
À ma droite se présentent,
Des bras enthousiastes qui étreignent naïvement l’humanité
Nulle condescendance de ce constat éloquent,
S’y révèle une noblesse sans nul ascendant
Qui regorge une puissance dont le privilège est de jouir de son amitié.
Sur mes racines écorchées,
Fait ses griffes ce chat noir ;
Il miaule et fulmine de ces pâles histoires
Comme du blue jazz dans mes tympans,
Sans ces sérénades, tout, indéniablement serait effrayant
Animal fraternel, en figure tutélaire, tu es remède au désespoir.
À ma gauche,
J’ai baisé une main de cette Shiva métissée
Qui, vacillant entre émoi et noirceur
Ne sait sur quel pied danser.
En quête d’identité au gré du temps, au gré des vents
Est dévouée aux faibles et amputés, comme une conquistador
Du nouveau monde.
Nosostros, companeros ! Là gravissant cette Sierra
N’y voit-on pas poindre des astres ravissants et des bras
En l’air foulant des champs de cotons sulfureux ?
Ils dévoilent le un et l’humble collectif,
C’est l’époque qui gronde, à laquelle je souhaite tendre la main !
J’ai baisé Némésis, enfin, comme n’importe quelle autre femme
Dans un moment de flottement intemporel et ineffable
comme un amour unique.
Infidèle, répété-je, pour des amours plurielles.
Dionysos se tient, nu, dans ce gigantesque lit aussi !
Du vin s’écoulait de nos lèvres rosées, millésimé 90.
Il n’y a rien de contre-nature à épouser la nature
si nous faisons de notre centre de gravité l’amour, le partage et la justice !

III

J’étais là au milieu d’un salon moquetté
Entre une horloge cheap « who care’s » et un service à thé
Je buvais l’anglais de notre hôte, savourais cette hospitalité
Ce n’est pas un nouveau paradis à NewHaven, non,
Mais je me souviens de ces arc-en-ciels peints au sol
Et de ces pubs typiques qui portaient la fête en fanon.
La Smirnoff affluait dans mes veines et artères
L’odeur du bois local et du reste de mer me faisaient enfin taire

Année 2001 en Mai j’aurais onze ans
La nuit tombée les étoiles me scrutent sur un lit superposé
Entreposé dans un chalet chaleureux face à un pan
D’une existence innocente indécise qui promettait.

Au chaud autour d’une table en bois
Il y a toute la richesse de mon cœur, je crois
Exténué, je persiste dans ma jeunesse d’hyperactivité
Comme chaque année je suis une ligne horizontale
De mon logis d’ici à là-bas, de ce tiers hexagonal

Soulevant mes pieds d’argile à travers ce nuage de glace
J’attends mon tour au pied des pistes du Markstein – Alscace.
Capricieux, à l’incontrôle je chasse-neige et vocifère « connasse »
Je dévale en sueur, mon enveloppe gèle
Suis-je aux confins de l’humanité
où règnent la quintessence d’un ciel dégagé
Couplé à l’atmosphère glaciale et frêle
Elle-même enlacée d’un soleil à la beauté Cassius Clay ?

Je décolle du sol, je n’ai pas d’ailes
Rubicond je garde mon visage d’ange, je n’ai pas d’ailes
Mais des pieds de plombs et du tissu en ribambelle
Et de belles phalanges qui m’aident à frôler l’éternel

Je n’ai pas d’ailes, je n’ai que lui et vous.
À l’heure actuelle j’ai conservé l’ange
Dans une chevelure dorée qui me parachève
Je n’ai toujours pas d’ailes, mais ces phalanges
Délicates et fissurées qui m’élèvent et créent ce nous.

J’enlève mes gants afin de savourer la chaleur d’un chocolat
Sa vapeur étreint mon visage chaud-froid
Mes sens sont plus que de mémoire mais souvenirs
C’est l’essence que je peux boire pour devenir.

De la danse au bout des sens
De l’immanence au bout des doigts
Des chances que l’on me doit
Sans rancune et cent absences,
Je gravis les parois de la transcendance.

De retour à mon Tipasa, il est tard ou tôt.
Rouen est habillé de ses volutes et baigne dans un hiver prolongé.
Ma mine esquive les gouttes de pluie versées par mes yeux
Mais j’esquisse un sourire fiévreux : me rappeler est merveilleux.

Le temps a passé, mon souffle annuel approche
La maturité ne m’a pas changé !
Je coïte avec l’existence, mes propres diamants en poche
Depuis, j’ai perdu du sang et j’ai vu la mort
À maintes reprises; m’apitoyer sur mon sort
Ne ramènera personne, c’est en demain que je m’enlise !

Je danse avec la gravité
De part et d’autre du monde, moi, cavalier,
Autre que la lointaine lune
Viser les perpendicularités
D’où l’hautaine brume
N’est autre que l’adversité !

Je n’ai pas l’existence facile
Constat taquin qui horripile
Mais, mon cœur est une batterie
Ne jugez pas faquin et débile
Un Chien cynique atteint de mélomanie

Je vous en supplie;

Car l’état de mes lieux
Ne font pas état de mon âme
Je chéris la haine de tous mes petits états d’âme
Voyez plutôt ce que j’ai sous les yeux
À part des cernes, j’ai des vers de Blaise
Qui brûle en moi comme des braises :
« Nous ne voulons pas être tristes
C’est trop facile, c’est trop bête »
Tout le monde est triste
Non, je ne veux plus être triste

Je fais ce vœu optimiste
De faire de ma vie, peuplée comme Paris
Une interminable fête !

IV

Les gens s’égarent et noircissent la case « triste »
Car ils s’enferment, Narcisse, dans le miroir de mon âme noire scripturale.
En effet je croque une rose fanée entre mes dents terreuses et sales
Et possède des maux en sac-à-dos comme un décédé parachutiste.

Mais l’habit fait bien le moine, et moi je porte une robe
Aux couleurs passées et tenaces d’où se dérobent
Des chaussettes dépareillées entrelacées
À des bas-résilles de mes jambes déguisées :

Hante mon mur un poster géant d’un Joker
Peignant l’idée du chaos comme les soixante de Mickey Walker.
Je relis l’éloge de la folie d’Érasme
Et mes spasmes prennent place en mon cœur solaire
Le rire de Démocrite en leitmotiv, je me plie même pour un bide

J’expire l’esprit de sérieux comme une bulle d’air vide
Et respire anxieux le rire futile et exalte une beauté inutile
Renifle la poussière des dalles des villes
Et la passion de belles amies fébriles
Je peux vous tuer de mes velléités clownesques !
Et de mes fou-rires, des mes éclats buccaux-festifs j’esquisse une fresque !

Un ami sans visage m’a dit « le monde vient de l’esprit »
Une amitié vagabonde de haute estime comme le trompette de Dizzy Gilespie.
Le mien à jamais sera vif même au contact de nombreuses inepties
Même vide de mots, à jamais je resterai speed
Possédé par des vers et des luttes abrasifs

Au gré des ifs et des hêtres et de feuilles de coca
Je cultive une forêt entière Zarathoustra
Où jaillissent des lendemains et des lendemains Énéide
À la croisée du grave meurtrier et du chétif corrosif
Mes larmes souvent de rire et de mise sont bien des pierres contre Goliath

Saltimbanques, rires et enthousiasme, je vous le dis, seront des armes !

V

Oui, je rêve aussi d’un parricide freudien
Sans quoi, je le confesse, mon devenir est vain.
J’ai l’âme en tout point féministe, ce n’est rien
De vouloir commettre un patricide ! Suis-je vaurien ?
Je suis d’ici mais pourquoi pas d’ailleurs ?
Je suis fier mais ne porte aucune patrie en mon cœur
La hiérarchie me fait bien trop peur
De part sa vanité égocentriste.
Chez moi subsiste l’anarchie d’un bien-être darwiniste :
Que l’évolution envoie au diable le supérieur !

Puisque

Ma condition est dans la plèbe
Mon cœur dans le rêve
Mon stylo n’est qu’un chétif glaive
Mes bagages me mettent un pied dans l’élite,
C’est de ce chaos chronophage que s’écoule une sève
D’un arbre OGM où l’écorce s’effrite
L’idéal n’est point une chimère
Il est serpent s’élevant du complexe !

La simplicité est une conquête convexe.
J’ai le soleil au cœur des yeux
Et une lune à la pointe de ma plume
Osez m’offrir sept journées, en bourreau curieux,
pour que le premier homme j’exhume
Sublimant les petites angoisses d’un art déclamatoire
Dépoussiérant des pentes lithiques échappatoires ;
Et vous verrez, je vous l’assure,
un cheminement en face-à-face avec l’absurde,
Des horizons inconnus libératoires
Et des aurores maternées par l’azur !

De là,

Imbibé de luxurieuses et modèles pensées
J’ai crié « NON » en orgueilleux enfin éveillé !
Loin de la négation, J’ai vu une vie échouée et cétacé
Scandant « c’est assez », j’affirmais mon apostasie.
Mes « non » loin de simples lubies
Ne sont que des envies, des envies d’autrement
Alors entre-nous, je le sais à présent
Tout ces « non » ne sont, en fait, que des « oui » vivifiants !

Voilà une chose essentielle à marquer du sceau « compris ».
La vie est un présent au présent que je réfute, certes
Mais que je ne refuse pas, ce serait courir à ma perte.
Ainsi je suis ivre, et cela m’use de voir qu’il manque une lettre :
Vivre est une conquête, je me rends libre et levé, oui je vis
Avec l’étendard Rouge et blanc affichant « Hommes de l’être »…

Exister se tient loin d’une sinécure
Dont le feu n’est autre qu’une synecdoque
Sage-femme d’une passion reine de la démesure.
Les silences et pertes de temps favorisent les soliloques
Aux gains inestimables d’où naissent les plurivocités.
Féroce tauromachie, on y perd, on y gagne, c’est sans équivoque.
Mais la ferveur permet de goûter des saveurs et textures
Plus agréables aux mets des difficultés.

Sentez-vous cette folie insensée ?
La raison de mes incohérences, n’omet
Pas l’incohérence de ma raison
De l’entièreté je fais mon oraison
Pour ainsi esquisser de tumultueux horizons.
Même si l’apathie des mieux lotis
Et la perdition des âmes tristes
Emplissent mon désespoir qui ne désemplit
Je le vide par goutte de pluie d’espoir et de beauté optimiste !
Je ne laisserai jamais tomber ! Quel orgueil ! Orgueil altruiste !

Minosze,
votre humble serviteur à la plume et homme de l’être.